Col., m
l'ami du prêtre. 171
est le centre? Que dire de l'offrande de son précieux Corps et de ce précieux Sang qui a racheté le monde et dont la voix, qui ne s'interrompt jamais, s'élève plus haut que tous les crimes de la terre et retentit même jusqu'au fond des abîmes de l'expiation pour en délivrer les âmes souffrantes et les faire monter jusqu'à la vision de la céleste paix ? Que dire de cet acte par lequel le prêtre donne à la foule en nourriture le Pain ■du ciel ? Et tous ces actes du divin service que rend le prêtre à Jésus-Christ, nous les accomplissons en toute réalité dans chaque messe que nous célébrons ! Une journée qui commence dans ces conditions se terminera difficilement dans la dissipation, dans l'indifférence et au sein d'un monde dont le faux éclat trompe et éblouit. Pourquoi donc le rayonnement et la ferveur de notre messe quotidienne ne nous font-ils pas sentir leur influence bénie pendant tout le cours de notre journée ? Notre messe c'est la note dominante sur laquelle toutes les heures du jour doivent s'harmoniser. Toute parole prononcée au nom de Dieu, tout acte, même minime, accompli pour les intérêts de Dieu, soit sous une inspiration particulière, soit dans l'exercice habituel de l'office sacerdotal et pastoral ; tout sacrement administré; toute prédication de la parole de Dieu; toute âme recherchée et trouvée, tout pécheur converti, tout pénitent fortifié ; toutes ces œuvres sont un service personnel et direct rendu par nous à notre Ami divin. On peut aussi comprendre dans ce service l'usage consciencieux du temps, la patience dans les tribulations et l'humilité dont on fait preuve lorsque l'on est sous le coup de fausses accusations, accusation auxquelles un prêtre fidèle ne peut jamais échapper.
Et pendant que notre journée est ainsi consacrée tout entière à son service, il se met lui-même constamment à notre service avec une fidélité que nous ne saurions payer de retour. Nous savons peu comment il nous guide, comment il nous protège et nous entoure de ses soins et nous ne voyons pas sa main divine étendue sur notre tête lorsque les traits enflammés de l'ennemi sifflent de toute part autour de nous. Nombreux sont les dangers que nous connaissons, mais plus nombreux sont ceux que nous ne connaissons pas. Nous prions Dieu de nous délivrer de nos péchés secrets, mais nous avons besoin aussi de le prier de nous délivrer de nos dangers secrets. Il y a un bouclier qui nous protège et qu'une main puissante place et déplace autour de nous au moment où l'ennemi nous livre assaut de tous côtés et à l'heure où nous ne nous doutons pas que l'attaque est si proche. Plongé tout le jour au milieu du monde, perdu au milieu des bons et des méchants, des hommes et des femmes, des honnêtes gens et des fourbes, des esprits sincères et des esprits dissimulés, heureux le prêtre qui peut retourner le soir en présence de son Maître et qui, comme saint Pierre, lors de la dernière Cène,n'a besoin que de se laver les pieds ! Que de fois n'arrive-t-il pas que des prêtres qui étaient partis le matin a latere JESU, l'esprit dans la lumière et le cœur dans la paix, reviennent le soir abattus et troublés, l'esprit rempli de pensées indignes d'un serviteur et d'un ami ! Lui, l'ami divin, il est toujours le même : nous, nous sommes versatiles, nous sommes inconstants, n ous laissons notre conscience s'obscurcir et nous perdons notie lumière matinale. Notre cœur se rouille et se flétrit, mais lui, l'ami divin, il est
immuable dans son amour, dans sa pitié et dans sa miséricorde et, le soir, avant même que nous nous livrions au repos, il nous* absout de nos fragilités et de nos inconséquences de la journée. Ce sentiment intime des services mutuels qu'ils se rendent à tous deux resserre les liens qui unissent ensemble le prêtre et son ami céleste.
IV. L'amitié, de plus, est patiente, mais ici il n'y a de notre part nulle réciprocité envers notre divin ami. La patience est toute de son côté ; et sa patience est inépuisable. Son attitude ne change jamais à notre égard et son Cœur est toujours plein de tendresse. Lorsque nous revenons à lui, nous le trouvons tel que nous l'avons laissé, car en lui, il n'y a pas de variation, ni même l'ombre d'un changement. L'amour éternel est immuable et le cœur humain déifié par l'union hypostatique est inaccessible à la versatilité. De même que durant sa vie mortelle, il supportait les disputes, les rivalités et les ambitions qui se faisaient jour parmi ses disciples, et leur lenteur à croire à sa parole, ainsi aujourd'hui encore il nous supporte nous-mêmes. Mais les apôtres n'étaient pas encore prêtres lorsqu'ils mettaient à l'épreuve sa patience divine, et nous, nous le sommes !• Après leur ordination, la force succéda chez eux à la faiblesse et ils furent élevés au-dessus d'euxmêmes. Mais nous qui avons été investis au début même de notre ministère de l'honneur sacerdotal et de l'office pastoral, force nous est de constater à notre honte que les fautes que les apôtres avaient à se reprocher avant qu'ils eussent reçu leurs pouvoirs surnaturels, nous nous les permettons encore, nous, après l'ordination ! Et cependant il habite au milieu de nous dans le
silence et le calme, voyant nos fautes, mais fermant les yeux sur elles ; nous pardonnant comme il pardonna à Pierre, en nous réitérant à nous comme à lui le commandement de paître son troupeau. — Sa patience, de plus, est généreuse. Il se contente de peu. Un mot d'accusation contre soi-même, un mot de blâme et de reproche à soi-même et tout est oublié. Nous ne pouvons, nous, et nous ne devons jamais oublier les iniquités que nous nous sommes permises à son égard, mais quant à lui, il les rejette loin en arrière pour ne plus s'en souvenir : « Il n'achèvera pas de rompre le roseau brisé et n'éteindra pas la mèche qui fume encore (*). » Il attend patiemment et ne désespère jamais de nous voir croître et nous élever dans la perfection Et c'est toujours lui qui le premier nous fait des avances lorsque nous hésitons à venir à résipiscence. Le sentiment intime de notre propre indignité peut nous faire craindre et hésiter un instant de répondre à son appel, mais il suffit d'un mouvement énergique de la volonté pour comprimer en nous toute résistance. Il faut une conscience ferme pour regarder froidement au fond de soi-même. Nous voyons le plus souvent nos fautes sans les examiner de près, car cet examen nous enlève à notre quiétude et nous humilie ; il trouble la paix où nous nous endormons, paix fausse, car il ne peut y avoir de paix réelle en nous tant que nous n'agissons pas avec franchise et loyauté envers notre bon Maître, qui nous accordera facilement le pardon si nous ne nous l'accordons pas trop facilement à nous-mêmes.