‹ Le sacerdoce eternalChapitre 72 sur 110 · Rorn. , v, ç · texte numérisé non relu

Rorn. , v, ç

l'amour de la créature et de la plus basse des créatures, l'amour de nous-mêmes. Il n'y a pas d'esclavage plus grand que celui-là. L'amour de la créature traîne à sa suite l'ennui, les mécomptes, les ressentiments et la longue chaîne des tentations. Un prêtre qui a perdu la liberté de son cœur par un attachement désordonné est dans l'esclavage. Son bonheur et sa paix dépendent d'un être inférieur à Dieu, être inconstant, incertain et fugitif comme tout être qui n'est pas Dieu. Saint Augustin dépeint l'état où il se trouvait avant que l'amour de Dieu eut brisé ses liens et il se compare à un esclave chargé de chaînes de fer, non forgées, dit-il, par la main des hommes, mais forgées de l'airain et sur l'enclume de sa propre volonté.

Mais plus tard lorsqu'il eut brisé ses entraves, et qu'il eut conquis la liberté des enfants de Dieu, il s'écria : « Ama et fac quodvis. » « Aime et fais tout ce que tu veux >> ; car notre volonté, lorsqu'elle a- rompu ses fers, est la volonté de Dieu. Nous n'avons plus alors d'autre volonté que la sienne et, en faisant sa volonté, nous faisons la nôtre. Car l'amour est la volonté et la volonté est l'amour. Pondus voluntatis amor. Comme nous aimons nous voulons. L'amour dispose la volonté, la met en mouvement et lui imprime sa vitesse. C'est par l'amour que nous nous attachons à Dieu. Qui adhœret Domino unus spiritus est (*). Cette union est l'union des volontés, et dès qu'elle est formée, elle nous est rendue manifeste à nous-mêmes et aux autres par des signes non équivoques et palpables. D'abord elle change tous les mobiles de notre vie. Avant, notre objectif était fixé sur des objets infé-

i. Cor., vi, 17.

rieurs à Dieu, objets peut-être mauvais et dangereux, objets peut-être innocents et légitimes, mais inférieurs à Dieu. Notre cœur en était plein et nous réglions notre conduite de manière à nous en assurer la possession. Aujourd'hui, notre objectif est tout autre. Nos aspirations ne sont plus circonscrites de ce côté de l'horizon, mais elles s'élancent par delà: le royaume de Dieu et Dieu lui-même, la vision de Dieu, l'union avec Dieu lui-même, tel est l'objectif sur lequel se porte toute notre vie et qui en régit tous les actes.

Et de même que notre objectif est changé, nos intérêts le sont aussi ; nos intérêts, c'est-à-dire les désirs qui nous guident dans notre vie quotidienne et à la réalisation desquels tendent nos travaux de tous les jours. Autrefois nos désirs se portaient sur ce que nous trouvions d'aimable, d'innocent et de légitime dans les objets terrestres — et nous ne parlerons pas pour le moment d'objets suspects et illicites ; — nous vivions pour ces objets-là, nous nous efforcions de les atteindre et nous consumions tous nos efforts dans ce but jusqu'au jour où une lumière plus haute éclaira notre âme et où l'amour de Dieu s'éleva dans nos cœurs. Dès lors notre esprit et notre volonté se portèrent sur des objets plus sérieux et plus austères : Sauver les âmes, répandre partout la foi, étendre autour de nous le royaume de Dieu, la sanctification de son nom et le règne de sa volonté devinrent les intérêts puissants qui absorbèrent toutes nos pensées et tous nos efforts. Nous cessâmes d'être de ceux qui cherchent leurs propres intérêts et nous devînmes de ceux qui cherchent « les intérêts de JÉSUS-CHRIST (j) ».

i. Philip., il, 21.

Et à cet objectif nouveau, et à ces intérêts nouveaux viennent se joindre des goûts nouveaux, c'est-à-dire que notre âme, par son union avec JÉSUS-CHRIST, acquiert un sens intérieur et spirituel qui lui fait percevoir des jouissances et des délices dans des objets qui, autrefois, étaient pour elle sans douceur et sans attraits, comme, par exemple, dans la prière, la lecture de l'Ecriture sainte, la sainte messe, le silence et la solitude du sanctuaire ; ou dans les actions, même les plus minimes, qu'il nous arrive d'accomplir pour les intérêts de JÉSUS-CHRIST ; ou dans l'abnégation que nous faisons de nous-mêmes lorsque nous voulons tenter un plus grand effort pour son service. Ce sont là « les choses de l'Esprit de Dieu » qui paraissent insensées aux esprits qui ne jugent que par la raison humaine et par les sens. Tout ce qui nous répugnait autrefois nous attire. Les croix, les déconvenues, les vexations, les infortunes par lesquelles il nous accorde une légère part dans le lot cruel et douloureux qui fut le sien, deviennent pour nous des gages de son amour et des preuves de notre fidélité à lui-même.

III. Enfin, la loi de liberté, c'est la volonté qui dévient sa propre loi à elle-même. « La loi n'a pas été faite pour les justes ('), » mais pour les coupables. « L'amour est l'accomplissement de la loi (2). » « Celui qui aime son prochain a accompli toute la loi (3). » L*amour prévient tout commandement. Il exécute instinctivement,promptement et entièrement ce que la loi force les autres à accomplir à contre cœur.

i. I Tim. , i, 9.

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