CHAPITRE VII
JaNQER^ DU pRÊTRE
•OUT ce que nous avons dit jusqu'ici élève le prêtre à un tel état de grandeur, que la première pensée qui se présente est celle de ses dangers. S'il vient à tomber, quelle chute profonde ! Pour se maintenir sur le pinacle du Temple et pour prévenir la chute il faut un contre-poids surnaturel et une grande attention. Il est donc bon,
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— il est même nécessaire — d'énumérer aussi bien que de peser les dangers qui nous environnent.
Tous, peut-être, nous pouvons nous rappeler avec quel sentiment de crainte pieuse nous nous sommes préparés à notre ordination ; avec quelle joie, quelle espérance nous reçûmes le caractère indélébile delà prêtrise; quel désappointement fut le nôtre, le lendemain matin ou peu de jours après, à notre réveil, en nous retrouvant les mêmes hommes qu'auparavant. Nos aspirations, toutes de piété et d'espérance, venant se heurter à la froide et dure réalité de cet état que nous constations, produisaient sur nous un effet pareil à celui d'un vent âpre et desséchant sur les premières fleurs d'un arbre. Mais l'impression en était salutaire. C'était une impulsion et un avertissement qui nous faisaient trembler. Alors, nous comprenions mieux des paroles comme celles-ci :« Fils de l'homme, je vous ai donné pour sentinelle à la maison d'Israël; vous écouterez la parole de ma bouche, et vous leur annoncerez ce que vous avez appris de moi. Si, lorsque je vous ordonnerai de dire à l'impie : Vous serez puni de mort, vous ne le lui annoncez pas, et si vous ne lui parlez pas, afin qu'il se détourne de la voie de son impiété, et qu'il vive, l'impie mourra dans son iniquité, mais je vous redemanderai son sang. Si au contraire vous annoncez la vérité à l'impie, et qu'il ne se convertisse point de son impiété, et qu'il ne quitte
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point sa voie impie, il mourra dans son iniquité : mais pour vous, vous aurez délivré votre âme (1). » C'est avec le poids d'une pareille mission pesant sur lui, que le prêtre, au sortir de son ordination, fait ses débuts dans la vie pastorale. Alors commencent les dangers. S. Jean Chrysostome, après avoir parlé des épreuves des Evêques et des prêtres, montrant combien ils sont exposés aux langues et aux caractères de toutes sortes, qui les accusent de choses contradictoires et s'offensent de ce qu'ils font ou ne font pas, ajoute ces paroles : « Le sacerdoce demande une grande âme ; car le prêtre a d'innombrables misères qui l'accablent en lui-même, et il a besoin d'avoir constamment l'œil ouvert (2). » C'est là l'écho d'un avertissement. Cherchons à le pénétrer plus avant.
I. Pour un prêtre qui fait ses débuts dans la vie sacerdotale, le premier danger est la perte des soutiens sur lesquels il s'est appuyé si longtemps pendant son séminaire. Au lancement d'un navire, on fait tomber tous ses étais: le voilà qui plonge dans les Ilots. Désormais son salut ne dépend plus que de son propre équilibre. Ainsi en est-il du prêtre : il sort du séminaire; le voilà dans le champ du travail; dorénavant il ne doit plus compter que sur Dieu et sur la
(i) EzÉCH. III, I7-I9.
(2) HOM. III IN AdA ApP. t. IX p.
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fermeté de sa propre volonté. L'ordre, la règle, la division du temps et du travail; le son de la cloche, toute la journée, depuis la première heure du matin jusqu'aux derniers tintements du soir ; l'exemple, l'influence mutuelle, l'amitié réciproque des collègues dans cette vie sainte ; bien plus encore, l'expérience, les conseils, la sagesse et la charité des supérieurs : — voilà tout autant d'appuis qui soutiennent la vigilante attention et la persévérance des élèves ecclésiastiques, jusqu'au moment où, investis de la prêtrise, ils s'en vont loin des vieux murs de la famille et voient la porte se fermer derrière eux. Les voilà jetés dans le désert du monde; séculiers comme l'étaient les Apôtres, — c'est-à-dire, dans le monde, pour le salut du monde, n'étant point du monde, mais en guerre avec lui ; de tous les hommes, les moins séculiers, pourvu toutefois qu'ils ne deviennent mondains et que le sel ne perde sa saveur. Alors, ils méritent qu'on leur applique ce titre dans toute son extension, et ils sont véritablement séculiers. Le premier danger pour un prêtre, à son entrée dans le monde est donc la privation de tout cet entourage dans lequel il avait, jusque-là, trouvé tant de soutiens. Pour la première fois il sent son propre poids l'écraser comme un lourd fardeau. Il éprouve un pénible sentiment de sa solitude et de sa liberté sans limites. Tout dépend de sa propre volonté et de son libre choix. Ses instants, ses occupations, ses
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devoirs, jusqu'aux heures de sa Messe et à ses jours de confession; ses visites, ses amis, ses distractions, — tout cela n'a d'autre règle que sa propre volonté. C'est une liberté qui, si l'on en use généreusement, change chaque chose et chaque jour en un précieux trésor, mais qui, si l'on en abuse, ne produit que pauvreté spirituelle, confusion et danger. Car une vie de liberté sans frein est une vie entourée d'innombrables tentations. L'atmosphère même est chargée de périls. Bien peu d'esprits se suffisent à eux-mêmes au point de ne pas désirer entendre des voix humaines, et jouir des sympathies de leurs semblables. Un prêtre qui sort du séminaire, a besoin de compagnie, et souvent il la cherche dans la société. Il ne connaît pas encore le caractère des personnes au milieu desquelles il doit vivre, ni la réputation des familles où on l'invite. Avant qu'il ait acquis cette expérience, il se trouve enlacé dans des relations qu'il voudrait n'avoir pas choisies, et par des invitations qu'il refuserait, s'il en avait le courage. Les gens du monde sont hospitaliers; ils ont pitié de la solitude d'un prêtre ; ils aiment le recevoir à leur table. Parfois même, les meilleurs sont les moins discrets, et mettent le plus d'empressement importun dans leurs invitations. Comment un cœur jeune et sans expérience résistera-t-il à ces entraînements et à ces excitations au relâchement, à l'irrégularité, au laisseraller et à la dissipation ? La vie tout entière d'un
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prêtre peut dépendre de ses premiers débuts ; et il a été trop peu de temps dans le monde pour pouvoir profiter d'une expérience qu'il n'a pas encore payée. IL Avoir déjà longtemps vécu dans cette vie constitue un autre danger pour le prêtre. Il y est entré dans tout l'éclat du caractère imprimé en lui au jour de son ordination. S'il avait gardé sa fidélité et sa ferveur, l'exercice de la prêtrise n'aurait fait qu'ajouter une nouvelle splendeur à son caractère et à sa vie sacerdotale. Mais bientôt « l'or pur s'est terni (i). » Le jeune prêtre s'est acclimaté à son entourage. Il a peut-être été placé parmi des prêtres plus âgés qui. quoique bons, ont cédé au relâchement et au laisser-aller. Sa première charité diminue et le vieil homme reprend le dessus. Il est le même homme qu'auparavant ; ou peut-être les vieilles habitudes du cœur renaissent-elles avec toute la force de la réaction. Il avait pris la résolution de régler sa vie conformément aux nombreux conseils d'un esprit plus élevé : mais il en est venu à se borner à la pratique des commandements. Il n'a pas rétracté ses bonnes résolutions ; mais souvent il y est infidèle : elles ne subsistent plus que comme des intentions ou des promesses conditionnelles qu'il se fait à lui-même, avec la pleine latitude et la large clause de les observer quand ce sera possible. Il ne
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retranche rien au but ou au modèle qu'il s'est fixé, par un changement formel dans ses intentions ; mais il suit un niveau inférieur et se fait de moins en moins des reproches à mesure que le temps marche. Un tel prêtre peut bien encore être fidèle à la lettre de son règlement de vie et aux prescriptions de son horarium, mais l'esprit intérieur a certainement baissé. Peu de ses actions sont faites avec une intention actuelle ; beaucoup avec une intention virtuelle ; et la plupart, seulement avec une intention habituelle. Il ne manque jamais sa Messe; il n'évite pas le confessionnal, et ne néglige pas de répondre à l'appel des malades : mais l'esprit ou le cœur qu'il met à l'accomplissement de ces devoirs a diminué. Il est exact et régulier par routine, et par suite d'une habitude dont, peu à peu, il se rend de moins en moins compte. Dans la récitation de l'Office divin, une bonne partie est dite sans attention au sens des paroles. Un psaume en suit un autre, sans même qu'il s'en aperçoive ; et, quand il a fini, il n'a pas gardé le souvenir d'un seul verset. On en peut dire autant des mystères du Rosaire. Même pendant la Sainte Messe, les distractions arrivent en foule au Mémento des vivants et au Mémento des morts. Ses pensées suivent un double courant dont il a conscience. La célébration matérielle de la Messe peut être irréprochable, mais les pensées étrangères empêchent absolument la perception des paroles. Ainsi,
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également au confessionnal, il entend avec un esprit absent, et il absout avec distraction. C'est pire au chevet des malades et des mourants : il est machinalement correct dans l'administration des derniers sacrements, mais pas un mot de consolation ou d'encouragement : pas un mot qui parle de repentir ou de confiance. Et cependant, un tel prêtre peut avoir le cœur bon, une vie exemplaire, mais c'est une source tarie, ou, selon l'expression de S. Jude, nubes sine aqua — une nuée sans eau. 11 n'y a. en lui. aucun rafraîchissement pour les fatigués et les altérés, et ceux qui chercheraient en lui les sources de vie et de consolation, ne les y trouveraient pas.
III. Il y a un autre danger pour le prêtre : c'est son trop d'occupations. Qu'on ne se figure pas qu'une vie occupée ne peut pas être une sainte vie. La vie la plus affairée peut être une vie toute de piété. La sainteté consiste, non pas à faire des choses extraordinaires, mais à faire toutes les choses communes avec une ferveur extraordinaire. Nulle vie ne fût jamais plus morcelée, plus remplie de travail, que celle de Notre-Seigneur et de ses Apôtres. Ils étaient entourés par les foules, et « il y avait les allants et les venants, de sorte qu'ils n'avaient pas même le temps de manger (i). » Il n'en est
(i) S. Marc, yi, 31.
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pas moins vrai qu'une vie occupée a besoin d'une constante ponctualité et d'une habitude soutenue de la prière. Ce n'est ni piété ni charité pour un prêtre d'abréger la préparation à la Messe ou l'action de grâces, parce que des personnes l'attendent. Il doit servir Dieu d'abord, et ensuite il lui sera permis de servir son prochain. L'heure et demie que doit prendre la Messe d'un prêtre lui appartient et ne lui appartient pas. Elle constitue les prémices de sa journée ; et ces prémices appartiennent à Dieu : il en a l'usufruit, mais non la propriété, le dominium. Il ne peut pas les aliéner ; et si un prêtre le fait, il se verra forcé de dire à la fin : Vineam meam non custodivi. La sauterelle et le ver rongeur font leur œuvre de destruction secrètement, mais sûrement.
L'excès d'ouvrage conduit souvent à ne rien faire convenablement. Tout se fait avec précipitation et d'une manière superficielle. Il n'y a rien de perdu dans le temps qui est consacré à l'oraison mentale et aux entretiens d'union avec Dieu. Une parole, venant d'un cœur occupé de la sorte, produit plus d'effet que cent paroles tombant des lèvres d'un homme desséché par un travail exagéré. L'activité de l'intelligence et du corps, constamment surmenée, ne peut que rendre un esprit absorbé par les choses naturelles, extérieures et matérielles. Ce résultat se manifeste au confessionnal et dans la prédication. Que de fois n'avons-nous pas entendu dire : « Mon
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confesseur est un saint homme, mais il ne me dit jamais un mot en dehors de ma pénitence et de l'absolution? » Et comme nous reconnaissons, à ne pas nous y tromper, tout ce qu'il y a de superficiel, dans une source d'où s'échappent les flots d'une éloquence brillante, froide et recherchée !
IV. Un autre danger dans la vie d'un prêtre, le contraire du précédent, c'est d'avoir trop peu à faire. Si, comme nous l'avons vu, l'exercice du sacerdoce et des fonctions pastorales est, de sa nature, un moyen de sanctification, il s'en suit que le prêtre se causera un préjudice d'autant plus grand, qu'il suspendra ou omettra plus longtemps cet exercice. Mais ce n'est pas là seulement une perte négative. N'avoir pas un champ assez vaste, pour donner un plein développement à ses facultés, est la cause de l'inertie et de l'incapacité de plus d'un prêtre de haute intelligence et capable de grands efforts. Il y a deux choses qui donnent toute leur activité aux facultés secrètes des hommes. La première est une grande force de volonté qui rend un homme indépendant des stimulants extérieurs. L'autre est la tâche que lui imposent le devoir et la responsabilité. Peu d'hommes ont assez de force de volonté, — beaucoup en ont trop peu, — pour s'imposer cette tâche, ou pour développer leurs facultés. On rencontre parfois des prêtres qui, étudiants ou séminaristes , faisaient concevoir de grandes
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espérances pour l'Eglise, et qui ont été par nécessité placés dans une sphère si étroite que leurs facultés n'y ont pas trouvé un exercice suffisant. Cette sphère était trop resserrée pour leur zèle. Mais, quand nous parlons ainsi, nous ne devons pas oublier les paroles de S. Charles qui nous dit : qu'une seule âme est un diocèse assez grand pour un évêque. En recherchant le nombre, on perd de vue le prix d'une âme en particulier, et la récompense assurée à celui qui en aurait sauvé, ne serait-ce qu'une seule. Ce serait un travail suffisant pour un prêtre chargé du moindre troupeau. Mais ce sentiment demande beaucoup de réflexion et une grande force de volonté. L'inaction amène, chez la plupart des hommes, le relâchement et l'amour du bien-être. Une petite paroisse devient un poste de sommeil, et un prêtre y devient lui-même un inoffensif mangeur de lotus. D'abord, on perd son temps, les facultés s'annihilent : de même que les muscles perdent leur vigueur par le manque d'exercice, ainsi le cerveau et la volonté deviennent inertes et s'engourdissent. Un homme énergique saura toujours se créer du travail. Le temps dont il dispose ne lui paraît jamais trop long. Il saura s'occuper alors même qu'aucun travail ne lui est demandé. Les prêtres qui n'ont charge que d'une poignée d'âmes, peuvent devenir théologiens et auteurs, et peuvent, par leurs écrits, rendre à l'Eglise des services plus durables que par
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leur activité. Le loisir et la tranquillité sont deux conditions nécessaires pour les études sacrées. S. Augustin a dit : « Quamobrem otium quœrit charitas veritatis; negotiumj'ustum suscipit nécessitas charitatis. Quam sarcinam si nullus imponit, percipiendœ atque intuendœvacandum est veritati(i).» Mais pour cela, il faut l'amour de l'étude, une conscience qui ne fléchisse pas et une ferme volonté. Car la plupart des hommes de bien succombent au bien-être d'une vie qui, tout irréprochable qu'elle soit, ressemble trop à celle du serviteur qui enfouit son talent. Quand un homme n'a pas assez de travail, ou n'a pas des études suffisantes, pour occuper son esprit, il subit les tristesses de la monotonie, et il soupire après les changements. Il est las d'être inoccupé, et il cherche quelque chose qui l'intéresse. Il ne trouve rien chez lui : il cherche au dehors. Son cœur erre d'abord à l'aventure, puis il le suit. Il dissipe et tue le temps; c'est-à-dire que sa vie est dispersée et gaspillée, pleine d'ennui et de dégoût pour toutes choses, et ce dégoût finit par se faire sentir jusque dans ses actes et ses devoirs de religion. Un prêtre peut être chaste et réservé en tout: mais l'ennui est le sentier dont les pentes conduisent à la paresse, et la paresse est un des sept péchés qui donnent la mort à l'âme. Pour la plupart des hommes, trop de travail vaut mieux que pas assez.
(1) S. Aug. De Civ. Dei, lib. xix. c. xix. tom. vin, p. 426.
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V. Ce dernier danger conduit directement à un autre qui est la tiédeur. C'est à un Evêque que Notre-Seigneur disait : « Tu n'es ni froid ni chaud : plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud. Mais parce que tu es tiède et ni froid ni chaud, je commencerai à te vomir de ma bouche (1). » Le vomissement n'est pas encore complet, mais il est commencé ; et si le prêtre ne se connaît pas lui-même, il s'achèvera. Un prêtre relâché est de tous les hommes celui qui mérite le plus de compassion. Quand son sacerdoce ne lui offre plus de douceur, il devient bien vite sans goût, puis plein d'amertume. Le retour perpétuel des mêmes exercices et des mêmes devoirs devient une chose purement machinale et automatique. Sancta, sancte: c'est la prescription du Concile de Carthage. Mais quand les choses saintes n'apportent plus ni soutien ni rafraîchissement, elles deviennent un joug qui blesse et un fardeau qui écrase. De tels prêtres omettent facilement la célébration de la Messe et n'en souffrent point.
Ils peuvent encore prêcher les hauts enseignements de la vie spirituelle, et avec autant d'éloquence que jamais. Mais leur cœur n'est pas d'accord avec leurs paroles ; et pour les oreilles qui les entendent, il y a un son creux dans tout ce qu'ils disent. Ces hommes
(1) Apoc. m, 15, 16.
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liront la vie des Saints, et éprouveront le désir de leur ressembler. Ils essayent et n'y parviennent pas. Ils conservent dans leur esprit la perception d'une haute perfection dont ils parlent habituellement ; puis, ils se figurent qu'ils l'ont réalisée : parfois, c'est une illusion inconsciente, mais qui est dangereuse ; parfois c'est une illusion volontaire, ce qui est bien pire. Tout est vide et creux dans ces hommes. Leur cœur est sur une pente rapide : on voit les signes précurseurs de la ruine totale. Les paroles d'Isaïe sont aussi vraies qu'effrayantes : « Cette iniquité retombera sur vous comme une haute muraille qui, s'étant entr' ouverte, et ayant menacé ruine, tombe tout d'un coup lorsqu'on ne croyait pas sa chute si proche. >> Bien souvent, quand un prêtre tombe, tous les hommes s'en étonnent, excepté un ou deux qui l'ont suivi de près, et excepté lui. parce que sa conscience connaît bien le secret de sa chute. Et quand ce malheur arrive, il est terrible, parfois même irrémédiable. La « haute muraille •• se précipite dans une ruine extrême : plus elle est élevée, plus la ruine est sans espoir. C'est encore la pensée du Prophète : « Elle se brise comme un vase de terre qu'on casse avec effort en mille morceaux, sans qu'il en reste seulement un têt pour y mettre un charbon pris d'un feu, ou pour puiser un peu d'eau dans une fosse (i). >/ Quand les anges
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tombèrent, ils tombèrent pour toujours ; car pour eux il n'y avait point de rédemption. Quand un prêtre tombe, il peut se relever, car son Maître est d'une miséricorde infinie. Mais depuis que Satan est tombé, pareil à l'éclair, du haut du ciel, il n'y a pas de chute semblable à celle d'un prêtre.
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