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CHAPITRE XI

Chagrins du ^rêtre

^I^S^ous lisons deux fois dans les Evangiles que ^^t"^ Jésus a pleuré, et une fois seulement qu'«il ^5fc5L# s'est réjoui dans le Saint-Esprit (i). » 11 pleura au tombeau de Lazare, et sur Jérusalem quand il vit cette ville du mont des Oliviers. Il se réjouit en rendant grâces à son Père de ce qu'il avait révélé

(i) S. Luc x, 21.

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les mystères de son royaume, non pas aux sages de ce monde, mais aux humbles et aux petits. Notre- Seigneur fut l'homme de douleurs : en cela aussi il faut qu'un prêtre lui ressemble , car le disciple n'est pas au-dessus de son maître. Mais les trente-trois années de tristesses intérieures ne rendirent pas notre divin Maître morose et mélancolique, et ne laissèrent pas une sombre empreinte sur son visage. Les fruits du Saint-Esprit étaient en lui dans toute leur plénitude, et « les fruits de l'Esprit sont la charité, la joie, la paix (1). » Jamais visage ne fut plus que le sien rayonnant du divin amour et de la joie divine. Or, nous ne ressemblerions pas à notre Maître si la tristesse paraissait dans nos traits, et les larmes dans notre voix. Néanmoins, un prêtre doit être un homme de douleurs. S'il a l'intuition de la foi pour voir les péchés du monde, et s'il a un cœur tout de compassion pour ressentir les ravages de la mort aussi bien dans le corps que dans l'âme, il prendra forcément part aux afflictions de notre divin Rédempteur.

I. La première douleur d'un prêtre est le sentiment de son indignité personnelle.

Ces paroles de S. Paul doivent être présentes à l'esprit de tous les prêtres : « Je rends grâces à celui qui m'a fortifié, au Christ Jésus, Notre-Seigneur, de

(1) Gal. v, 22.

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ce qu'il m'a jugé fidèle en m'établissant dans son ministère. Moi qui, auparavant, étais blasphémateur, persécuteur et injurieux ; mais j'ai obtenu miséricorde de Dieu parce que j'ai agi en ignorant, dans l'incrédulité. Or, la grâce de Notre-Seigneur a surabondé avec la foi et la dilection qui est dans le Christ Jésus. C'est une parole de foi et digne d'être entièrement acceptée, que le Christ Jésus est venu en ce monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. Mais aussi, j'ai obtenu miséricorde, afin qu'en moi le premier, le Christ Jésus montrât toute sa patience, et que je servisse d'exemple à ceux qui croiront en lui pour la vie éternelle (i). » Ces paroles montrent que S. Paul ne se considérait pas lui-même comme fidèle ; qu'il avait conscience de sa grande indignité passée ; qu'il avait reçu son pardon parce qu'il avait péché par ignorance ; qu'il ne connaissait pas un plus grand pécheur que lui-même ; et que, pour cette raison même, il avait été choisi pour être un témoin vivant de la patience de Jésus et une preuve de la souveraineté de la grâce du salut, afin que personne ne désespérât jamais.

Quel prêtre peut regarder sa vie passée sans s'étonner qu'il ait été appelé à la prêtrise? Combien de nos premiers condisciples en étaient à tous les points de vue plus dignes que nous! Ils ne furent

(i) I. S. Tim. i, 12-16.

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jamais coupables de ce nombre de péchés, de folies et d'imprudences, que nous reconnaissons en nousmêmes. Que de choses nous avons faites sachant bien que nous ne devions pas nous les permettre î Combien nous en voyons maintenant à une lumière dont nous manquions alors par notre faute ! Il n'est personne dont nous connaissions autant de mal que de nous-mêmes, non pas qu'il s'agisse peut-être de manquements à la lettre de la loi, mais de graves péchés intérieurs commis au moment où nous étions comblés de grâces précieuses. L'amour, le pardon, l'espérance, la confiance et le salut que nous prêchons aux autres, peuvent d'abord se constater en nous. Si la miséricorde de Dieu n'avait pas été infinie, non-seulement nous ne serions pas prêtres, mais nous n'existerions même pas.

« Parmi les hommes, qui sait ce qui est de l'homme, sinon l'esprit de l'homme qui est en lui (1)?» Ceux qui nous connaissent le mieux savent peu de choses de notre vie intérieure remontant jusqu'à notre premier âge de raison. Notre vie tout entière y est enfermée et nous apparaît actuellement comme en un seul coup d'œil : — notre enfance, notre jeunesse, notre adolescence, notre virilité, distinctes et continues, se montrent à nous en un seul instant. Il y a des lumières d'un grand éclat qui viennent de Dieu, et il y a des

(1) I. Cor. 11, 11.

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taches sombres qui viennent de nous. Comment est-il possible que j'ai été choisi pour être prêtre? Je me connais bien plus de fautes que je n'en connais de mes camarades d'enfance, qui n'ont pas été appelés à venir si près de Dieu. Serait-ce que Dieu a vu que je ne me sauverais pas autrement ? Serait-ce queje ne suis point fait pour lutter contre le monde, ou même pour vivre dans le monde ? Que sans les secours et les garanties de la vie et de l'état sacerdotal j'aurais succombé sous les tromperies, sous la force ou sous les fascinations du monde? Quand je me rappelle ce que j'étais, comment est-ce que mes lèvres osent annoncer la parole de Dieu? Quand je préviens les hommes contre le péché, pourquoi ne disent-ils pas : « Médecin, guéris-toi toi-même ? >/ Quand je leur parle de leurs fautes, je les entends dire : « Tu as une poutre dans ton œil, » et, comme dit S. Grégoire, ulcus in fade. Et quand je prêche le règne de l'amour de Dieu dans le cœur, la générosité, le renoncement, connaissant ce que je suis, — mes impatiences d'hier et mes lâchetés d'aujourd'hui, — une voix me dit : « Tu es un mur blanchi. » Tout prêtre qui se connaît n'ignore pas le découragement, la tristesse et l'accablement qui résultent d'une multitude de croix et de déceptions ; mais aucune de ces douleurs n'est pénible comme la conscience de notre indignité. Saint Grégoire de Nazianze dit de lui-même : « Ce qui me tenait dans un état d'abaissé-

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ment et d'humiliation, c'est qu'il eût été mieux pour moi d'entendre « la voix de la louange, » que de me poser en maître de choses qui sont au-dessus de ma portée, à savoir-, de la majesté, de la sublimité, de la grandeur (de Dieu) et des purs esprits qui ont peine à comprendre la splendeur du Dieu qui se cache dans les abîmes, qui place sa retraite dans les ténèbres; qui est la lumière très-pure et inaccessible aux yeux de la multitude, qui est en toutes choses et hors de toutes choses ; qui est la beauté même et au-dessus de toute beauté ; qui illumine la pénétration et la sublimité de l'âme et qui lui échappe, se retirant toujours à mesure qu'on le conçoit, et élevant celui qui l'aime en s'éloignant de lui et en lui échappant des mains quand il croit le tenir (1). »

Qui ne s'est rappelé le jour de son ordination et n'a dit : « Qui m'accordera d'être comme j'ai été autrefois, comme j'étais dans ces jours où Dieu prenait soin de me garder; lorsque sa lampe luisait sur ma tête, et que je marchais dans les ténèbres à la lueur de sa lumière; comme j'étais aux jours de ma jeunesse, lorsque Dieu habitait en secret dans ma maison (2). >/

II. Un autre chagrin est causé au prêtre par les péchés des gens pervers de son troupeau. La principale douleur intérieure de Jésus, et qui dura toute

(1) Orat. 11. § lxxvi, tom. 1, p. 49.

(2) Job. xxix, 2-4.

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sa vie, fut le contact quotidien de sa divine sainteté avec les péchés du monde. En voyant la dégradation et l'avilissement de la création de Dieu, il disait : « O Père juste, le monde ne vous a pas connu. » Le monde ne connaît pas son Créateur. Ne pas le connaître est un profond mépris de la divine Majesté. Et cependant Jésus a prié sur la croix pour ceux qui ne savaient pas ce qu'ils faisaient. Mais de ceux qui nous sont confiés quel est celui qui ne connaît pas Dieu?' Même la plus grossière ignorance ne saurait être qu'une ignorance affectée. Si nous avons en nous le cœur de notre Maître, les péchés qui nous environnent de toutes parts, les péchés de la chair et de l'esprit, les ravages et les destructions de Satan parmi les hommes, les femmes et les enfants, doivent nous causer une peine continuell-e. La mesure de notre haine du péché et de notre amour des âmes sera celle de la douleur personnelle et constamment sensible que nous causera la mort spirituelle des âmes. Nous pouvons supporter avec patience les mauvais traitements et l'ingratitude. Tout ce qu'on peut dire ou faire contre nous ne saurait nous peser beaucoup. Le prêtre est signum cui contradicetur : il est en butte à toutes les bordées et à toutes les pierres des langues mensongères et méchantes. Et bien que ces attaques ne puissent nous faire aucun mal, il n'en est pas moins vrai que se sentir haï, méprisé et ridiculisé est une peine cuisante pour la

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chair et le sang. Toutefois, ce n'est là qu'un chagrin tolérable. Nous pouvons en éprouver du ressentiment, mais le ressentiment même, calme la douleur. La tristesse profonde nous vient de notre amour, de notre compassion et de notre pitié pour les âmes : cette tristesse est une marque de ressemblance avec le bon Pasteur. Comme le disait Saint Paul aux Corinthiens qui s'insurgeaient contre lui : « Pour moi, je dépenserai tout très-volontiers, et je me dépenserai moi-même par-dessus pour vos âmes, quoique en vous aimant davantage je sois moins aimé (1). » Déjà Notre-Seigneur avait dit : « Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous (2). » Etre haï est donc une preuve de notre fidélité.

Nous vivons avec le spectacle des âmes qui meurent constamment sous nos yeux. La plaine des ossements desséchés était un spectacle lugubre ; les fêtes de joie et les excès des âmes qui meurent spirituellement sont une vue bien plus affreuse. Mais il n'y a que l'intuition de l'âme qui puisse discerner ce spectacle : c'est pour cela que des hommes peuvent vivre au milieu sans l'apercevoir ; et même nous, qui devons avoir les prémices de l'Esprit, nous ne le distinguons que dans la mesure de notre discernement spirituel.

(1) II. Cor. xii, 15.

(2) S. Jean, xv, 18.

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Les hommes de mauvaise vie sont les meurtriers des âmes. Par une intention directe, ou par l'influence funeste de leurs exemples, ils détruisent l'innocence et arrêtent le repentir. Nous pouvons voir l'infection s'étendre de foyer à foyer, et d'une âme à l'autre. Le règne du péché et les ombres de la mort dominent dans des âmes et dans des familles qui ont été longtemps, mais en vain, l'objet de notre vigilance. Parfois l'influence de Satan n'est rien moins que visible: sa présence est facile à constater, et sa puissance se fait bien sentir par l'écroulement de plusieurs années de travail. Dans chaque troupeau il y a les ennemis de Dieu, ouverts et déclarés, secrets et ténébreux. C'est d'eux que Saint Paul dit : « Il y en a plusieurs dont je vous ai souvent parlé (et je vous en parle encore maintenant en pleurant) qui marchent en ennemis de la croix et du Christ: leur fin est la perdition, leur Dieu est le ventre, et leur gloire est dans leur ignominie, et ils n'ont de goût que pour les choses terrestres (i). »

III. Mais outre les péchés des méchants, un prêtre souffre encore de la tiédeur des bons. Penser que des âmes devraient être si bonnes, et qu'elles ne sont pas meilleures : qu'elles devraient être si remplies de lumières, et qu'elles en ont si peu : qu'elles devraient accomplir tant de bonnes actions et qu'elles ne font

1 1 ) Philip, m, i8, 19.

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pas davantage ; qu'elles devraient avoir si peu de défauts, et quelles ont si peu de qualités, qu'elles devraient être si irréprochables, et qu'elles méritent si peu d'éloges ; les voir si pleines de bons sentiments, et si pauvres en bonnes œuvres ; si disposées à donner, et si resserrées dans leurs bienfaits ; si régulières dans leurs dévotions, et pourtant si peu dévotes ; si pieuses, et cependant si mondaines ; si prêtes à louer les bonnes actions des autres, et si difficiles à se remuer pour les imiter ; si portées à critiquer l'inertie et l'inconstance, les omissions, les fautes et la tiédeur chez les autres, et en même temps, si stériles elles-mêmes, si molles, si peu actives et si lâches : ce sont là tout autant d'anomalies et de contradictions au point de vue spirituel, qui sont pour le prêtre une affliction, un tourment et une continuelle déception. Où il croyait rencontrer un appui, il n'en trouve point ; où il croyait pouvoir mettre sa confiance, il ne découvre que trahison ; où il croyait marcher sur un terrain solide, il ne rencontre qu'un terrain mouvant sous ses pas. Il y a, dans la tristesse que nous ressentons à cause du péché, quelque chose qui nous unit à Dieu. Cette tristesse nous fait tenir sur nos gardes, et nous avertit que nous sommes à la tête de la mêlée, et que nous ne devons jamais nous dépouiller de « l'armure complète de Dieu. » C'est une lutte que nous soutenons contre la perversité des âmes dans les hautes

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places de la ruse et de la force, où les âmes périssent sous nos yeux et, où nous sommes nous-mêmes exposés au danger. Cette lutte affermit et tient en éveil notre courage et notre empire sur nous-mêmes. Mais les bassesses et les mesquineries des gens de bien, leurs petitesses et leur égoïsme, la recherche de leurs aises et l'insensibilité raffinée qu'ils montrent en face des douleurs, des souffrances, et des péchés qui se commettent autour d'eux: — voilà qui nous irrite et nous excite sans ranimer notre empire sur nous-mêmes. Nous sommes tentés de nous alarmer et de nous plaindre de ces désillusions qui nous viennent des gens de bien ; et nous comprenons les déceptions de Saint Paul quand il disait, en parlant de Timothée : « Je n'ai personne qui ne fasse tant qu'une âme avec moi. et qui avec une affection sincère ait pour vous tant de sollicitude. Car tous cherchent leurs intérêts, non les intérêts de Jésus- Christ (i). » En règle générale, ceux qui parlent le plus agissent le moins, et ceux qui sont constamment à demander pourquoi ceci ou cela n'est pas fait sont les derniers à faire ce qui est nécessaire. Dans notre troupeau, il y a ceux qui parlent et ceux qui agissent : ceux qui agissent gardent le silence, et le travail se fait : ceux qui parlent le plus trouvent à reprendre et à ce que font les autres et à la manière dont ils le

(i) Philip, ii, 20, si.

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font. Récriminer est le concours qu'ils apportent au travail, et ils n'y apportent guère autre chose. Il est triste et étrange de voir combien est petit le nombre de ceux qui offrent leur action personnelle. Ils donneront de l'argent, mais non leur temps et leurs peines. Faire l'aumône demande moins d'abnégation que payer de sa personne. Et assister personnellement les malades, les affligés et les pécheurs, a plus de prix aux yeux de Dieu que tout l'or et tout l'argent. IV. Un autre chagrin est suscité au prêtre par les faux frères. Sous ce nom, nous pouvons comprendre non seulement les apostats et les hommes d'une foi peu solide, mais ceux qui manquent de franchise et ceux qui trahissent des secrets, ceux qui chuchotent, murmurent et calomnient, ceux qui sont constamment à rôder chez le prêtre pour observer, noter, recueillir et colporter tous les sujets de plainte, de mécontentement et d'irritation qu'on exprime contre lui. Les personnes de ce genre sont ordinairement prodigues en démonstrations de respect, d'attachement personnel, de dévouement et de loyauté. Elles sont d'une obséquiosité servile, et leurs protestations de bonne volonté sont sans mesure. Qui peut suspecter ces personnes sans jugement téméraire et sans se montrer d'un esprit peu généreux? Plus un prêtre est bon, plus il est confiant. Il croit que les autres lui ressemblent ; il a la dissimulation en horreur, et il s'imagine que les autres en sont incapables. C'est

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pour cela qu'il répond avec simplicité et sans défiance ; et quand il lui est permis de parler, il répond à tout ce que désire savoir celui qui l'interroge. En peu de temps la tête du prêtre est environnée comme d'une nuée d'insectes par une foule de malentendus, de faux rapports, et d'histoires controuvées. Qui peut dire d'où, pourquoi et à quel propos r* Les amitiés sont rompues, des ressentiments s'allument, la paroisse est divisée, des dissentiments régnent entre les familles. Enfin, le pauvre prêtre se rappelle le jour, l'homme, et les questions qu'on lui a faites. C'est une leçon pour la vie ; ce n'est peut-être pas la première, ni la dernière. Et cependant les gens du monde blâment sa réserve et son silence, comme s'il n'avait pas appris à être prudent par la douleur qui le dévorait comme un cautère. Les faux frères sont assez méchants ; les fausses sœurs le sont plus encore, et le sont d'autant plus qu'elles écoutent avec moins d'attention et sont plus infatigables à conter des histoires.

Ce sont là des sujets de tristesse, mais il y en a de bien plus affligeants, parmi lesquels il faut mettre les faux frères qui déblatèrent contre tous les actes de l'autorité et en critiquent toutes les paroles. Ils sont complètement en désaccord avec ceux qui leur sont supérieurs. Le curé de la paroisse ne fait jamais rien de bien, et il est incapable de rien faire de bien. Et ces récriminations font naître le mécontentement

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chez les autres. Ces procédés qui, en soi, méritent peu d'attention, n'en finissent pas moins par mettre une paroisse en révolte contre le curé. L'esprit de critique, une fois soulevé, devient acharné et impitoyable. Plus de paix, plus de charité ; et la malveillance surgit entre les fidèles et le pasteur dont les mains leur distribuent l'absolution du Précieux Sang et le Pain de la vie éternelle. A première vue, quelques-uns peuvent s'étonner que Saint Paul, après avoir fait la honteuse énumération des péchés de la. chair, ajoute « les inimitiés, les contentions, les jalousies, les colères, les rixes, les dissensions, les divisions,» et termine la liste par « les homicides, les ivrogneries, les excès de table et autres choses semblables (1). >/ La vérité est que les péchés spirituels d' «inimitiés et de dissensions » sont plus diaboliques que les péchés de la chair, car Satan n'a pas de corps; et ils sont plus opposés à Dieu, parce que ce sont des péchés de l'esprit, et que Dieu est charité.

V. Il faut ajouter une dernière cause de profonde tristesse pour un prêtre, la chute d'un frère. C'est peut-être quelqu'un qui a grandi avec lui depuis son enfance, et qui a été ordonné avec lui, le même jour ; ou un prêtre sur lequel il a veillé avec la sollicitude et les espérances d'un frère aîné. Autrefois innocent, il avait un brillant esprit, un cœur simple une

(i) G AL. Y, I9-2I.

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intelligence pleine de lumière , et des qualités naturelles largement développées. Ses débuts étaient pleins de promesses. Chacun considérait son avenir comme une vie de nombreux services et animée par la perfection sacerdotale. Il tombe, ou tout d'un coup, comme un arbre qui se rompt et montre qu'il était atteint au cœur ; ou comme un arbre dont les feuilles se flétrissent, puis tombent : une maladie que personne ne peut comprendre a envahi l'arbre tout entier. Une tentation secrète, un entraînement dangereux, une intimité imprudente, un obscurcissement de la conscience, une brèche à son règlement, des négligences dans l'examen particulier, des omissions dans ses prières, une occasion fatale au moment où la conscience est réduite au silence, où la volonté est faible et la tentation forte : — la première chute a lieu ; et après celle-ci il est facile de tomber et de tomber encore. Il franchit l'abîme et s'avance à travers un monde inconnu ubi nullus ordo et utnbra mortis. Il s'étonne de se trouver lui-même dans un état si étrange, si nouveau, et de n'en être pas plus effravé. Jadis il pensait qu'il mourrait à la suite d'une chute de ce genre; maintenant il trouve que la vie est complète en lui. Dieu seul, et un autre avec Dieu, connaît la vérité ; et il n'est point nécessaire que la vérité paraisse jamais au grand jour. Le sceau de la confession la couvre ; et extérieurement il est toujours le même homme, — prêtre et pasteur. Qui la

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connaîtra, cette vérité, s'il ne se trahit pas lui-même ? S'abstenir de son travail, cesser de se montrer et de se faire entendre, ne pourrait qu'attirer l'attention et éveiller la curiosité. Il continue comme auparavant, ou plutôt, il se montre et parle plus que jamais. Personne ne le soupçonne. La pierre du mur est silencieuse, et la poutre du toit ne pousse pas des cris d'horreur : qui donc pourrait savoir ? Personne ne pourrait rien prouver, lors même qu'on soupçonnerait. La sûreté pour lui, c'est l'impunité, et l'impunité conduit à l'impénitence. A la fin, tout paraît au grand jour, non pas tant par les recherches des hommes que par le doigt de Dieu. Une longue impunité donne le temps et l'occasion de réitérer ses crimes pendant un grand nombre de jours ; et la pratique quotidienne d'une piété simulée et des péchés secrets lui endurcit le front et le cœur. Il défie tout témoin, nie toute évidence, et persiste à tromper tous ceux qui peuvent être trompés. Mais le prêtre qui l'aime et qui sait tout ne peut pas être trompé ; il éprouve une vive douleur au sujet de cette âme sur laquelle le caractère sacerdotal fut empreint d'une manière indélébile, le jour où ce malheureux fut consacré pour être la lumière du monde, le sel de la terre, l'image du Fils de Dieu, un pasteur de son troupeau. Cette douleur est rendue plus arrière par la pensée des âmes que la chute de ce prêtre a entraînées dans son naufrage, du scandale donné aux

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fidèles et à ceux du dehors, de la sainteté du sacerdoce qui a été ternie, de l'Eglise qui a été déshonorée, et de notre divin Maître qui a été de nouveau vendu et trahi. Quelle douleur saurait être plus profonde? On ne peut rien dire, si ce n'est : « Hélas î hélas ! mon frère (î) ! »

(î) III. Rois, xiii, 30.

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