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CHAPITRE IX

La charqe pastorale, source de confiance

l n'y a pas à en douter, les secours du prêtre sont plus grands que ses dangers. Mais la crainte et l'inquiétude peuvent nous saisir, et ce sont des sentiments qui ne raisonnent pas. La prévision d'une responsabilité de plusieurs années, le sentiment de notre faiblesse, les insinuations et la puissance du péché, la pensée de nos derniers

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moments : — tout cela parfois pèse lourdement sur nous. La vue journalière du mal ; les chutes, nombreuses autour de nous, de ceux qui avaient bien commencé et longtemps persévéré; l'égarement de ces prêtres qui furent nos camarades d'étude et nos collaborateurs ou même nos amis ; le souvenir de ces nombreuses occasions qui nous ont entraînés sur le bord du précipice où nos pieds ont été si près de glisser : — voilà qui entretient vivant dans l'âme du prêtre le sentiment de la crainte, et cette crainte vient de l'Esprit Saint. Confige cames mecis timoré tito doit être notre prière de chaque jour. Nous avons déjà vu plusieurs motifs de confiance, nous en étudierons encore un, je veux dire la charge pastorale.

Saint Pierre renia trois fois son Maître, trois fois Jésus lui demanda s'il l'aimait : et trois fois il lui confia la charge de son troupeau. Cette charge était donc un signe de pardon, une preuve d'amour, et un gage de salut. Ce gage ne fut pas donné à Pierre pour lui seul. Par lui, il se communique à nous tous. La charge pastorale que nous recevons par l'intermédiaire de Pierre est également pour nous la marque de notre amour, une preuve de l'amour de Jésus, et un gage de salut.

I. D'abord, être revêtu du sacerdoce, comme nous l'avons vu, c'est la plus haute marque de prédestination. Le prêtre est appelé et ordonné pour

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la plus grande gloire de Dieu. Il est les prémices des prémices de la nouvelle création. Il est appelé à approcher plus que tout autre de notre divin Rédempteur, et à être son coopérateur pour arracher ses élus à ce monde pervers. En lui sont réunies toutes les marques de complaisance que Dieu a jamais données à l'homme. Pierre de Blois dit : « Un prêtre a la primauté d'Abel, le patriarcat d'Abraham, le gouvernement de Noé, l'ordre de Melchisédech. la dignité d'Aaron, l'autorité de Moïse, la perfection de Samuel, le pouvoir de Pierre, l'onction du Christ (i). » Ce sont là tout autant de sceaux cimentant la promesse écrite du Christ de nous sauver. Ce ne sont pas de simples titres, mais des réalités. Le bon Pasteur disait de ses disciples : « Mes brebis écoutent ma voix: je les connais et elles me suivent. Et je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. Ce que mon Père m'a donné est plus grand que toutes choses et personne ne peut le ravir de la main de mon Père (2). // Si nous nous arrachons volontairement à cette main divine, nous causons notre propre perte. Aucune puissance n'est capable de nous en arracher malgré nous, tant que notre volonté reste conforme à la volonté de Dieu. « Si

(1) Serm. lx. ad Sacerdotf.s. Oi'i\ p. 373. 12 S. Jean x. 27-29.

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Dieu nous voulait faire mourir, il n'aurait pas reçu de nos mains l'holocauste et les libations que nous lui avons offertes.; il ne nous aurait point fait voir toutes ces choses, et il ne nous aurait point prédit ce qui doit nous arriver (1). » L'acceptation de nos œuvres par Dieu, chaque lumière et chaque grâce qu'il nous accorde, notre persévérance d'une année à l'autre, d'un jour à l'autre, sont pour nous des gages de salut. « Désormais je ne vous appellerai plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait ce que fait son maître. Mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai fait savoir tout ce que j'ai appris de mon Père. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; mais c'est moi qui vous ai choisis : et je vous ai établis .afin que vous alliez, et que vous rapportiez du fruit (2). » Avoir été choisi par lui du milieu du monde, c'est un fait qui, par sa nature, nous révèle son intention de nous sauver. Nous appeler du rang de ses serviteurs au rang d'amis ; nous admettre à la connaissance de son œuvre et de sa volonté ; nous faire aussi connaître les communications de son Père ; nous avoir choisis quand nous ne pensions pas à lui, nous avoir rendus capables de le servir : — tous et chacun de ces signes de grâce sont des gages de sa volonté bien arrêtée de nous sauver, si nous ne nous trahissons pas nous-mêmes.

(1) Juges xiii, 23.

(2) S. Jean, xv, 15, 16.

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II. De plus, être pasteur, c'est posséder la plus abondante source de grâces. Nous avons déjà vu le secours infaillible de la grâce sacramentelle proportionnée à nos besoins, à nos devoirs et à nos dangers. Nous avons vu également la grâce accordée à la position qui nous est confiée. Nous n'avons pas besoin de nous arrêter de nouveau sur ces points. Mais il y a. dans l'exercice de la charge pastorale, une double ressource qui nous aide d'une façon toute spéciale à opérer notre salut. L'une, est une continuelle augmentation de charité; l'autre, est le continuel exercice du renoncement.

« Dieu est charité, et quiconque demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui (i). » Or Dieu est la vie de l'âme ; et où la vie habite, la seconde mort n'a aucune puissance, si ce n'est par suite de notre infidélité. Dieu ne retirera jamais ses dons. Il ne veut la mort de personne, pas même celle du pécheur. Il discute avec lui : « Pourquoi voulezvous mourir (2) ? » « Vous ne voulez pas venir à moi, pour que vous ayez la vie (3). >> Celui qui aime Dieu a la promesse et le gage de la vie éternelle.

Ainsi raisonnait Saint Paul. Sa conversion, sa vocation, son apostolat, sa mission: voilà pour lui

(1) I. S. Jean, iv, 16.

(2) Jér. xxvii, 13.

(3) S. Jean, y, 40.

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tout autant de gages de l'amour de Dieu, et d'un amour inaltérable de la part de Dieu. Mais notre amour envers Dieu peut augmenter pendant toute notre vie. Tout acte de piété envers lui est récompensé par une augmentation d'amour. Toute fervente prière du cœur active la grâce de la charité. Tout acte de contemplation et d'adoration produit un surcroît d'amour dans la dernière et la plus humble des âmes, au milieu de la vie la plus occupée et la plus surchargée. A combien plus forte raison en est-il ainsi dans la vie d'un prêtre et d'un pasteur, dont tous les efforts, en pensée, en parole et en action, sont pour le royaume de Dieu? Toute Messe que nous célébrons, chaque récitation de l'Office divin, peuvent être des actes inspirés par l'amour de Dieu, et produisant des accroissements de cet amour dans notre cœur. L'augmentation de la charité, dans notre union avec Dieu, peut se développer à chaque instant. Toutes les aspirations, tous les désirs, tous les actes intérieurs d'obéissance, de patience, de soumission, de désir ardent envers Dieu, nous unissent avec lui par un amour plus intime, dilatent notre cœur par son amour, en changeant notre espoir en confiance et en activant nos progrès. Viam mandatorum tuoritm cucurri, cum dilatasti cor meum (1). A mesure que le cœur se dilate l'amour

(1) Ps. cxviii, 32.

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de Dieu augmente, et à mesure que l'amour augmente, il dilate de plus en plus le cœur.

Mais, où est l'amour de Dieu, là aussi est l'amour du prochain. Où il y a une source, il y a aussi un ruisseau. Comme le ruisseau coule de la source, ainsi l'amour de Dieu se répand lui-même en amour pour l'homme. Le ruisseau prouve que la source existe. C'est pourquoi Saint Jean dit : « Nous savons que nous avons été transférés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères (i). » Notre amour pour eux prouve notre amour envers Dieu ; et celui qui aime Dieu demeure en Dieu, et a été tiansféré de la mort à la vie ; car Dieu est notre éternelle vie, et il demeure en nous-mêmes dans cette vie. Le continuel exercice de l'amour du prochain pour tous, — pour notre troupeau, pour nos parents, pour nos amis et pour nos ennemis. — dans toute l'extension de la charité, est une école de perfection et de persévérance.

Et cette vie de charité est d'autant plus parfaite qu'elle exige de nous une plus grande mortification personnelle. Or, la vie sacerdotale et pastorale est une vie d'abnégation de chaque jour et de chaque instant. Nous sommes appelés à mourir à nousmêmes, à nos désirs, à notre volonté et à notre bon plaisir, et pour nous plier aux ordres et aux caprices

Ci > S. Jean. m. 14.

ga charge pastorale 129

de tous, des bons et des mauvais, des raisonnables et de ceux qui ne le sont pas, « me faisant tout à tous, dit l'Apôtre, pour les sauver tous (1). » C'est un étrange résultat de nos travaux qu'une partie seulement des âmes soient sauvées. Et cependant, pour cette partie, il nous faut mourir à nous-mêmes, sortir de nous-mêmes et abandonner tout droit sur nous, dans l'intérêt des élus. Le mot expropriatio a un sens profond dont nous devons être pénétrés. « Nous ne nous appartenons pas ; » nous avons perdu toute propriété sur nous-mêmes ; car nous avons été achetés au prix du Précieux Sang. C'est le sens des paroles de Saint Paul, quand il dit : « Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais Jésus-Christ Notre- Seigneur ; et nous nous déclarons vos serviteurs par Jésus (2). » Combattre à côté de notre Maître le péché, le monde et Satan, ce n'est pas une position qui dépende de nous, mais de celui qui nous a prédestinés et appelés à son service. Sa volonté, et non la nôtre, si ce n'est par la correspondance à sa grâce qui nous a prévenus, nous a désigné un tel poste dans ce combat. « Vous ne m'avez pas choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis (3). »

III. Enfin, être choisi et envoyé pour sauver les autres, c'est le sort de Judas ou le sort du disciple

(1) I Cor. ix, 22.

(2) II Cor. iv, 5.

(3) S. Jeax. xv, 16.

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bien-aimé. Il dépend de nous d'avoir l'un ou l'autre. Nous pouvons donc bien nous défier de nous-mêmes, et demander à Dieu : « Seigneur, qui suis-je ? » Mais si nous aimons les pauvres, nous n'avons pas besoin d'avoir le moindre doute, car Judas ne se souciait point des pauvres ; et si nous aimons notre divin Maître, le doute ne nous est plus possible, car Judas l'a vendu. Nous ne sommes pas le disciple bien-aimé, car il était sans tache, et nous sommes pécheurs ; mais nous sommes disciples, et nous sommes bienaimés. et notre partage abonde en signes de salut. Saint Vincent de Paul disait: « O Jésus, pourquoi êtes-vous venu sur la terre? Pour l'amour de vos frères. Pauvre prêtre, qu'est-ce qui t'a fait te résigner au froid, à la faim, aux fatigues, à la solitude qui est la tienne au milieu du monde, aux intempéries du temps et aux rigueurs de l'hiver ? L'amour ' des âmes. » Mais qui nous a donné cet amour? C'est un sixième sens que le petit nombre possède, et que le grand nombre ne saurait comprendre. La vocation du prêtre est de manifester la perfection en luimême, et de l'exercer envers les autres. 11 a des grâces personnelles de salut non-seulement pour sauver les autres, mais il a aussi des grâces de sainteté pour leur sanctification (1). Il est choisi

(i) Il nous faut d'abord être purs nous-mêmes, et alors purifier les autres; pleins de sagesse, puis rendre les autres sages; devenir

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comme la lumière pour répandre la lumière, comme le sel pour prévenir la corruption, comme la bonne odeur du Christ, semblable à l'encensoir placé entre les vivants et les morts. Si, après toutes ces prérogatives, il devient un réprouvé, il faudra, certes, qu'il ait été d'une bien grande infidélité envers l'Esprit Saint.

Quel motif de confiance manque donc au prêtre? Il est environné de toutes parts des marques de l'amour et de la puissance de Dieu. La volonté de Dieu de le sauver éternellement lui est manifestée par toute espèce de signes et de gages, qui ne le cèdent en rien à une révélation directe et personnelle. Cette confiance, solide et immuable, est un motif d'abnégation dans les plus grandes choses et de renoncement dans les moindres. L'espérance est une source de joie, et la joie est une source de force. Les timides et les peureux ne sont que faiblesse et inaction. Ceux qui espèrent et qui ont confiance sont tout énergie et tout courage. La crainte ne fait pas honneur à notre divin Maître. Mais la confiance émane du sentiment de son amour. L'espérance est un don du Saint-Esprit, répandu en nous au Baptême

lumière et répandre la lumière ; nous tenir près de Dieu et lui conduire les autres ; être saints et sanctifier ; guider les autres par la main et leur donner des conseils en toute connaissance de cause. » — S. Grég. de Naz. Orat. 11. § LXXI.

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et mûri par l'exercice. Saint Paul dit que c'est l'espérance qui nous sauve, et il ajoute cette prière : « Que le Dieu d'espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la joie, afin que vous surabondiez dans l'espérance et la vertu de l'Esprit Saint (1). »

Les trois cents hommes de Gédéon qui burent l'eau dans le creux de leur main avaient plus de valeur pour la bataille que la multitude de ceux qui se prosternèrent à terre pour boire, et que les deux cent vingt mille timides et peureux qui se retirèrent (2). » La proclamation que voici retentit aujourd'hui le long des rangs de tous ceux qui aspirent au sacerdoce : « Y a-t-il quelqu'un qui soit timide et craintif? qu'il s'en aille, et retourne en sa maison, de peur qu'il ne jette l'épouvante dans le cœur de ses frères, comme il est déjà tout effrayé et saisi de crainte (3). » Quand une fois Notre-Seigneur lui a désigné un poste dans les rangs du combat, un prêtre n'a aucun sujet de crainte. S'il est fidèle, la main de son divin Maître sera comme un casque de salut sur sa tête.

A toutes les heures d'inquiétude et de crainte, d'hésitation et de découragement, nous pouvons dire : « Dieu, dans sa prescience, m'a prédestiné à

(1) Rom. xv, 13.

(2) Juges, vu, 5-7.

(3) Deut. xx, 8.

-£a cBargc pastorale 133

être prêtre : il m'a appelé, m'a justifié et m'a adopté

dans la gloire de ses enfants. Il a imprimé sur moi le

sceau qui est la marque distinctive de ses soldats,

et le caractère de ses prêtres. Il m'a guidé et gardé

dans ma jeunesse, comme dans un âge plus avancé,

et il m'a préservé jusqu'à ce jour, soutenant ma

persévérance par le secours infaillible et toujours

présent des grâces nombreuses qu'il m'a accordées

dans tous mes besoins. Dans les diverses attaques

dont je suis l'objet, je sais qu'il veut mon salut.

Qu'aurait-il pu faire pour me sauver, et qu'il ne l'ait

fait? Il n'y a qu'une chose qu'il ne fera pas: il ne

. m'enlèvera jamais ma liberté. Et c'est là mon seul

danger. Si je me trahis de mon plein gré, ou si je

l'abandonne, alors je périrai; mais si ma volonté reste

unie à lui, il me guidera et me gardera, non-seulement

contre mes ennemis du dehors, mais encore contre

moi-même. Pourvu que je n'aie point la volonté de

l'affliger, et que j'aie la ferme volonté de lui rester

attaché , il me conservera jusqu'à la mort. » —

« Le fondement solide de Dieu reste debout, muni

de ce sceau : le Seigneur connaît ceux qui sont à lui,

et qu'il s'éloigne de l'iniquité quiconque invoque le

nom du Seigneur (1). »

Nous avons donc, dans notre état même, le plus haut motif de confiance.

(1) II. Tim, 11-19.

134 Qrbapiixe neuvième

L'état aussi bien que l'œuvre des prêtres et des pasteurs, s'ils sont fidèles à notre divin Maître, sont bénis partout dans l'Eglise universelle. Dans les pays de l'ancien monde, où le peuple est nombreux et corrompu, où la foi et la piété sont affaiblies, ceux qui ont la charge des âmes ont beaucoup à souffrir. Veiller sur une vie qui vacille et qui s'en va, est le plus triste devoir de l'amour et de la patience. Pendant trois cents ans, les nations de l'Ancien Monde se sont écartées de la lumière et'de l'ordre de la foi, les unes avec rapidité et violence, les autres, d'un pas lent et insensible, mais continuel. Une fausse réforme a engendré la révolution, et la révolution a détourné de leur mission les souverainetés et les états de la chrétienté, laissant l'Eglise isolée comme à son origine. Les pasteurs du troupeau ont à subir de nombreuses tristesses au sujet des âmes qui se précipitent à leur perdition, et des outrages dont on abreuve l'Eglise. Il est pénible de voir un peuple catholique ou un peuple chrétien tourner le dos à la lumière. Malgré tout, les pasteurs fidèles ont la consolation de savoir qu'ils sont du côté de Dieu, et qu'ils combattent pour les droits de Dieu. Dans toutes leurs amertumes, ils ont une joie intime que personne ne peut leur ravir. Saint Jean Chrysostome dit : « La lutte des moines est grande, et nombreux sont leurs travaux ; mais si l'on compare leurs peines à celles d'un prêtre qui remplit bien sa

~£a c&avQe pastorale 135

mission, on trouvera entre eux une aussi grande différence qu'entre un homme privé et un roi (1). >/ Et la consolation des prêtres est dans les mêmes proportions.

Mais si cela est vrai des premières contrées qu'a occupées l'Eglise, à combien plus forte raison est-ce vrai de l'Angleterre. Chez nous, l'Eglise est à la fois ancienne et nouvelle. Nous ne sommes qu'une poignée, mais nous sommes indépendants du monde et des cours, et nous sommes en dehors de l'atmosphère corrompue du patronage séculier et de toute protection séculière. La vraie protection de l'Eglise, c'est sa propre indépendance ; et sa liberté fait sa puissance. Nous sommes pasteurs d'un troupeau qui descend des martyrs et des confesseurs, et dont la ferveur n'est pas éteinte dans leur postérité. Nous sommes, en un sens tout particulier, les pasteurs des pauvres ; car les riches se sont éloignés de nous, et les immenses richesses de l'Angleterre sont dans des mains qui ne nous connaissent pas. Mais vivre parmi les pauvres fut le sort de notre divin Maître, et partager son sort est un gage de sa sollicitude. Nous ne sommes pas seulement les pasteurs des" pauvres ; mais nous sommes pauvres nous-mêmes. La pauvreté est la condition du sacerdoce dans ce royaume, le plus riche du monde.

(1) De Sacerdotio. lib. vi, 5.

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11 s'en suit que nous sommes unis les uns aux autres par une mutuelle charité et par des services réciproques. Nos fidèles nous sont unis par un amour généreux et par une mutuelle confiance : nos prêtres sont unis les uns aux autres et ils sont unis à leurs évêques. Ils sont unis entre eux par les liens d'une affection fraternelle, aussi étroite, sinon plus, qu'en aucune autre partie de l'Unité catholique. Si toutes ces prérogatives sont pour nous, qu'y aura-t-il contre nous ?

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