‹ Le sacerdoce éternelChapitre 22 sur 33 · II. S. P · texte numérisé non relu

II. S. P

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dans l'amour de Dieu qui règne sur toutes les affections du prêtre, en perfectionne les ardeurs et la tendresse à l'égard de tous ceux qui l'abordent, mais leur empêche de s'attacher à qui que ce soit au point de déplacer ce contrepoids ou de perdre le parfait équilibre de l'âme. Les réunions fréquentes, une correspondance chargée, les nombreuses visites, l'ennui du chez soi, la recherche continuelle de la société, la perte du temps, le dégoût de la solitude : tels sont les signes certains d'une âme déréglée. Quand un prêtre trouve ses soirées ennuyeuses, sa chambre trop solitaire, ses livres sans attraits, il est évident qu'il a perdu son équilibre. Il est sous l'esclavage de quelqu'un ou de quelque chose, et il a perdu la parfaite liberté de son cœur. Saint Jérôme dit : « Que le clerc qui sert l'Eglise du Christ commence par comprendre le sens de son nom, et, après avoir trouvé la définition de son nom, qu'il s'efforce d'être ce que ce nom signifie. Car, si *Xepo<; en grec est la même chose que lot en latin, les clercs reçoivent donc ce nom. ou parce qu'ils sont le lot du Seigneur, ou parce que le Seigneur est leur lot — c'est-à-dire l'héritage des clercs. Par conséquent celui qui est lui-même l'héritage du Seigneur, ou qui a le Seigneur pour héritage, doit vivre de telle sorte qu'il puisse à la fois posséder le Seigneur et être possédé par lui. Celui qui possède le Seigneur et qui dit avec le prophète : « Le Seigneur et mon partage, » ne peut

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rien avoir en dehors du Seigneur; car sil a quelque chose en dehors de lui, le Seigneur ne sera point son héritage — pars ejus non erit Dominas (1). »

« Dieu s'entretenait avec Abraham comme un homme parle avec son ami. » Je ne vous appelle pas des serviteurs, mais des amis, dit Notre-Seigneur. L'ami du prêtre est son divin Maître, et son amitié suffit. Mais elle ne suffit qu'à ceux qui se reposent sur elle seule. Elle ne peut pas être mêlée à des amitiés inférieures. Elle doit régner en nous comme sur un trône. Notre-Seigneur nous a promise d'être avec nous tous les jours jusqu'à la consommation du monde. » Il a même établi, « au-dessus de l'ordre et des conditions de la nature, » un moyen de présence personnelle, par lequel il est constamment avec nous. L'ami du prêtre est Jésus au Très-Saint Sacrement, habitant pour toujours au milieu de nous. Le prêtre, le matin, à midi et le soir, est en commerce continuel avec lui. Il y a entre eux de perpétuelles relations d'amour et de protection d'une part, et de l'autre, d'amour et d'hommages.

I. Cette divine amitié consiste d'abord et par-dessus tout dans une parfaite conformité de notre volonté avec la sienne. L'amitié a été définie : idem -celle, idem nolle. Cette conformité naît de notre identification avec le Sauveur. Si nous sommes semblables

(1) De Vita Clericorum, tom. iv, p. 259.

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à lui, nous aimerons et nous détesterons ce qu'il aime et ce qu'il déteste. Les choses qui ont de l'amertume ou de la douceur pour lui en auront aussi pour nous : « Contemplant à face dévoilée la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image de clarté en clarté, comme par l'Esprit du Seigneur (i). » Mais un prêtre doit offrir au monde la ressemblance de son Maître ; et cette ressemblance est une condition d'admissibilité aux Saints Ordres. Sa volonté doit donc être identifiée à la volonté du Seigneur. Et tant que les volontés sont identifiées, l'amitié ne saurait défaillir. Nous savons quelle est sa volonté à notre égard. Il veut « que tous les hommes soient sauvés (2). » Il veut notre sanctification (3). Il veut que nous ayons pleine confiance en lui, que non-seulement nous disions en paroles, mais encore par toutes nos actions : « Que votre volonté soit faite, et non la mienne. »

Il veut aussi notre bonheur, et il le veut avec une ardeur divine qui dépasse toutes les impatiences de nos désirs. Le premier désir des hommes, celui qui les dirige tous, c'est le désir du bonheur. Tous leurs efforts tendent au bonheur, ou du moins à ce qu'ils prennent faussement pour le bonheur ou qu'ils se

(1) II. Cor. m, 18.

(2) I. S. TlMOT. I I-4.

(3) I. Thess. iv, 3.

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figurent devoir le leur procurer. Mais la plupart des hommes ne parviennent pas à être heureux, parce qu'ils ne peuvent discerner le vrai bonheur du faux. Le bonheur est dans la sainteté. Il n'y a qu'une seule voie conduisant à ce but unique; tous les autres désirs nous en éloignent. Le divin Maître veut notre bonheur selon la seule forme véritable, par la vraie et unique voie où nous pouvons le trouver. Si nous le désirons comme lui, là aussi notre volonté sera la même que la sienne. Et cette union, fondée sur une réalité divine, durera éternellement.

II. L'amitié n'est pas seulement l'union de deux volontés, mais une mutuelle bienveillance entre deux amis. Amiens alterego. Sacerdos alter Christ us. La volonté d'un ami n'est pas uniquement une bienveillance austère d'une rigoureuse justice ; elle est encore une bonté généreuse. Quelquefois l'ami le plus fidèle est trop élevé au-dessus de nous, trop exigeant dans sa sagesse et dans sa conduite à notre égard. Nous avons confiance en lui, mais nous n'osons l'approcher. Il n'en est point ainsi de notre Ami divin. Il est plein de bonté et de compassion ; il connaît nos infirmités, et il les aborde avec toute la tendresse de la compassion. Nous savons que nous sommes dans ses mains et que c'est lui qui ordonne notre vie tout entière. S'il nous châtie, c'est parce qu'il nous aime. Il n'a point de plaisir à nous affliger. C'est uniquement parce que l'affliction nous est nécessaire qu'il la veut

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pour nous. Si elle ne nous était pas nécessaire, elle ne viendrait pas. Aucune épreuve inutile ne nous arrive si ce n'est par notre propre faute. Et quand elle nous frappe, il s'en afflige. C'est qu'il ne pourrait nous protéger contre nous-mêmes, sans nous priver de notre liberté, et sans, par-là même, nous réduire à l'état de machine. Mais tout ce qu'il veut nous enseigner par la douleur et par l'épreuve, il le veut selon la mesure et dans les proportions de nos besoins. Moins d'épreuves ne nous sanctifieraient ou ne nous sauveraient pas. Jamais il ne nous en enverra plus qu'il ne faut. Pour le moment, nous ne voyons pas la fin de son action ou le but de ce qu'il fait pour nous. Ainsi ces paroles, adressées à Pierre, ont aussi été dites à notre intention: « Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras plus tard (i). »

Nous savons aussi qu'il nous veut tout le bien qui nous est nécessaire, que sa Providence ou sa grâce ne nous feront jamais en rien défaut pour le combat de cette vie ou pour notre salut éternel. Nous exigeons toujours qu'il nous donne des marques de sa bienveillance avant de nous confier en lui. Mais quand nous vovons les preuves, la confiance aveugle n'a plus lieu. C'est au moment de la tristesse et del'épreuve et quand tout secours humain nous fait défaut, que nous devons avoir confiance. Nous avons

(i) S. Jean, xiii, 7.

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lu que des personnes, pressées par de profondes angoisses, sont venues frapper à la porte du tabernacle pour y demander le pain des forts. Un prêtre a toujours ce libre accès auprès de son Maître dès qu'il en éprouve le besoin. Il est le gardien de son Seigneur qui habite sous son toit ou tout près, dans le sanctuaire. C'est à lui qu'il rend compte de toutes ses inquiétudes et de toutes ses tribulations personnelles et pastorales. Tout ce qui lui arrive, toutes ses perplexités, ses dangers et ses besoins, tout est l'objet de ses épanchements en sa présence. Son sacerdoce l'assure qu'il est prédestiné à devenir conforme à l'image du Fils et que, dès lors, tous les événements de sa vie coopèrent à son bien sous la direction d'une volonté divine et pleine d'amour.

III. Il y a de plus dans l'amitié un échange de bons procédés, non pas de services stipendiés, reposant sur des conventions ou l'intérêt personnel, mais de services rendus avec empressement, avec joie et reconnaissance. « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; mais c'est moi qui vous ai choisis et qui vous ai désignés pour que vous alliez et portiez des fruits (i). >/ Il a été notre Maître avant que nous ne fussions ses serviteurs, et il savait ce qu'il voulait faire de nous et par nous. Nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes : nous avons été achetés à grand

(i) S. Jean xv, 16.

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prix. Tout ce que nous sommes est à lui. Toutes les facultés et toutes les puissances de la nature, toutes les grâces et tous les dons du Saint-Esprit sont sa propriété. Toute la vie d'un prêtre, s'il est fidèle à son sacerdoce et à lui-même, est, ou peut être, et dès lors, doit être un dévouement au service de son Maître. Même les actions ordinaires de notre vie de chaque jour lui sont consacrées, car nous sommes absolument son bien. « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire deDieu(i).»« Quoique vous fassiez en parole ou en œuvre, faites tout au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces à Dieu et au Père par lui (2). » Inspirant toutes les actions, ce mobile, actuel, virtuel, ou au moins habituel, renouvelé chaque matin à la Messe et après la Messe, comme pendant le jour, est un service constant rendu par amour et dévouement à notre Ami divin.

A combien plus forte raison les actions sacrées de notre Sacerdoce revêtent-elles ce caractère ! La commémoration quotidienne que nous faisons de lui au commencement de chaque jour, l'oblation de son Cœur Sacré, avec toutes ses adorations, pour la gloire de la Très-Sainte Trinité, l'offrande de son

(1) I. Cor. x, 31.

(2) Col. ni, 17.

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Corps et de son Précieux Sang qui a racheté le monde, qui intercède constamment pour les péchés sans cesse renouvelés du monde, qui hâte la délivrance des âmes dans l'expiation et les introduit dans la vision de la paix; la nourriture de la multitude par le Pain du ciel : — toutes ces actions du service divin faites en son honneur, nous les accomplissons à chaque Messe que nous disons. Il est difficile qu'une journée ainsi commencée se termine dans les froides dissipations et dans les divertissements confus du monde. Pourquoi les saintes émanations et la ferveur de notre messe ne nous animent-elles pas toute la journée? La sainte Messe est la note dominante, et d'après^elle doivent s'harmoniser tous nos instants. Toute parole dite au nom de Dieu ; tout acte, quelque peu important qu'il soit, fait en son honneur, accompli avec une intention actuelle ou dans l'exercice habituel des devoirs de prêtre ou de pasteur; tout sacrement administré ; toute prédication de la parole de Dieu ; toute âme recherchée et trouvée ; tout pécheur converti ; tout pénitent encouragé ; — ce sont là tout autant d'actes d'un service personnel rendu à notre Ami divin. Dans ce service peuvent également être compris l'emploi consciencieux du temps, la patience dans les ennuis, l'humilité dans l'épreuve des fausses accusations auxquelles n'échappera jamais un prêtre fidèle. Et pendant que notre journée est pleinement dévouée à son service, il nous assiste lui-même

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continuellement avec une fidélité qui est supérieure à la nôtre. Nous savons peu comme il nous dirige et nous garde, comme il nous entoure de toutes parts et étend sa main sur notre tête, quand les traits enflammés de l'esprit mauvais volent épais comme grêle autour de nous. Nombreux sont les dangers que nous connaissons ; mais bien plus nombreux encore sont ceux que nous ne soupçonnons pas. Nous prions Dieu de nous délivrer de nos fautes secrètes : nous avons besoin de le prier qu'il nous délivre de nos périls inconnus. 11 y a au-dessus de nous un bouclier qui nous protège en tout sens au moment où l'assaut nous est livré de toutes parts, et où nous nous doutons si peu de la proximité de l'attaque. Toute la journée au milieu du monde, parmi les bons et les méchants, les hommes et les femmes, mêlé à ceux qui sont bien intentionnés comme à ceux qui ne rêvent que malices, à ceux qui ont de la loyauté comme à ceux qui n'ont qu'hypocrisie, heureux est le prêtre qui peut revenir, le soir, près de son Maître et n'a besoin que de se laver les pieds. Combien qui s'en vont, le matin, a latere Jesu, purs et paisibles, et qui, le soir, reviennent tristes et abattus, le cœur plein de souvenirs indignes d'un serviteur et d'un ami! Lui, cependant, il est toujours le même. Nos inconstances et nos changements nous remplissent de ténèbres, et nous perdons nos lumières du matin. Un souffle destructeur, une flétrissure sont tombés

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sur nous. Pour lui, il est immuable dans son amour, dans sa pitié et dans sa miséricorde. Avant que nous allions prendre notre repos, il nous absoudra de nos chutes et de nos défaillances du jour. Le sentiment de ce mutuel échange de bons procédés resserre les liens qui unissent des amis l'un à l'autre.

IV. En outre, l'amitié est patiente ; mais ici nous ne montrons pas de réciprocité à notre Ami divin. La patience est toute de son côté, et c'est une patience inépuisable. Sa manière d'agir ne change jamais. Son cœur est toujours plein d'amour. Quand nous revenons à lui, nous le trouvons tel que nous l'avons laissé, car en lui il n'y a pas de variation, et pas même ombre de changement. L'Amour éternel est immuable, et le cœur humain déifié ne saurait changer. De même qu'il supporta, dans ses premiers disciples, les disputes, les rivalités, les ambitions et les lenteurs à croire, ainsi nous supporte-t-il encore aujourd'hui. Seulement les premiers disciples n'étaient pas prêtres alors et nous le sommes. Après leur ordination, ils furent revêtus de force et élevés au-dessus d'eux-mêmes. Nous, nous commençons par notre sacerdoce et par notre ministère pastoral, et nous avons encore de nombreux défauts qu'ils avaient avant la réception de leurs pouvoirs surnaturels. Et cependant il habite au milieu de nous, silencieux et calme, témoin de toutes nos fautes, mais ne voulant point les voir. Il nous les pardonne, comme il pardonna à Pierre, en réitérant

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Tordre de paître son troupeau. De plus, sa patience est généreuse. Il en faut peu pour le satisfaire : un mot pour nous accuser, un remords intérieur, un reproche que nous nous adressons, et tout est fini. Personnellement nous ne pouvons, et nous ne devons pas oublier les paroles et les actions indignes de lui ; mais lui, il ne veut plus les voir. « Il ne veut pas rompre le roseau "brisé ni éteindre la mèche qui fume encore ( i ). // Il attend en toute patience et plein d'espoir notre avancement dans la perfection. Et c'est lui qui fait les premiers pas pour nous attirer à lui, avant même que nous ayons songé au retour. Le sentiment de notre indignité nous retient dans la crainte et l'hésitation, jusqu'à ce qu'une impulsion donnée à la volonté triomphe de nos résistances. Il faut une conscience bien ferme pour chercher à se connaître véritablement. Nous voyons nos fautes même sans y fixer notre attention. Les regarder nous trouble et nous humilie ; rompt cette paix où nous ne devrions trouver aucun repos, tant que nous n'avons pas fait preuve de franchise et de loyauté à l'égard d'un si bx>n Maître, toujours disposé à nous pardonner si nous n'étions pas si prompts à nous pardonner nous-mêmes.

V. Enfin, dans l'amitié il y a une mutuelle communauté de vie. Quand des amis sont enchaînés par les liens de l'amour, il y a entre eux une union étroite,

(i) Is. XLII, 3.

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lors même qu'ils seraient aussi loin l'un de l'autre que l'Orient l'est de l'Occident. Le sentiment intime de l'union des volontés, de la bienveillance mutuelle, des services réciproques, de la patience et de la tendresse ; le souvenir des anciens jours d'affection et de bonheur, font que l'ami absent est à nos côtés, et le rendent, malgré la distance, comme présent à nos regards. Les lettres vont et viennent ; les messages sont échangés; nous sentons que nous avons part à tous les désirs de nos amis, comme ils ont aussi part atout ce qui nous intéresse. Telle est la communauté de vie entre les amitiés humaines, même quand les amis sont séparés par la distance. Elle est d'autant plus intime et plus ardente , qu'ils sont plus rapprochés. Les membres d'une famille ne sont pas continuellement tous ensemble ; mais chacun d'eux sait qu'ils sont tous sous le même toit et qu'ils sont tous unis de cœur et de volonté. Mais quel que soit le rapprochement de deux amis, quelle conviction qu'ils aient de leur intimité, leur amitié n'est point comparable à l'amitié qui unit un prêtre à son Sauveur. Nous pouvons aller à lui à tout instant. Lors même qu'il garde le silence, nous connaissons sa pensée et ses intentions. Il nous fait toujours bon accueil quand nous venons à lui. Il écoute tout ce que nous lui disons et il nous console en prêtant l'oreille à nos paroles; car c'est un soulagement que de pouvoir décharger son cœur auprès d'un ami, bien qu'il ne

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nous réponde pas. Nous savons que nous avons toute sa svmpathie ; qu'il sent nos douleurs avec nous et pour nous ; que tout ce que nous disons est noté et gravé dans son souvenir, et que s'il ne nous parle pas maintenant, le jour n'est pas éloigné où nous l'entendrons nous dire: « Entrez dans la joie de votre Seigneur. »

Aucun prêtre n'est donc sans ami. Il y a toujours un Ami auprès duquel nous pouvons trouver le repos parfait, le repos inaltérable. Les autres amis nous causent souvent de la peine et des déceptions. Seul, l'Ami divin ne nous trompe jamais. Nous comprendrons d'autant mieux son amitié que nous saurons davantage nous maintenir libres de toute exagération dans nos attachements humains. A lui nous devons notre cœur tout entier dès l'instant de notre ordination, et si nous nous tenons bien dans cet équilibre nous reconnaîtrons que son amitié seule nous suffit. C'est notre acharnement à courir après les sympathies humaines qui nous empêche de ressentir les sympathies de notre Dieu. Saint Paul pouvait dire: Cupio dissolvi et esse cum Christo. Il s'est rencontré des âmes qui ont prié Notre-Seigneur de mettre des bornes à ses consolations qu'elles trouvaient excessives pour elles. Ils étaient entièrement détachés de la créature ceux qui priaient ainsi. L'éloignement de toutes les amitiés humaines, importunes et absorbantes, qui, frappant nos sens et nos regards, sont

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constamment à notre portée, et ainsi dérobent si facilement ce que nous devons à notre Ami divin; cet éloignement sera la mesure du repos, de la suavité et des satisfactions que nous trouverons en lui.

Si nous sommes faibles et que nous nous égarions dans les amitiés humaines, nous apprendrons bien vite qu'il n'y a pas de repos ailleurs qu'en Dieu. Nulle créature n'est assez grande pour qu'une âme puisse trouver le repos en elle, assez constante pour qu'elle puisse se confier en elle; nulle n'est assez désintéressée pour qu'elle puisse nous donner une place. Le prêtre qui s'appuie sur des amitiés humaines, quelles qu'elles soient, quelque saintes qu'elles puissent être, verra bientôt qu'au lieu de repos il n'a trouvé que trouble, et qu'au lieu de consolations il n'a trouvé que pénibles et continuelles inquiétudes. Quid enini mihi est in ccelo, et a te quid vol ni super terrain ? Defecit caro mea, et cor meum; Deus cor dis mei, et parsmea Deus in œternum (i).

Et qu'on ne s'imagine pas qu'un prêtre qui s'attache exclusivement à l'Ami divin aura moins d'empressement ou de tendresse, ou moins de sollicitude pour son troupeau et ses amis, pour les faibles et les délaissés. Plus il est étroitement uni à son Maître, plus il lui devient semblable. Personne n'a au cœur tant de chaleur, tant de tendresse, tant de compassion.

(i) PS. LXXII. 25, 26.

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tant de désintéressement et tant de miséricorde, que le prêtre dont le cœur a pour mobile et pour point d'appui l'ineffable amitié de Jésus, et qui est absolument libre de tout attachement humain. Son âme est plus ouverte et plus dilatée pour recevoir les effusions de la charité de Dieu. Nous nous rétrécissons, non pas en Dieu, mais en nous-mêmes. L'amour divin inondera notre cœur selon nos dispositions à recevoir cet amour: mieux nous serons disposés, plus nous en serons pénétrés. La prière de Saint- Paul pour tous les chrétiens d'Ephèse doit surtout s'appliquer aux prêtres et aux pasteurs : « Je fléchis les genoux devant le Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ afin que vous puissiez connaître avec tous les saints qu'elle est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur (de la charité de Dieu); et connaître aussi la charité du Christ, qui surpasse toute science, afin que vous so)7ez remplis de toute la plénitude de Dieu (i). // Jamais homme ne ressemblera à Jésus dans les trente-trois années de ses angoisses intérieures et de ses sympathies pour les hommes, comme le prêtre dans le cœur duquel règne exclusivement son divin Maître.

(i) Eph. iii, 18, 19.

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