CHAPITRE VIII
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arfois nous faisons cette réflexion, ou du moins, nous avons cette pensée : « Si j'avais su ce que c'était que d'être prêtre je ne me serais jamais engagé dans cet état. Je cours tous les dangers des autres hommes, et beaucoup d'autres qui sont particuliers au prêtre. Le prêtre est revêtu d"une dignité qui le met en évidence,
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et il a charge d'âmes dont il devra rendre compte. Le monde et Satan entretiennent envers lui une inimitié et une malveillance toute particulière. Quel avantage me procure cette vie ? Je ne vaux pas mieux que mes pères ; et si je tombe, ma chute sera grande, peut-être irrémédiable : « Grandis sacerdotis dignitas, sed grandis ruina. » Des pensées de ce genre viennent souvent des suggestions du tentateur et d'un égarement de notre cœur. Mais si nous ne cherchons pas à nous tromper à plaisir, le cœur plus fidèle se reprend bien vite, et alors nous disons : « J'ai les mêmes dangers que les autres hommes, mais j'ai des grâces bien plus abondantes. Ils ont la grâce sacramentelle de fils et de soldats, mais j'ai de plus la grâce sacramentelle de prêtre. ;• Quelque grands que soient les dangers d*un prêtre, sa grâce sacramentelle est plus grande. 11 a des secours à la fois généraux et particuliers dans l'exercice de son sacerdoce, et qui sont plus que suffisants pour tout devoir, pour tout danger et pour toute tentation.
Nous avons déjà parlé des secours généraux du sacerdoce et de la charge pastorale : nous allons entrer dans le détail des secours particuliers que le prêtre rencontre dans tout le cours de sa vie.
1. En premier lieu, et au-dessus de tous, il faut mettre la Messe de chaque jour. « Quand le matin .arriva, Jésus se tenait sur le rivage. » Le jour
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commence avec la présence de Jésus ; l'autel est le rivage du Monde Eternel, et Jésus y descend à notre parole. A la sainte Messe, nous le connaissons, et cependant nos yeux sont voilés. Il y est sous une autre forme. Nous ne pouvons pas le voir ; mais nous savons que c'est le Maître. Il nous prépare et nous donne le Pain de Vie. Quand nous dépenserions une vie entière à nous y préparer, un tel contact divin avec sa Présence serait plus qu'un dédommagement de toutes nos prières, de toutes nos pénitences, et de toutes les mortifications de notre cœur (i). Mais il vient à nous, non pas une fois seulement dans notre vie, mais chaque matin. Chacune de nos journées commence avec lui. Si nous passions la première heure du jour en la présence, — certaine quoique invisible — de notre ange gardien ou de notre saint Patron, ce serait à la fois un frein et une excitation. La familiarité pourrait finir par affaiblir en nous le vif sentiment d'un contact si étroit avec le monde surnaturel, et nous pourrions cesser de nous en faire une idée exacte. Mais la sainte Messe est plus que tout cela. Elle est la Présence personnelle du Seigneur des Anges et des Saints : et cependant, par suite de la familiarité avec la condescendance excessive de sa profonde humilité, nous pouvons perdre peu à peu
(i) S. Grégoire de Nazianze dit: « La vie la plus longue ne serait pas une préparation suffisante au sacerdoce. » — Orat. ii. § lxxi.
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la vivacité de nos sentiments. Le Concile de Trente nous enseigne que la Présence de Jésus est au-dessus des lois et de l'ordre de la nature (1). Il est là, Dieu et Homme, dans une réalité personnelle et en substance : et quand nous tenons le Saint Sacrement dans nos mains, nous sommes en contact avec le Créateur, le Rédempteur et le Sanctificateur du monde. Le Concile dit encore qu'il est présent, non comme dans un lieu, mais qu'il y est comme une substance (2). Dans l'ordre divin, il n'y a ni temps ni espace. Nous sommes en contact avec le monde éternel ; ce contact est réel, substantiel et personnel, aussi bien de la part de Jésus-Christ que de la nôtre. Nous le voyons face à face par la vision de la foi. Après cette vision, il ne reste plus que celle des bienheureux. Après la consécration, tout voilé qu'il est, nous sommes déjà admis auprès de lui. Nobis quoque peccatoribus, à nous aussi pécheurs, il nous est accordé partage et amitié avec les Saints et les Martyrs de la cour céleste. De la consécration à la communion, nous sommes avec lui, avec autant de vérité, — mais avec une plus profonde conviction, — que Cléophas et son compagnon, sur le chemin d'Emmaùs. Et si nos yeux sont voilés, notre intelligence ne l'est pas. Nous le voyons sous une
(1) Catech. Trid. ad Par. p. iv. c. 2.
(2) Ibid. p. 11. c. iv, 36.
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autre forme ; mais nous le connaissons pendant que nos yeux le contemplent. Nous lui parlons comme à notre Seigneur, à notre Maître, à notre Ami ; par une conversation intérieure, il nous répond en des termes qu'il n'est pas donné à l'homme d'exprimer. Sa Présence sur l'autel ne dure pas longtemps ; mais ces quelques instants renferment un abîme de lumière et de paix. Nous disons la Messe tous les matins de notre vie. mais jamais nous ne pénétrerons complètement ce mystère de sa proximité personnelle. Il n'y a pas de limites fixées à l'abondance des suavités (i). qu'il répand de tout côté, comme une mer sans bornes. Et cependant toutes ces suavités sont cachées dans le Saint Sacrement, à la disposition de ceux qui le cherchent avec une sainte crainte. Avant de se séparer de nous pour un instant, et pour revenir le lendemain, il prend et nous donne son Corps sacré et son Précieux Sang, comme au Cénacle, le soir de ses adieux, et comme à Emmaùs, quand il disparut aux regards des disciples. Il disparaît, mais peu de temps après il se retrouve au milieu de ses disciples. Comme dit encore le Concile : « Jésus, avant aimé les siens pendant qu'il était en ce monde, les aima jusqu'à la fin. » — Pour qu'il pût n'être jamais éloigné des siens, il nous donna, par un conseil inexplicable de sa sagesse, un gage de son
(i) Ps. XXX. 20.
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amour qui est au-dessus de l'ordre et des conditions de la nature (1), » — c'est-à-dire sa Présence perpétuelle voilée à nos yeux. Quand l'archange Raphaël quitta Tobie et son fils qui ne devaient plus le revoir, ils restèrent « trois heures la face prosternée contre terre (2). » Quelle ne doit pas être notre action de grâces après la Messe !
Si je ne parle pas de la Communion, c'est que je le crois inutile. Il n'est pas un prêtre qui n'en sache sur ce point plus qu'on ne pourrait dire. La couleur et la saveur ne sont point du domaine ni de l'appréciation de l'intelligence seule. Il n'y a que la vue et le goût qui peuvent s'en rendre compte. Aussi l'Esprit-Saint dit-il : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux (3). » 11 faut goûter d'abord et voir ensuite ; mais il faut voir par une vue intérieure qui n'a besoin d'aucune lumière et qui n'est point sujette aux limites des sens. Dans chaque Communion nous devenons la chair de la chair du Christ, l'os de ses os ; et si notre cœur est pur, nous devenons aussi le cœur de son Cœur, la pensée de sa pensée, la volonté de sa volonté, l'esprit de son esprit. Nous trouvons des bornes en nous : en lui, nous n'en rencontrons aucune. Si notre cœur était préparé,
(1) Catech. Trid. P. 11. c. iv, 3.
(2) Tob. XII, 21, 22.
(3) Ps. XXXIII, 9.
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comme il pourrait et comme il devrait l'être, par le repentir et la piété, la grâce sacramentelle, même d'une seule Communion, suffirait pour produire en nous la sainteté du corps, de l'âme et de l'esprit. Les vertus qui. de la présence de Nôtre-Seigneur, émanent dans notre cœur, sont proportionnées à notre capacité à les recevoir. Et cette capacité est en raison de notre préparation à la fois éloignée et prochaine : c'est-à-dire en raison de notre préparation avant de monter à l'autel, et de notre union habituelle avec Dieu. Notre-Seigneur dit : « En ce jour-là vous connaîtrez que je suis dans le Père, que vous êtes en moi. et moi en vous (i). » « En ce jour-là, // c'est-à-dire « quand je serai dans la gloire du Père, et que le Saint-Esprit sera venu. Alors vous connaîtrez que. par la Communion substantielle de mon Corps et de mon Sang, vous êtes en moi et moi en vous. ;• Le sentiment de la Présence divine en nous, nous enveloppant de toutes parts, est la mutuelle cohabitation promise dans ces paroles. C'est le sens de l'Apôtre S. Paul quand il disait : «Je vis: non. pas moi, mais le Christ vit en moi. » Jésus-Christ devient le guide de toutes les puissances vitales de notre être, qu'il élève par son union avec elles. Par sa puissance créatrice il prévient et dirige chacun des battements de notre cœur et chacun de
i : | S. Jean xiy, 20.
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nos soupirs ; comme il prévient et dirige nos pensées, nos paroles et nos actions. L'union avec lui perfectionne notre liberté et notre puissance d'action. Il est le moteur, l'agent divin qui nous aide en toutes choses, à faire sa volonté, mais qui demande de notre part une entière soumission. Nous sommes libres dans nos pensées, dans nos actions et dans nos paroles ; mais notre liberté est sous la direction et la sauvegarde de sa grâce et de sa puissance. Il vit en nous, et nous vivons par lui. Quel secours pourrait manquer à un prêtre qui aime sa Messe de chaque jour? La Messe contient tous les secours : mit lit, prœservat, réparai, delectat et auget. Jésus est notre nourriture, notre abri, notre délassement, notre bonheur et notre force.
IL Le second soutien de la vie d'un prêtre est l'Office divin. Sept fois par jour les actes du culte divin montent de l'Eglise, à travers le monde entier, jusqu'au trône de Dieu. L'Eglise militante, l'Eglise souffrante et l'Eglise triomphante adorent la Très- Sainte Trinité par un accord incessant de prières et de louanges. L'Eglise entière est le sanctuaire, et l'Office divin est le rituel du chœur de la terre s'unissant aux louanges, aux actions de grâce et doxologies qui composent le rituel des chœurs célestes. Tout prêtre a sa place dans ce chœur, et chaque jour il fait sept visites à la cour des élus.
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L'Office est une partie de la tradition divine. C'est un témoignage perpétuel rendu à Dieu et à la foi. Il est l'œuvre de la main des hommes ; mais ces hommes étaient des saints, et ils y ont travaillé sous la direction du Saint-Esprit. La composition du Rituel peut bien être l'œuvre de mains humaines ; mais les éléments dont il est composé sont les paroles de l'Esprit de Dieu. Les psaumes et les écritures, ouvrage des hommes inspirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, sont intercalés dans un merveilleux tissu de prières et de louanges, qui nous met en communion avec les Saints et tout le royaume de Dieu. Le retour perpétuel des solennités et des fêtes de l'année, — hiver et printemps, été et automne, — ramène constamment la suite de la révélation entière. Les Prophètes et les Apôtres, les Evangélistes et les Saints nous parlent d'une voix qui ne s'éteint jamais. Toute l'histoire du royaume de Dieu repasse continuellement sous nos yeux.
Une âme pieuse demandait à S. Pierre Damien <( pourquoi nous disons Dominas vobiscum, comme si plusieurs personnes étaient devant nous, quand même il n'y a personne avec nous ? » Il répondit : « C'est que nous ne sommes jamais seuls. Nous prions toujours avec l'Eglise universelle, et nous prions Notre-Seigneur d'honorer de sa présence tous les fidèles de la terre. >• Nous disons : « Le Seigneur soit avec vous, ;> car nous adorons Dieu pour toute
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l'Eglise visible, et en compagnie de ceux dont l'union avec Notre-Seigneur est déjà parfaite. Nous faisons ces sept visites au monde de la lumière et nous récitons le Saint Office parce que l'Eglise nous l'impose sous peine de péché mortel. Deux raisons nous obligent à cette récitation : la gloire de Dieu et notre propre sanctification.
C'est la sagesse de l'Eglise et son amour pour ses prêtres qui leur imposent cette grave obligation. L'Eglise prend de la journée d'un prêtre tout le temps que demande son office, une heure et demie à deux heures. Ce temps n'appartient plus au prêtre, mais à Dieu et à l'Eglise. Le prêtre ne peut point l'aliéner, car il n'est pas à lui; mais, par obéissance et sous peine grave, il est obligé de le consacrer à sa propre sanctification. Le visage de Moïse était lumineux après son entretien avec Dieu. Notre visage devrait briller d'un éclat divin ; ou du moins, notre cœur devrait resplendir des feux de l'amour et de la lumière intérieure de la cour céleste. Quand nous disons nos heures, « nous nous approchons de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la céleste Jérusalem, d'une troupe de plusieurs milliers d'anges, et de l'Eglise des premiers nés qui sont inscrits dans les cieux, et de Dieu, le juge de tous et des esprits des justes parfaits (1). // Quelle ne
(i) HÉBR. XII, 22, 23.
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doit pas être la piété habituelle, le recueillement, l'humilité en paroles et en esprit, de celui qui, sept fois par jour, est mêlé au chœur des Saints devant la face de Dieu? Après la Sainte Messe, quel secours plus grand pourrait-on trouver pour parvenir à la perfection sacerdotale ?
III. Le troisième soutien du prêtre est l'oraison mentale. L'Office divin est une prière vocale, mais dont la simple récitation remplit l'âme d'abondants sujets d'oraison. La vie d'un prêtre estla vita mixtaàe Xotre-Seigneur ; et, pour notre instruction, Jésus a passé ses jours dans le travail et ses nuits dans la prière. La vie d'un prêtre est tout à la fois une vie contemplative et une vie active, et ces deux sortes de vie ne sauraient être séparées sans préjudice et sans danger. Hœc meditare, in his esto, ut profectus tuus manifestus sit omnibus. Les choses qui devaient faire l'objet des méditations et la vie tout entière de Timothée. étaient toutes les vérités et tous les préceptes de la foi. mais surtout « la lecture, l'exhortation et l'enseignement, » — c'est-à-dire le dépôt de la révélation dans toute sa plénitude et dans tous ses détails. Dans la lecture, notre esprit ne va pas plus loin que le livre, dans la méditation, notre intelligence et notre cœur ne s'arrêtent qu'à Dieu. La prière est un acte vivant de foi et de désir, qui nous porte à une plus entière connaissance de Dieu et à une union plus étroite avec lui, par les
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affections et les résolutions, — c'est-à-dire, par le cœur et la volonté.
Le premier effet de l'oraison mentale c'est de réaliser les choses de la foi, — c'est-à-dire, de nous représenter le monde invisible comme s'il était visible, et le monde futur comme s'il était présent.. Réaliser veut dire avoir la perception vive et permanente des choses invisibles comme si elles étaient sensibles, et des choses futures comme si elles avaient déjà eu lieu. Nous lisons que Moïse supporta la colère de Pharaon comme s'il voyait Celui qui est invisible. Toute la terreur de ce roi de la terre s'évanouissait devant le sentiment de la divine Présence enveloppant ce trône qui n'a point d'égal parmi les majestés d'ici-bas. Saint Paul dit que nous marchons à la lumière de la foi et non de la vue ; les choses de la foi sont éternelles, tandis que les choses que nous voyons ne font que passer. Le monde invisible est la substance, le monde visible n'est que l'ombre. Pour l'esprit qui n'est pas surnaturel, ce monde avec ses bruits et ses lumières éblouissantes est palpable, et dès lors il le croit réel. Le monde invisible est impalpable; et, bien qu'on ne puisse le nier, il n'a sur un tel esprit aucune action et aucun pouvoir. La grande multitude des hommes passent toute leur journée comme s'il n'y avait pas un monde invisible et un monde à venir. Ils ne méditent pas. Ils disent des prières, mais leurs prières
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ne sont point mentales. L'esprit ne s'arrête pas pour fixer ses pensées et ses aspirations sur Dieu, sur la gloire de la Très-Sainte Trinité, sur la beauté de la sainte Humanité, sur le bonheur de la Mère de Dieu, sur le repos et la joie des Saints, sur la communion qui nous unit à eux ici-bas, sur la part qui nous est promise pour l'avenir dans leur douce félicité, sur la présence permanente de Jésus avec nous, sur l'Esprit Saint habitant dans toute âme pure et humble, et surtout dans l'âme du prêtre pur et humble, du pasteur fidèle et fervent. Si nous considérions ces choses avec l'attention que le négociant apporte sur la place d'un marché et dont il entoure ses marchandises, ou bien encore avec l'attention que le banquier déploie pour surveiller ses placements et ses lingots d'or, alors nous vivrions dans ce monde sans être de ce monde, semblables à ceux qui sont ressuscites avec le Christ (i), et qui sont déjà « bénis en lui dans les demeures célestes (2). » Cette réalisation des choses invisibles et célestes est plus puissante que toutes les règles du dehors pour garder et fortifier un prêtre. Elle est une lumière et une force intérieures, qu'il porte avec lui en tout temps et en tout lieu, et qui vivifient la grâce sacramentelle de son sacerdoce: c'est là un secours
(1) Col. ni, 1.
(2) Ephes. 1, 3,
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divin et infaillible dans tous ses périls et dans tous ses besoins.
IV. Un nouveau et puissant secours dans la vie d'un prêtre, est la prédication de la parole de Dieu.
Saint Paul disait : « Dieu m'a envoyé, non pour baptiser, mais pour prêcher l'Evangile. » Le Concile de Trente dit que la prédication est le devoir essentiel des Evêques (1); et si c'est un devoir capital pour l'évêque, à combien plus forte raison pour le prêtre? Si Isaïe avait peur de parler au nom de Dieu, parce qu'il était « un homme aux lèvres impures (2), » quelle idée nous ferons-nous de la sainteté et de la dignité du prédicateur ? Si un prophète osait à peine parler au nom de Dieu, où trouverons-nous les orateurs de la chaire ? Cette fonction, qui leur avait été dévolue comme un soutien, devient pour eux une occasion de chute. Etre choisi et envoyé par Dieu pour parler aux hommes en son nom ; pour venir, en qualité de messager a latere Jesu prêcher la pénitence et la rémission des péchés, montrer le chemin de la sainteté et de la perfection en son Nom, par ses paroles et par son autorité, — qui oserait assumer une telle mission si l'obligation ne lui en était pas imposée? Parler au nom de Dieu froidement, sans soins, sans la science voulue, et
(1) Sess. xxiv. De Réf.
(2) Is. vi, 5.
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sans la préparation nécessaire, quelle témérité et quel danger ! Prêcher par ostentation, par envie de paraître, par vanité et sans aucune solidité de doctrine (i). n'est-ce pas provoquer notre divin Maître et scandaliser les âmes ! Les âmes à la foi simple, humbles et ferventes, reconnaissent instinctivement le prédicateur qui se prêche luimême. Même les hommes du monde, accoutumés au langage concis et expressif de la vie sérieuse, discernent bien vite ce qu'il y a de conventionnel et de peu fondé dans une prédication. Ils écouteront au contraire avec plaisir un prédicateur convaincu, lors même que son langage manquera d'élégance et de culture (2). Moins le prédicateur parlera son propre langage et plus il parlera celui de Dieu, plus il sera sûr de forcer l'attention et le respect de ses auditeurs. On sent qu'il a droit de parler, et qu'il parle au nom et avec les paroles de son Maître. On sent aussi qu'il s'oublie lui-même pour ne songer qu'à la mission qu'il a reçue de Dieu et aux âmes qui sont devant lui. Il leur enseigne ce que Dieu lui a d'abord appris à lui-même. Il a prié dans ce but,
(1) S. Augustin dit d'un prédicateur de ce genre : « Foris tumescit intus tabescit.
(2) S. Jérôme dit : « Multoquc melius est a duobus imperfectis rusticitatem hàbere sanctam quam eloquentiam peecatricem. » Ep. ad
Nepot. tom. iv. p. 263.
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et il a réfléchi sur son sujet. La vérité a passé par son esprit et sa conscience, pour venir à son cœur, et il parle de l'abondance du cœur. Le sage dit : « La bouche du sage est dans son cœur ; mais le cœur de l'insensé est dans sa bouche, » et c'est un cœur bien vide. Si « au jour du jugement nous devrons rendre compte de toute parole inutile (1), » quel compte ne devrons-nous pas rendre des paroles que nous aurons, pendant de longues années et toute une vie, prononcées au nom de Dieu? « Ma parole, dit le Prophète, n'est-elle pas comme un feu et un marteau qui met les rochers en poussière? » Et si ces mots doivent s'appliquer avec autant de vérité à nous qu'au prophète lui-même, quel sera le jugement porté sur ce flux intarissable de paroles froides et insignifiantes, qui, au lieu de pensées, n'offrent que rhétorique creuse : paroles insignifiantes parce qu'elles sont sans efficacité, et sans efficacité parce qu'elles sont de notre propre fond ? Dans quel cœur avons-nous fait jaillir une étincelle? Quelle âme endurcie avons-nous émue ? Et si notre parole a été sans fruit, n'est-ce pas parce que nous n'avons pas d'abord appris de Dieu lui-même ce que nous enseignons aux autres ? Si nous cherchions en lui cet enseignement, il mettrait dans notre bouche une sagesse à laquelle même nos adversaires ne pourraient opposer ni résistance, ni
(1) S. Mat. xii, 36.
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contradiction. Avant de prêcher, la meilleure préparation est la prière. Il nous faut, il est vrai, méditer le sujet de notre prédication, et faire nos méditations sur nos sermons, et non point nos sermons sur nos méditations ; car nos méditations sont pour notre sanctification personnelle, et nous ne, saurions plus sûrement toucher le cœur des autres qu'en leur enseignant des vérités déjà mises en pratique par nous. C'est pour cette raison que le devoir de prêcher la parole de Dieu exige que nous restions toujours comme des disciples aux pieds de notre divin Maître. Pendant que nous prêchons sa vérité, celle-ci réagit avec une efficacité merveilleuse sur nous-mêmes. Ses traits s'impriment profondément dans notre intelligence, dans notre conscience et dans notre cœur. Elle est un puissant levier pour notre volonté : elle remplit notre âme et garde vivantes dans notre souvenir les méditations des longues années qui ne sont plus, en y ajoutant sans cesse de nouveaux accroissements de lumière. Puis elle fait descendre une bénédiction toute spéciale dans le cœur du prédicateur : Qui inebriat inebriabitur et ipse. Celui qui fait couler abondamment sur les âmes les eaux rafraîchissantes de la vie en ressentira lui-même abondamment la douce fraîcheur. Celui qui les abreuve sera abreuvé lui-même à l'instant où il parlera au nom de Dieu. Un humble prêtre, qui prêche comme il prie, est en
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communication avec la source des eaux vivifiantes ; il y trempe ses lèvres, et souvent il s'étonnera de se voir des pensées toutes nouvelles, et de voir les mots qui viendront sur ses lèvres. C'est l'accomplissement de la promesse : « Celui-là recevra de moi et il vous le communiquera. » — Ille plus dicit qui plus facit. — Quelques paroles d'un saint prêtre font plus que les nombreux discours d'une éloquence purement humaine.
La prédication est donc un auxiliaire constant et surnaturel qui aide la perfection sacerdotale et pastorale.
V. Enfin, le confessionnal est le dernier soutien que nous voulons énumérer. Saint Grégoire-le-Grand dit que les prêtres sont comme le bassin d'airain qui était à la porte du Temple, et dans lequel le peuple puisait l'eau de la purification avant d'entrer. Ils reçoivent les péchés de tout le peuple, mais doivent se garder eux-mêmes toujours purs (1). Jésus étendit la main et toucha le lépreux en disant : « Sois guéri. » Le prêtre touche le pécheur et celui-ci est purifié. Mais le prêtre a besoin de veiller et de prier, ne lepra possit transi re in medicum.
Nous étudions la théologie morale dans les livres ; mais il n'y a pas un livre si plein d'enseignements que le confessionnal. Un prêtre peut difficilement
(1) Reg. Pastoralis. lib. n. c. ri.
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oublier la première fois qu'il s'est assis au tribunal de la Pénitence. D'un côté comme de l'autre viennent successivement des voix qu'on dirait sortir et du ciel et de l'enfer. C'est d'abord la confession d'un pécheur noir comme la nuit ; vient ensuite la confession d'un enfant qui a conservé son innocence baptismale ; après, c'est celle d'un pénitent vraiment contrit, suivie de celle d'une âme qui s'ignore ellemême et qui ignore sa dégradation : puis vient un pauvre pénitent au cœur humble et simple ; enfin, suivent les mondains, les intrigants, et les menteurs manifestes. Tous les traités des théologiens de Salamanque ne peuvent apprendre à un prêtre uce que son confessionnal lui enseigne constamment. S'il a assez d'humilité pour recevoir cet enseignement, son confessionnal lui apprendra cinq grandes vérités.
Il lui enseignera d'abord la connaissance de luimême, en rappelant à sa mémoire la pensée de son propre état et en lui montrant son visage dans le miroir de la vie des pécheurs.
Secondement, il y apprendra à se repentir luimême, en voyant la douleur des pénitents qui ne veulent admettre aucune consolation.
Troisièmement, le confessionnal enseignera au prêtre la délicatesse de conscience, en le mettant en contact avec ces~ âmes innocentes dont l'œil est simple, et dont tout le corps est plein de lumière, et qui s'accusent d'omissions et de résistances à la
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volonté de Dieu dont, peut-être, nous nous rendons coupables nous-mêmes, chaque jour, sans y faire attention.
Quatrièmement, il lui apprendra les aspirations du cœur, en lui montrant ces âmes ferventes dont le seul désir, comme Tunique effort, au milieu de lourdes et incessantes occupations, est de rendre de plus en plus étroite leur union avec Dieu.
Cinquièmement, il lui fera' écouter les reproches de sa propre conscience, en face de son peu de progrès dans la vertu, comparé à la générosité et à la fidélité de ces cœurs, qui ne rencontrent qu'obstacles de toutes parts, et qui, néanmoins, par leur humilité, leur renoncement, leur charité et leur union avec Dieu, nous sont bien supérieurs, à nous qui avons reçu tous les dons du temps et de la grâce nécessaires pour arriver à la perfection.
Mais si nous voulons que ces enseignements soient efficaces, nous devons faire pour le Sacrement de Pénitence ce que nous ferions pour le Sacrement de Baptême, c'est-à-dire, faire vivre en nous son divin caractère et sa vertu divine. Le confessionnal est la première partie de son devoir qu'abandonne un prêtre tiède. Parfois il lui est pénible d'entendre les reproches que lui font malgré eux ses pénitents. Parfois il se lasse de rester assis de longues heures, et d'être en contact avec des pénitents grossiers et peu attrayants. Parfois il entend et absout sans dire
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un mot, n'ayant rien à dire, soit parce qu'il manque de piété intérieure, soit parce qu'il n'a pas prêté à la confession une attention suffisante.
Si cependant le prêtre remplit régulièrement sa charge de père, déjuge et de médecin, le confessionnal devient un des secours les plus efficaces et les plus puissants pour travailler à sa propre sanctification.
Que pourrait-il donc manquer au prêtre pour le maintenir dans cette perfection qui était la sienne quand il s'est présenté à l'ordination? Ces cinq grandes grâces du Sacerdoce : la Sainte Messe, l'Office divin, la pratique de l'oraison mentale, — c'est-à-dire la vie de contemplation, — la prédication de la parole de Dieu, l'absolution des pécheurs et la direction des âmes au confessionnal, ces grâces ont toutes une influence directe, puissante et considérable sur la vie et sur l'âme du prêtre. S'il commet une faute d'action ou d'omission, s'il cède à une tentation, ou s'il manque à un devoir, il ne peut jamais prétexter comme excuse le manque de savoir ou le manque de puissance pour agir conformément à son sacerdoce. Une telle excuse serait accuser notre divin Maître de nous commander l'impossible, ou d'exiger de nous un service difficile, comme un maître sévère, sans nous donner en abondance les secours nécessaires. C'est une tentation, et c'est une faute très-commune, d'accuser notre état et les circonstances où nous nous trouvons, et de nous
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imaginer que nous serions meilleurs dans une autre position ou dans un autre milieu. Si nous ne faisons pas un effort complet et généreux, avec tous les secours qui nous entourent, nous serons au-dessous de notre tâche dans toutes les conditions et dans tous les milieux. Si les dangers d'un prêtre sont grands, ses secours sont plus grands encore.
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