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CHAPITRE XVI

^QbÉI^ANCE DU ^RÊTRE

ous avons vu ce qu'il faut entendre par la liberté du prêtre. Tant qu'il ne viole pas les obligations de son sacerdoce et la discipline de l'Eglise, il a autant de liberté que tout autre homme. Mais si, dans l'usage qu'il fait de sa liberté, il est semblable aux autres hommes, il ne pourra pas dire à ses fidèles : « Soyez mes imitateurs,

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comme je le suis du Christ (1). » Un prêtre qui, dans sa vie, use de sa liberté jusque dans ses dernières limites, est un prêtre relâché, et un prêtre relâché est un homme malheureux. Il est entouré de toutes parts de barrières qui font son tourment, parce qu'il ne les aime pas. Il sent peser sur lui le joug du sacerdoce, et ce joug le blesse, parce qu'il ne le porte pas avec joie. Le plus heureux des hommes est un prêtre exact, pour qui le joug du sacerdoce n'a que douceurs : les restrictions qu'il lui impose sont bien moindres que les limites qu'il met de son propre chef à sa liberté. Maintenant, qu'est-ce qui fait, même parmi les hommes de bien, la différence entre prêtre et prêtre ? Tous ont également les trois caractères de fils, de soldats et de prêtres de Jésus- Christ, et ils ont tous reçu, dans une mesure et des proportions respectives, les grâces sacramentelles qui en découlent. En quoi donc diffèrent-ils entre eux ? Cette différence semblerait établie par l'usage que l'un fait, et que l'autre ne fait pas, des sept dons du Saint-Esprit qui sont en eux.

Les vertus de foi, d'espérance et de charité sont des habitudes ; mais les dons du Saint-Esprit sont des facultés ou puissances qui perfectionnent ces vertus et leur font produire des actes. Trois de ces dons, — la crainte, la piété et la force, — perfectionnent

(1) 1. Cor. iv, 16.

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la volonté : quatre perfectionnent la raison : les dons d'intelligence et de science perfectionnent la raison spéculative ; les dons de conseil et de sagesse perfectionnent la raison pratique. Ces sept dons, dans leur plénitude, constituent chez l'homme la sainteté : leur développement partiel et inégal dans les âmes constitue les divers degrés de sainteté que nous voyons dans l'Eglise, ou fait de bons chrétiens, mais non des chrétiens parfaits. Le degré de leur développement respectif donne à l'âme un caractère spécial. Des prêtres excellent dans le conseil; d'autres, dans les subtilités intellectuelles; ceux-ci, dans la piété ; ceux-là, dans le courage, et ainsi de suite. Il ne nous arrive pas souvent de voir ces sept dons également développés dans le même sujet : cette plénitude constituerait la sainteté dans une âme, et les âmes saintes sont peu nombreuses.

Mais ceci nous donne la clef de ces nuances si variées que nous constatons parmi les bons prêtres. Ceux-ci ont la sagesse, mais non la science ; ceux-là ont la science, mais non la piété ; d'autres ont la piété, mais non le courage. Or, les théologiens nous disent que c'est la perte de ces dons qui rend les hommes insensés. Quandla raisonet la volonté ne sont qu'imparfaitement développées, cette imperfection apparaît dans tout leur caractère. Quelques étymologistes font venir stultitia de stupor, et nous disent que stultitia est luxuriœ filia, la fille d'une vie molle

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et facile. Nous constatons, môme chez les bons prêtres dont la vie est facile, inoccupée et sans efforts, quoique régulière et irréprochable, une tendance à l'inertie et à la nonchalance de l'âme.

Même phénomène chez les hommes du monde. Leur vanité intellectuelle, leur indocilité, et leur indépendance en matières pratiques et spéculatives, viennent de leur peu de souci des dons d'intelligence et de conseil. Les hommes de science surtout sont exposés à cette étroite et fausse tendance intellectuelle. Mais nous n'avons pas, en ce moment, à nous occuper des hommes du monde : nous parlons des prêtres, — c'est-à-dire de nous-mêmes. Si parfois les prêtres sont prétentieux et vains, disposés au mépris et à la critique ; si leurs instructions ne persuadent et ne touchent pas, il ne faut pas en chercher la cause ailleurs. De même que la perte des sept dons produit l'engourdissement de l'esprit, au moins dansles choses spirituelles, ainsi les obstacles à leur développement et la négligence à les faire fructifier dans la pratique, produisent le manque de zèle et de sollicitude. La sainte crainte est le commencement de la sagesse. Elle est un don précieux qui nous préserve du mal ; mais sans la piété nous serons au moins froids et durs à l'égard de nos semblables. La piété filiale est l'affection tendrement aimante d'un fils ; mais sans la force, elle peut se refroidir et devenir chancelante. Si ces dons qui dirigent et perfectionnent la volonté,

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rencontrent dans leur action des obstacles ou des difficultés, un prêtre ne sera qu'un faible soutien pour ceux qui ont besoin de son appui. De même, si sa raison pratique manque de droiture ou de lumière, il n'aura pas la confiance du troupeau qu'il doit instruire ; et si sa raison spéculative est obscurcie, il ne sera pas un guide sûr pour les âmes innocentes, pour les âmes pénitentes et pour les âmes oppressées par le doute.

Cinq choses entretiennent et développent en nous l'action des sept dons du Saint-Esprit. La première est l'esprit de pénitence. La pénitence fait disparaître les empêchements et les obstacles qui entravent et détruisent l'œuvre de l'Esprit Saint. La seconde est l'étude assidue de l'Ecriture Sainte ; car, par elle, le Saint-Esprit nous parle et perfectionne son oeuvre en nous. La troisième est la prière quotidienne pour demander la lumière, au commencement du jour, au commencement de nos études ou de nos actions sérieuses. La quatrième est l'oraison qui garde vivants en nous, et notre union intime avec Dieu, et le sentiment de sa présence. La cinquième et dernière est un esprit de docilité, un sentiment de dépendance à l'égard de Dieu, qui fait que nous attendons de lui lumière, direction, force, protection et salut; c'est encore avoir une oreille pour écouter sa voix au fond de notre conscience, avec la disposition d'obéir promptement, dès que sa voix se fait entendre.

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Une âme docile ne cesse de dire : « Mon cœur est prêt, mon cœur est prêt ; » — « Parlez, Seigneur, car votre serviteur écoute. » Ces cinq habitudes développeront constamment les sept dons dans notre intelligence et dans notre volonté ; elles formeront en nous l'habitude de l'obéissance mentale, le rationabile obsequium, sans laquelle un prêtre ne peut pas être un aller Christus, une reproduction de son Maître.

C'est pourquoi nous essayerons de comprendre, plus clairement, en quoi consiste cette obéissance mentale.

I. D'abord, elle consiste dans une affectueuse soumission à l'Eglise. La soumission sans l'amour est une hypocrisie, et non point une vivante réalité. Obéir par obligation, obéir par crainte des châtiments ou des censures, n'est pas suffisant. La soumission de Notre-Seigneur dans son baptême nous sert d'exemple. Pourquoi lui, le Fils de Dieu, exempt de péché, fut-il baptisé du baptême des pécheurs? Pourquoi fut-il baptisé, lui, le Supérieur par son inférieur, le Seigneur par le serviteur ? Pourquoi futil baptisé en présence de ses ennemis, comme s'il eût été tel qu'ils le jugeaient, un pécheur, et un ami des pécheurs? C'est pour qu'il pût accomplir toute justice ; c'est pour que son humilité et sa soumission envers son Père pussent paraître au grandjour. Quel motif pourrait donc jamais alléguer un prêtre pour

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autoriser sa désobéissance? La loi, ou les prescriptions, dira-t-il peut-être, sont inutiles, ennuyeuses ; sont sujettes à interprétation, émanent d'une autorité partiale ou mal informée. Que tout cela soit vrai ; le devoir et la grâce de l'obéissance n'en restent pas moins immuables, et un esprit docile obéira. Ceux qui critiquent l'autorité ne sont pas dociles. Même quand ils obéissent, ils perdent la grâce de l'obéissance et s'ils n'obéissent pas, ils devront en rendre compte à Dieu. L'esprit qui était en Jésus-Christ est l'esprit d'obéissance; et l'esprit du Chef divin règne dans tout le Corps du Christ.

L'axiome : Sentire cum Ecclesia, veut dire aussi croire avec l'Eglise, espérer avec l'Eglise, aimer avec l'Eglise, et par conséquent obéir avec l'Eglise. Un prêtre est surtout vir obedi eut i arum, un homme de toutes les soumissions.il obéit au Père comme enfant, au Fils comme prêtre, au Saint-Esprit comme disciple, à l'Eglise comme à sa Mère, à l'évêque comme au témoin visible et au représentant de toutes ces autorités, qui, au nom de Dieu, reçoit son obéissance en la personne de Jésus-Christ. Une telle obéissance grandit le prêtre ; c'est l'acte le plus noble de sa volonté. Qu'importe que son obéissance ait pour objet une grande ou une petite chose? La même autorité règne dans tous les commandements et dans toutes les lois de la discipline ; elle nous parle par la voix vivante de celui à qui nous avons promis

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obéissance. La prudence est un devoir pour lui, l'obéissance en est un pour nous. L'obéissance intérieure n'admet ni discussions, ni objections, ni critiques: elle obéit. Et au moment où il obéit, le prêtre est assisté par une Présence divine qui le bénit. L'absence de cette obéissance intérieure dénote l'absence du don de sagesse.

II. Une autre marque de l'obéissance, ou de la docilité spirituelle, est la dévotion envers les Saints. Ils sont nos modèles. Leurs conseils, leurs paroles, leurs pensées sont notre règle et notre guide. Saint Philippe nous prescrit de lire les auteurs qui ont une S devant leur nom. Ils furent autrefois ce que nous sommes aujourd'hui, faibles, combattus, tentés, pénitents, et même pécheurs. Nous serons plus tard, si nous persévérons jusqu'à la fin, ce qu'ils sont maintenant. Leurs exemples se présentent naturellement à nous, dans toutes les conditions de la vie, et dans toutes les phases de notre combat spirituel. Ils sont placés tout le long de notre chemin, dans tous les âges et dans toutes les conditions, comme des guides et des conseillers. Dans leur vie, nous voyons personnifiés les commandements, les lois et les conseils. Tout prêtre dévot a ses patrons. Un prêtre qui n'a pas des rapports intimes avec des Saints, comme patrons, ne peut avoir une vie que bien peu identifiée avec l'ordre surnaturel, dans lequel nous vivons, et bien peu conforme à cette communion

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avec « les esprits des justes devenus parfaits, » qui doit être la nôtre (1).

Il ne suffit pas à un prêtre d'avoir de la dévotion envers la Bienheureuse Mère de Dieu. Elle n'est la patronne de personne, puisqu'elle est la Mère de tous. Nos rapports avec elle sont des rapports d'obligation, et non de choix. Nous ne pouvons pas avoir Dieu pour Père sans avoir l'Eglise pour Mère, et nous ne pouvons pas avoir Dieu pour Père sans que sa Très-Sainte Mère soit aussi notre Mère. Nous ne la choisissons pas comme patronne. Nous sommes ses enfants depuis l'instant de notre baptême, avant de la connaître, en vertu de la consanguinité spirituelle de l'Incarnation. De même, il est assez difficile aussi que nous choisissions Saint Joseph comme patron ; car il est le patron de l'Eglise universelle. Nous sommes ses enfants adoptifs ; c'est une conséquence de la Maternité de la Vierge Immaculée, notre Mère. Nos patrons sont des saints désignés par notre choix personnel.

Il faut qu'un prêtre soit d'un manque de sérieux étrange pour ne pas se créer de nombreuses relations avec « l'Eglise des premiers-nés qui sont inscrits dans le ciel (2). // Le jour ou le lieu de notre naissance, nos défaillances, nos fautes, nos besoins, nos

(i) HÉBR. XII, 25.

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