Eccles. , xi
Le Sacerdoce Éternel. i?
tel ministère, le sentiment de la sainteté du Dieu qu'il représente et du compte qu'il aura à rendre pour toute parole inutile ? Peut-il y avoir en lui l'amour des âmes ou le désir de la gloire de Dieu, ou la conscience intime de l'offense qu'il fait à l'Esprit-Saint ?
N prêtre a-t-il plus de liberté qu'un laïque ? A première vue on peut répondre oui, parce que la charge sacerdotale l'élève en privilèges au-dessus des autres hommes et fait de lui leur juge, leur censeur et leur guide. En outre il est le chef de sa mission ou de sa paroisse et là tout est à sa pleine discrétion. Il est maître de sa maison, de son temps, de ses habitudes et, à part l'acquit des devoirs que lui impose sa charge d'âmes, il a le contrôle absolu de sa vie tout entière dont il dispose à son gré. Il peut aller où il veut, séjourner où il lui plaît et aussi longtemps qu'il le veut, et choisir sa société. Personne n'est là à aucune heure du jour pour gêner ou entraver sa liberté et une liberté sans entraves dégénère facilement en licence. Il est dans une entière indépendance à l'égard de tous, son Evéque excepté, et son Évêque est à distance. Un prêtre est donc, si une question surgit, le juge dans sa propre cause ; il décide lui-même et s'applique à lui-même la loi. C'est là sans conteste une grande et dangereuse liberté, qui dépasse au delà de toute mesure celle dont jouit le simple laïque.
Néanmoins un prêtre est soumis par état à des obligations dont le laïque est exempt. Il est lié à un degré tout spécial par la divine tradition de la foi et de la morale chrétienne, en ce sens que cette tradition l'oblige non seulement à l'observer lui-même mais à la faire observer par les autres. Il est lié par la discipline
de l'Eglise catholique, par la loi pontificale, en tant qu'elle est de droit commun et s'applique à l'univers chrétien tout entier, et en tant qu'elle est la loi particulière du diocèse auquel il appartient. Mais, outre cela, il est lié spécialement par trois obligations capitales ; c'est-à-dire, d'abord, par la loi de la chasteté qui équivaut pour lui à un vœu. Et cette obligation implique séparation et abstention de tout ce qui pourrait ternir la pureté intérieure de son âme ou éloigner son cœur de l'amour suprême de son divin Maître. Elle lui défend de tolérer dans son cœur aucun attachement humain désordonné. Il est astreint en outre à l'esprit de pauvreté, et par conséquent, à vivre en esprit de pauvreté. Il peut posséder un large patrimoine et tenir un riche bénéfice. La loi ne l'oblige pas à donner son patrimoine aux pauvres. Il peut légitimement le dépenser pour lui-même et pour l'entretien de sa maison. Mais tout ce qui est permis n'est pas par cela même convenable et sacerdotal. De son bénéfice il peut retenir la part qui est nécessaire à une honnête subsistance, mais tout ce qui est au delà doit être consacré à de pieux usages. Il peut être riche, mais, s'il veut vivre comme un prêtre, il doit vivre comme un pauvre. S'il vit à la façon des riches, bien qu'il ne commette pas de péché, il ne vit pas comme son divin Maître. Et le serviteur ne doit pas être au-dessus du Maître. Plus il l'aime, plus il doit désirer de lui ressembler, et ne choisir d'autre part que la sienne.
Le prêtre, en troisième lieu, est lié à l'obéissance. Cette obéissance a sa règle dans la loi de l'Église et du diocèse, mais elle a son stimulant dans l'amour de Xotre-Seigneur, et des âmes et sa sanction dans lapro-
messe que le prêtre a faite le jour de son ordination entre les mains de son évêque.
Mais au delà de ces trois obligations auxquelles le prêtre se lie par un contrat spontané le jour où il est appelé à l'honneur du sacerdoce, il y a une loi et une obligation qui lie tout membre du corps mystique du Christ, et par dessus tout les membres principaux de ce corps — c'est-à-dire les évêques et les prêtres de l'Eglise — ; et cette loi, c'est celle que saint Jacques appelle la loi de liberté : « Parlez et agissez, dit l'apôtre, comme devant être jugés par la loi de liberté ('). » Cette loi est antérieure à toutes les lois, à tous les liens et à tous les vœux ; elle est universelle et oblige toute âme régénérée par le baptême.C'est une loi suprême qui n'est limitée dans ses exigences que là où, par impossible, cesserait notre pouvoir de l'accomplir.
Saint Paul, en écrivant aux Galates, appelle la loi Mosaïque la loi de servitude et l'Évangile la loi de liberté. En écrivant aux Romains, il leur dit que la loi de servitude est la loi du péché et de la mort. Mais les paroles de saint Jacques ont un sens plus profond. Qu'il nous soit permis de nous y arrêter.
I. Cette loi de liberté est d'abord la loi de Dieu même écrite dans notre cœur le jour de notre régénération spirituelle. Par notre première naissance, nous fîmes notre entrée dans le monde chargés des chaînes du péché et de la mort. La connaissance de la loi de Dieu, et même de l'existence de Dieu, était obscurcie en nous. Par notre régénération, nous reçûmes du
t. Jac. , 11, 12.
Saint-Esprit les vertus de foi, d'espérance et de charité. Dans les premiers temps de l'Eglise le baptême était appelé ftùTuifioq et les baptisés « illuminés » (T). La connaissance de Dieu et de sa loi nous fut rendue par le baptême. Notre volonté, qui avait été blessée et affaiblie par le péché originel, fut délivrée dès lors des liens qui l'enchaînaient et la paralysaient, et rendue à la liberté. C'est ce que Dieu lui-même avait, promis par ces paroles qu'il met dans la bouche de l'Apôtre : « Voici l'alliance que je ferai avec eux après ces jourslà, dit le Seigneur : je mettrai mes lois dans leur cœur, et je les écrirai dans leur esprit (2). »
Par notre régénération baptismale, nous sommes devenus enfants de Dieu. Par l'infusion du Saint-Esprit dans notre âme, notre volonté fut élevée au-dessus d'elle-même et reçut la force d'accomplir la volonté de Dieu. A notre première naissance, elle était livrée à sa faiblesse et abandonnée de l'Esprit-Saint ; mais à notre seconde naissance, elle fut investie d'un pouvoir surnaturel, selon cette parole de l'Évangile: « A tous ceux qui l'ont reçu il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » Sa faiblesse et la force de la passion la tenaient autrefois dans les chaînes de la servitude. Elle conservait toujours sa liberté, mais séduite par des affections indignes d'elle, elle était trop facilement amenée à se trahir elle-même. Par notre régénération, nous entrons dans la liberté des enfants de Dieu. C'est cette liberté que saint Paul décrit en ces termes : « Il n'y a donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont en JÉSUS-CHRIST, qui ne marchent pas