HÉBR. X
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la faiblesse et rendue à sa liberté. C'est ce que Dieu avait promis par ces paroles :« Voici l'alliance que je ferai avec eux après ces jours-là, dit le Seigneur : je mettrai mes lois dans leurs cœurs, et je les écrirai dans leurs esprits (i).
Le baptême nous fait enfants de Dieu. Le Saint- Esprit, venant et habitant en nous, élève notre volonté et lui donne la force d'accomplir la volonté de Dieu. Par notre première naissance nous étions privés de l'Esprit Saint ; par notre seconde naissance notre volonté a été revêtue d'un pouvoir surnaturel. « A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » La faiblesse de la volonté et la violence de la passion avaient rendu la volonté esclave. Elle avait toujours sa liberté, mais elle était viciée par de basses affections et se trahissait elle-même. Par notre régénération, nous entrons dans la liberté des enfants de Dieu, liberté que Saint Paul décrit ainsi : « Il n'y a donc point maintenant de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ et qui ne marchent pas selon la chair : car la loi de l'Esprit de vie en Jésus-Christ m'a délivré de la loi de péché et de mort (2). » Les régénérés sont affranchis de la tache du péché originel, du pouvoir et des séductions du péché. Le plus grand danger du péché
(1) Ibid. x, 16.
(2) Rom. vin, 1.2.
$\bexté bu prêtre 223
est dans ses charmes et dans ses fascinations subtiles. Il enivre et trompe l'âme. Il l'entraîne par le désir et la trompe par ses dissimulations. Il n'est aucun des devoirs d'un enfant de Dieu que les âmes régénérées ne puissent remplir si elles en ont la volonté. Elles en ont le pouvoir aussi bien que la liberté. C'est donc là le premier pas dans la liberté des enfants de Dieu. Ils sont affranchis de la mort éternelle. Cette mort n'a sur eux ni droit ni puissance ; elle ne peut reprendre son empire sur eux que s'ils se trahissent eux-mêmes.
IL De plus, la loi de liberté est la volonté grandie par l'amour de Dieu. Servir Dieu, c'est régner. Aimer Dieu, c'est la liberté parfaite. Ubi spiritus Dotnini ibi libertas (1). Char it as De i diffusa est in cordibus nostris per Spiritum Sanctnm, qui dattes est nobis (2). Où est l'esprit, là est la liberté ; car l'Esprit de Dieu est amour, et là où est l'amour, là aussi est la liberté. Il ne saurait y avoir de la liberté où il n'y a pas de l'amour. Où n'est pas l'amour de Dieu, règne l'amour des créatures, et de la dernière des créatures, l'amour de soi. Et il n'est pas de plus grande servitude. L'amour des créatures entraîne avec lui les jalousies, les déceptions, les ressentiments et tout le cortège des tentations. Un prêtre qui a perdu sa liberté par
(1) II. Cor. m, 17.
(2) Rom. v, 5.
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quelque attachement désordonné s'est rendu esclave. 11 est, pour le bonheur et la paix de son âme, à la merci d'une créature inférieure à Dieu, de quelque chose d'inconstant, d'incertain et d'éphémère. Saint Augustin représente l'état où il était, avant que l'amour suprême de Dieu ne lui eût rendu sa liberté, comme une servitude de fer dont les chaînes avaient été forgées, non point par la main des hommes, mais par sa propre volonté.
Mais dans la suite, quand il eut recouvré la liberté des enfants de Dieu, il disait : « Aimez, et faites ce que vous voudrez ; » car, alors, notre volonté est la volonté de Dieu. Nous n'avons pas d'autre volonté que la sienne, et, en faisant sa volonté, nous faisons la nôtre. Car l'amour est la volonté, et la volonté est l'amour. Pondus voluntatis amor. Nous voulons comme nous aimons. L'amour dirige la volonté, lui donne l'impulsion et le mouvement. C'est par amour que nous nous attachons à Dieu. Qui adhœret Domino unus spiritus est (i). Cette union est une union de volonté, qui nous est révélée et qui est manifestée au monde par des signes évidents et indubitables. D'abord, elle transforme toutes les ambitions de notre vie. Avant, nous recherchions nombre de choses inférieures à Dieu ; choses peut-être mauvaises et dangereuses, ou choses innocentes et légitimes,
(i) I. Cor. vi, 17.
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mais encore inférieures à Dieu. Nous en étions remplis, et nous organisions notre vie de façon à nous les assurer. Maintenant, notre ambition est toute différente. Nos aspirations ne s'arrêtent à rien en-deçà, mais vont au-delà de l'horizon. Le royaume de Dieu et Dieu lui-même ; la vision de Dieu et l'union avec lui : telles sont les ambitions qui deviennent la règle de notre vie.
Et la marche de nos ambitions est devenue celle de nos intérêts, — c'est-à-dire des désirs qui déterminent notre vie et nos occupations de chaque jour. Autrefois, c'était pour les choses attrayantes, innocentes et légitimes de ce monde, — car de choses différentes et moins inoffensives nous ne parlons pas ici, — c'était pour quantité de choses que nous vivions, que nous travaillions et dépensions nos forces, jusqu'au moment où une lumière plus haute descendit en nous, et où l'amour de Dieu naquit dans notre cœur. A partir de cet instant, nous dirigeâmes toutes les énergies de notre âme et de notre volonté vers des occupations plus élevées et plus austères. Le salut des âmes, la diffusion de la foi, l'extension du royaume de Dieu, la sanctification de son Nom, le règne de sa volonté dans tous ceux qui nous entourent : tels furent les intérêts qui absorbèrent toutes nos pensées et tous nos efforts. Nous avions cessé d'être de ceux qui cherchent leurs propres
226 gfyapitve quinzième
intérêts, pour nous ranger au nombre de ceux qui cherchent « les intérêts de Jésus-Christ (i). »
A ces nouvelles ambitions et à ces nouveaux intérêts s'ajoutent aussi de nouveaux goûts, — c'està-dire une disposition intérieure et spirituelle qui nous fait trouver du plaisir et de la jouissance dans des choses qui, autrefois, étaient pour nous sans douceur et sans attrait, comme, par exemple, la prière, la lecture de l'Ecriture Sainte, la Sainte messe, la solitude du sanctuaire, quand nous sommes seuls en la présence du divin Maître ; ou comme toute autre chose, quelque légère qu'elle soit, que nous pouvons faire pour lui; ou encore le renoncement à nous-mêmes, quand nous pouvons faire un plus généreux effort pour son service. Ce sont là les choses de l'Esprit de Dieu qui ne sont que folie pour l'esprit qui ne juge que par la raison et les sens. Tout ce qui nous faisait peur est maintenant plein d'attraits pour nous. Les croix, les déceptions, les contrariétés, les privations, qui ne sont que de faibles aperçus de l'amertume et de la tristesse de sa vie, deviennent des gages de son amour pour nous et des preuves de notre fidélité envers lui.
III. Enfin, la loi de liberté est la volonté devenue sa propre loi. « La loi n'est pas établie pour le
(i) Phil.
Mbexté bu *gxêtve 227
juste (1), » mais pour les désobéissants. « L'amour est la plénitude de la loi(2).»« Celui qui aime le prochain a accompli la loi (3). » L'amour prévient tous les commandements. Il accomplit d'instinct, sans délai et avec plénitude, ce que l'empire de la loi peut seul contraindre à faire ceux qui n'ont pas cette volonté.
Saint Jean dit : « Quiconque est né de Dieu ne commet point le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pécher parce qu'il est né de Dieu (4). » Ce qui signifie que le Saint- Esprit, le sanctificateur, habite et règne en lui ; et que sa nouvelle nature, toute spirituelle et surnaturelle, se révolte à la vue du péché, quelles que soient ses formes et quels que soient ses attraits. Sans se faire violence, et sans une perturbation de toute son âme, il ne pourrait pas pécher ; et non-seulement il ne pécherait pas contre Dieu, mais pas même contre sa propre volonté. Si on mettait une volonté de ce genre dans la nécessité de commettre un péché mortel ou de mourir, elle choisirait bien vite la mort. Si elle avait à choisir entre un péché véniel de propos délibéré et la mort, elle préférerait encore
(1) I. Tim. 1, 9.
(2) Rom. xiii, 10.
(3) Ibid. xiii, 8.
(4) I. S. J. in, 9.
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la mort. Si on lui offrait deux genres de vie, avec d'égales espérances de salut, l'un sans la Croix et l'autre avec la Croix, elle prendrait la Croix, désireuse qu'elle serait de mieux ressembler à notre divin Maître, par reconnaissance pour tout ce qu'il a souffert en notre faveur, et en vertu de son généreux amour pour lui.
La loi de liberté est donc la loi qui détermine Dieu, libèrrimo consilio, par le très-libre conseil de sa sagesse, à nous créer (i), et à nous donner son Fils pour notre Rédemption. Elle détermina le Fils à se revêtir de notre humanité, et à s'offrir lui-même volontairement sur la Croix. Oblatus est quia ipse voluit (2). C'est la loi de liberté qui détermina la Très-Sainte Trinité à nous prédestiner, à nous appeler, à nous justifier, à nous glorifier en nous adoptant comme enfants : à nous appeler à la prêtrise, à faire de nous les prémices des prémices de l'Esprit. De même que toutes les choses sont pour sa gloire, ainsi nous a-t-il ordonnés pour sa plus grande et pour sa très-grande gloire. Et tout cela. Dieu l'a fait sans aucune nécessité ou contrainte ; il l'a accompli uniquement et entièrement par sa libre volonté. Car la volonté de Dieu, c'est sa sagesse et son amour dans un acte parfait ; et sa sagesse et son amour sont
'-! Cosc. Vat. Coxst. Dogm. de Fide. Cat. C. I. (2i Is. lui, ;.
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sa loi. Il est sa loi à lui-même. La loi et la liberté sont distinctes, mais indivisibles. Et la loi de liberté fut manifestée au monde dans le Verbe Incarné. En Jésus-Christ nous voyons une volonté qui est sa loi à elle-même ; et ceux qui lui sont conformes deviennent, selon le degré de leur ressemblance, leur propre loi dans l'usage de leur liberté. Cette loi laisse bien loin derrière elle tous les commandements écrits : celui qui la met en pratique est comme le savant qui n'a plus conscience de son alphabet et comme l'habile chanteur qui n'a plus conscience de la gamme. Le caractère de cette loi est qu'elle oblige plus que tout autre commandement. Elle ébranle le cœur, remue la conscience et exerce sur la volonté une pression continuelle. Par cette loi, nous serons tous jugés ; mais d'elle, les prêtres surtout auront à rendre compte (1).
Nous devons donc vivre maintenant d'après cette loi. Dans toute notre vie, nous n'avons jamais fait le mal dans un cas où nous n'aurions pu faire le bien. Nous avions toute liberté et tout pouvoir pour cela. De plus, nous n'avons jamais négligé de faire le bien dans une circonstance où il nous aurait été impossible de le faire. Nous n'avons jamais fait le bien, que nous
(1) <' Si reddenda est ratio de iis quae quisque gessit in corpore suo, quid fiet de iis quee quisque gessit in corpore Christi quod est Ecclesia. » — Inter. Opp. S1' Bern. Ad Prœlatos in Concilio.
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n'eussions pu faire mieux. Nous recevons une multitude de grâces, et nous ne correspondons qu'à un petit nombre, et encore y correspondons-nous avec une fidélité inégale et des efforts intermittents. Ce sont là tout autant de manquements à la loi de liberté. Quel motif pourrait donc avoir un prêtre de ne pas tendre aux plus hautes aspirations ? Tous, nous sommes obligés, par la loi de nature, à obéir à notre Créateur avec les puissances et les affections les plus intimes de tout notre être ; par notre rédemption, nous sommes obligés à glorifier notre Rédempteur, car il nous a achetés pour lui-même. Par notre régénération, nous sommes tenus d'obéir au Saint- Esprit en notre qualité d'enfants de Dieu ; par la foi nous sommes tenus d'obéir à la loi révélée de Dieu ; par l'espérance, d'employer tous les moyens possibles pour obtenir la vie éternelle ; par la charité, d'aimer Dieu, super omnia, de toute notre âme et de toutes nos forces. Ceci est vrai pour tous les fidèles. Mais les prêtres, plus que tous les autres hommes : par une plus haute prédestination, par des grâces plus abondantes, par l'onction et le caractère de leur sacerdoce, par leur participation au caractère et au sacerdoce du Fils de Dieu, parla mission et la charge qu'il leur a confiée comme par les promesses qu'ils lai ont faites, par leur amour de disciples et d'amis, par reconnaissance et par générosité, — les prêtres sont tenus d'user de leur liberté, non avec regret ou
cStfterfc bu prêtre 231
par force, mais avec joie, avec empressement, avec abnégation, même avec le dévouement et le sacrifice de soi-même dans ses formes les plus séduisantes et les plus pures, si c'était nécessaire, afin de le servir plus parfaitement, en travaillant à sauver les âmes pour lesquelles il a donné sa vie. « Toutes choses me sont permises, » mais je ne me permettrai pas pour cela de tout faire ou de jouir de tout ce qui m'est permis, car « toutes choses ne me sont pas avantageuses. » Elles ne seraient pas utiles à mon salut, à ma sanctification, à ma perfection sacerdotale.^ Toutes choses me sont permises, mais toutes choses n'édifient pas. » Si, par exemple, j'égare une âme ; ou si je l'encourage à faire, avec danger pour elle, une chose qui n'en offrirait point pour moi, ou si je rends sa persévérance moins ardente ou ses aspirations moins élevées, ou si, par mon influence même involontaire, je démens ce que je me suis efforcé d'enseigner aux autres ; si je leur donne une cause de scandale, l'usage de ma liberté, alors, quelque légitime qu'il soit, non-seulement ne sera pas utile, mais sera nuisible à leur salut, et encore plus au mien.
Heureux le prêtre qui fait à son Maître le sacrifice absolu de sa liberté tout entière, et lui impose généreusement des bornes dans ses relations avec le monde ! S'il nous faut aller dans le monde, nous avons besoin d'entendre constamment retentir à nos oreilles ces paroles: Oiiid hic agis, Elia? Le prêtre
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que l'on voit rarement dans la société est celui qu'on désire le plus avoir à ses côtés au moment de la mort. Saint Jérôme dit des prêtres : Si quis sœpe invitatus ad convivia non récusât, facile contemnitur. Notre-Seigneur, il est vrai, alla chez Simon et aux noces de Cana ; mais partout il fut le Fils de Dieu. Il n'alla nulle part que par charité divine. Si nous faisons usage de notre liberté pour lui comme il a fait usage de la sienne pour nous, nous vivrons dans le monde pour le sauver, mais nous vivrons en dehors du monde pour nous sauver nous-mêmes. Les prêtres et les pasteurs ont besoin d'une protection toute spéciale ; mais aussi une promesse toute spéciale de salut leur a été faite, et elle s'accomplira tant qu'ils useront de leur liberté pour l'honneur de leur Maître et avec une généreuse abnégation. « Père Saint, gardez en votre nom ceux que vous m'avez donnés. Pendant que j'étais avec eux je les ai gardés en votre nom. Ceux que vous m'avez donnés, je les ai gardés, et aucun d'eux n'a péri si ce n'est l'enfant de perdition. Je ne vous demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du mal (i). //
Notre-Seigneur s'est servi de sa liberté afin de mourir pour nous. Et il est mort pour nous racheter et pour reconquérir notre amour. Nous, nous usons de notre liberté afin de vivre pour nous-mêmes. Saint Paul
(i) S. J. xvii, ii, 12-15.
liberté bu Wtctxe 233
décrit les dangers des derniers temps. C'est une énumération de péchés, surtout de péchés spirituels, qu'il résume en disant que les hommes « s'aimeront eux-mêmes, » « qu'ils aimeront les voluptés plus que Dieu (1). » 11 dit ailleurs que « tous cherchent leurs intérêts, non les intérêts de Jésus-Christ (2) ; // ce qui veut dire que les hommes sont des pécheurs qui violent la loi de Dieu ; ou des mondains en qui ne règne pas l'amour du Père ; ou des cœurs personnels qui ont un but en toutes choses, dans les plus hautes ambitions comme dans les plus misérables bénéfices ; ou des égoïstes dont l'esprit étroit ne se soucie point des autres : — c'est la fraternité de Caïn qui, le premier, a dit ■ « Suis-je le gardien de mon frère? » Tant qu'ils ont leur place à l'église et un étranger pour y entendre les confessions, ils ne se soucient point de leurs ouailles. Les âmes peuvent périr tout autour d'eux, peu leur importe. Enfin, parmi ceux qui recherchent leurs intérêts personnels, il faut nommer les gloutons spirituels qui recherchent avec une trop vive ardeur les consolations et les jouissances de la religion, qu'ils abandonneraient bien vite, s'ils n'étaient alléchés comme des enfants.
Ceux qui recherchent les intérêts de Jésus-Christ, sont les âmes innocentes et les âmes pénitentes, les
(1) II. Tim. m, 4.
(2 Philip, ii, 21.
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âmes désintéressées et les âmes mortifiées, les bons soldats, auxquels leur zèle pour les âmes, pour l'Eglise et pour l'honneur du sacerdoce fait accepter les privations et la Croix. Les premiers usent de leur liberté pour eux-mêmes ; ceux-ci en usent pour leur Maître. Tout prêtre appartiendra forcément à l'une de ces deux catégories ; car il n'y a pas de neutralité possible où la loyauté est un devoir : il ne saurait y avoir autre chose que la tiédeur entre le froid et la chaleur.
Cinq signes nous indiquent que nous usons sagement et généreusement de notre liberté.
I. Le premier est de n'être pas contents de nous, si nous ne rendons pas à Dieu amour pour amour. Il nous a aimés d'un amour éternel, avant notre naissance ; d'un amour rédempteur, à partir de notre baptême ; et d'un amour d'ami, du jour où il nous a été donné de le connaître et de l'aimer. Quel amour pouvons-nous lui offrir en retour, si ce n'est un amour supérieur à toutes choses ; si ce n'est de l'aimer de toute notre âme et de toutes nos forces? Comment pouvons-nous être contents de nous, quand nous lisons ces paroles : « Si quelqu'un n'aime pas Notre- Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème, Maran Atha (i)? /> Et ces autres : « Personne ne peut dire :
(i) I. Cor. xvi, 22.
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Seigneur Jésus, sinon par LEsprit-Saint (1). » Son amour et ses bontés pour nous sont de hautes et sévères réalités.
II. Le second signe est le zèle pour lui ; c'est-à-dire un désir ardent et irrésistible de consacrer tout notre temps, toutes nos facultés et tout notre pouvoir à l'accomplissement de sa volonté, à la diffusion de sa doctrine, à l'honneur de son Nom, au service de son Eglise et au salut des âmes.
III. Le troisième signe est de souffrir avec lui et pour lui, à cause des péchés commis par ceux qui ne le connaissent pas, et plus encore, par ceux qui le connaissent ; péchés contre la foi, contre l'unité et l'autorité de l'Eglise ; péchés contre l'amour de ce divin Sauveur commis par ingratitude ; contre sa personne, par sacrilège ; contre sa sollicitude pastorale, par les scandales qui perdent les âmes pour lesquelles il s'est livré à la mort. La vue des âmes qui périssent, soit au-dedans, soit en dehors du giron de l'Eglise, sera, pour ceux qui ont de l'amour et du zèle, un chagrin de tous les jours.
IV. Le quatrième signe est la générosité à nous consacrer nous-mêmes, et à consacrer notre liberté pour toute action ou tout sacrifice que peut demander son honneur, à nous dépenser et à nous voir immoler pour le salut des élus (2).
(1) Ibid. xn, 3.
(2) II. Cor. xii, 15.
236 §§ap\ixe quinzième
V. Le cinquième signe est de nous réjouir dans les croix. Elles peuvent être de trois sortes. Ce sont d'abord les croix que nous méritons pour nos défauts, pour nos imperfections et pour nos péchés passés. Puis, ce sont celles que nous n'avons pas méritées, telles que les fausses accusations, le mépris et la haine dont nous sommes gratuitement l'objet. Enfin il y a les croix volontaires : — c'est-à-dire, celles que nous nous imposons par nos actes ou par la restriction de notre liberté, quand cette liberté pourrait être une cause de scandale pour ceux qui usent trop largement de la leur.
Le torrent qui entraîne aujourd'hui le monde chrétien tout entier le précipite rapidement vers une liberté qui dégénère en licence. C'est l'esprit du temps et la marche dangereuse des derniers jours. Nous sommes tellement acclimatés aux douceurs et aux mollesses de la vie, que nous allons jusqu'à interprêter les paroles de l'Esprit Saint et à leur donner un sens métaphorique et insignifiant. Qui prend maintenant comme une règle de vie ces paroles : « Loin de moi de me glorifier, si ce n'est dans la Croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde (1)? >/ Quelle marque de crucifiement trouve-t-on dans notre vie peut-être sans tache, mais si facile?' Qui a pour règle de vie
(1) Gal. vi, 14.
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ces autres paroles : « J'ai été attaché à la Croix avec le Christ. Or je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi. Car si je vis maintenant dans la chair, j'y vis en la foi du Fils de Dieu, qui m'a aimé et s'est livré lui-même pour moi (1). »
Quelles marques des clous trouve-t-on dans notre vie trop commode, et quel signe indique que le Christ règne en nous, et par nous, qu'il règne sur toutes nos paroles et sur toutes nos actions? Nous semblons donner à la loi de liberté ce sens renversé : « Parlez et agissez comme des hommes qui, s'ils ne commettent pas le péché volontairement, ne veulent du moins rien se refuser à eux-mêmes ; >/ au lieu du sens vrai qui est celui-ci : « Parlez et agissez comme des hommes qui désirent mettre en toutes choses des bornes à leur liberté, afin de se rendre conformes au Fils de Dieu4 qui s'est renoncé lui-même pour nous. ;/
(1) Ibfd. 11, 19, 20.
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