HÉBR. XII
oH'vtooance bu 'gvêtve 247
occupations, tout nous rappelle un grand nombre d'entre eux qui, pendant leur lutte ici-bas, ont passé par les mêmes épreuves que nous. L'habitude de l'âme, qui nous porte au culte des Saints, est un esprit de docilité et de vénération ; l'habitude de l'âme qui détourne de ce culte, est un esprit de suffisance personnelle et d'indocilité. La dévotion envers les Saints et le sentiment de nos rapports avec eux est une partie du don de piété. Cette dévotion est l'affectueuse piété du cœur qui nous fait adorer la Très-Sainte Trinité de toute notre âme et de toutes nos forces ; car l'amour et le culte sont des affections identiques, que leur objet soit infini et incréé, ou qu'il soit fini et créé. Mais le motif et le degré de ces affections offrent une différence infinie. A cause de l'immensité de Dieu, le culte que nous lui rendons n'a d'autres bornes que celles de notre nature. Le culte que nous rendons aux Saints est fini parce que les Saints sont des créatures.
L'amour du prochain" commence par nos proches, et s'élève constamment de la terre au ciel, de notre foyer vers la cour céleste. Un auteur, auquel il avait été donné de voir une partie de la vérité, a dit avec raison que « l'Eglise Catholique était la plus grande école de respect. » 11 voyait que le respect des enfants pour leurs parents, des sujets pour leurs chefs, du peuple pour ses prêtres, des prêtres pour leurs Evêques, des Evêques pour le Chef de l'Eglise.
24S (SBctptfre seizième
est une habitude de l'esprit, qui ne diffère que dans ses degrés et ses accidents. En lui-même, ce respect n'est qu'une habitude de la piété filiale. Un prêtre, qui a de la dévotion pour les Saints, se permettra difficilement un manque de respect et de soumission, ou se laissera difficilement aller à la critique et aux murmures envers ses supérieurs. La France s'est vue infestée et désolée par un esprit de dérision s'attaquant à toute autorité, sacrée ou séculière. L'Angleterre a, jusqu'ici, échappée à cet esprit. Mais c'est partout qu'on trouvera des personnes disposées aux chuchotements, aux murmures, aux critiques, à la censure et au blâme. Elles n'épargnent personne; et, moins que tous les autres, ceux qu'elles devraient le plus respecter, sinon à cause de ce qu'ils sont, du moins à cause de leur dignité. Les esprits ainsi disposés appellent sur eux la vengeance qu'ils méritent. Il n'est pas de prêtres qui soient aussi en butte aux critiques que ceux qui dénigrent leurs frères : il n'en est pas qui soient aussi tournés en ridicule que ceux qui jettent le ridicule sur leurs supérieurs. L'esprit de critique, chez un prêtre, dénote l'absence du don de piété.
III. Un troisième indice de l'obéissance intérieure est la déférence pour les théologiens. Il est vrai que nous n'encourons la note d'hérésie que quand nous attaquons la foi ; mais nous pouvons encourir la note d'erreur, de témérité, d'offense aux oreilles pies, en
Q&éx&sance bu ^fvêtve 249
rejetant des opinions qui ne sont point de foi divine ou catholique. Le libre examen, vieux de trois cents ans, et érigé en loi, même en religion, a empoisonné l'atmosphère dans laquelle l'Eglise est forcée de vivre et de respirer. L'enseignement des théologiens, il est vrai encore, même lorsqu'il est unanime, ne fera pas un article de foi ; mais leur consentement crée une tradition intellectuelle contre laquelle nul ne peut, sans témérité, éleverun jugement personnel. Ce serait téméraire à nous que de nous mesurer à l'un d'eux; ce serait plus que téméraire que de nous élever contre leur jugement unanime. L'interprétation unanime des Pères constitue une règle qui fixe le sens des Ecritures à rencontre de toute opinion privée. L'enseignement unanime des théologiens est le maximum, ou un degré supérieur de la certitude humaine sur des points de la vérité révélée et non révélée.
Si nous nous fions à notre raison individuelle, ne devons-nous pas plutôt nous fier à leur raison collective ? Si nous pensons que la lumière de l'Esprit de Vérité nous dirige, cette même lumière n'estelle pas aussi leur guide? Leurs lumières réunies et combinées ensemble éclipsent notre esprit particulier comme le soleil en plein midi éclipse et rend invisibles toutes les lumières inférieures à la sienne. L'habitude d'enseigner les autres engendre aussi une habitude de se former des opinions à soi et de s'y
250 f§&apitve seizième
attacher. Nous avons mission d'affirmer et de défendre la vérité, et ce rôle conduit facilement à l'affirmation de soi-même. Les professeurs de dogme sont facilement portés à devenir dogmatisants. Les prêtres rencontrent moins de contradiction que les autres hommes, et- souvent la supportent avec moins de patience. Les hommes du monde, comme ceux qui sont au barreau ou au parlement, sont formés à la courtoisie et à l'indulgence par des contra ditions continuelles. Ils sont souvent pour nous un exemple et un reproche. C'est l'absence du don de conseil qui donne lieu chez nous à l'entêtement et à l'impatience. IV. Une autre marque d'obéissance ou de docilité spirituelle, c'est la crainte et la défiance des nouveautés en fait de doctrine, ou de pratiques religieuses, ou de dévotions. La théologie ou science de Dieu est une tradition divine, qui nous vient depuis le commencement, toujours grossissant et s'élargissant dans son unité et sa symétrie, jusqu'à ce qu'elle atteigne son complet développement. C'est un monument édifié, il est vrai, de matériaux anciens et nouveaux, mais les nouveaux sont, selon l'expression de Vincent de Lérins, non nova sed nove. Les monnaies de Rome, de Bysance, de l'Empire Britannique portent des effigies et des inscriptions nouvelles et diverses, mais l'or qui les compose est partout le même. Ainsi en est-il des définitions de la vérité : elles peuvent être nouvelles, mais la vérité
i^Cvtooance ou ^frcfre 251
est ancienne. Ce sont les vagues, toujours en mouvement, de cette mer qu'on appelle l'intelligence humaine, qui, soulevant à la surface la boue et les ténèbres, forcent l'Eglise à faire de nouvelles digues, et cà garantir la foi par de nouvelles définitions. Mais on rencontre des esprits qui sont las des vieilles vérités, des vieux termes, des vieilles phrases, des vieux modes d'enseignement, des vieilles prières, des vieilles dévotions. Ils ont besoin du stimulant de la nouveauté : il leur faut de nouvelles couleurs, de nouvelles formes, de nouveaux moyens d'établir les anciennes doctrines. Les doctrines doivent être comme la mode ; il faut qu'elles changent constamment. Les critiques et les auteurs, les professeurs et les prédicateurs ont un vif désir de montrer de l'originalité : ressembler à leurs devanciers, c'est tomber dans le lieu commun ; tandis que, inventer de nouveaux moyens, de nouvelles méthodes d'exposer les anciennes vérités, crée une réputation. Il n'y a que l'Eglise qui puisse réviser la terminologie sacrée de la foi. Seule, « elle peut produire des choses à la fois anciennes et nouvelles. •• Toutes les autres innovations sont des écarts du chemin battu, qui est le chemin sûr parce qu'il est battu, et qui est battu parce qu'il a été foulé par ceux qui nous ont précédés dans la foi.
Ce qui est vrai en théologie est d'une évidence plus vraie quand il s'agit de l'interprétation des
2=52 {SBctptfre setgtème
Ecritures sacrées. L'amour de la nouveauté est sans cesse à la recherche de sens nouveaux ; et la critique n'admet pas facilement des restrictions. Nous vivons dans un siècle de liberté intellectuelle sans limites. Les prêtres lisent sans scrupules ou sans hésitation des livres et des écrits qui tombent sous les lois de l'Index. On contracte facilement l'habitude de l'indépendance intellectuelle. Nous sommes entourés à la fois de Gnostiques et d'Agnostiques : d'une part, de ceux qui, à leur propre sens, sont plus sages que l'Eglise ; et d'autre part, de ceux qui s'imaginent que leur science est la mesure de tout ce qu'on peut savoir. Les Catholiques ne voudraient, de plein gré, prêter l'oreille à aucune de ces écoles de mensonge; et cependant, sans s'en rendre compte, dans leurs relations quotidiennes avec le monde, ils empruntent constamment quelque chose à leurs arguments erronés, à leurs principes et à leurs innovations. S'il s'agit de fausse théologie et de fausse interprétation de l'Ecriture, ils se tiendraient encore sur leurs gardes ; mais ils sont sans prudence en philosophie, et ils sont prêts à ouvrir oreilles et intelligence aux aberrations de la métaphysique moderne. Ils pensent que dès lors qu'il n'y a pas d'hérésie en philosophie, ils n'ont rien à craindre. Mais une fausse philosophie sape la foi. et une erreur philosophique, semblable à une poutre usée, affaiblit tout l'édifice delà théologie. Les prêtres, plus que tous les autres hommes, ont
§>B>éx&2>atxce 6u "gxêtve 253
besoin de se tenir sur leurs gardes, car ils doivent diriger et enseigner les fidèles. Il est dangereux d'admettre et de propager la moindre erreur intellectuelle. Nous avons besoin, dans notre vie, d'apporter une grande vigilance à l'égard de ce que l'on glorifie comme «la pensée moderne. » La pensée du monde moderne se fraye carrément sa voie en dehors de Dieu. L'amour de la nouveauté est un de ses symptômes, et le seul remède équivalent est le donum scientice, le don de science ou de connaissance, don qui fait voir Dieu en toutes choses, et toutes choses en Dieu. Avec la lumière de ce don, nous pouvons, sans hésitation et sans crainte, traverser le monde entier des sciences abstraites ou appliquées.
V. Il nous reste encore un signe à indiquer : je veux parler de la défiance de soi-même sous toutes ses formes, et surtout quand nous avons à nous prononcer sur une question intellectuelle et morale. Pour acquérir cette défiance, nous n'avons qu'à nous rappeler trois choses : — d'abord, combien nous nous sommes trompés souvent dans nos opinions ; puis, combien nous avons peu lu ; et enfin, combien nous avons peu étudié. Lire est une chose, étudier en est une autre. Jamais un prêtre consciencieux ne fermera ses livres ; jamais un prêtre prudent ne répondra sur une matière grave sans les consulter. Jamais prêtre, qui se défie de lui-même, ne fera imprimer et publier un ouvrage, sans le faire passer sous d'autres regards
254 %bapxixe seizième
et le soumettre à la révision d'autres esprits : plus ils seront nombreux, mieux cela vaudra. Avant d'enseigner, il faut savoir comment on s'instruit soimême. Et il faut apprendre à obéir avant de pouvoir diriger. Cette défiance de soi-même vient du don de crainte filiale, — c'est-à-dire, de la crainte d'offenser Dieu, soit dans sa loi, soit dans sa vérité, par toute action irréfléchie ou par toute parole inutile.
Aux prêtres surtout s'adressent ces paroles de Saint Jean : « Vous avez reçu l'onction de celui qui est Saint, et vous savez toutes choses. » Et parmi ces choses, il y a d'abord et surtout, la connaissance de Dieu et la connaissance de soi-même, d'où naît la défiance. C'est de notre divin Sauveur, dont nous partageons le sacerdoce, que le prophète Isaïe a dit: « L'esprit du Seigneur reposera en lui : l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété. Et il sera rempli de l'esprit de la crainte du Seigneur (i). » Tous les prêtres reçoivent une part de cette onction; et la mesure du développement qu'ils donnent à ces sept dons par une obéissance raisonnée, est le degré de leur ressemblance avec le divin Maître.
(i) IS. XI, 2, 3.
\bty^\ }^î^\ /^r^T IrSÊ fâ&U L/&\] u*fe
\^vL l^A AyîvA. j^y