‹ Le sacerdoce eternalChapitre 66 sur 110 · Rom., x · texte numérisé non relu

Rom., x

l8o CHAPITRE QUATORZIÈME.

mière de leurs fonctions. Denis l'Aréopagite les appelle pour ce motif des « illuminateurs ». Ils étaient alors prédicateurs, messagers du Verbe, évangélistes ; ils n'étaient pas ce qu'on a appelé depuis orateurs de la cl ui ire.

I. La prédication des apôtres était la voix même de leur divin Maître se prolongeant par leur organe dans toute sa majestueuse simplicité. Le peuple, dit l'Évangéliste, s'émerveillait aux paroles qui sortaient de la bouche sacrée du Sauveur. Sûrement « aucun homme n'avait jusqu'alors parlé comme cet homme ». Et pourtant un enfant pouvait comprendre ses paroles ; elles étaient transparentes comme la lumière ; elles étaient courtes et persuasives. C'était la sagesse du Verbe incarné parlant aux hommes dans le langage des hommes. C'était la vérité elle-même pénétrant à l'aide du langage articulé dans l'intelligence des mortels. Dans leur concision, leur simplicité et leur clarté, les paroles de JÉSUS sont un modèle pour les prédicateurs, comme sa vie est un modèle pour les pasteurs de son troupeau. Nous ne pouvons nous représenter dans notre divin Maître des efforts calculés de rhétorique et de gestes. Le calme, la majesté et la puissance de la vérité étaient les attributs de ses discours lorsqu'il parlait aux hommes.

Les sermons de saint Etienne, de saint Pierre et de saint Paul, que nous lisons dans le livre des Actes, sont l'écho fidèle de sa divine voix. On peut dire en vérité qu'il a accompli en eux sa promesse : « Qui vous écoute m'écoute. » Il en est de même des épîtres de saint Paul, de saint Pierre et de saint Jean. Le caractère de chacun d'eux perce dans leurs écrits, mais la conci-

LE PRETRE PREDICATEUR. l8l

sion, la simplicité et la clarté de l'enseignement de leur Maître sont toujours le trait distinctif de leur enseignement. L'absence de tout art et de tout effort calculé visant à l'effet venait de la conviction où ils étaient qu'en parlant ils remplissaient un divin message. Le redoutable ministère dont ils étaient investis leur faisait mépriser le moindre retour sur eux-mêmes. Saint Paul dit clairement aux Corinthiens qu'il ne voudrait pas user des artifices de leurs rhéteurs, et des subtilités pompeuses de leurs philosophes. Il y a une grandeur et une puissance inexprimables dans ces quelques mots si simples qu'il adresse aux Corinthiens : « Et moi, mes frères, lorsque je vins à vous, ce ne fut point avec la sublimité du langage ou de la sagesse que je suis venu vous rendre témoignage de JÉSUS-CHRIST. Car je n'ai point fait état parmi vous de connaître autre chose que JÉSUS-CHRIST et JÉSUS-CHRIST crucifié. Et tandis que je suis resté chez vous, j'ai été dans l'infirmité, dans la crainte et dans une grande terreur. Et mon discours et ma prédication ne consistaient pas dans les paroles insinuantes de la sagesse humaine, mais dans la manifestation de l'esprit et de la vertu : afin que la sagesse humaine ne soit pas le fondement de votre foi, mais que ce soit la vertu de Dieu ('). » L'abattement, les craintes et les terreurs, dont parle l'apôtre, venaient de la conscience qu'il avait du divin ministère de vie et de mort qui lui était confié. Et sa peur d'user des subtilités du langage humain était une intuition de sa foi qui lui disait que la foi divine doit s'appuyer sur la vérité divine et que la sagesse de

i I Cor., ir, 1-5.

l'homme n'est pas la parole de Dieu. Les orateurs humains peuvent produire une foi humaine. La divine vérité a une puissance sacramentelle pour convertir les âmes à Dieu.

II. Les apôtres, lorsqu'ils parlaient, étaient éclairés de lumières et enflammés de zèle à un degré unique que personne n'atteindra jamais après eux. Ce caractère de leur prédication avait deux causes. La première était qu'ils avaient vu de leurs yeux le Verbe incarné. << Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous f1).» — « Ce qui a été dès le commencement, ce que nous avons ouï, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons considéré, ce que nos mains ont manié concernant le Verbe de Vie (car la vie s'est manifestée, nous l'avons vue et nous vous en rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle qui était dans le Père et qui s'est découverte à nous) (2). » — « Ce n'est pas en vous instruisant par des fables étudiées que nous vous avons fait connaître le pouvoir et la venue de Jésus-Christ Xotre-Seigneur, mais pour en avoir vu nous-mêmes la majesté (3). » Ceci mettait leur esprit dans cette condition particulière que nous appelons le sentiment de la réalité. Ce qu'ils affirmaient, ils l'avaient vu ; ce qu'ils enseignaient, ils l'avaient appris de la bouche même du Fils de Dieu. Ils ne pouvaient ni douter, ni hésiter, ni retrancher, ni reculer devant aucune contradiction. Saint Paul le dit : « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous (4) ? » Leurs

i. Joan. . i, 14.

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