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peut se rappeler pour sa consolation ses veilles et ses prières et combien de fois il a, pour les arracher au péril, « travaillé toute la nuit », ayant à peine un rayon d'espérance «et ne prenant rien », prêt encore cependant à jeter de nouveau ses filets sur l'ordre du Maître et à lancer son esquif dans la haute mer pour en retirer les âmes qui s'y enfoncent et que ses tentatives et ses prières n'ont pu arracher jusqu'ici aux flots de l'iniquité. Cette pensée soutiendra son courage dans son labeur quotidien, comme elle soutenait le courage de Notre- Seigneur lui-même. Lorsque ses regards se portent sur ces âmes égarées, son cœur est percé du même trait qui perçait le Cœur de JÉSUS quand il était sur la terre et, lorsqu'il se détourne de ce spectacle pour contempler le champ qui blanchit pour la moisson, JÉSUS lui donne en retour de partager la joie sans égale dont il jouit aujourd'hui dans les cieux.
Le pasteur trouve parmi son peuple cinq sociétés qui, par les relations qu'elles ont avec lui, le récompensent, durant cette vie même, des labeurs de son ministère. La première, c'est la société des âmes pénitentes dont la vie lui offre le tableau de ce que peut la malice du péché dans l'homme, mais de ce que peuvent aussi contre le péché la miséricorde et l'amour de Dieu. Lorsqu'il a rencontré ces âmes, les unes étaient près de s'engloutir dans l'abîme, les autres y étaient plongées jusqu'au fond et en leur tendant la main c'est du feu éternel qu'il les a retirées. Il ne les connaissait pas auparavant, ces âmes ; c'est fortuitement qu'il les a trouvées sur son chemin et c'est lorsqu'elles-mêmes croyaient fuir son confessionnal que des circonstances providentielles les y ont conduites à leur insu. Elles
croyaient lui échapper lorsque, inconsciemment, elles sont venues tomber dans le piège qui leur était tendu, non par lui, car elles lui étaient inconnues, mais par la main de Dieu. Ramener ces âmes à Dieu et voir l'image de Dieu resplendir de nouveau en elles du milieu des ténèbres de leur passé, et avoir la charge de veiller à ce que leur persévérance dans les voies du salut soit désormais inébranlable, c'est là une récompense qui dédommage le pasteur outre mesure de tous les efforts qu'il a faits pour les gagner à Dieu.
Après la société de ces âmes, vient ensuite pour le pasteur la société des âmes soumises à l'épreuve de l'affliction.
Saint Barnabe avait sur la terre un titre plus brillant qu'une couronne royale. On l'appelait Filius co?isolationis, un enfant de consolation pour Israël, un messager de joyeuses et heureuses nouvelles ; et cela parce qu'il était « rempli du Saint-Esprit », disciple du Paraclet, le divin Consolateur. Un prêtre, en sa qualité de médecin des âmes, a une double catégorie de clients. Il est médecin pour guérir tout à la fois du péché et de la douleur. Ces deux cures qui lui sont confiées sont distinctes, mais inséparables, et chacune exige un traitement particulier. Plusieurs dont le traitement est sûr quand il s'agit du péché sont inhabiles à traiter la douleur. L'habitude d'avoir affaire au péché sous toutes ses formes nous rend parfois durs envers les âmes affligées dont nous sommes portés, dès qu'il ne s'agit que de peines, à repousser les confidences en les taxant d'imagination. Aucun homme ne sera un fils de consolation qui n'aura pas appris à pleurer ses propres fautes, qui ne connaît pas les saintes larmes de la pénitence
et ne sait pas pleurer à la vue des péchés des autres et à la vue des ruines des âmes que la mort implacable multiplie dans le monde. La troisième des huit béatitudes « Bienheureux ceux qui pleurent parce qu'ils seront consolés » est une promesse que Dieu consolera les âmes, non seulement par son Paraclet, mais par ceux qui sont consacrés par lui pour être « les fils de la consolation », c'est-à-dire les prêtres et les pasteurs qui, par état, doivent participer à l'office, à la tendresse et à la compassion de leur Grand-Prêtre à tous, l'Homme de douleurs, la source de toute consolation. Après la société des âmes affligées, vient pour le Pasteur celle de l'innocent troupeau des petits enfants. Entre toutes les récompenses d'un prêtre fidèle, l'amour des petits enfants et la joie qu'il éprouve de se trouver en leur innocente société n'est pas la moindre. Par la foi dont ils ont reçu l'infusion au baptême, les petits enfants reconnaissent d'eux-mêmes la paternité spirituelle du ministre de Dieu. Ils aiment à le voir et à l'entourer et ils obéissent en cela non seulement à un instinct naturel excité par la tendresse, mais à un instinct surnaturel qui leur dit que le pasteur leur appartient en droit. L'affection des enfants pour le prêtre est l'affection la plus désintéressée qui existe sur la terre et, aussi longtemps qu'ils sont innocents, elle les attache à lui par une confiance qui exclut toute crainte.Les plus timides et les plus ombrageux viennent à lui comme à un soutien et à un protecteur. Ils lui confient tout, leurs espérances, leurs appréhensions, leurs alarmes, leurs fautes, avec une confiance sans bornes dans son amour et dans sa sollicitude. Aucun prêtre n'éprouve plus de joie que celui qui aime ses
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écoles et élève lui-même sous ses yeux et de ses propres soins les enfants qui chaque matin entourent son autel. Et c'est là un des signes d'une étroite conformité au Divin Maitre.
Après les enfants, vient le pauvre. Le prêtre est l'aumônier de Dieu. S'il ne possède rien en propre, il est le réservoir d'aumônes que la main du Divin Maître remplit et d'où elles se répandent dans le sein des pauvres. Vieillards sans soutien, cœurs désespérés, malheureux privés de tout secours humain, tous jettent les yeux sur lui comme vers leur dernier espoir. Aucun prêtre n'oserait se rendre le témoignage que Job se rendait à lui-même dans sa profonde humilité, et cependant tout vrai prêtre devrait désirer que l'on pût dire de lui après sa mort : <( L'oreille qui m'écoutait me publiait bienheureux et l'œil qui me voyait me rendait témoignage (en proclamant) que j'avais délivré le pauvre qui criait et l'orphelin qui n'avait personne pour le secourir. Celui qui était près de périr (et que j'avais arraché au danger) me comblait de bénédictions et je remplissais de consolation le cœur de la veuve. J'ai été l'œil de l'aveugle et le pied du boiteux. J'étais le père des pauvres et j'étudiais avec un soin extrême leurs intérêts (pour les défendre contre les oppresseurs) (*). » Le plus malheureux des hommes doit pouvoir s'approcher du prêtre sans crainte, car un prêtre ne s'appartient pas et chacun,de par la charité même de JÉSUS-CHRIST, dont le prêtre est la vivante image, a un droit acquis sur lui et sur les services qu'il peut rendre. Être aimé par les pauvres c est pour un prêtre le signe le plus sûr qu'il ressemble à son Divin Maître. Le menu peuple
i. Job, xux, i:-i6.
entourait volontiers le Sauveur et 1 écoutait avec joie. L'amour du pauvre est une grande récompense. Lorsque le monde travaille dans l'ombre contre lui et lui dresse des embûches, le prêtre trouve un abri sacré au milieu de ses pauvres. Presque tous les grands dans l'Eglise et dans l'Etat étaient ligués contre saint Thomas de Cantorbéry, mais les prêtres pauvres, nous dit l'histoire, et le peuple restèrent toujours fidèles à sa cause.
Enfin, il est pour le prêtre une société d'un caractère tout particulier et avec laquelle il n'a point d'ordinaire des relations quotidiennes aussi suivies qu'avec les autres sociétés que nous venons d'indiquer : c'est celle des malades et des mourants Les deux occupations capitales d'un pasteur,c'est de préparer les enfants pour les combats de la vie et de préparer les malades pour le dernier combat qui a lieu à la mort. L'école et le lit des malades sont les deux champs principaux où s'exercent la charité et la ferveur d'un prêtre. La maladie pèse souvent de tout son poids sur le cœur et l'esprit des malades. La conscience de leurs fautes, du mal qu'ils ont fait et du bien qu'ils n'ont pas accompli, les attriste et les oppresse et, à cause de la faiblesse où les réduit la maladie, ils sont incapables, si une main amie ne les aide, de secouer ce pesant fardeau. Ils avouent souvent qu'il leur est impossible de prier et de penser par eux-mêmes : garder le lit et souffrir c'est tout ce dont ils sont capables. C'est à ce moment-là qu'un prêtre peut leur être utile en pensant pour eux et en réveillant leur esprit engourdi. S'il est vraiment cette « fontaine aux eaux toujours jaillissantes » dont parle l'Écriture sainte, il rafraîchira alors ces âmes desséchées par la souffrance et dévorées par les an-
goisses intérieures. Et ce qui est vrai des malades est bien plus vrai encore des moribonds. Dans les dernières heures de la vie, la voix d'un bon prêtre est comme la voix d'un messager de Dieu, — c'est-à-dire de Dieu lui-même. Le doux nom de JÉSUS qu'il leur répète tout bas et les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition qu'il murmure à des oreilles qui bientôt seront fermées pour toujours, est le dernier devoir pastoral qu'il accomplit en faveur de ces âmes. Aucune récompense terrestre ne vaut pour un pasteur celle que lui apportent et tant de souffrances sanctifiées à son contact, et tant de saintes morts dont il a été le témoin, et les actions de grâces que lui rendent ceux qui souffrent, et les paroles même entrecoupées ou le dernier et fugitif regard que lui adressent ceux qui s'en vont pour lui exprimer la paix de leur âme et la reconnaissance de leur cœur.
Lorsque les âmes pénitentes et affligées, les enfants et les pauvres aiment un prêtre et le recherchent, ce prêtre a par là même autant de gages authentiques qu'il est aimé de son Divin Maître. Les amis particuliers de JÉSUS sont ses amis et ils voient en lui tout à la fois le serviteur et le Maître.
III. La dernière récompense d'un bon prêtre, c'est une heureuse mort. Une conscience en paix et une charité qui s'étend à tous les hommes, c'est pour un prêtre un témoignage visible que Dieu achèvera l'œuvre qu'il a commencée en lui. Ce prêtre peut répéter pour sa consolation ces paroles de l'Apôtre : « Ayant cette confiance que celui qui a commencé en vous la bonne œuvre la perfectionnera jusqu'au jour du CHRIST
JÉSUS (I)... » Ipse perficiet. « Nous savons que nous avons passé de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères (2). » Non seulement nous le croyons et nous l'espérons, mais nous le savons avec certitude. Nous savons que là où il y a un courant, là doit se trouver la fontaine. Nous savons que l'amour de nos frères découle de l'amour de Dieu. Quiconque aime Dieu est uni avec lui et la « seconde mort » n'a pas de pouvoir sur ceux qui lui appartiennent. Un bon prêtre dira : « A la vérité ma conscience ne me reproche rien, mais je ne suis pas pour cela justifié. Celui qui méjuge, c'est le Seigneur (3). » J'attends sa sentence. Néanmoins « si notre cœur ne nous condamne point, nous pouvons alors avoir confiance en Dieu (4) .»
Lorsque a sonné la dernière heure du pasteur, alors de toutes les familles de sa paroisse, du cœur de chacune de ses ouailles et du cœur de tous ceux qui furent jadis ses enfants spirituels et qui sont aujourd'hui dispersés au loin, s'élève un concert unanime et incessant de prières pour le pasteur qui va mourir. Personne ne meurt si heureux et n'est entouré à son lit de mort d'un amour aussi vif et aussi ardent qu'un pasteur fidèle. Sa vie a été une vie de charité pour les âmes pénitentes, pour les affligés, pour les enfants et pour les pauvres et ils n'ont que leurs prières pour lui payer tous ses labeurs, mais leurs prières ont un grand pouvoir devant Dieu. On les verra assiéger sa demeure pendant sa dernière agonie, et la présence de JÉSUS embaumera sa couche funèbre. Il a vécu durant de