‹ Le sacerdoce eternalChapitre 67 sur 110 · Rom., vin · texte numérisé non relu

Rom., vin

rapports personnels avec Notre-Seigneur et la mission directe qu'ils avaient reçue de lui donnaient à leur parole et à leur action une force d'expansion qu'aucun obstacle ne pouvait arrêter. Leur prédication était l'effusion d'une conviction inébranlable. Leur âme tout entière, leur intelligence, leur conscience, leur cœur et leur volonté se traduisaient dans chacune de leurs paroles. Leur prédication était l'affirmation de témoins oculaires et auriculaires : ce qui lui donnait une force supérieure à toute éloquence.

Les mots entravent plutôt qu'ils ne secondent la force d'expansion et la puissance qu'a la vérité par elle-même lorsqu'elle est simplement énoncée par ceux qui croient ce qu'ils affirment. Des hommes qui viennent d'échapper à un grand danger, ou qui sont encore sous l'impression du spectacle d'une terrible catastrophe, traduisent leur émotion en peu de mots. S'ils sont prolixes, c'est un signe qu'ils sont peu impressionnés par ce qu'ils ont vu et par ce qu'ils racontent. Ceux qui se trouvaient au Calvaire et qui y veillaient pendant les trois heures de l'agonie du Sauveur,et ceux qui virent JÉSUS après qu'il fut ressuscité d'entre les morts, et saint Paul qui le vit au point d'être aveuglé par les rayons de sa gloire, ont dû, tant que dura leur vie, conserver dans toutes leurs facultés, dans tous leurs sentiments et dans toutes les fibres de leur cœur, l'impression produite sur eux par sa divine présence, par le spectacle de sa passion et par le souvenir de l'amour qu'il leur avait témoigné en personne. Il eût été fort difficile pour eux de se taire à ce sujet. Ils ont dû certainement désirer avoir mille dialectes, mille voix et mille langues à leur disposition pour annoncer

du soir au matin la mort du CHRIST sur la croix, sa glorieuse résurrection et la paix du royaume de Dieu.

L'autre cause de la puissance et de l'onction spéciales de la parole apostolique, c'est — et cette grâce aussi n'a été accordée à personne après eux — l'inspiration qui leur vint du ciel le jour de la Pentecôte. « Ils étaient remplis du Saint-Esprit. » La langue de feu que chacun avait reçue était l'emblème de la lumière et de l'ardeur avec lesquelles ils annonçaient aux hommes le Verbe de Dieu : « Mes paroles, dit Jérémie, ne sontelles pas comme un feu et comme un marteau qui réduit les rochers en poudre (r) ? » Telle était la parole apostolique partout où elle se répandait dans le monde.

Nous ne pouvons nous faire à l'idée que les messagers du royaume de Dieu se livraient à un travail de composition avant de parler en public et étudiaient les règles et les ornements du style littéraire. Les fragments de leurs discours que nous conserve le Nouveau Testament sont sans art et simples comme ces créations de la nature dans les forêts vierges, qui reflètent la puissance et la beauté de Dieu. Leurs paroles et leurs écrits sont d'une élévation majestueuse, profonds et pathétiques, d'une beauté sans artifices, grands et simples comme l'océan et les cieux. Tout leur être était sous l'impression des faits divins et des vérités dont ils prêchaient les éternelles réalités. Ils n'avaient besoin ni de préparation, ni d'études, ni même de réflexion- Ils parlaient comme leur Maître avait parlé avant eux. « Nous parlons, dit saint Jean, de ce que nous con-

i. Jer., xxiii, 29.

naissons et nous attestons ce que nous avons vu ('). » III. Mais peut-être quelqu'un nous objectera que notre situation n'est pas la même que celle des apôtres et qu'elle est si éloignée de la leur que notre prédication a absolument besoin de préparation, d'étude et d'un sérieux travail intellectuel. A cela on peut répondre oui et non. Oui d'abord. Non seulement la préparation est nécessaire pour un prédicateur, mais cette préparation s'étend très probablement plus loin que ne se l'imagine notre contradicteur. Par préparation, on entend communément une composition écrite avec soin et confiée avec non moins de soin à la mémoire. On pourrait la trouver suffisante, si tous les prêtres animés de l'esprit de foi se bornaient à une semblable préparation. Mais la préparation requise pour un prédicateur s'étend plus loin et est plus sérieuse que celle-là. C'est la préparation, non du sermon, mais de l'homme. C'est la préparation éloignée et non la préparation prochaine qui est principalement exigée. C'est l'homme et non le sermon qui prêche et le sermon est ce qu'est l'homme. Saint Paul dit : « Xous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais nous prêchons le CHRIST JÉSUS, Notre-Seigneur (2). » Aujourd'hui il n'y a que ceux qui sont remplis comme saint Paul de l'esprit de JÉSUS-CHRIST et de sa divine présence, qui peuvent prêcher ainsi ; les autres ne le peuvent pas. Beaucoup d'hommes se prêchent eux-mêmes — c'està-dire qu'ils apportent en chaire leur esprit propre — • et la quantité ainsi que la qualité des talents qu'ils possèdent et des connaissances qu'ils ont acquises se

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