‹ Le sacerdoce eternalChapitre 75 sur 110 · Is., LUI · texte numérisé non relu

Is., LUI

2. « Si reddenda est ratio de iis quas quisque gessit in corpore suo, quid

Nous devons donc vivre désormais sous l'empire de cette loi incomparable. Si, dans toute notre vie, peutêtre, nous n'avons jamais commis le mal, nous aurions pu accomplir le bien. Nous avions pour cela tout pouvoir et toute liberté. Nous n'avons peut-être jamais trahi le devoir, mais nous aurions pu l'accomplir tout entier. Peut-être, n'avons-nous jamais rigoureusement accompli le bien et nous pouvions faire mieux que de l'accomplir rigoureusement. Nous sommes plongés dans un océan de grâces et nous ne correspondons malheureusement qu'à quelques grâces, et encore n'y correspondons-nous qu'avec une infidélité incomplète et qu'avec des efforts intermittents. Ce sont là tout autant d'attentats contre la loi de liberté.

Quel stimulant peut-il donc manquer à un prêtre pour le porter aux aspirations les plus élevées ? Nous sommes, de par la loi naturelle, astreints à obéir à notre Créateur avec toutes les puissances et toutes les affections de tout notre être ; nous sommes, de par notre rédemption, astreints à glorifier notre Rédempteur, car il nous a achetés pour lui-même à un grand prix. Nous sommes, de par notre régénération baptismale, astreints à obéir au Saint-Esprit en notre qualité de fils de Dieu ; de par la foi, nous sommes astreints à obéir à la loi révélée de Dieu ; de par l'espérance, à user de tous les moyens pour atteindre la vie éternelle; de par la charité, à aimer Dieu super oinnia, de toute notre âme et de toutes nos forces. Tout cela est vrai pour tous. Mais les prêtres sont astreints, bien plus que les autres hommes, — et par leur prédestination plus élevée, et par

fiet de iis quse quisque gessit in corpore Christi quod est Ecclesia? » flnter Opp. SU Bern. ad prœlatos in concilio.)

les grâces de choix dont ils ont été comblés, et par l'onction et le caractère de leur sacerdoce, et par leur participation au caractère et au sacerdoce du Fils de Dieu, et par le mandat et la charge qu'il leur a confiés, et par les promesses solennelles qu'ils lui ont faites, et par l'amour, la gratitude et la générosité qu'ils lui doivent en leur qualité de disciples et d'amis, — les prêtres sont astreints à faire usage de leur liberté, non à contre-cœur et par contrainte, mais avec plaisir, avec joie, avec l'oblation d'eux-mêmes, poussée, s'il le faut, jusqu'au renoncement et jusqu'au sacrifice personnel sous toutes ses formes les plus loyales et les plus pures, à le servir, en un mot, plus parfaitement que les autres hommes en sauvant les âmes pour lesquelles il a versé son sang. « Toutes choses me sont permises », dit l'Apôtre, mais je ne veux pas pour cela faire tout ce qui m'est permis, ou jouir de tout ce qui est licite, car « tout ce qui est permis n'est pas opportun ». Tout ce qui est permis n'avance pas l'œuvre de mon salut, de ma sanctification, de ma perfection sacerdotale.« Toutes choses me sont permises, mais toutes choses n'édifient pas. » Si, par mon exemple, j'ai égaré une seule âme ou enhardi une seule âme à faire avec péril pour ellemême ce que je puis faire sans péril pour moi ; si j'ai ralenti l'ardeur de sa persévérance et fait baisser d'un seul degré ses aspirations ; ou si, par mon influence, même inconsciente, j'ai détruit dans les autres les enseignements que je m'étais efforcé de leur inculquer, si j'ai été pour eux une cause de scandale,en ce cas l'usage que j'ai fait de ma liberté, quoique licite en lui-même, n'a pas été opportun pour ces âmes, mais a été pour

elles un obstacle à leur salut et bien plus un obstacle à mon propre salut à moi.

Heureux le prêtre qui fait à son Maître l'entier sacrifice de sa liberté et a le cœur assez généreux pour mettre un frein à cette liberté dans tous les rapports qu'il a avec le monde ! Si nous devons nécessairement fréquenter le monde, nous avons besoin d'entendre continuellement retentir à nos oreilles ces paroles de Dieu à Elie : Quici hic agis, Elia ? Le prêtre qui paraît rarement dans les sociétés du monde est celui que les hommes du monda préfèrent avoir à leur chevet quand ils sont à la mort. Saint Jérôme dit des prêtres : « Si quis sœpe invitatus ad convvvia non récusât, facile coutemnitnr. » Notre- Seigneur accepta, il est vrai, une invitation chez Simon et il assista aux noces de Cana. Mais partout il se montra le Fils de Dieu, et il n'alla nulle part que poussé par sa divine charité. Si nous usons de notre liberté à son égard comme il a usé de la sienne à notre égard, nous vivrons dans le monde pour sauver le monde et nous vivrons hors du monde pour nous sauver nous-mêmes. Les prêtres et les pasteurs qui vivent au milieu du monde ont certes besoin d'une protection divine toute spéciale ; mais aussi une promesse spéciale de salut leur a été faite par JÉSUS- Christ et cette promesse s'accomplira aussi longtemps qu'ils feront usage de leur liberté pour les intérêts de JÉSUS-CHRIST, avec une généreuse abnégation d'euxmêmes. Écoutons le Sauveur : <i Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés. Quand j'étais avec eux, je les conservais en votre nom. Ceux que vous m'avez donnés, je les ai gardés, et pas un d'eux n'a péri, hors le fils de la perdition. Je ne de-

mande pas que vous les ôtiez de ce monde, mais que vous les gardiez du mal (')• »

Xotre-Seigneur a usé de sa liberté en donnant sa vie pour nous et cela dans le but de nous racheter et de gagner en retour notre amour. Xous, nous faisons usage de notre liberté en vivant pour nous-mêmes. Saint Paul décrivant les temps périlleux qui précéderont les derniers jours du monde, dresse une liste des péchés, spécialement des péchés de l'esprit, qui se commettront alors et la termine en disant qu'alors les hommes seront « amis d'eux-mêmes » ; « amis des plaisirs bien plus qu'amis de Dieu (2). » Il dit dans un autre endroit que « tous cherchent leurs intérêts et non pas les intérêts de JÉSUS-CHRIST (3) », c'est-à-dire que tous sont ou des pécheurs, qui enfreignent formellement la loi de Dieu ; ou des hommes mondains, dans le cœur desquels l'amour du Père ne règne pas ; ou des amis d'euxmêmes et n'ayant en tout qu'un seul but : satisfaire soit leur prétentieuse ambition, soit leur vil amour du lucre ; ou des égoïstes, dont l'esprit sectaire n'a aucun souci des autres : vrais types de la fraternité selon Caïn qui le premier a dit : « Suis-je le gardien de mon frère? » Aussi longtemps qu'ils ont un bénéfice plantureux et qu'ils peuvent confier à d'autres le soin de les remplacer au confessionnal, ils se soucient fort peu du troupeau. Les âmes peuvent périr autour d'eux ; ils ne s'en inquiètent guère. — Enfin, parmi ceux qui recherchent leurs propres intérêts, on peut compter ces gloutons .spirituels qui recherchent avec ardeur les consolations

i. Joan. , xvii, ii, 12, 15.

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