‹ Le sacerdoce éternelChapitre 24 sur 33 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Liberté du ^rêtre

n prêtre a-t-il plus de liberté qu'un laïque? A première vue, oui, parce qu'il a, en vertu de sa prêtrise, des privilèges qui relèvent au-dessus des autres et en font le juge, le censeur et le guide. De plus, il est recteur de sa paroisse, et il est intimement mêlé à tout ce qui s'y passe: il est sans contrôle (extérieur) le maître de sa maison, de ses instants, de ses habitudes; et, si l'on excepte

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l'accomplissement de ses obligations spirituelles, il a le contrôle et la disposition de sa vie tout entière. Il peut aller où il veut, s'y arrêter aussi longtemps qu'il lui plaît, et choisir lui-même sa société. 11 n'y a personne, de toute la journée, pour imposer un frein à sa liberté ou pour la contrarier ; et une liberté sans frein devient facilement de la licence. Il est absolument indépendant de tous, si ce n'est de son Evêque, et son Evêque est à distance. Un prêtre est donc, s'il surgit une question, juge dans sa propre cause ; il décide et s'applique lui-même la loi. C'est là, il faut en convenir, une grande et dangereuse liberté, bien plus étendue que celle d'un laïque.

Néanmoins il pèse sur le prêtre des obligations auxquelles un laïque n'est pas soumis. Il est lié à un degré spécial par la divine tradition de la foi et de la morale; et cela, non-seulement pour y conformer sa vie, mais encore pour y faire conformer celle des autres. Il est lié par la discipline de l'Eglise catholique, par la loi pontificale, dont une partie lui est commune avec tout l'univers, et dont une partie est une loi spéciale du diocèse auquel il appartient. De plus, il est lié par trois obligations capitales : je veux dire, d'abord, par la loi de chasteté qui équivaut à un vœu. Cette obligation implique la séparation et l'abstention de tout ce qui pourrait porter atteinte à la pureté intérieure de son âme, ou détourner son cœur de l'amour suprême de son divin Maître. Il ne

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peut avoir aucun attachement humain désordonné. Il est aussi tenu à l'esprit de pauvreté, et par conséquent obligé de vivre selon l'esprit de pauvreté. Il peut posséder un grand patrimoine et occuper un riche bénéfice. La loi ne l'oblige pas adonner son patrimoine aux pauvres. Ilpeut légalement le dépenser pour son entretien et celui de sa maison. Mais tout ce qui est légal n'est pas pour cela convenable ou sacerdotal. De son bénéfice il peut prendre pour l'entretien qui convient à sa position, mais tout ce qui est audelà doit aller aux bonnes œuvres. Il peut être riche, mais s'il veut vivre en prêtre, il doit vivre pauvre. S'il vit comme un homme riche, bien qu'il ne commette pas de péché, sa vie n'est pas conforme à celle de son Maître. Et le serviteur ne doit pas être au-dessus de son Maître. Le degré de son amour sera la mesure de son désir de lui ressembler, et de ne pas choisii\un autre sort que le sien.

En troisième lieu, le prêtre est tenu à l'obéissance. Et cette obéissance a sa règle dans les lois de l'Eglise et du diocèse ; mais elle a sa raison d'être dans l'amour de Xotre-Seigneur et des âmes, et son principe obligatoire dans la promesse faite, au moment de l'ordination, entre les mains de l'Evêque.

Mais, outre ces obligations qui naissent d'un contrat spontané à la réception de la prêtrise, il y a une loi, une obligation qui lie tous les membres du Corps mystique du Christ, et surtout les principaux mem-

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bres de ce Corps, — les Evêques et les prêtres de l'Eglise, — je veux dire la loi de liberté. « Parlez et agissez, dit Saint Jacques, comme devant être jugés parla loi de liberté (1). » Cette loi est antérieure à toutes les autres lois, à toutes les obligations et à tous les vœux. Elle est universelle et atteint toute âme régénérée. Elle est suprême, et dans ses exigences elle n'a d'autres limites que notre pouvoir de l'accomplir.

Saint Paul, dans son Epître aux Galates, appelle la loi de Moïse loi de servitude, et l'Evangile loi de liberté. Dans son Epître aux Romains, il dit que la loi de servitude est une loi de péché et de mort. Mais Saint Jacques a un sens plus élevé.

I. Cette loi de liberté est, d'abord, la loi de Dieu écrite dans notre cœur au moment de notre régénération. En venant au monde, nous naissions dans l'esclavage du péché et de la mort. La connaissance de la loi, et même de l'existence de Dieu, était obscurcie en nous. Par la régénération, nous avons reçu de l'Esprit Saint les vertus de foi, d'espérance et de charité. Le baptême était appelé yunurpoa, et les baptisés illuminés (2). La connaissance de Dieu et de sa loi nous fut rendue. La volonté, blessée et affaiblie par le péché originel, fut affranchie de l'esclavage de

(1) S. Jacq. II, 12.

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