Philip., m
soit plein de si nobles sentiments et leurs mains si vides de bonnes œuvres ; qu'ils soient si généreux en principe, mais si avares de leurs dons, si réguliers dans leurs dévotions, mais si peu dévots, si pieux et à la fois si mondains, si empressés à louer le bien dans les autres et si lents à s'efforcer de les imiter, si prompts à censurer l'inertie et l'inconstance, les omissions, les fautes et la tiédeur chez les autres et si inutiles euxmêmes, si mous, si paresseux et si tièdes : toute cette conduite étrange et contradictoire torture l'âme d'un prêtre et fait de sa vie un perpétuel désappointement. Où il cherche un appui, il n'en trouve pas, où il croit pouvoir se confier il ne rencontre que trahison, où il croit trouver un sol ferme, la terre se dérobe sous ses pieds. Dans la douleur que nous inspire la vue du péché il y a du moins quelque chose qui nous rapproche de Dieu. Elle nous tient en alarme et nous avertit que nous sommes placés au front de la bataille et que nous ne devons jamais abandonner « l'armure complète de Dieu ». C'est une lutte corps à corps avec le mal au cœur même de la place où il multiplie ses artifices et où il dresse ses batteries, lutte où les âmes périssent sous nos yeux si nous ne les sauvons pas et où notre âme à nous est elle-même en danger. Cette lutte soutient et fortifie notre courage et notre empire sur nous-mêmes. Mais le spectacle des fautes mesquines et viles que se permettent les gens de bien, leur petitesse et leur égoïsme, leur amour de leurs aises et leur insensibilité raffinée à la vue du mal qui se commet autour d'eux : tout cela nous irrite et nous agace sans avoir même pour effet de tenir en éveil notre attention sur nous-mêmes. Nous sommes tentés au contraire de
nous tourmenter et de nous plaindre des déconvenues qui nous viennent des gens de bien et nous comprenons l'écœurement qui remplissait le cœur de saint Paul lorsqu'il disait aux Philippiens : «Je n'ai personne qui me soit aussi intimement uni (que Timothée) et qui s'inquiète autant de vous par une affection sincère ; en effet tous cherchent leurs intérêts et non les intérêts de JÉSUS-CHRIST (t). » En règle générale, ceux qui parlent beaucoup agissent peu et ceux qui sont toujours à demander pourquoi on n'a pas fait ceci ou cela sont les derniers à faire ce qu'ils doivent. Nos chrétiens peuvent se diviser en deux classes : les discoureurs et les hommes d'action. Ceux qui agissent se taisent et la besogne est faite ; ceux qui babillent trouvent à redire à la manière dont la besogne a été faite et à la besogne elle-même. La critique est le seul concours réel qu'ils apportent au travail ; ils n'y apportent guère autre chose. Il est triste et étrange que si peu d'hommes veuillent payer de leur propre personne. Ils donnent leur argent, mais non leur temps et leur sollicitude. Or, il y a dans l'aumône moins de renoncement que dans le travail personnel. Le soin personnel des malades, des malheureux ou des pécheurs est plus précieux aux yeux de Dieu que tout l'or et les trésors de la terre.
IV. Une autre affliction du prêtre lui vient de la part des faux frères. Sous ce nom on peut comprendre non seulement les apostats et les hommes d'une foi peu solide, mais les hommes dissimulés qui s'insinuent près du prêtre et trahissent ses secrets, ceux qui chu-