‹ Le sacerdoce eternalChapitre 77 sur 110 · Ibid. , xii · texte numérisé non relu

Ibid. , xii

IV. Le quatrième signe est la générosité que nous apportons à nous consacrer nous-mêmes et à consacrer toute notre liberté à ses intérêts divins, ne reculant devant aucun effort et aucun sacrifice, sacrifiant tout, comme dit l'Apôtre, et nous sacrifiant nous-mêmes pour le salut des élus(I).

V. Le cinquième signe c'est d'éprouver de la joie lorsque des croix se présentent à nous. Nos croix à nous, prêtres, peuvent être de trois espèces. Ce sont d'abord les croix que nous avons méritées pour nos manquements, pour nos imperfections et pour nos péchés passés. Ce sont en outre les croix que nous n'avons pas méritées, comme les fausses accusations, le mépris et les haines qu'on nous voue sans motif. Ce sont, en troisième lieu, les croix volontaires, que nous nous imposons à nous-mêmes en sacrifiant certaines choses qui nous seraient permises et en restreignant nous-mêmes notre liberté d'action pour ne pas offenser ceux qui usent trop largement pour eux-mêmes de leur propre liberté.

Le courant qui entraîne à cette heure le monde chrétien tout entier se précipite d'un cours rapide vers une liberté illimitée qui dégénère finalement en licence. C'est le temps de la révolte de l'esprit et la société descend la pente fatale que décrit l'Apôtre et qui est celle des derniers jours. Nous sommes tellement faits à une vie molle et ennemie du sacrifice que nous interprétons à notre gré les paroles mêmes du Saint-Esprit jusqu'à les rendre incolores et à les faire passer pour des expressions métaphoriques.Qui regarde aujourd'hui

i. II Cor., xii, 15.

comme une règle de vie ces paroles de saint Paul aux Galates : « Pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur JÉSUS- CHRIST par qui le monde m'est crucifié et moi au monde C1)»? Où sont les marques d'un crucifiement quelconque dans notre vie facile, tout irrépréhensible qu'elle puisse être ? Et ces autres paroles de l'Apôtre qui les prend pour règle de conduite ? Ecoutons-le : « Avec le Christ, j'ai été cloué à la croix ; et je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi. Car, si je vis maintenant dans la chair, j'y vis en la foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est livré lui-même pour moi (2). »

Quelles marques des clous du Calvaire trouvera-t-on, je le répète, dans notre vie sans sacrifices et sans contrainte ? A quels signes pourra-t-on reconnaître que le Christ règne en nous et que par notre volonté il règne sur toutes nos paroles et sur toutes nos œuvres? Nous avons l'air de lire à l'envers la loi de liberté et de la traduire en ces termes : « Parlez et agissez comme des hommes qui, s'ils ne veulent pas se livrer volontairement au péché, n'en ont pas moins la ferme résolution de repousser tout renoncement à eux-mêmes et tout sacrifice » ; au lieu de traduire cette loi en ces termes : « Parlez et agissez comme des hommes qui ont le désir de restreindre en tout leur liberté, afin qu'ils puissent ressembler de plus près au Fils de Dieu qui a poussé le renoncement jusqu'à se sacrifier luimême pour notre salut. >>

i. Gai, vi, 14.

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