‹ Le sacerdoce eternalChapitre 38 sur 110 · Mattk., xn · texte numérisé non relu

Mattk., xn

d'abord puiser en Dieu même les enseignements que nous devions prêcher aux autres? Si nous puisions à cette source divine, Dieu nous ouvrirait lui-même la bouche et mettrait sur nos lèvres une sagesse à laquelle nos adversaires ne seraient pas capables de résister et qu'ils ne pourraient contredire. La meilleure préparation avant le sermon, c'est la prière. Nous devons méditer avant de prêcher et placer nos méditations dans nos sermons et non nos sermons dans nos méditations ; car nous méditons pour notre propre sanctification et nous ne sommes jamais plus sûrs de toucher le cœur des hommes qu'en leur enseignant des vérités que nous avons d'abord mises en pratique dans notre propre vie. C'est pour cette raison que le ministère de la parole de Dieu nous force à nous tenir constamment comme des disciples aux pieds de notre divin Maître. Quand nous prêchons sa vérité, sa vérité réagit avec une puissance étonnante sur nous-mêmes ; elle grave son image dans notre intelligence, dans notre conscience et dans notre cœur ; elle fortifie puissamment notre volonté ; elle s'empare de tout notre esprit, conserve vivaces dans les replis de notre mémoire les méditations des longues années de notre passé sacerdotal et y ajoute un continuel et nouvel accroissement de lumière ; elle fait descendre dans l'âme du prédicateur une bénédiction spéciale de Dieu. Qui inebriat inebriabitur et ipse. Celui qui rafraîchit abondamment les âmes avec les eaux du salut en sera rafraîchi lui-même avec abondance; celui qui abreuve les âmes aux sources de la vérité en sera abreuvé lui-même à l'heure et au moment même où il annoncera la vérité de Dieu. Un humble prêtre, qui prêche comme il prie, se place par le fait même au

bord de la fontaine d'où jaillissent les eaux du salut ; ses lèvres sont à la source et souvent il aura lieu de s'étonner de voir surgir dans son esprit des pensées qui ne sont pas les siennes et de trouver sur ses lèvres des paroles qui ne viennent pas de lui. C'est la promesse du Sauveur : « Celui-là recevra de moi et il vous le communiquera à vous. » Ilh plus dicit qui plus factt — quelques paroles prononcées par un saint prêtre font plus d'effet que toutes les voix de l'éloquence humaine. La prédication est donc un soutien constant et surnaturel qui aide le prêtre à atteindre la perfection sacerdotale et pastorale.

V Enfin, et c'est le dernier soutien que nous avons à indiquer 'le confessionnal. Saint Grégoire dit que les. prêtres sont comme les bassins d'airain qui se trouvaient à l'entrée du temple et où le peuple puisait de 1 eau pour se purifier avant de pénétrer dans le saint lieu. Ils reçoivent les péchés de tout le peuple, mais il faut qu'ils se gardent toujours purs eux-mêmes ("> JÉSUS étendant ses mains toucha le lépreux en disant : « Sois guéri » Le prêtre touche le pécheur et le pécheur est purifié. Mais le prêtre doit veiller et prier, ne kpra posstt transir e in medicum.

Nous étudions dans les livres la théologie morale, mais il n'y a pas de livre aussi savant que le confessionnal. Le prêtre n'oubliera jamais le moment ou il s'assit pour la première fois au tribunal de la pénitence. Il entend là de chaque côté des voix qui alternent et qui paraissent sortir du paradis et de l'enfer. C'est d'abord la confession d'un pécheur dont la conscience

Reg. Pastoralis, lib. II. Cil.

est noire comme la nuit, puis la confession d'un enfant qui a conservé l'innocence baptismale ; puis celle d'un pénitent vraiment contrit suivie de la confession d'une âme qui ignore son état et ses iniquités ; c'est enfin la confession d'un pauvre au cœur simple etdroit,et puis celle de mondains, d'intrigants et de menteurs avérés. Tous les traités des docteurs de Salamanque ne peuvent apprendre à un prêtre ce que son confessionnal lui apprend tous les jours. S'il est assez humble pour vouloir s'instruire, le confessionnal lui donnera cinq grands enseignements.

Il y apprendra d'abord à se connaître lui-même en se rappelant les aveux qu'on lui a faits et en regardant lui-même sa propre face dans le miroir que la vie des pécheurs place devant ses yeux.

Il y apprendra, secondement, à pleurer ses propres péchés au spectacle de pénitents contrits qui sont inconsolables dans la douleur que leur causent leurs péchés.

Il y prendra, troisièmement, des leçons de délicatesse de conscience au contact de ces âmes innocentes dont l'œil est simple et dont tout le corps, comme dit l'évangile, est rempli de lumières et qui s'accusent elles-mêmes d'omissions et de désobéissances légères à la loi de Dieu, fautes que nous prêtres nous commettons peut-être chaque jour sans nous en apercevoir.

Il y apprendra, quatrièmement, à porter plus haut ses aspirations à la vue de ces âmes ferventes dont l'unique désir et Tunique effort, au milieu de leurs charges et de leurs préoccupations domestiques, est de s'élever de plus en plus haut dans l'union avec Dieu.

Il y apprendra, cinquièmement, à se reprocher sa vie inutile, à la vue de ces âmes généreuses et fidèles qui, bien qu'entravées par mille obstacles, nous surpassent en humilité, en abnégation, en charité et en union avec Dieu, nous prêtres qui avons tant de moyens et tant de grâces pour nous élever à la perfection.

Mais si nous voulons sérieusement puiser ces leçons dans le confessionnal, nous devons agir à l'égard du sacrement de pénitence comme nous agirions à l'égard du sacrement de baptême pour faire reluire dans toutes nos œuvres son divin caractère et sa vertu. Le premier des devoirs qu'un prêtre tiède néglige, c'est son devoir de confesseur. Parfois il se venge des reproches que ses pénitents lui adressent inconsciemment. Parfois il s'ennuie de rester assis de longues heures au confessionnal et de traiter avec des pénitents grossiers et répugnants. Parfois il entend les confessions et il absout sans ajouter un mot d'exhortation, soit parce qu'il ne trouve rien à dire, soit par manque d'esprit intérieur, soit parce qu'il n'a pas fait attention à la confession elle-même.

Si toutefois le prêtre s'acquitte au confessionnal, comme il le doit, de sa charge de père, de juge et de médecin des âmes, le confessionnal devient pour lui un des moyens les plus sûrs et les plus puissants de sanctification.

Que peut-il donc manquer au prêtre pour se maintenir dans la perfection intérieure où il se trouvait' lorsqu'il se présenta à l'ordination ? La célébration de la sainte messe, la récitation de l'office divin, la pratique de l'oraison mentale — c'est-à-dire la vie même de contemplation, — la prédication de la parole

de Dieu, l'absolution des péchés et la direction des âmes dans le tribunal de la pénitence, — ces cinq grâces de choix accordées au sacerdoce ont un effet direct, irrésistible et surabondant sur la vie et sur l'âme d'un prêtre. Il ne peut jamais alléguer, pour s'excuser d'un péché d'action ou d'omission, ou pour s'excuser d'avoir cédé à une tentation ou trahi un devoir, qu'il ne connaissait pas ses obligations sacerdotales ou que la force lui a manqué pour les remplir. Une telle défense serait une accusation directe contre notre Divin Maître, comme s'il commandait des choses impossibles, ou comme s'il exigeait, en maître rigide, un service pénible sans nous ménager suffisamment et amplement les moyens de l'accomplir. C'est une tentation et une faute assez communes de nous en prendre à notre état et à notre position et de nous imaginer que nous serions meilleurs dans toute autre situation et dans toute autre carrière. Si avec les appuis dont Dieu a entouré notre faiblesse, nous nous refusons à l'effort sérieux et équitable qu'il attend de nous, nous reculerons partout dans toute condition et dans toute situation possible. Si les dangers qui entourent le prêtre sont grands, les appuis qui lui sont offerts sont plus grands que ses dangers.

Page 1