‹ Le sacerdoce eternalChapitre 50 sur 110 · I Cor · texte numérisé non relu

I Cor

tout à la fois sous nos yeux notre enfance, notre adolescence, notre jeunesse, notre virilité, qui en sont les étapes distinctes et successives : nous la verrons sous toutes ses phases inondée d'une lumière, d'une pureté incomparable dont les rayons partent de Dieu, et nous y verrons cette lumière obscurcie par des taches sombrejj qui partent de nous. Comment est-il possible que j'aih<té choisi pour être prêtre ? Je me connais bien plus'coupable qu'aucun des compagnons de mon adolescence qui n'ont pas été appelés, eux, à s'approcher si près de Dieu. Dieu m'a-t-il appelé, moi, parce qu'il •a p.évu que je ne me sauverais pas autrement ? Parce qu'il a prévu que je ne suis pas propre à combattre dans la mêlée du monde, ou même à vivre dans le monde, et que sans les sauvegardes et les soutiens de la vie et de l'état sacerdotal, je succomberais sous les artifices, sous la violence et sous la fascination du monde ? Quand je me rappelle ce que j'étais, comment -osé-je ouvrir la bouche pour annoncer la parole de Dieu ? Lorsque je mets les hommes en garde contre le péché, comment ne me disent-ils pas : « Médecin, guéris-toi toi-même » ? Lorsque je leur parle de leurs fautes, je les entends me dire : « Tu as une poutre dans ton œil » et, comme dit saint Grégoire, ulcus in facie, un ulcère sur la face. Et quand je prêche que l'amour de Dieu doit régner dans le cœur, quand je prêche le dévouement et l'abnégation, connaissant ce que je suis moi-même — mes emportements d'hier et mes reculades d'aujourd'hui — une voix me dit intérieurement : « Tu n'es qu'un mur blanchi. » Un prêtre qui se connaît lui-même sait par son expérience à quel point les croix et les déconvenues qu'il rencontre

à chaque pas dans son ministère l'abattent, l'attristent et l'humilient, mais il sait aussi qu'il n'y a pas pour lui de croix plus lourde à porter que la conscience de sa propre indignité. Saint Grégoire de Nazianze dit de lui-même : « Il est une réflexion qui me tient dans mon néant et m'impose l'humilité, c'est qu'il ein été préférable pour moi d'entendre « la voix qui loue » (le Seigneur), que de faire profession d'enseigner '"^oimême aux autres des choses au-dessus de ma portée, savoir la majesté, la sublimité, la grandeur (de Dieu), et les pures intelligences qui peuvent à peine concevoir la splendeur de Celui qui se cache dans les abîmes, dont les ténèbres sont la retraite, car il est la pure lumière que les yeux des mortels ne peuvent fixer ; lui qui est en toutes choses et supérieur à toutes choses,, lui qui est la beauté qui éclipse toute beauté, lui qui illumine les âmes et est inaccessible à la pénétration de l'esprit le plus sublime, nous échappant toujours dans la mesure des efforts que nous faisons pour le saisir, et élevant plus haut encore celui qui l'aime en fuyant loin de lui et en glissant de ses mains lorsqu'il parvient à l'atteindre (').

Qui ne s'est jamais écrié avec Job en se rappelant la joie de son ordination : « Qui m'accordera d'être comme j'ai été autrefois, comme j'étais dans ces jours où Dieu prenait lui-même le soin de me garder? Lorsque sa. lampe luisait sur ma tête et que je marchais dans les ténèbres àlalueurdesa lumière. Comme j'étais aux jours de ma jeunesse lorsque Dieu habitait en secret dans ma demeure (2) ! »

i, Oraf.'n, § LXXVI, t. I, p. 49.

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