‹ Le sacerdoce eternalChapitre 84 sur 110 · Matth. , xiii · texte numérisé non relu

Matth. , xiii

Dieu, elles reproduisent à ce point son image et sa ressemblance que le souffle même d'un seul péché volontaire n'en ternit ni la pureté ni l'éclat. Ce sont là ces cœurs purs qui voient Dieu, comme dit l'Evangile, et ces âmes de paix que le Sauveur appelle spécialement enfants de Dieu. L'humilité, la pureté, la candeur, la charité qu'apportent de telles âmes dans toutes les relations de la vie et notamment dans leurs rapports avec celui qui a été le guide de leur adolescence, et tout à la fois leur père et leur ami dans l'ordre spirituel, impriment sur le ministère d'un pasteur comme un sceau authentique qui lui garantit à toute évidence que son ministère est béni par le Divin Maitre.

Mais une autre récompense tout à fait distincte de la première et qui est pour un pasteur le prix de sa sollicitude pastorale, de ses anxiétés et de ses labeurs, c'est la conversion des pécheurs et le retour des âmes à Dieu. La joie qu'éprouve le bon pasteur qui a retrouvé la brebis perdue peut se mesurer à deux choses : le danger qu'a couru l'âme retrouvée et le labeur qu'a coûté au pasteur la recherche de cette âme. On voit parfois une âme, qui avait persévéré longtemps dans l'innocence, tomber comme la foudre du haut des cieux. Hier elle était unie intimement à Dieu aujourd'hui cette union est brisée et cette âme est comme un cadavre. Toutes les grâces qu'elle avait amassées dans son enfance et dans son adolescence se sont évanouies sous le souffle du mal et son éclat si pur a fait place aux ténèbres de la mort. Et il en est d'une âme morte comme d'un corps mort, la décomposition s'y met rapidement. Un seul péché renverse la digue et le courant du mal se précipite par cette brèche avec une rapidité

vraiment satanique. Après une première chute une seconde devient plus facile, non par la force de l'habitude, mais par une prédisposition étrange qui se forme soudain dans l'âme et qu'elle ne connaissait pas auparavant. Une fois le gouffre franchi, les fautes se succèdent sans arrêt, et bientôt arrive le désespoir et le désespoir enfante l'aveuglement et l'endurcissement. Tout prêtre a éprouvé cette douleur ou l'éprouvera tôt ou tard, et il se rappellera ce qu'il lui a fallu de prières et ce qu'il lui a fallu subir de déconvenues, durant de longues années peut-être, pour retrouver une âme égarée et la ramener à Dieu. Ce n'est pas sans dessein que saint Augustin nous cite comme exemple les trois morts dont l'Evangile nous raconte la résurrection. La fille de Jaïre est rappelée à la vie aussitôt après sa mort et avant que la corruption eût atteint sa dépouille mortelle: le fils de la veuve de Xaïm ressuscite, lui, au moment où on le porte au tombeau ; il était non seulement mort, mais déjà en proie à la décomposition; Lazare enfin ressuscite lorsqu'il est déjà depuis quatre jours dans le tombeau, lié dans son linceul et entouré des bandelettes funèbres. La résurrection de Lazare, c'est la résurrection du pécheur d'habitude dont l'âme est morte depuis longtemps, et auquel son endurcissement ferme les yeux comme à un cadavre et qui est en proie à la corruption. La joie que cause une telle résurrection ne peut être appréciée que par un prêtre qui a eu le bonheur une fois dans sa vie de voir, lui aussi, «son mort revenir à la vie (*) ».

Enfin il est une autre consolation pour le pasteur, mais consolation qui ne laisse pas d'être mélangée en-

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