‹ Le sacerdoce éternelChapitre 31 sur 33 · I. « Ceux qui ne sont pas saints ne doivent pas · texte numérisé non relu

I. « Ceux qui ne sont pas saints ne doivent pas

porter les mains sur les choses saintes (i). — Tous les

fidèles du Christ, comme l'atteste l'Apôtre, sont

(l) Conc. CàRTHAG.

"gie bu ^vcivc 295

appelés à être saints (1). Mais les prêtres doivent s'élever jusqu'à la perfection de la sainteté. « Car celui qui, par la nécessité de sa position, est obligé d'enseigner les choses les plus sublimes, est tenu par la même nécessité de manifester ces choses en luimême (2) ». Cet avertissement est bien fait pour inspirer de la terreur. « Nul ne doit témérairement s'offrir aux autres comme guide dans la lumière divine si, dans sa condition et ses habitudes, il n'est absolument semblable à Dieu (3) />. Car ceux qui sont désignés pour le ministère divin sont élevés à une dignité royale, et doivent être d'une vertu parfaite (4 ) //. Et c'est bien ce que l'Eglise Catholique nous enseigne dans ses rites solennels, et par l'acte même qui nous confère le sacerdoce. De même que Dieu ordonna à Moïse « de se choisir parmi le peuple soixante-dix auxiliaires auxquels le Saint-Esprit distribuerait ses dons, >/ ainsi le Seigneur Jésus a choisi les prêtres de second ordre pour aider les Apôtres, — c'est-à-dire les Evêques catholiques, — afin qu'il pût, par eux, apprendre à son Eglise, en parole et en action, que ses ministres devaient être parfaits dans la foi et dans les œuvres, — ce qui signifie, établis dans la double vertu

(1) I. Cor. 1, 2.

(2) S. Greg. Cura Past. P. il, c. ni.

(3) De Eccl. Hier, c. v.

(4) S. Thom. lib. iv sent. Suppl. ad B. i, quœst. xi.

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de l'amour de Dieu et du prochain (1) ». Les prêtres, en effet, sont choisis par Dieu, afin que, protégés par la céleste sagesse, par une moralité sans tache, et par la constante observation de la justice, ils puissent, « avec le secours des dons du Saint-Esprit, garder les dix commandements de la loi, et se montrer d'une maturité ferme et sûre dans leur science et dans leurs actions ; et afin que, conservant dans leurs mœurs l'intégrité d'une vie chaste et sainte, ils fassent briller en eux le modèle de toute justice (2) ».

IL « Que les prêtres se rappellent donc bien que la sainteté est présupposée en eux. — « Pour la réception des Ordres sacrés, la simple grâce sanctifiante ne suffit en aucune façon, mais il faut qu'elle soit accompagnée de la perfection intérieure : telle est la doctrine prouvée par le consentement unanime des Pères et des docteurs qui n'ont qu'une voix pour l'exiger (3) ». — L'Eglise de Dieu, et Dieu lui-même, l'auteur du sacerdoce, ne jugent donc aucune sainteté à la hauteur de la perfection sacerdotale (4), si ce n'est celle qui constitue dans l'âme une ressemblance avec le Grand-Prêtre Jésus-Christ Notre-Seigneur. Car le prêtre est établi, en présence du monde, pour

(1) Poktif. Rom. in Ordin*. Presbyteri.

(2) Ibid.

(3) S. Alph. Theol. Mor. de Sacr. Ord. lib. vi, 57,

(4) S. Greg. Nanz. Orat. 11, lxvii.

"pie ou ^rcfre 297

être la vivante image de la vie de Jésus, au milieu des fatigues du désert, dans les privations de la pauvreté, et aussi dans ses souffrances en face des contradictions des hommes. »

Le Concile nous enseigne ici trois points : Premièrement, la perfection intérieure est requise avant l'ordination et comme une condition nécessaire aux Ordres sacrés ; secondement, l'état du sacerdoce est l'état de perfection ; troisièmement, un prêtre est obligé de se maintenir dans cet état et d'y persévérer jusqu'à la fin de sa vie.

Saint Bernard définit en ces termes la perfection de l'homme : Hœc est hominis perfectio similitude) Dei. Or, Dieu est charité. Par conséquent, la perfection consiste essentiellement dans cette gemma Dei et hominis dilectione. La perfection essentielle est une qualité de la personne. L'état dans lequel est constituée une personne est pour elle le moyen de la perfection.

La perfection de la charité est déterminée par son extension.

Le premier degré de cette extension a rapport aux personnes, aux amis et aux ennemis. Le second a pour but les actes, — c'est-à-dire l'accomplissement des préceptes et des conseils.

Mais le nouveau commandement, qui est double, renferme tous les commandements et tous les conseils.

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Cette perfection personnelle ne signifie pas un état exempt de faute, et elle est compatible avec l'infirmité de la chair et avec les suites de cette infirmité, pourvu qu'il n'y ait aucune volonté délibérée de pécher.

Saint Bernard dit : Indefessum proficiendi studium et jugis conatus ad perfectionem perfectio reputatur.

Studere perfectioni. esse perfectum est ; profecto no! le proficere deficere est (1).

Telle est donc la nature de la perfection à laquelle tous sont appelés. Et c'est à cette perfection, comme l'enseigne le Concile, que doivent être parvenus, avant l'ordination, tous ceux qui désirent entrer dans le sacerdoce.

III. « Par la raison exprimée plus haut, on voit que la dignité du sacerdoce dérive d'une double source. Les prêtres sont les compagnons bien-aimés de Jésus et ils reçoivent une part à sa mission qu'il a lui-même reçue de son Père. « Comme mon père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie (2) ». Ils participent, en effet, au sacerdoce du Christ, et ils ont part à sa double juridiction sur son Corps naturel et sur son Corps mystique. Par les Ordres sacrés, ils sont fondés en pouvoirs «pour exercer le plus sublime ministère qui les met au service du Christ lui-même dans le Sacrement de l'Autel : ce service exige une sainteté

1 ; 1 Ep. ccliv. tom. i. p. 534.

121 S. Jean, xx. 21.

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intérieure plus parfaite que ne l'exige même l'état religieux (1) ». De plus, les prêtres sont les amis du divin Maître, et c'est à eux qu'il disait sur le ton familier de l'amour: « Désormais, je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis, parce que vous avez été instruits de tout ce que j'ai fait parmi vous (2) ». Et comme, d'après l'ordre établi dans la dispensation de la grâce rédemptrice, les serviteurs de Dieu reçoivent du Saint-Esprit des secours en rapport avec la grandeur de leur dignité ou. avec les difficultés et les peines de leur charge, à aucun, sans contredit, il n'est accordé des grâces plus abondantes qu'aux amis de Jésus, notre Sauveur, qui participent à son sacerdoce et à sa mission. »

Nous avons vu quelle est la sainteté requise par les nombreux rapports qui unissent un prêtre à la personne de son divin Maître. Saint Thomas nous dit que la prêtrise exige une sainteté intérieure plus parfaite qu'aucun autre état sur la terre. Et comme cette sainteté est exigée par l'état lui-même, il est certain que les grâces et les secours de l'Esprit Saint sont toujours proportionnés à nos besoins et sont toujours présents quand le besoin se fait sentir. Nous disons constamment aux gens du monde que s'ils tombent, ce n'est point parce que Dieu leur est

(1) S. Thom. Summa Theol. 2da 2dae, q. 184, a.

(2) Pontif. Rom. § 1.

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infidèle, mais bien parce qu'ils sont infidèles à euxmêmes; qu'ils ont toujours, et partout la grâce requise par les difficultés et les dangers de leur position. Avec combien plus de raison et de vérité ne pourraient-ils pas nous renvoyer ce conseil, à nous, prêtres, si nous tombons ! Nous sommes établis avant tout pour être la preuve de la suffisance toute-puissante de la grâce. C'est pourquoi un prêtre est inexcusable s'il cherche ailleurs qu'en lui-même la cause de son imperfection.

IV. « Quel grand amour de Dieu et des âmes doit donc brûler en nous, et quelles flammes doivent embraser notre cœur ! « La flamme du pasteur, dit Saint Bernard, est la lumière du troupeau. »

C'est qu'en effet, dans le prêtre doit vivre et régner le Cœur sacré de Jésus, principe et source de l'amour et de la ferveur. Nos missionnaires, enflammés d'ardeur et de zèle pour les âmes, s'efforceront, par une exposition fidèle, d'inculquer au peuple qui leur est confié le commandement de Dieu, dont la plénitude et la sainteté « dépassent toute expression. » Qu'ils se gardent donc bien, mettant les ténèbres à la place de la lumière, qu'ils se gardent de croire qu'ils font assez, s'ils préservent les fidèles du Christ du péché mortel. »

Saint Paul dit à tous les Chrétiens qu'ils sont morts et que leur vie est cachée avec le Christ en Dieu (i).

(i) Col. m, 3.

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C'est pour cela qu'il les exhorte à tenir leurs pensées dans le Ciel. Il leur recommande aussi d'être parfaits (1) ; d'oublier les choses qui sont derrière eux, et de s'avancer vers celles qui sont en avant, pour atteindre le prix de leur haute vocation. Saint Jude dit : « Mais vous, mes bien-aimés, vous édifiant vousmêmes, fondés sur votre sainte foi, priant dans l'Esprit Saint, conservez- vous dans l'amour de Dieu (2) ». Et de nouveau Saint Paul dit aux Ephésiens « qu'il prie afin que, comprenant avec tous les Saints quelle est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur de la charité du Christ, ils puissent être remplis de toute la plénitude de Dieu (3) ». Et c'est en présence de ces textes que nous entendons dire que la perfection est seulement pour les prêtres, pour les religieuses et pour les solitaires, mais que, pour les autres, nous avons fait le suffisant et le nécessaire, si nous cherchons à les préserver du péché mortel. Il y en a peu qui le disent, mais nombreux sont ceux qui agissent comme s'ils le disaient, et comme si c'était leur conviction. De quelle immense gloire Dieu est frustré ; de quelle sainteté les âmes sont privées, et de quels innombrables péchés véniels sont responsables ceux qui

(1) II. Cor. xiii, 1 1.

(2) S. Jude, 20, si.

(3) Ephes. m, 18, 19.

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agissent ainsi î Combien d'âmes, marchant sur les limites, peuvent passer du péché véniel au péché mortel ; et combien d'âmes, par suite de cette direction insuffisante, peuvent trouver leur perte !

C'est pourquoi le Concile provincial poursuit ses enseignements dans les termes suivants :

V. « Dès lors que les dons du Saint-Esprit sont multiples et impénétrables, et que les fidèles sont appelés, les uns avant les autres, à des degrés divers de la perfection, il n'est pas suffisant pour un prêtre de pouvoir distinguer scientifiquement entre lèpre et lèpre. Il faut encore qu'il puisse discerner entre esprit et esprit, pour qu'il n'aille point prêter l'oreille à l'esprit humain, ou même à l'esprit diabolique en le prenant pour l'Esprit de Dieu, et par-là se laisser entraîner dans l'erreur et y entraîner les autres avec lui. Car, parfois, ce ne sont pas seulement les fidèles d'une intelligence cultivée, mais encore les âmes simples et incultes du peuple, qui sont appelées à la plus haute perfection de la sainteté. C'est pourquoi le directeur des âmes doit discerner et connaître les élévations du cœur vers Dieu, et connaître, au moins par la science, sinon par son expérience personnelle, les divers degrés de la prière, au point d'être à même d'encourager les commençants dans la voie purgative, de diriger les plus avancés dans la voie illuminative, et de conduire les plus parfaits vers les sommets les plus élevés de la voie unitive. Labia enim sacerdotis

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custodient scientiam, et legem requirent ex ore ej'us, quia angélus Domjni exercituum est ( 1 >. Dans chaque troupeau se trouveront des âmes qui, appelées de Dieu à marcher dans la voie des conseils, demanderont aux lèvres du prêtre la science de la vie spirituelle. Faisons donc tous les efforts possibles pour que, dans les voies secrètes de Dieu, on ne rencontre pas des brebis marchant en avant de leurs pasteurs. » L'Auctor Incerius dit : ç C'est vraiment une grande honte pour les prêtres et pour tous les clercs, quand on voit des laïques plus fidèles et plus justes qu'eux : comment ne serait-ce pas une honte pour eux d'être inférieurs aux laïques, quand ce serait un sujet de profonde confusion, même de leur être simplement égaux (2) ! » Et Saint Ambroise : « Vides divisiones ? Nihil in sacerdotibus plebium requiri, nihil populare, nihil commune cum studio atque usu et moribus multitudinis. Sobriam a turbis gravitatem, seriam vitam, singulare pondus, dignitas sibi vindicat sacerdotalis. Ouo modo enim potest observari a populo, qui nihil habet secretum a populo ? Dispar a multitudine ? Quid enim in te miretur, si sua in te recognoscatt Si nihil in te adspiciat, quod ultra se inveniat ? Si

(1) Mal. 11, 7. — Saint Jérôme dit: « Si sacerdos est sciât legem : si ignorât legem ipse se arguit non esse Domini sacerdotem. >• — In Aggseum.

(2) Auctor operis Imperfecti inter Opp. Sti Joan. Chkys. Hom. vi.

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quœ in se erubescit, in te quem reverendum arbitratur offendatt Supergrediamur igitur plebeias opiniones,.. ac detritœ vitœ orbitas declinemus. (1). » Sous l'Ancienne Loi, il était interdit au prêtre, pendant toute la durée de son service dans le Tabernacle, de faire usage de vin ou de boissons fortes (2). Quel renoncement convient aux Prêtres de la Loi Nouvelle, dont le service est sans interruption! Ils sont constamment, non-seulement dans le Tabernacle, mais dans le sanctuaire, devant le trône de la miséricorde et de la divine Présence.

L'ardeur que mettent les fidèles à gravir les sommets de la perfection est une des plus grandes récompenses de la vie d'un prêtre. Un peuple fervent fait supposer un pasteur fervent. La parole de Saint Bernard est pleine de vérité : Flamma pastoris lux gregis. Quand le prêtre sera embrasé des flammes du Sacré-Cœur, son peuple marchera aussi dans une grande lumière. Les âmes tiendront leurs regards et leurs aspirations tournées vers les voies les plus élevées du royaume de Dieu. Il sera alors pour elles angélus Dontini exercituum, un protecteur et un guide.

VI. « Sûrement elle est bien étonnante cette parole de l'Apôtre : % Le Christ ne m'a pas envoyé baptiser,

(1) S. Ambros. Classis I, Epist. xxviii, 2, 3.

(2) Levit. x, 9.

"3.1 te ou "^fvcfvc 305

mais évangéliser (1).» C'est pourquoi nous lisons dans le Concile de Trente que le principal devoir des Evêques est de faire connaître aux hommes la parole de Dieu. Ce qui est devoir principal chez les Evêques, doit être sûrement, pour tous, de l'importance la plus capitale. Mais de même que la simple et virile prédication de l'Evangile est le salut de ceux qui l'entendent, de même aussi une déclamation vaine et boursoufflée est une cause de scandale pour les fidèles et de raine pour le prédicateur. Les mystères du royaume de Dieu ne doivent pas être exposés delà même manière que des exercices de rhétorique ou des élucubrations d'art littéraire. Le témoignage du Saint-Esprit n'a pas besoin des expressions persuasives de la sagesse humaine. La simplicité de la vérité divine méprise et rejette la pompe de nos discours, afin que notre foi ne soit point fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu (2). Que tous les directeurs des âmes s'efforcent donc autant que possible, quand ils exposent les mystères de la foi, et qu'ils exhortent les fidèles à la piété, de ne rien se permettre qui ne soit empreint de simplicité et de gravité. »

VIL " La vie d'un prêtre, il est vrai, est périlleuse ; mais il est environné d'innombrables moyens de

(1) I. Cor. 1, 17.

(2) Sess. xiv.

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protection, comme il a d'innombrables secours pour arriver à la perfection. C'est qu'en effet, l'Eglise, mère prévoyante, en imposant au clergé l'office de la louange divine, réserve et assure à ses ministres des instants de repos au milieu de leur œuvre pénible de charité. Sept fois par jour elle leur enjoint de s'élever, cœur et âme, jusqu'au Roi des Saints et en présence de la cour céleste. Et si, par une seule communion du Corps et du Sang de Jésus, les hommes peuvent devenir des saints, rien ne saurait manquer, pour qu'ils deviennent et soient eux-mêmes des saints, aux compagnons, aux prêtres et aux amis de Jésus, qui se retrempent chaque jour par l'oblation de la Sainte Messe et la participation au Corps sacré et au Précieux Sang. Tout, dans la vie d'un prêtre, contribue à sa perfection : la méditation de chaque jour sur les choses saintes ; les études sacrées qu'il lui en coûte d'interrompre, les œuvres de charité qui, en même temps qu'elles épuisent les forces du corps en donnent de nouvelles à l'âme ; la pensée habituelle de la religion et de la dignité sacerdotale; le sceau d'un royaume et de la perfection qui fut mis sur sa tête au moment où il reçut la tonsure. »

VIII. « Ce n'est pas tout : ici, en Angleterre, engagés dans la lutte pour le règne de la vérité, nous avons reçu, pour acquérir la perfection sacerdotale, des secours tout particuliers deNotre-Seigneur qui a pitié de nos infirmités. Au sacerdoce, dont sont

~ZHe bu *gvêive 307

investis les missionnaires, est confié le soin des âmes, et ils reçoivent dès lors tous les genres de dons inhérents à la condition de pasteurs; en outre, ils sont surtout les pasteurs des pauvres, de ces amis de Jésus, « qui n'ont rien pour nous récompenser; » ils sont pauvres eux-mêmes, entretenus par les aumônes des pauvres et ils savent s'en contenter. Ajoutez encore l'abnégation quotidienne et presque constante de leur volonté personnelle, pour soutenir le poids des misères d'autrui, pour consoler les malades, assister les mourants le jour et la nuit. Enfin, reste cette grâce, ce privilège insigne : le serment des missionnaires, par lequel, au seuil de l'apostolat qu'ils ont reçu, à l'exemple de l'oblation de Jésus sur la Croix, ils se sont offerts eux-mêmes à Dieu le Père, comme des victimes vivantes , quotidiennes et d'agréable odeur. »

Le quatrième Concile Provincial nous avertit que nous sommes engagés envers notre troupeau par multiplici et conscientice et cor dis li gamine, — par de nombreuses obligations de la conscience et du cœur.

Le Concile dit d'abord : «Un prêtre missionnaire ne reçoit les oblations des fidèles pour aucun autre motif que parce qu'il est missionnaire ; » donc, il est tenu d'être tout entier àleur service. « Lesprêtres missionnaires sont tenus de travailler sans relâche au salut des âmes de tous ceux qui sont confiés à leur sollici-

30S gBapifre ôix-neutnèiate

tude. Qu'ils se rappellent le moment solennel où ils furent investis de l'incomparable dignité du sacerdoce et où. agenouillés devant l'Evêque, ils promirent obéissance et respect à l'Ordinaire. Par conséquent, lorsqu'ils sont choisis et envoyés par l'Evêque, aux ordres duquel ils se sont soumis, dans toute la liberté de leur âme, pour remplir le ministère pastoral au milieu du troupeau qui lui est confié, il est manifeste qu'ils ont contracté les plus graves obligations que puissent imposer l'obéissance, de s'acquitter convenablement d'un devoir aussi important.

« En outre, par une faveur du Siège Apostolique, datant de trois siècles, il a été convenu que, en Angleterre, les prêtres, dépouillés de toute subsistance par des mains sacrilèges, seraient admis aux Ordres Sacrés sous le titre de missionnaires, et s'engageraient, par un serment vraiment apostolique, à travailler au bien de l'Eglise universelle — in bonum universalis Ecclesiœ. (C'est ce que Alexandre VII, dans le Bref Cum circajuràmentivinculum, en date du 20 juillet 1660, a expliqué avec toutes les conditions requises.) De sorte qu'ils peuvent s'engager eux-mêmes pour toujours, et autant qu'ils le veulent, à se dépenser pour la recherche et le salut des âmes de la nation anglaise. C'est cet engagement si puissant qui, pendant la cruelle persécution de tant d'années, donna naissance et force à cette constance prodigieuse et à cette étonnante patience qui ont fait, parmi nos

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prêtres, tant de martyrs, la couronne et la gloire de notre clergé. C'est pour cela que le Saint-Siège, qui accorde encore aux Eveques d'Angleterre la faculté d'ordonner leurs sujets sous le titre dont nous avons parlé, exhorte nos missionnaires a se souvenir qu'ils doivent, chaque année et au jour anniversaire de leur ordination, renouveler leur serment, (leur accordant aussi à cette occasion une indulgence plénière). Le Saint-Siège les exhorte encore à méditer sérieusement sur la grandeur de la bonté divine envers eux/ bonté qui les a faits les ministres du Verbe pour qu'ils proclament les merveilles de sa sagesse et de sa puissance, sur la couronne impérissable qui leur est préparée dans le Ciel, s'ils remplissent saintement leur devoir, et sur les rigueurs du jugement qui, au contraire, leur est réservé, si, par leur négligence ou leur paresse, — ce qu'à Dieu ne plaise, — une âme venait à se perdre.

« Enfin, de ces diverses obligations, prises dans leur ensemble, — c'est-à-dire, de l'équité, de la charité sacerdotale, de la promesse d'obéissance et de la sainteté du serment, — naît, entre le prêtre et son Evêque, le réciproque et doux engagement de remplir avec fidélité leurs charges respectives, unis ensemble par des travaux communs et une mutuelle collaboration (1). »

(i) Conc. Prov. iv. Dec. x. § 3-7.

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IX. « C'est pourquoi, s'il arrive jamais, — et que Dieu nous en garde! — qu'un prêtre soit infidèle aux nombreuses grâces de son état, qu'il sache que des manquements, légers chez les autres, doivent être, chez lui, considérés comme graves. La plupart du temps, ce qui est à peine une faute chez un laïque, est un péché pour ceux qui sont dans les Ordres sacrés. »

Une tache à peine visible sur l'habit d'un laïque, ne saurait passer inaperçue sur une aube.

L'Eglise a la garde des âmes des fidèles, de la sainteté du sacerdoce, de l'honneur de la foi, de son honneur à elle, et de l'honneur de notre divin Maître.

Si c'est paraître trop sévère que de terminer par ces avis, rappelons-nous quelles furent les dernières paroles de Notre-Seigneur avant d'être trahi. Il pria pour ceux qu'il venait d'ordonner prêtres : « Et maintenant je ne suis plus dans le monde ; et ceux-ci sont dans le monde, et je viens à vous, Père saint. » — « Ceux que vous m'avez donnés, je les ai gardés, et aucun d'eux n'a péri si ce n'est le fils de la perdition (i). » Il y aura toujours du froment et de l'ivraie qui, jusqu'au jour de la moisson, croîtront ensemble dans le monde et dans le sanctuaire.

(i) S. J. XVII. 12, 12.

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