‹ Le sacerdoce eternalChapitre 37 sur 110 · Is., vi · texte numérisé non relu

Is., vi

osait à peine parler au nom de Dieu, comment peut-on rencontrer de ces prédicateurs que l'on est convenu dans ces derniers temps d'appeler orateurs de la chaire? Le ministère de la parole qui a été divinement établi pour soutenir le prêtre dans son sacerdoce devient à ces prédicateurs, par leur faute, une occasion de chute. Etre choisi spécialement et être envoyé par Dieu pour parler aux hommes en son nom, se présenter comme un légat a latere Jesu pour annoncer la pénitence et la rémission des péchés, pour indiquer les voies de la sainteté et de la perfection, au nom de JÉSUS, par ses paroles et avec son autorité ; — qui osera remplir un tel ministère s'il n'y est appelé par une vocation spéciale qui lui en impose le fardeau? Parler au nom de Dieu froidement, sans soin, sans une science convenable, sans une préparation sérieuse, quelle témérité et quel danger ! Prêcher avec ostentation par envie de se produire, par gloriole et avec enflure ("), quel défi à notre divin Maître et quel scandale pour les âmes ! Les simples, les humbles, les vrais fidèles ont un instinct particulier pour discerner le prédicateur qui se prêche lui-même, et les hommes du monde habitués au langage concis et peremptoire de la vie sérieuse ont vite découvert dans un prédicateur le langage faux et de pure convention. Ils écouteront au contraire avec intérêt un honnête et simple prédicateur et lui pardonneront facilement la rudesse et le peu de culture de son langage (2;. Que le prédicateur parle le moins possible son langage à lui et qu'il parle le plus possible le langage

i. St Augustin dit d'un tel prédicateur : «. Forts tnmescit, intus tabescit. »

2. St Jérôme dit : « Multoque melius est a duobus imperfectis rusticitatem

haberc sanctam quam eloquentiam peccatricem. )>£p. ad Nepot., t. IV, p. 263.

de Dieu : c'est le moyen le plus sûr pour lui de commander aux hommes l'attention et le respect. Ils sentent que le prêtre a le droit de parler et que lorsqu'il parle il le fait au nom et avec les paroles de Dieu. Ils sentent aussi si le prédicateur s'est oublié lui-même et s'il ne songe en chaire qu'au divin message qui lui est confié et qu'aux âmes qu'il a devant lui. Le prédicateur digne de ce nom leur enseigne en chaire ce que Dieu lui a d'abord appris à lui-même. Il a prié pour cela, il a médité sur cela ; la vérité a passé par son intelligence et sa conscience pour pénétrer dans son cœur et il parle de l'abondance du cœur. Le Sage dit : « La bouche du Sage est dans son cœur, mais le cœur de l'insensé est dans sa bouche », et c'est un cœur tout frivole. Si. au témoignage de JéSUS-Christ, « les hommes rendront compte au jour du jugement de toute parole inutile qui sortira de leurs lèvres (*) », quel sera le compte qu'il nous faudra rendre des paroles que nous aurons prononcées comme parlant au nom de Dieu, durant de longues années et durant toute une vie? « Ma parole n'est-elle pas comme un feu et comme un marteau qui réduit les rochers en poudre? » Si ces mots que Dieu met dans la bouche du Prophète s'appliquent à nous comme au prophète lui-même, quelle sera la sentence prononcée au jugement contre ce flux intarissable d'une éloquence frivole et superficielle, vide de pensées et gonflée de rhétorique : éloquence inutile, parce qu'elle est inefficace, et inefficace parce que c'est la nôtre et non celle de la vérité? Quelle âme avons-nous enflammée? Quel cœur endurci avons-nous brisé ? Et si notre parole a été stérile, n'est-ce pas parce que nous avons négligé d'aller

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