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CHAPITRE X

pRIX DU TEMPS POUR UN pRÊTRÊ

près la grâce, le temps est le plus précieux don de Dieu. Et pourtant combien nous S^f^ï} perdons de l'un et de l'autre ! On dit que le temps fait tout. Il nous apprend bien des choses, nous arrache à de nombreuses illusions, nous fortifie dans nos bons propos, et guérit nombre de blessures. Cependant le temps ne fait rien de tout cela. Le

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temps ne fait rien par lui-même, mais il est la condition de toutes ces choses que Dieu fait dans le temps. Le temps est plein de l'éternité. De l'usage que nous en aurons fait dépend notre sort là-haut. Chaque jour nous offre ses occasions, et chaque heure nous apporte ses grâces. Le Concile de Sens applique ces paroles : « Voici que je me tiens à la porte et que je frappe, » à l'action permanente du Saint-Esprit sur le cœur. Ceci est vrai de toute âme vivante ; c'est là un secours pour tous les fidèles, une invitation , à augmenter chaque jour de leur vie leur récompense éternelle. Chacun récoltera ce qu'il aura semé, soit en quantité, soit en qualité. A tous est assigné un temps de semailles et un temps de moissons pour l'éternité. Si nous manquons le temps des semailles, nous perdons la récolte. Il est possible qu'il nous soit accordé un autre temps pour semer et pour récolter ; mais ce temps est différent du premier. Celui qui est perdu, est perdu pour toujours.

Or, si le temps est si précieux pour tous, ne l'est-il pas par-dessus tout pour un prêtre ? Et heureux celui qui peut rendre compte de son temps! Il y a des hommes qui semblent n'avoir aucune idée de sa valeur. Quelques-uns n'y réfléchissent jamais. Les uns sont tellement indolents que le temps s'écoule avant qu'ils aient fait un mouvement pour l'employer. D'autres sont si insouciants qu'ils le perdent de plein

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gré. D'autres sont tellement en dehors de toute règle et de toute ponctualité que c'est le temps qui les use. Ils sont toujours pressés et toujours en retard, jamais prêts et jamais disposés.

Il y a, dans la Sainte Ecriture, deux questions que le prêtre ferait bien de se rappeler partout où il va. L'une est celle que Dieu fit à Elie, quand, sur le mont Oreb, il se lamentait sans agir : Qiiid hic agis, Elia ? — « Que fais-tu là, Elie ? » Cette question nous empêcherait d'aller dans beaucoup d'endroits, et nous ferait retirer bien vite de beaucoup plus encore. L'autre est celle de Notre-Seigneur : « Ne savez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des intérêts de mon Père ? » Celle-ci, nous ferons bien de l'avoir présente à l'esprit quand des amis, bons et hospitaliers, nous invitent chez eux; quand notre propre faiblesse nous fait rechercher des divertissements ou des sympathies dans le monde, et même un travail en dehors du sillon où chacun de nous a été placé pour diriger la charrue. Qui peut apprécier la valeur du temps pour un prêtre? Si, pour tous les hommes, le temps est plein de l'éternité, celui d'un prêtre est plein non-seulement de son éternité à lui, mais encore de l'éternité d'une foule d'âmes qui lui sont ou qui ne lui sont pas connues. Nous essayerons donc de calculer le prix de ce temps.

I. Ce prix de notre temps nous est d'abord révélé par la Sainte Messe. Les prémices du temps d'un

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prêtre appartiennent à Dieu, et il lui en fait l'offrande chaque matin à la Sainte Messe. Aucune raison, aucune occupation ne doit nous faire omettre la demi-heure de préparation et la demi-heure d'action de grâces, car il n'est pas en notre pouvoir de les aliéner. C'est ce qui doit, avant tout, nous donner une idée de la valeur de notre temps. Là, nous parlons avec Dieu, nous communiquons avec notre divin Maître, et rendons grâces à la Très-Sainte Trinité. Avec quelle ferveur ne devraient pas être emplovées les heures d'une journée ainsi commencée? Les parfums et les ardeurs de ces instants devraient nous suivre tout le jour, nous pénétrer du sentiment de nos rapports avec notre Maître qui est aux cieux, nous apprendre à être aussi économes du temps, aussi effrayés de le perdre, et aussi vigilants pour empêcher qu'on ne nous le dérobe, que les gens du monde le sont à l'égard de leur argent. Dieu a une telle estime du temps qu'il ne nous le donne que jour par jour, heure par heure, et moment par moment. Et il ne nous donne jamais un instant sans reprendre celui qui l'a précédé. Nous n'avons jamais simultanément deux heures ou deux minutes. A chaque instant du jour, nous pouvons, si nous voulons, renouveler l'intention avec laquelle nous avons dit notre Messe le matin. Nous pouvons faire revivre nos prières et nos actions de grâces au moins par des aspirations. Notre journée entière

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serait alors embaumée par notre Messe et par notre communion.

IL La science qu'un prêtre peut acquérir par l'emploi régulier de son temps nous donne une seconde preuve de sa valeur.

Labia sacerdotis custodient scientiam. Mais comment les lèvres du prêtre conserveront-elles la science de Dieu et des âmes, s'il n'est pas un homme qui se livre aux études sacrées ? La théologie de nos premières années est bien vite obscurcie par suite des défauts de la mémoire, et par la poussière des affaires de la vie. Et dès lors, de quel prix est pour un prêtre chaque instant qu'il peut arracher à des occupations actives pour revenir à ses vieux livres, ou pour pénétrer plus avant et plus profondément dans ses premières études ? C'est une excellente chose que d'avoir des livres toujours ouverts, pour les lire à tous les moments disponibles. 11 doit y avoir, même dans la vie la plus affairée, certaines horce subsecivœ. C'est ce que nous appelons vaguement des heures de loisir. Ce sont les heures enlevées, pour ainsi dire, à la dérobée sur les principaux devoirs et les plus importantes occupations du jour. Il n'y a pas de critérium qui montre mieux que celuilà si un prêtre connaît le prix de son temps. Certains hommes font tout comme s'ils ne faisaient rien; et d'autres ne font rien en se donnant l'air de tout faire. Un prêtre qui apprécie son temps manque

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rarement d'en trouver assez pour chaque chose. Un esprit ponctuel peut ordonner les heures de sa journée de façon à économiser quelques instants, et à faire un sage emploi des intervalles que lui laisse la succession de ses travaux et de ses devoirs. Des livres qui traitent de matières compactes et concises demandent une heure d'attention suivie ; d'autres, traitant de sujets moins précis, peuvent se lire aux instants pris à la dérobée. Il en est qu'on peut prendre à toute heure. Un rude travailleur conseillait un jour à un ami d'avoir « des livres de cinq minutes. » Et nombre de livres pourraient se lire dans une année en y donnant cinq minutes par jour. Le tout, c'est d'avoir l'habitude de la réflexion, et la ferme volonté de ne pas quitter ce que nous lisons avant de l'-avoir compris, ne serait-ce qu'une page, ou même une seule phrase. On dira peut-être que c'est taxer le temps d'un prêtre avec trop de sévérité. Mais si nous nous demandons combien de temps nous perdons, dans la journée, à des livres qui ne sont point nécessaires, aux journaux, aux conversations prolongées, aux visites sans utilité et en dehors de notre ministère, à des réflexions et à des hésitations sans fin pour savoir ce que nous voulons lire ou faire; — si nous calculions tout cela, le plus fervent trouverait que beaucoup de temps lui a été dérobé, qu'il en a perdu et gaspillé beaucoup d'autre.

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III. Un troisième moyen d'apprécier notre temps sera de considérer le bien que nous pouvons faire, si nous le passons au confessionnal. 11 n'est pas d'indice plus certain de ferveur chez un prêtre que l'amour du confessionnal. C'est le premier devoir qu'un prêtre relâché évite et auquel il se dérobe. Y rester assis pendant de longues heures, le jour et la nuit, sans impatience, sans saillies de mauvaise humeur, c'est un signe certain de l'amour des âmes. Nous n'essayerons pas d'apprécier la valeur comparative de la prédication et de l'audition des confessions: ces deux choses sont incommensurables. Chacune a sa valeur propre. Mais combien ont un grand zèle et un grand empressement pour prêcher, et qui n'apportent que lenteur et délai à venir s'asseoir au confessionnal. Nulle ostentation de soi-même, nulle excitation naturelle, aucun attrait subtil et d'un genre personnel, à rester assis pendant de longues heures, pour écouter le récit des péchés et des ennuis, et souvent les conversations inconsidérées d'une foule de personnes dont la plupart nous sont inconnues. C'est comme la pêche à une seule ligne : des heures d'attente ne sont récompensées que par une seule capture. Mais c'est, au sens le plus élevé du mot, l'œuvre du pasteur, — c'est-à-dire la sollicitude des âmes. Et cette œuvre exige, à un degré supérieur, l'abnégation de soi-même, la répression des emportements du caractère, et le

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généreux amour des âmes, et tout particulièrement des âmes des pauvres.

Mais quel emploi du temps pourrait être comparé à cette sollicitude et à cette direction des âmes(i)? Savoir que nous avons le pouvoir de lier et de délier, que nous pouvons, au confessionnal, ramener à la pénitence les âmes sur le point de périr, conduire à la perfection les âmes pénitentes, conserver les innocentes dans leur union avec Dieu ; savoir que Dieu est glorifié et par ceux qui se sauvent et par ceux qui périssent : il semble qu'il y aurait là de quoi convaincre un prêtre que sa première pensée doit être de donner au confessionnal autant de jours et autant d'heures que possible. Au lieu de n'y trouver que fatigues, il devrait n'y voir que consolations. Au lieu d'abréger les heures ou de diminuer le nombre des jours de confession, il devrait les multiplier, si c'est possible, et encourager ses frères à faire de même pour le salut des âmes.

Mais ce n'est pas seulement à l'église que la patience et la charité d'un confesseur sont mises à l'épreuve. Tout ce que nous venons de dire s'applique particulièrement au soin des malades, à la bonne

(i) « Vraiment il me semble que c'est l'art des arts et la science des sciences que de diriger les hommes, les plus divers et les plus variables des animaux. » — S. Grég. de Naz. Orat. ii. xvii. tome i. p. 21.

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volonté avec laquelle nous devons leur donner le temps voulu pour les instruire, pour les consoler et les encourager, surtout aux approches de la mort. Les malades et les mourants ont beaucoup de peine à penser à eux-mêmes. Le poids de la douleur et d'un corps mourant attriste et appesantit l'âme. C'est à ce moment d'ennui et de terreur que la voix d'un vrai pasteur encourage et soutient les délaissés. Les paroles de foi et d'espérance, de repentir et de confiance, qu'il leur murmure tout bas, avec les promesses de Dieu, avec les saints noms de Jésus, de Marie et de Joseph, remplissent l'âme qui est devenue incapable de penser, et qui ne peut plus trouver en elle-même lumière, paix et consolation. Ce n'est point assez d'administrer machinalement les derniers sacrements ; il faut encore ajouter les dernières consolations et les dernières sympathies du Bon Pasteur, qui connaît ses brebis, et qui est connu d'elles comme leur secours et leur consolation dans leur dernier passage à l'éternité.

IV. Ce que nous pouvons faire de notre temps, en le consacrant à la prière, nous donne une autre mesure de sa valeur. Le « priez sans cesse (1) // de S. Paul n'est pas une figure forcée de rhétorique. Il signifie que partout et toujours nous pouvons nous entretenir avec Dieu, par nos aspirations, par nos

(1) Thessal. v, 17.

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désirs et par notre volonté. Ceux qui vivent en union avec Dieu, qui ont conscience de sa présence, et qui rapportent à lui leur vie tout entière, prient nonseulement quand ils s'entretiennent avec Dieu, mais encore quand ils travaillent pour lui. Laborare est ordre. La vie d'unpasteur peut être une communication permanente avec Dieu. La valeur du temps que nous donnons à la prière peut être appréciée de deux manières : d'abord, par les réponses que nous y recevons ; puis, par la réaction qui se produit en nous. Quant aux réponses, qui pourrait dire la perte de ceux qui prient peu, et les avantages de ceux qui s'entretiennent habituellement avec Dieu ? Les occupations des prêtres et des pasteurs sont tellement surnaturelles de leur nature, que nous n'en cherchons que des résultats surnaturels, et n'en demandons pas d'autres à Dieu. La conversion des pécheurs et le salut des âmes comprennent virtuellement tous les travaux de notre ministère spirituel: et portent un caractère si clairement divin dans leur origine, si surnaturel dans leurs moyens, que nous les demandons comme des faveurs, et non comme les résultats de notre action propre. Il est à peine possible de douter que la fécondité de la vie, pour certains pasteurs, et la stérilité, pour certains autres, ne soit proportionnée à leurs prières, et n'en soit la conséquence. Ceux qui prient beaucoup, reçoivent beaucoup ; ceux qui prient peu, reçoivent

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peu. Ceci ne demande aucun développement. Il n'est rien que nous ne puissions demander, ou absolument ou conditionnellement ; et il n'est aucun bien que Dieu ne soit disposé à nous accorder : car il met sa félicité à nous combler de ses dons.

Mais c'est par la réaction qu'elle produit en nous que la prière nous donne d'une manière prompte et certaine notre propre mesure. Nous sommes ce que nous sommes devant Dieu, et rien autre, ni meilleurs ni pires. Et nous sommes ce que nous fait notre union avec Dieu. Notre visage devient brillant, ou sombre et ténébreux, selon que la prière nous unit plus ou moins à Dieu. Le calme, le recueillement, la joie et l'espérance de l'âme sont la récompense de la prière. L'inquiétude, la distraction, la tristesse et la timidité de l'âme sont la conséquence du manquement à ce devoir. En réalité, la prière nous donne le niveau de notre état, et nos œuvres seront selon ce que nous serons nous-mêmes. Un prêtre quiprie beaucoup fera en une heure ce que ferait avec peine en plusieurs jours un prêtre qui prie moins. Les paroles d'un prêtre constamment uni à Dieu ont une vie, une chaleur, une énergie et une force de persuasion que ne saurait donner aucune qualité naturelle. Nous faisons peu, parce que nous prions peu ; et parce que nous prions peu, nous restons ce que nous sommes. Si le temps que nous perdons, si les instants qu'on nous dérobe, étaient consacrés aux entretiens avec Dieu,

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et non avec le monde, tout notre ministère serait animé d'un esprit plus élevé ; il serait plus fécond en résultats, et plus durable dans ses effets.

V. Le but de la vie d'un prêtre donne une dernière mesure de la valeur de son temps.

Le prêtre doit être le témoin de son divin Maître en enseignant la vérité et en lui rendant témoignage ; mais surtout en menant une vie exemplaire, et en faisant sentir, qu'il en ait conscience ou non, l'influence de l'esprit qui l'anime. Malheur à lui si on s'aperçoit que son témoignage ou l'influence de son esprit et de sa vie est en opposition même avec le moindre des commandements de Dieu ! Grand est le danger, grave est son manque de loyauté; si son témoignage est douteux, équivoque ou obscur. Il serait semblable à un écriteau placé au bord du chemin, et que personne ne pourrait lire. Et il aurait forcément à répondre des âmes qui périraient par sa faute.

Le prêtre doit être aussi la lumière du monde. Mais si son esprit et sa vie ne montrent qu'une lumière pâle et vacillante, qui voudra se confier à sa direction ?

Il doit être également le sel qui purifie Lame, la vie et les relations des autres hommes. Mais s'il n'est pas pur dans ses actions, dans ses paroles et dans ses pensées, son contact sera plutôt la ruine que l'appui de ceux qui vivent autour de lui. L'influence

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du prêtre n'est jamais négative. Toujours il édifie ou détruit, gagne ou perd, pour lui et pour les autres.

La grandeur du danger, pour un prêtre vivant et travaillant au milieu du monde, n'échappe à personne. Son champ de travail est le monde, parmi le froment et l'ivraie. Les esprits malveillants sont souvent les moins dangereux, parce que ce sont des ennemis manifestes ; mais les bons qui sont souvent imprudents, légers ou relâchés, empêchent par leur bonté toute défiance de sa part, et nuisent à sa dignité avant qu'il ne s'en aperçoive. Ils lui gaspillent son temps par leurs visites, le lui dévorent par leurs invitations ; ils l'entravent par leur verbiage, l'entourent des replis de ce que l'on appelle la société, c'est-à-dire des gens de toutes sortes, et de divertissements qui, tout inoffensifs qu'ils sont, n'en sont pas moins en disproportion et en désaccord avec la gravité du sacerdoce. Des intimités faciles naissent d'abord sans qu'on s'en rende compte ; les fascinations et les attraits du dehors troublent le calme de l'âme, et lui font perdre l'équilibre de sa vie spirituelle. La conversation et la présence de certaines personnes offrent tant de charmes qu'elles deviennent une partie de nos pensées, un de nos besoins de chaque jour. Peu à peu se contracte une fausse relation, innocente peutêtre, mais qui devient l'objet d'un attachement immodéré, et qui éloigne le prêtre du Maître divin, l'unique Ami auquel il avait donné tout son cœur.

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Quelles embûches sont dressées sous ses pieds, quels gouffres sont ouverts le long de son chemin ! Comme il avance insensiblement, sans se rendre compte des distances, jusqu'à ce que s'ouvre derrière lui un abîme où s'engouffre son passé ! Tout ceci nous indique aussi la valeur du temps, sans que ce soit cependant l'œuvre du temps. Mais le prêtre en est arrivé à ce résultat avec le temps, pendant qu'il faisait bon marché de son temps et le gaspillait, ou pendant qu'il se le laissait dérober.

A ce danger, le meilleur et le plus sûr remède est un emploi sage et bien déterminé de notre journée et de chacun de nos instants. Tout prêtre doit avoi: un double Horarium. La première partie règle sa journée, fixant l'heure du lever et du coucher, de la Messe et de l'office, des études, de la direction des âmes au confessionnal et au foyer des malades et des pauvres. Cet Horarium doit déterminer l'espace et la durée du temps accordé à ces divisions de la journée. Aucun point n'y est laissé pour le monde ou la société, car la vie d'un prêtre est en dehors du monde : sa maison est le sanctuaire où habite son divin Ami ; les Saints et les Docteurs qui lui parlent dans ses livres, font sa société. Après le coucher du soleil, la soirée est le moment le plus précieux de la journée d'un prêtre. C'est le seul temps qu'il puisse appeler le sien. Heureux le prêtre qui en connaît le prix, et insensé le prêtre qui le passe inutilement dans le monde !

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La seconde partie de VHorarium doit régler les grands traits de notre vie. La plupart des hommes consacrent un tiers de chaque jour au sommeil, y compris le temps voulu pour le lever et le coucher. Il faut à peu près trois heures pour la Messe et l'office : qui peut dire le temps requis pour les prières privées et la lecture spirituelle, pour l'étude, pour le confessionnal et le soin des âmes ? Qui peut fixer la durée de chacune de ces occupations? Au monde et à la société, certains prêtres donnent fort peu; d'autres, donnent trop. Si donc nous vivons soixantedix ans, nous aurons passé plus de vingt-trois ans à dormir ; environ sept ans pour la Messe et l'office ; — ce qui fait environ trente ans pris sur soixantedix. Comment sont employées les autres quarante années? Il serait bon pour nous d'entendre partout ces paroles: Qiiid hic agis, Elia (r) ? et à chaque instant du jour, celles-ci : « Ne savez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des intérêts de mon Père ? w

(1) III. Rois, xix, 9-13.

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