Gai., V
I. La première douleur d'un prêtre lui vient de la conscience de sa propre indignité.
Tout prêtre doit avoir présentes à l'esprit ces paroles de saint Paul : « Je rends grâces à celui qui m'a fortifié, au Christ JÉSUS Notre-Seigneur, de ce qu'il m'a estimé fidèle, en m'établissant dans son ministère, moi qui étais auparavant blasphémateur, persécuteur et insulteur ; mais j'ai obtenu miséricorde de Dieu parce que j'ai agi par ignorance dans l'incrédulité. Maintenant la grâce de Notre-Seigneur a surabondé avec la foi et la dilection qui est dans le CHRIST JÉSUS. C'est une vérité certaine,et digne d'être entièrement reçue, que le Christ JÉSUS est venu en ce monde pour sauver les pécheurs, entre lesquels je suis le premier. Mais aussi j'ai obtenu miséricorde afin qu'en moi, le premier, le Christ JÉSUS montrât toute sa patience, en sorte que je servisse d'exemple à ceux qui croiront en lui pour la vie éternelle (r). » Ces paroles nous montrent que saint Paul ne se réputait pas lui-même fidèle ; qu'il avait conscience de sa grande indignité dans le passé ; qu'il était convaincu que, s'il avait reçu son pardon, c'est parce qu'il avait péché par ignorance; que personne n'était plus pécheur que lui-même, et que le vrai motif pour lequel il avait été élu, c'est afin qu'il fût un témoin vivant de la patience de JÉSUS- Christ et une preuve évidente de la grâce puissante que Dieu accorde aux hommes lorsqu'il les appelle au salut, pour que personne, après un tel exemple, ne fût en droit de désespérer jamais.
Tim., I, 12-16.
Quel prêtre peut jeter un regard sur son passé sans s'étonner qu'il ait pu être appelé, lui, à l'honneur du sacerdoce ? Combien de compagnons de notre jeunesse étaient sous tous rapports plus aptes que nous à l'exercer ? Ils n'avaient jamais commis tous ces péchés, toutes ces folies, toutes ces imprudences que nous sommes en droit de nous reprocher à nous-mêmes : fautes dont nous nous sommes rendus coupables alors que nous en connaissions parfaitement la malice, ou fautes dont nous découvrons aujourd'hui la noirceur que nous n'apercevions pas alors par un aveuglement volontaire. Nous ne connaîtrons jamais de personne autant de mal que nous en connaissons de nous-mêmes, non pas précisément pour avoir commis de grandes infractions à la lettre de la loi, mais à cause de tant de péchés intérieurs commis au mépris de tant de grâces spirituelles. Nous sommes nous-mêmes les premiers exemples de l'amour, du pardon, de l'espérance, de la confiance et du salut que nous prêchons aux autres. Si la miséricorde de Dieu envers nous n'avait pas été infinie, non seulement nous ne serions pas prêtres, mais nous n'eussions jamais été appelés à l'existence.
— « Qui parmi les hommes sait ce qui est dans l'homme, sinon l'esprit de l'homme qui est en lui (*)? » Ceux qui nous connaissent le mieux ne savent absolument pas quelle a été notre vie intérieure depuis le jour où nous eûmes pour la première fois conscience de nos actes. Nous pouvons parcourir d'un seul coup d'œil toute notre vie et faire passer en un moment et