‹ Le sacerdoce eternalChapitre 47 sur 110 · Thess., v · texte numérisé non relu

Thess., v

Le Sacerdoce Éternel. o

dire ce que perdent ceux qui prient peu et ce que gagnent ceux qui s'entretiennent habituellement avec lui? La mission des prêtres et des pasteurs est si manifestement surnaturelle que nous en attendons des résultats surnaturels et que ces résultats nous les demandons tels qu'on peut les attendre de l'action personnelle de Dieu. La conversion des pécheurs et le salut des âmes comprennent virtuellement tous les travaux de notre ministère spirituel et ils sont si évidemment divins dans leur origine et si évidemment surnaturels dans leurs moyens que, nous prêtres, nous les implorons de Dieu comme des dons et non pas comme les résultats de notre action personnelle. On ne saurait douter que la fécondité du ministère de certains pasteurs et la stérilité du ministère de certains autres ne s'explique par l'esprit de prière qui règne chez les uns et qui fait défaut chez les autres et ne se mesure à l'intensité plus ou moins grande ou à l'absence plus ou moins complète de cet esprit. Plus on prie, plus on reçoit,' moins on prie, moins on reçoit. Mais il est inutile d'insister sur ce point. Il n'y a rien que nous ne puissions demander ou absolument ou conditionnellement et il n'y a rien de bon que Dieu ne veuille nous accorder, car il trouve sa félicité à nous combler de ses dons.

Mais c'est l'effet que produit en nous la prière en réagissant sur nous-mêmes qui nous donne la mesure précise et certaine de ce que nous valons aux yeux de Dieu. Nous sommes devant Dieu ce que nous sommes réellement, ni meilleurs ni pires que nous ne sommes. Et nous sommes ce que notre union avec Dieu fait de nous. Notre face s'illumine, se voile ou s'assombrit à mesure que nous approchons de Dieu dans la prière

ou que nous nous en éloignons en la négligeant. Le recueillement, la joie et l'espérance de l'âme sont la récompense de la prière. L'inquiétude, l'inconstance, la tristesse et la pusillanimité sont la conséquence de l'oubli de ce devoir. En réalité, la prière indique ce que nous valons spirituellement et, tels nous sommes, tel sera notre ministère pastoral. Un prêtre qui prie fera en une heure ce qu'un prêtre qui prie moins fera à peine en plusieurs jours. Les actions d'un prêtre toujours uni à Dieu ont une vie, une chaleur, une énergie et une force de persuasion qu'aucun talent naturel ne peut donner. Nous faisons peu de fruit parce que nous prions peu, et parce que nous prions peu, nous restons ce que nous sommes. Si nous employions le temps que nous perdons et les heures qu'on nous dérobe à nous entretenir avec Dieu au lieu de nous entretenir avec le monde, toutes nos actions se feraient avec une intention plus élevée, auraient des conséquences plus sérieuses et des effets plus durables.

V. Un autre indice de ce que vaut le temps pour le prêtre se trouve dans l'objectif même de la vie sacerdotale.

Le prêtre existe pour rendre témoignage à son divin Maître en enseignant et en proclamant la vérité ; mais surtout en offrant à tous le modèle vivant de la perfection et en répandant autour de lui, alors même qu'il n'en a pas concience, l'influence de l'esprit qui l'anime. Malheur à lui, si par ses paroles ou par l'influence de l'esprit qui le dirige et de sa manière de vivre, il témoigne contre l'observation du dernier même des commandements de Dieu! Et grand est le danger des âmes et grande la forfaiture du prêtre si son témoi-

gnage au sujet de la loi est douteux, équivoque ou obscur. Il ressemblerait à un poteau indicateur placé au bord d'un chemin et dont personne ne pourrait lire l'inscription. Et il aurait à rendre un compte sévère de toutes les âmes qui ont péri par sa faute.

Le prêtre existe aussi pour être la lumière du monde. Mais si l'esprit qui l'anime et toute sa conduite ne montrent aux yeux qu'une lumière terne et vacillante, qui voudra se confier à sa direction?

Il est aussi destiné à être le sel de la terre, le sel qui purifie le cœur et la conduite des hommes et les rapports sociaux qu'ils ont entre eux. Mais s'il n'est pas pur dans ses paroles, dans ses actions et dans ses pensées, son contact sera plutôt un obstacle qu'une aide pour ceux qui sont soumis à son influence. L'influence d'un prêtre n'est jamais négative. Il donne ou il dérobe, il gagne ou il perd, et pour lui et pour les autres.

Chacun peut apprécier combien grands sont les dangers qui entourent le prêtre qui vit et qui travaille au milieu du monde. Le champ de ses labeurs est le monde et ce champ est semé de froment et d'ivraie. Les esprits manifestement hostiles au prêtre sont souvent peu dangereux pour lui parce que leur hostilité se montre à découvert ; mais les bons qui souvent manquent de retenue à son égard, qui sont légers ou relâchés dans leurs habitudes, endorment sa vigilance par de bons procédés et lui font tort avant même qu'il s'en aperçoive. Ils lui prennent son temps par leurs visites ; lui dévorent ses journées par leurs invitations ; l'inondent des flots de leur babil et le tiennent emprisonné dans ce réseau qu'on est convenu d'appeler la société, réseau formé de la foule des intimes et de ces mille

récréations, honnêtes sans doute en elles-mêmes, mais qui sont peu en proportion et en harmonie avec la gravité du ministère sacerdotal. Des intimités se forment insensiblement et inconsciemment d'abord: mais bientôt les fascinations du monde et les sympathies personnelles enlèvent à l'esprit son calme et détruisent l'équilibre de la vie spirituelle. Le commerce et la société de certaines personnes finissent par nous attacher au point que ces relations entrent pour une bonne part dans nos pensées et qu'elles nous deviennent un besoin quotidien. De fausses relations se forment insensiblement, innocentes peut-être, mais que cimente un attachement peu mesuré et qui peu à peu éloignent le prêtre du divin Maître, le seul ami auquel il a donné tout son cœur. Quels pièges tendus sous ses pas et quels précipices ouverts sur son chemin ! Insensiblement il s'avance dans cette voie, sans calculer l'espace qu'il a déjà parcouru, jusqu'à ce qu'un gouffre s'ouvre derrière lui et que son passé disparaisse tout à fait à ses yeux. Et c'est là aussi un indice de ce que vaut le temps pour le prêtre, non que le temps ait produit ce résultat, mais parce que, lui prêtre, en est arrivé là en abusant de son temps, et à l'heure même où il le gaspillait ce temps et le jetait au vent, ou se le laissait volontairement ravir.

Le remède le plus efficace et le plus sûr contre le mal que nous venons de signaler c'est de faire de toutes nos journées et de toutes nos heures un usage sage et déterminé. Tout prêtre doit se tracer un horàrium et le diviser en deux parties. La première partie règle sa journée,en fixant l'heure du lever et l'heure du coucher, l'heure de la messe et de l'office, l'heure de l'étude et

des travaux de plume, l'heure du travail sur les âmes au confessionnal, au chevet des malades et dans la maison du pauvre. Un horarium de ce genre doit indiquer d'une manière précise la quantité de temps que l'on veut consacrer à chacun des points qui partagent la journée. Aucun moment du jour ne sera laissé pour le monde et pour la société du monde, car la vie d'un prêtre doit se passer hors du monde. Sa maison c'est le sanctuaire et son Ami divin c'est l'hôte du santuaire; les Saints et les docteurs sacrés qui lui parlent dans ses livres, c'est sa société. Lorsque le soleil a disparu à l'horizon, le soir est la plus précieuse partie de la journée d'un prêtre. C'est le seul temps qu'il puisse réellement appeler le sien. Heureux le prêtre qui en connaît la valeur et insensé le prêtre qui dépense ce temps dans les réunions du monde!

La deuxième partie de Y horarium doit régler l'emploi de notre vie tout entière. La plupart des hommes accordent un tiers chaque jour au sommeil en y comprenant le lever et le coucher. La sainte messe et l'office nous demandent trois heures pleines; et qui peut préciser les heures qu'exigent de nous les prières privées, la lecture spirituelle, l'étude, le confessionnal et le soin des âmes? Impossible d'assigner une limite au temps qu'il convient de consacrer à ces saints exercices. Il y a des prêtres qui accordent peu au monde et aux réunions du monde; il y en a plusieurs qui leur accordent trop. Si donc nous vivons soixante-dix ans, nous aurons dépensé plus de vingt-trois ans à dormir. environ sept ans à la sainte messe et à l'office divin: ce qui fait environ trente ans sur une vie de soixante-dix années. Comment les quarante autres années seront-

elles employées? Il serait bon pour nous d'entendre retentir en tout lieu à nos oreilles ces paroles de Dieu au prophète: Quid hoc agis Ella (')? et, à toute heure de la journée, ces autres paroles : « Ne savez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père? »

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