‹ Le sacerdoce eternalChapitre 36 sur 110 · Ps , xxx · texte numérisé non relu

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seule communion suffirait pour nous sanctifier de corps, d'âme et d'esprit.

Les vertus que fait éclore en nous la présence de Xotre-Seigneur se mesurent à la capacité qu'offre notre cœur à leur développement, et cette capacité est proportionnée à notre préparation à la fois éloignée et prochaine, — c'est-à-dire à la préparation qui précède immédiatement le moment où nous nous rendons à l'autel et à notre union habituelle avec Dieu. Xotre- Seigneur dit : « En ce jour-là vous connaîtrez que je suis dans le Père et que le Père est en moi et moi en vous (*). » « En ce jour-là, » c'est-à-dire « lorsque je serai dans la gloire du Père et que FEsprit-Saint sera venu. Alors vous reconnaîtrez que, par la manducation substantielle de mon corps et de mon sang, vous êtes en moi et moi en vous ». La divine présence faisant son séjour en nous et nous enveloppant de tous côtés de son rayonnement, c'est là la divine cohabitation de l'âme avec JÉSUS-CHRIST que nous devons connaître d'après le Sauveur et qu'il nous promet dans ces paroles de l'Évangile. C'est cette union que saint Paul exprime lorsqu'il dit : « Je vis, mais ce n'est pas moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. >> JÉSUS devient le guide de toutes les puissances de notre âme ; elles sont élevées au-dessus d'elles-mêmes par leur union avec lui. Chaque battement de notre cœur, chaque respiration de notre poitrine est dirigée et soutenue par son pouvoir créateur, de même qu'il dirige nos pensées, nos paroles et nos actes. Notre liberté et notre puissance d'action sont rendues parfaites par notre union avec lui. Il est le régulateur et l'agent divin

i. Joan. , xiv, 20.

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qui nous aide en toutes choses à faire sa volonté et qui ne demande en retour que la soumission absolue de notre être. La vie déborde en nous, notre activité est incessante et nous sommes fiers de notre liberté, mais nous oublions que notre liberté est guidée et sauvegardée par sa grâce et sa puissance. Il vit en nous et nous vivons par lui ! Quel appui peut manquer à un prêtre qui aime sa messe quotidienne ? La sainte messe renferme tout : nutrit, prœservat, 1-eparat, delectat et àuget. JÉSUS est notre nourriture, notre abri, notre délassement, nos délices et notre force sans cesse grandissante.

II. Le second soutien de la vie du prêtre, c'est le divin office. Sept fois par jour, les actes du culte divin s'élèvent du sein de l'Église répandue sur toute la surface du monde jusqu'au trône de Dieu. L'Église militante, souffrante et triomphante adore la très sainte Trinité dans un chœur incessant de prières et de louanges. L'Église entière est le sanctuaire, et le divin office est comme le rit du chœur terrestre uni aux louanges, aux actions de grâce et à la doxologie divine qui forment le rit du chœur des cieux. Chaque prêtre a sa place dans ce chœur et il fait chaque jour sept visites à la cour angélique.

L'office divin est une partie de la divine tradition. C'est un incessant témoignage rendu à Dieu et à la foi. Il a été composé par la main des hommes, mais ces hommes étaient des saints et leur œuvre fut accomplie sous l'inspiration de l'Esprit-Saint. La charpente du bréviaire peut avoir été l'ouvrage des hommes ; mais les matériaux dont il est formé sont l'ouvrage de l'Esprit de Dieu. Les psaumes et les écritures, œuvres

des personnages inspirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, les écrits des saints Pères s'y entrelacent de manière à former un tissu merveilleux de prières, de louanges et d'adoration et un témoignage vivant du royaume de Dieu et de la communion des saints. Le cycle perpétuel des solennités et des fêtes de l'année, — hiver et printemps, été et automne — fait passer continuellement sous nos yeux, comme dans un mouvement de rotation, la révélation chrétienne tout entière. Les prophètes et les apôtres,les évangélistes et lessaints nous parlent tour à tour avec des voix toujours vivantes. L'histoire entière du royaume de Dieu est ramenée sans cesse sous nos regards.

Une âme pieuse demandait à saint Pierre Damien « pourquoi nous disons, dans l'office, Dominas vobiscum, comme s'il y avait plusieurs personnes présentes, lorsqu'on réalité il n'y a personne et que nous sommes seuls? » Il répondit : « Parce que nous ne sommes jamais seuls. Nous sommes toujours en adoration avec toute l'Église répandue sur la surface du monde et nous demandons que Notre-Seigneur soit avec tous les fidèles qui vivent sur la terre. » Nous disons : « Que le Seigneur soit avec vous », car nous adorons Dieu en présence de toute l'Église visible et en compagnie de ceux dont l'union avec Notre-Seigneur est déjà consommée dans le ciel.

Nous faisons ces sept visites au monde de l'éternelle lumière et nous récitons le saint office parce que l'Église nous l'impose sous peine de péché mortel. Mais, indépendamment de cette loi positive, deux raisons nous font un devoir de cette récitation : la gloire de Dieu d'abord, notre propre sanctification ensuite. C'est

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dans sa sagesse et par amour pour ses ministres que l'Eglise leur a imposé cette grave obligation. L'Église prend de la journée d'un prêtre le temps que requiert la récitation de son office, une heure et demie ou cleux heures ; ce temps n'appartient plus désormais au prêtre, mais à Dieu et à l'Église. Le prêtre ne peut pas l'aliéner ce temps, car il n'est plus sien, mais tout en obéissant et remplissant un grave devoir, il est tenu d'user de ce temps pour sa propre sanctification. Le visage de Moïse brillait comme le soleil lorsqu'il sortit de son entretien avec Dieu : notre visage à nous devrait rayonner aussi après la récitation de l'office divin et tout au moins nos cœurs devraient brûler et resplendir intérieurement de la lumière de la cour céleste à laquelle nous rendons sept visites lorsque nous récitons le saint office. Quand nous disons nos heures, « nous nous approchons de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, d'une troupe de milliers d'anges, de l'Église des premiers-nés qui sont inscrits dans le ciel, de Dieu le juge de tous, des esprits des justes parfaits (*). » Quelle doit être la piété habituelle, le recueillement, l'humilité en paroles et en esprit de celui qui, sept fois par jour, prend sa place dans le chœur des Saints et devant la face de Dieu? Après la sainte Messe, quel levier plus puissant que celui-là pourra trouver le prêtre pour s'élever à la perfection sacerdotale?

III; Un troisième soutien du prêtre, c'est l'oraison mentale. L'office divin est la' prière vocale ; mais la simple récitation du bréviaire fournit à l'âme une ample matière pour l'oraison. La vie du prêtre est la vita

i. Heb., xii, 22, 23.

mixta de Notre-Seigneur, et pour notre instruction, JÉSUS-CHRIST consacrait ses jours au travail et ses nuits à la prière. La vie du prêtre est à la fois contemplative et active, et ces deux éléments, la contemplation et l'action, ne peuvent jamais être séparés pour lui sans dommage et sans péril. Hœc meditare^ in his esto. îit profectus tuus manifestus sit omnibus. « Ces choses^ que Timothée devait méditer et auxquelles il devait s'adonner tout entier, c'étaient toutes les vérités et tous les préceptes de la foi, mais spécialement « la lecture, la prédication et l'enseignement », c'est-à-dire le dépôt même de la révélation dans toute sa plénitude et dans tous ses détails. Dans la lecture, nos pensées s'arrêtent au livre, dans la méditation, notre intelligence et notre cœur ne s'arrêtent qu'à Dieu. L'oraison mentale est un acte vivant de foi et de désir pour acquérir une plus parfaite connaissance de Dieu et arriver à une union plus intime avec lui:uniondu cœur par les actes d'amour que la méditation nous inspire ; union de la volonté par les résolutions qu'elle nous fait prendre.

Le premier effet de l'oraison mentale, c'est de rendre tangibles en quelque sorte pour nous les choses qui font l'objet de notre foi, c'est de nous faire apercevoir le monde invisible comme s'il était visible et le monde futur comme s'il était présent. Avoir une perception vive et constante des choses invisibles comme si elles étaient palpables et des choses futures comme si elles étaient déjà accomplies, c'est réaliser en quelque sorte le monde divin. Nous lisons que Moïse supporta sans s'émouvoir le courroux de Pharaon comme s'il avait vu de ses yeux celui qui est invisible. Tout l'effroi que

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lui causait le roi terrestre s'évanouit sous l'impression qu'il ressentait de la divine présence, visible en quelque sorte pour lui derrière le trône du monarque dont la majesté éclipsait toutes les majestés de la terre. Saint Paul dit que nous marchons à la lumière de la foi et non à la lumière de nos yeux, et que les objets que la foi nous découvre sont éternels, tandis que ceux que découvrent nos yeux passent et disparaissent sans retour. Le monde invisible est la réalité; le monde visible n'est que l'ombre du monde invisible. Pour les esprits qui ne comprennent rien aux choses divines, ce monde bruyant qui s'agite autour d'eux et les éblouit est seul palpable et en conséquence la vraie réalité. Le monde invisible est impalpable et,quoiqu'ils ne puissent en révoquer l'existence en doute, il n'exerce sur ces esprits matériels aucune action et aucune contrainte. La plupart des hommes passent tous les jours de leur vie comme s'il n'y avait ni monde invisible, ni monde futur. Ils ne méditent point. Ils disent leurs prières, mais leurs prières ne sont pas des prières mentales. Leur esprit n'a ni ses impressions, ni ses aspirations, ni son objectif dirigés sur Dieu, sur la glorieuse et à jamais bénie Trinité, sur la beauté de l'humanité sacrée de JÉSUS-CHRIST, sur la félicité de la Mère de Dieu, sur la béatitude et l'allégresse des Saints, sur la communion qui nous unit à eux dans cette vie et sur la part qui nous est promise après cette vie dans leur béatitude et leur allégresse; sur la présence de JÉSUS qui est toujours avec nous et sur le séjour que fait le Saint-Esprit dans toute âme pure et humble, et surtout dans l'âme pure et humble d'un prêtre, dans l'âme d'un pasteur plein de ferveur et de foi.

LES SOUTIENS DU PRETRE. loi

Si nous imprégnions notre âme de ces divines réalités,si nous savions en extraire l'or d'une vie sainte avec le zèle que met le négociant, par exemple, à bénéficier de sa situation sur le marché et à faire valoir ses marchandises, et le banquier à assurer ses cautionnements et ses prêts, nous vivrions alors dans ce monde sans être du monde, et aussi détachés de la terre que ceux qui sont ressuscites avec le Christ ('), et sont déjà «bénis avec lui sur le trône des cieux (2)>>. Le sentiment profond de ces invisibles et célestes réalités est plus efficace que toutes les lois positives pour sauvegarder et affermir la vertu dans un prêtre. C'est une lumière et une force intérieures qu'il porte avec lui en tout temps et en tout lieu et qui fortifie la grâce sacramentelle de son sacerdoce; c'est un appui divin et infaillible dans tout péril et dans tout besoin.

IV. Un autre puissant soutien du prêtre dans sa vie sacerdotale, c'est la prédication de la parole de Dieu. Saint Paul dit : « Dieu m'a envoyé, non pour baptiser, mais pour prêcher l'Évangile. » Le concile de Trente dit que la prédication est la première charge de l'évêque (3)»,et si elle est la première fonction de l'évêque, à plus forte raison est-elle la première fonction du prêtre. Quand nous voyons Isaïe s'effrayer de parler aux hommes au nom de Dieu parce qu'il était, disait-il, « un homme aux lèvres impures (4) >;>, que faut-il penser de la sainteté qui est requise du prédicateur et de la grandeur de sa mission ? Si un prophète comme Isaïe

i. Col., m, i.

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