‹ Le sacerdoce eternalChapitre 8 sur 110 · I Tim. , iv · texte numérisé non relu

I Tim. , iv

LA NATURE DU SACERDOCE

Tel est le sacerdoce du Fils de Dieu : la consécration et l'oblation de lui-même ; et telle est la part qui est faite à ses prêtres dans ce sacerdoce par leur participation à son sublime office, par leur ressemblance avec le divin Modèle et par l'impression du caractère sacerdotal sur toutes les puissances de leur âme.

AINT Jean Chrysostome résume les pouvoirs du prêtre dans les deux suivants, savoir : la consécration du sacrement de l'Autel et l'absolution des péchés, ou, comme nous disons dans le langage théologique, la juridiction sur le corps naturel et sur le corps mystique du Christ. Lemot juridiction a ici une signification toute spéciale. D'ordinaire il exprime l'autorité qu'exerce un prêtre sur le troupeau confié à sa garde et le pouvoir judiciaire dont il est investi de nouer ou de dénouer les liens du péché. Mais quelle peut être la juridiction du prêtre sur le Saint-Sacrement ? Cette juridiction exprime toute l'autorité sacerdotale que le prêtre a reçue dans l'ordination, mais dont l'exercice est suspendu jusqu'au jour où il reçoit la licence d'user des pouvoirs de son sacerdoce. Cette juridiction lui vient de l'évêque qui la reçoit à son tour du Vicaire de JÉSUS-CHRIST, en qui seul réside la plénitude de la juridiction sur l'Eglise universelle L'acte principal et le plus sublime de cette juridiction est de consacrer et d'offrir le saint sacrifice de l'Autel. De là l'expression de juridiction in corpus verum, expression qui renferme en outre plusieurs sens très profonds.

I. D'abord elle nous découvre toute l'humilité de notre divin Maitre. L'Incarnation est un abaissement qui a eu plus d'un degré : Il s'effaça lui-même en voilant sa gloire; Il prit la forme d'un esclave; Il se fit homme; Il s'humilia lui-même, et cela jusqu'à la mort,

et à la mort ignominieuse de la croix. On peut compter ici six degrés d'abaissement.

Et, comme s'ils ne suffisaient pas, il perpétue son abaissement dans le Saint-Sacrement, et il se place lui-même dans les mains de ses créatures, et il reçoit l'ordre (J), chaque matin, par une parole sortie de leurs lèvres, de se trouver présent sur l'autel ; il est élevé par eux aux regards du peuple, transporté par eux çà et là et enfin donné par eux en nourriture aux bons et aux indignes. Il se soumet lui-même aujourd'hui de cette manière divine à la juridiction de ses prêtres comme durant les jours de sa vie mortelle il se soumettait à la Loi et à tous ceux qui étaient les représentants de l'autorité, même à Caïphe et à Pilate. L'humilité est la racine de toute obéissance et la patience est la perfection de l'obéissance. L'oblation de JÉSUS-CHRIST est un acte d'obéissance qui se perpétue à jamais et cette obéissance doit être la loi et le mobile du sacerdoce qu'il a institué.

II. Ensuite, ce pouvoir de juridiction implique le pouvoir de divine intendance qui est confié au prêtre. L'Eglise applique à saint Joseph, le père adoptif du divin Enfant, ces paroles du Saint-Esprit : « Celui qui est gardien du figuier en mangera les fruits, et celui qui est gardren de son maître sera glorifié (2). » La garde du Saint-Sacrement est confiée au prêtre. La clef du tabernacle est confiée à sa fidélité. On peut dire de lui comme de son maître qu' « il ouvre sans que personne puisse fermer et qu'il ferme sans que per-

i. Obediente Domino voci hominis. Jos., X, 14. 2. Prov., xxvi, 18.

Le Sacerdoce Éternel.

l8 CHAPITRE DEUXIÈME.

sonne puisse ouvrir (r). » Le prêtre est, dans le vrai sens du mot, le gardien de son Seigneur et aucune gloire plus grande ne peut lui échoir ; aucun rapport plus intime, plus étroit et plus incessant ne peut être conçu.

Et cette divine intendance comprend aussi le pouvoir de dispenser et de distribuer le pain de vie. Les disciples le donnèrent, ce pain, à cinq mille hommes dans le désert. « Ils étaient les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu (2). » Mais ce qu'ils firent au désert n'était qu'une ombre comparativement à la divine réalité que nous offre la sainte Communion dont nous sommes les dispensateurs.

III. Troisièmement cette juridiction du prêtre sur la sainte Eucharistie nous montre le divin pouvoir inhérent au sacerdoce. Les paroles que nous prononçons ne sont pas les nôtres, mais celles de JÉSUS- Christ ; elles ne sont pas humaines, mais divines. La parole <( ceci est mon corps », n'a d'égale que cette autre parole : « que la lumière soit ». Ces derniers mots créèrent la lumière. Les premiers ne créent pas, mais ils produisent et amènent sur l'autel la présence du Verbe Incarné. Ils élèvent le pain et le vin de l'ordre naturel à un ordre surnaturel.

C'est là un pouvoir non de création, mais de toutepuissance. Le pain et le vin ne sont plus désormais soumis aux conditions et aux lois de la nature quant à leur substance, mais seulement quant à leurs phénomènes sensibles. Un divin changement s'accomplit

i. Apoc. , m, 7.

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