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vainqueur, et quelle que soit la défaite, on est, par le fait même d'avoir été vaincu, livré aux chaînes de la servitude ; et il n'y a pas de servitude plus grande pour un prêtre qu'un attachement personnel mal ordonné. Lorsqu'il a reçu l'ordination, il a donné toute son âme à son Divin Maître et il a reçu en retour la liberté qui le dégage de toute amitié déréglée et de tout attachement excessif. Cette liberté consiste dans un parfait équilibre de toutes les affections du cœur, et cet équilibre a son centre de gravité dans l'amour de Dieu qui doit régner sur tous les mouvements de ce cœur, qui en perfectionne les élans et les épanchements et l'empêche de s'attacher à quelque chose que ce soit, au point de perdre ce parfait équilibre. On peut juger à coup sûr que cet équilibre est rompu lorsqu'on se répand dans les réunions profanes, lorsqu'on est affairé de correspondances et de visites, lorsqu'on s'ennuie chez soi et qu'on est sans repos pour trouver des distractions ; lorsqu'on perd son temps et qu'on a horreur de la solitude. Un prêtre qui trouve ses soirées fastidieuses, sa chambre trop vide, ses livres sans saveur a manifestement perdu son équilibre. Il est esclave de quelque chose ou de quelqu'un et il n'a plus la parfaite liberté de son cœur : « Que les clercs qui servent l'Église du Christ, dit saint Jérôme, tâchent d'abord de bien comprendre la signification de leur nom et, après avoir trouvé la définition de ce nom, qu'ils s'efforcent d'être ce que leur nom signifie. Car si le mot grec JtAspo; se traduit par lot en latin, les clercs sont évidemment appelés ainsi, soit parce qu'ils sont eux-mêmes le lot du Seigneur, soit parce que le Seigneur est leur propre lot à eux, c'est-à-dire la part
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même de leur héritage. Le clerc donc qui est lui-même la part du Seigneur, ou qui a le Seigneur pour sa propre part, doit vivre de telle sorte qu'il puisse à la fois posséder Dieu et être possédé par Dieu. Celui qui possède le Seigneur et qui peut dire avec le Prophète : « le Seigneur est la part même de mon héritage », ne peut avoir rien de plus cher que Dieu, car s'il place quelque chose au-dessus de Dieu dans ses affections, le Seigneur ne sera pas réellement sa part, pars ejus non erit Domi* nus (T). »
« Dieu s'entretint avec Abraham aussi familièrement qu'un simple mortel avec son ami. » — «Je vous appelle non mes serviteurs, dit Notre-Seigneur, mais mes amis. » L'ami du prêtre est son Divin Maître, et cette amitié divine suffit. Mais elle ne suffit qu'à ceux qui s'appuient sur elle seule. Elle ne souffre aucun partage avec des amitiés d'ordre inférieur. Elle doit régner dans notre cœur comme sur un trône. Notre- Seigneur a promis d'être << avec nous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles » et il a établi, « au-dessus des lois et des conditions de l'ordre naturel », un moyen d'être présent personnellement sur nos autels et de rester sans interruption parmi nous. L'ami du prêtre, c'est JÉSUS-CHRIST dans le Très Saint Sacrement faisant à jamais son séjour au milieu de nous ; le matin, le midi et le soir, le prêtre entretient avec lui un commerce incessant et de perpétuelles relations formées par l'amour et la protection d'une part, par l'amour et par le service d'autre part.