‹ Le sacerdoce eternalChapitre 57 sur 110 · I Pet., iv · texte numérisé non relu

I Pet., iv

appuyer sur lui. Nos humiliations, nos peines et les angoisses de notre cœur sont des signes certains qu'il •est près de nous et qu'il prédispose notre intelligence à comprendre ce que toutes ies sciences humaines ne sauraient lui enseigner. Que de fois nous avons lu ces paroles: «Voici une vérité certaine, c'est que si nous mourons avec lui, nous vivrons avec lui ; si nous souffrons, nous régnerons avec lui (*)! » Etre accusé faussement, c'est pour un prêtre le trait le plus parfait de ressemblance avec son divin Sauveur.

La troisième pensée, c'est que notre divin Maître se sert de nos afflictions pour accomplir en notre faveur une œuvre de choix. Il nous prépare à cette œuvre par la souffrance, en nous enlevant les consolations spirituelles, que des mercenaires seuls peuvent exiger comme condition de leurs services, en purifiant notre charité de tout ressentiment à l'égard de ceux qui nous font sentir les traits de leur malignité, et de tout retour pusillanime sur nous-mêmes. Tant que nous n'aurons pas 'accepté la part de notre Maître, dont les trois compagnes inséparables furent, ainsi que s'exprime la bienheureuse Angèle de Foligno, la pauvreté, la douleur et la confusion, nous ne serons pas dignes d'être les prêtres ou les soldats du Cœur qui a été percé. Il dispense à tous ses serviteurs une tâche proportionnée à leurs facultés : au plus grand nombre une tâche facile, à plusieurs une tâche ardue ; à quelques-uns il demande l'héroïsme du sacrifice. Tous les prêtres ont leur place sur le Calvaire, mais quelques-uns sont plus près que les autres de la croix, et cette croix Dieu en mesure exactement le fardeau à la force des épaules de chacun.

i. II Tim., il, 11-12.

LE PRÊTRE SOUS LE COUP DE FAUSSES ACCUSAT. l6l

Les uns ne la portent qu'un moment ; à d'autres échoit la charge de la porter sur toute la longueur du chemin, comme Simon de Cyrène ; aux uns les moqueries de la Passion, aux autres le vinaigre et le fiel ; à plusieurs la désolation de la dernière agonie, et à un petit nombre les fausses accusations sous le coup desquelles il expira. Saint Romuald, saint Pierre Martyr, saint François de Sales, saint Joseph Calasance, saint Vincent de Paul burent à ce calice, et le vidèrent même jusqu'à la lie. C'est ce qui en fit des saints et les forma pour l'œuvre qu'ils devaient accomplir, car ils étaient appelés à accomplir l'œuvre des Saints. Si donc une part nous est donnée dans cet héritage de souffrances, c'est un signe certain que JÉSUS nous aime et qu'il veut se servir de nous, dans un dessein particulier, comme d'instruments de sa puissance. Prenons donc garde de défaillir jamais sous ce fardeau ou de le craindre ; ne nous mettons pas en quête de défenseurs parmi les hommes, et n'usons pas des artifices humains pour notre justification. Laissons à Dieu le soin de nous justifier lui-même : « Confiez votre voie au Seigneur et espérez en lui et il vous soutiendra, et il fera paraître votre justice comme la lumière et votre bon droit comme le jour en plein midi (*). » En l'entendant, ô prêtre, vous donner par son prophète ce gage de son assistance toute particulière, rendez-lui grâces et dites: Benedicam Domininn in omni tempore. Je bénirai le Seigneur en tout temps : au temps de la paix et au temps de la détresse ; au temps de la joie et au temps de l'affliction ; au temps où les hommes me témoignent

i. Ps. xxxvi, 5, 6.

Le Sacerdoce Éternel. n

leur confiance et au temps où ils se défient de moi ; au temps où ils me comblent d'éloges et au temps où ils mettent à ma charge des iniquités que je ne connais même pas et des mensonges qui sont crus à l'égal de la vérité.

N ne peut nier que la vie d'un prêtre ne soit une vie d'austère solitude. Depuis le jour où il a été séparé de la foule par l'ordination, les paroles de l'Apôtre se vérifient en lui ; il est « sans père, sans mère, sans généalogie, n'ayant ni commencement de jours, ni fin de vie, mais, fait semblable au Fils de Dieu, il reste prêtre pour l'éternité f1). Il abandonne sa maison et ses amis ; sa naissance, son nom et sa race sont oubliés ; personne ne s'informe du lieu de son origine, ni du lieu où il peut mourir. Il est séparé du monde et il n'est jamais plus seul que lorsqu'il est dans les rues fréquentées, ou sur les places où la foule se presse. Il est vrai qu'il a pour société les âmes qui composent son troupeau, ses frères dans le sacerdoce, l'Eglise visible tout entière et tous les Saints du Ciel. Mais cette société ne lui suffit pas ; son cœur a besoin de liens plus intimes que tous ces liens et ce besoin de son cœur le prêtre parfois en demande la satisfaction aux épanchements de l'amitié et à ces relations innocentes que l'intimité a vite établies entre deux âmes. Le prêtre a besoin comme tous les hommes de ce que l'on appelle le Solatium humanitatis. Mais, en le recherchant ce solatium, ou en l'acceptant, il tombe souvent dans un piège ; car, comme dit saint Pierre, « on est esclave de celui par qui on a été vaincu (2) ». Quel que soit le

i. Heb., vu, 3.

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