I Cor., XI
LA NATURE DU SACERDOCE. I I
fait de lui-même à son Père. Albert le Grand et saint Thomas ont donc dit vrai en affirmant que jamais il n'a été accordé à un mortel un pouvoir et un honneur plus grands que le pouvoir et l'honneur de consacrer le corps de JÉSUS-CHRIST et qu'on ne peut concevoir de sainteté et de perfection plus grandes que la sainteté et la perfection requises dans le prêtre par une si divine action.
Saint Thomas nous enseigne que l'ordination imprime en nous un caractère ; et que ce caractère est comme un sceau spirituel et ineffaçable que Dieu imprime dans Tâme pour la rendre capable ou d'exercer les actes du culte divin, ou d'apprendre aux autres à les exercer (*). Le sacerdoce de JÉSUS-CHRIST est la source de tout le culte divin (2). Tous les chrétiens ressemblent à JÉSUS-CHRIST parle caractère imprimé en eux par le baptême et la confirmation, et le prêtre a un trait spécial de ressemblance avec lui par le caractère qu'il reçoit dans l'ordination (3). Dans le Christ seul il n'y a point de caractère, parce qu'il est l'exemplaire
t. « Per omnia sacramenta fit homo particeps sacerdotii Christi, utpote percipiens aliquem effectum ejus ; nontamen per omnia sacramenta aliquis deputatur ad agendum aliquid, vel recipiendum quod pertineat ad cultum sacerdotii Christi ; quod quidem exigitur ad hoc quod sacramentum characterem imprimat. )> — S. Thomas, Sumvia theol. ,p. ni, q. LX1II, a. 6.
« Character proprie ezt signaculum quoddam quo aliquid insignitur ut ordinatum in aliquem finem. » — Ibid., a. 3.
« Character ordinatur ad ea quae sunt divini cultus. » — lbid. , a. 4.
2. « Totus autem ritus christianœ îeh'gionis derivatur a sacerdotio Christi. » — lbid. , a. 13.
3. « Pertinet autem aliquod sacramentum ad divinum cultum tripliciter : uno modo per modum ipsius actionis; alio modo per modum agentis ; tertio modo per modum recipientis... Sed ad agens in sacramentis pertinet sacramentum ordinis... Sed ad recipientes pertinet tacramentum baptismi... Ad idem etiam ordinatur quodammodo confirmatio... Et ideo per haec tria sacramenta character imprimitur, scilicet per baptismum, confiimationem et ordinem. » — Ibid. , a. 6.
et le type de tous les caractères. Le Christ est le caractère ou lïmage substantielle du Père ; toute divine perfection est en lui, et le caractère que les sacrements impriment en nous, reproduit dans notre âme quelques traits et comme une esquisse du divin modèle (*).
Le caractère que nous recevons, ajoute saint Thomas, est imprimé, non dans l'essence, mais dans les facultés de notre âme, — c'est-à-dire dans les facultés intellectuelles et affectives — et ce caractère estflassif ou actif {2). Le caractère du baptême est passif en ce sens qu'il nous rend capables de recevoir les autres sacrements et de reproduire en nous, en qualité de fils, les traits du Fils unique de Dieu. Le caractère de la confirmation est actif en ce sens qu'il nous donne la force nécessaire pour confesser publiquement notre foi et pour la vie d'action et de patience qui convient à de dignes soldats du Christ. Le caractère de l'ordination est actif en ce sens qu'il nous donne les facultés nécessaires pour l'exercice et l'administration du culte divin (3). Le caractère sacerdotal est donc une participation au sacerdoce de JÉSUS-CHRIST
i. « Et propter hoc etiam Christo non competit habere characterem ; sed potestas sacerdotii ejus comparatur ad characterem sicut id quod est plénum et perfectum ad aliquam sui participationem. » — Ibid., a. 5.
2. « Characterestquoddam signaculum quo anima insignitur ad suscipiendum, vel aliis-tradendum ea quae sunt divin; cultus. Divinus autem cultus in quibusdam actibus consistit. Ad actus autem proprie ordinantur potentiae animée, sicut essentia ordinatur ad esse. Et ideo character non est sicut in subjecto in essentia animœ, sed in ejus potentia. » — JHJ., a. 4.
:. Divinus autem cultus consistit vel in recipiendo aliqua divina, vel in tradendo ahis. Ad utrumque autem horum requiritur qucedam potentia : nam ad tradendum aliquid aliis requiritur quaedam potentia activa ; ad accipiendum autem requiritur potentia passiva. Et ideo character importât quamdam potentiam spiritualem ordinatam ad ea quae sunt divini cultus. » — laid., a. 3 et q. i.xxii, a. 5.
LA NATURE DU SACERDOCE
et il crée en nous une ressemblance étroite avec lui dans son office de médiateur. — Le caractère est, enfin, la cause et la source de la grâce sacramentelle ; et cette grâce est particulière à chacun des trois sacrements qui impriment dans l'âme un caractère distinct et dispensent cette grâce conformément à la fin qui leur est propre et aux obligations qu'ils imposent.
Le mot « caractère » a pour signification précise une esquisse, une empreinte produite par la gravure, comme celle qu'imprime un sceau sur la cire. Quand on dit que cette empreinte est gravée dans l'âme, cela signifie que l'âme conserve l'empreinte, l'image imprimée sur elle par le sceau divin, comme, par exemple, la pièce de monnaie conserve l'empreinte qu'y a fixée le coin du graveur. C'est là évidemment une métaphore, comme c'est aussi une métaphore que le sceau dont il est parlé dans l'Apocalypse et que les anges impriment sur le front des cent quarante-quatre mille élus au moment où les quatre vents de malheur vont se déchaîner sur la terre.
Saint Thomas, en enseignant que le caractère est imprimé non dans l'essence, mais dans les puissances de l'âme, veut dire qu'il est reçu dans l'intelligence par voie d'illumination et dans la volonté par voie d'amour.
C'est donc un travail opéré directement sur l'âme par l'Esprit-Saint, illuminateur et sanctificateur. Et ce n'est pas seulement un travail général et uniforme comme celui qu'il opère dans le baptême et dans la confirmation, mais c'est un travail spécial, une esquisse de choix burinée de la main de l'Esprit de Dieu sur
l'âme de tous ceux qui, par leur ordination, entrent en participation du sacerdoce de JÉSUS-CHRIST. Les trois sacrements qui impriment un caractère distinct dans l'âme la mettent chacun dans un rapport déterminé avec Dieu. Le baptême nous rend fils de Dieu, la confirmation nous rend soldats de Dieu et l'ordre nous rend prêtres de Dieu. Ces trois rapports spirituels une fois établis sont éternels et conséquemment indestructibles. Que nous soyons plus tard dans la lumière de la gloire ou plongés dans les ténèbres de l'enfer, nous serons fils, soldats et prêtres, acceptés ou rejetés éternellement.
A chacun de ces trois rapports une grâce spéciale et proportionnée est attachée par le Saint-Esprit, C'est pourquoi saint Thomas dit que le caractère est la cause formelle ou la source de la grâce sacramentelle (x). Le caractère de fils a en lui toutes les grâces nécessaires pour que le chrétien mène une vie digne d'un enfant de Dieu ; le caractère de la confirmation a en lui toutes les grâces qui nous sont nécessaires pour combattre le bon combat des soldats du Christ, même jusqu'à la confession publique de la foi et jusqu'au martyre ; le caractère du sacerdoce a en lui toutes les grâces de lumière, de force et de sainteté nécessaires à la vie sacerdotale dans ses multiples devoirs, combats et dangers. C'est ce que saint Paul rappelait à Timothée lorsqu'il lui disait : « Prends garde de négliger la grâce qui est en toi, qui t'a été donnée, selon le décret d'en haut, par l'imposition des mains épiscopales (2).