‹ Le sacerdoce éternelChapitre 6 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pOUVOIR£ DU JSaCERDOCE

aint Jean Chrysostome résume les pouvoirs du prêtre dans les deux que voici : la consécration du Sacrement de l'Autel, et l'absolution du péché, ou, selon l'expression usitée en théologie, dans la juridiction sur le corps naturel et sur le corps nïystique du Christ. Le mot juridiction a ici un sens tout particulier. Il désigne ordinairement l'autorité par laquelle le prêtre gouverne le troupeau qui lui est confié, avec le pouvoir judiciaire de lier

14 (SBapifre beuxième

et de délier le lien du péché. Comment alors, le prêtre peut-il avoir juridiction sur le Saint Sacrement? Juridiction veut dire toute l'autorité sacerdotale conférée dans l'ordination; mais l'exercice de cette autorité reste suspendu, jusqu'à ce que le prêtre ait reçu l'autorisation d'user des pouvoirs de son sacerdoce. Cette juridiction lui vient de son évêque. A l'évêque. elle vient du Vicaire de Jésus-Christ, en qui seul réside la plénitude de la juridiction sur l'Eglise universelle. Le plus élevé et le premier acte de cette juridiction est de consacrer et d'offrir le saint Sacrifice de l'Autel : ce qui a donné lieu à l'expression de juridiction in corpus verum, termes qui ne laissent pas d'avoir aussi plusieurs significations diverses et profondes.

I. Ils nous montrent d'abord l'humilité de notre divin Maître. L'Incarnation est un abaissement qui eut plusieurs degrés. Le Fils de Dieu s'est humilié en voilant sa gloire: il a pris la forme d'un esclave; il s'est fait homme : il s'est humilié lui-même ; humilié jusqu'à la mort, et jusqu'à mourir dans l'ignominie. Ce sont là six degrés d'humiliation. Et comme si ce n'était pas assez, il perpétue son abaissement dans le Saint Sacrement ; il se met lui-même entre les mains de ses créatures dont, chaque matin, la parole lui commande (i) d'être

(1) « Obediente Domino voci hominis. » (Josué. x. 14.)

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présent sur l'autel. Par ses créatures il se laisse élever, porter à droite et à gauche, et enfin, offrir aux dignes et aux indignes. De cette manière divine il se soumet maintenant à la juridiction de ses prêtres, comme aux jours de sa vie sur la terre, il voulut se soumettre à la loi et aux représentants de l'autorité, même àCaïphe et à Pilate. L'humilité est la base de toute obéissance ; et la patience est l'obéissance devenue parfaite. L'oblation de lui-même est une obéissance perpétuée à jamais qui doit servir de loi et de modèle à ses prêtres.

II. Le pouvoir de juridiction implique, en second lieu, la charge divine de dispensateurs qui est confiée aux prêtres. L'Eglise applique à S. Joseph, le père adoptif du divin Enfant, les paroles de l'Esprit Saint : « Celui qui garde le figuier mangera de son fruit, et celui qui garde son maître sera élevé en gloire (1). » C'est le prêtre qui a la garde du Saint Sacrement. La clef du tabernacle est confiée à ses soins. On peut dire de lui comme de son Maître: « Il ouvre et personne ne ferme, il ferme et personne n'ouvre (2). » Le prêtre est, dans le sens le plus vrai du mot, le gardien de son Seigneur. Il ne peut se voir conférer une plus grande gloire ; on ne saurait concevoir un rapport plus intime, plus étroit et plus continu.

(1) Prov. xxvii. 18.

(2) Apoc. ni. 7.

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A cette charge divine appartient, aussi le pouvoir de dispenser et de distribuer le pain de vie. Les disciples le distribuèrent à cinq mille personnes dans le désert. « Ils étaient les ministres du Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu (i). » En cela ils n'étaient que l'ombre des divines réalités de la sainte Communion dont nous sommes les dispensateurs.

III. Troisièmement, cette dernière juridiction montre le pouvoir divin inhérent au sacerdoce. Les paroles que nous prononçons ne sont pas les nôtres, mais celles de Jésus-Christ ; elles ne sont pas humaines, mais divines. « Ceci est mon Corps » n'a pas d'équivalent, si ce n'est: « Que la lumière soit.» Ces derniers mots ont créé la lumière. Les autres ne créent pas; mais ils constituent ou amènent sur l'autel la présence du Verbe Incarné. Ils élèvent le pain et le vin de l'ordre naturel à l'ordre surnaturel. C'est un pouvoir, non de création, mais de toute puissance. Le pain et le vin ne sont plus sujets, quant à leur substance, aux conditions et aux lois de la nature, mais seulement quant à leurs accidents. Un changement divin s'opère en eux: ce n'est pas un changement naturel, car ils cessent d'exister, quant à leur substance, et cependant subsistent quant à leurs effets sensibles. Il n'y a pas de changement semblable dans l'ordre de la nature : ici, en effet, la

(i) I. Cor. iv, i,

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substance naturelle tout entière et les accidents subsistent ou cessent simultanément. Là , les phénomènes, les apparences sensibles et les effets subsistent comme s'ils étaient dans l'ordre naturel. La substance cesse dans l'ordre surnaturel de la nouvelle création. Les paroles : « Que la lumière soit, » eurent leur effet dans la première création de la nature. Ces mots : « Ceci est mon Corps, >• ont leur effet sur la première création et dans la seconde ; à la fois dans l'ancienne et dans la nouvelle création. Il y a une étroite analogie entre ces paroles et celle-ci : « Le Saint-Esprit descendra en vous, et la puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu (i). » C'est pour cette raison que l'acte de la consécration et l'acte de l'Incarnation ont une liaison entre eux. Après l'Incarnation, il n'est pas d'acte aussi excellent, aussi purement divin, que la consécration et le Saint Sacrifice. Celui-ci est la continuation de l'Incarnation et de l'Oblation du Fils Incarné. La voix qui exprime les paroles est humaine ; les paroles et les effets sont de la toute puissance de Dieu.

IV. En quatrième lieu, cette juridiction exprime la liaison intime des rapports qui existent entre le prêtre et le Fils de Dieu. Après la participation du

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prêtre au sacerdoce divin, l'empreinte du caractère sacramentel, et la conformité du prêtre avec son divin Maître, il semblerait qu'on ne peut concevoir aucune autre relation entre eux. Cependant il y en a deux encore dont il faut parler. La première est la société continuelle, journalière, du disciple avec son Maître, et du serviteur avec son Seigneur. Le disciple est serviteur, ami et compagnon. Comme Pierre, Jacques et Jean étaient de tous les disciples les plus proches du Sauveur sur la terre, ainsi sont ses prêtres maintenant parmi les fidèles. La journée entière ils sont près de lui: toute leur vie se rapporte à lui. D'auprès de lui ils s'en vont le matin, et vers lui ils reviennent le soir.

La seconde relation est un contact vrai, substantiel et vivant du prêtre avec Jésus-Christ, à la sainte Messe : contact aussi réel que celui de S. Jean quand, pendant la Cène, il reposait sur le cœur du Sauveur; ou que celui de S. Pierre quand son Maître lui lavait les pieds. Lorsque nous tenons le Saint-Sacrement dans nos mains, nous sommes en contact avec Dieu, avec Dieu Incarné, avec Dieu Créateur, Rédempteur et Sanctificateur. Plus réelle que la terre sous nos pieds, qui passera, est la présence du Verbe Incarné, qui ne passera point. Nous sommes en contact avec sa substance. « Celui qui est uni au Seigneur est avec lui un seul esprit. » Mais nous sommes aussi unis à la substance de son Corps ; et nous sommes

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les membres de ce Corps par une participation réelle et substantielle. S. Paul dit que nous sommes « les membres de son Corps, de sa chair et de ses os (i);» et nous ordonne « de porter Dieu dans notre corps (2). » Ce contact et cette union sont la vie éternelle. Si, quand nous tenons le Saint-Sacrement dans nos mains, nos yeux étaient ouverts comme ceux de Cléophas à Emmaùs, nous verrions qu'après ce contact sacramentel et substantiel, il n'y a rien de plus intime, si ce n'est l'union avec Dieu dans la lumière de la gloire.

Telles sont sans doute les raisons qui ont inspiré les docteurs de l'Eglise et leur ont fait comprendre que l'on ne saurait concevoir une plus haute dignité et un pouvoir plus grand, que la dignité et le pouvoir d'un prêtre. Dans l'ordre des actions divines, le sacerdoce place le prêtre, par rapport au pouvoir de la consécration, immédiatement après la Bienheureuse Vierge, le tabernacle vivant du Verbe Incarné ; et, par rapport à la garde du Saint- Sacrement, immédiatement après S. Joseph, le père adoptif et le gardien du Fils de Dieu. Que pourrait-il être accordé de plus au prêtre ? Quelle nécessité de tendre à une perfection plus grande que celle que lui imposent un tel pouvoir, une telle charge et un

(1) Ephes. V, )0.

(2) I Cor. vi, 20.

20 (SBapifi-e ôeustème

tel contact vivant avec le Verbe fait chair? S. Jean Chrysostome dit que la main qui consacre doit être plus pure que la lumière du soleil. S'il en est ainsi de la main du prêtre, que ne devraient pas être ses yeux qui contemplent la divine Présence, voilée mais à peine cachée, et les lèvres qui disent : « Ceci est mon Corps, >/ et les oreilles qui entendent si souvent notre propre voix répéter ces paroles de la nouvelle création de Dieu ? Si telle doit être la sainteté du corps du prêtre, quelle ne doit pas être la pureté de son âme, de son intelligence avec toutes ses puissances et ses facultés, la mémoire et l'imagination; son cœur avec toutes ses affections et tous ses désirs ; de sa conscience avec toute sa délicatesse et ses ordres inflexibles ; de sa volonté avec son empire constant sur toute sa vie extérieure et intérieure ?

Il est donc parfaitement certain que le sacerdoce, par sa propre nature, par ses exigences et ses obligations, est un état de perfection divinement institué par Notre-Seigneur lui-même, et qui exige la plus parfaite régularité et la plus grande sainteté.

Ce n'est pas tout. Le prêtre a aussi juridiction sur le Corps mystique du Christ — c'est-à-dire sur les âmes de ceux qui ont reçu la seconde naissance de l'eau et du Saint-Esprit. S. Paul dit : « Nous sommes pour Dieu une bonne odeur du Christ à l'égard de ceux qui se sauvent et à l'égard de ceux qui périssent : aux uns, odeur de mort pour la mort, et aux autres,

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odeur de vie pour la vie. Or qui est capable d'un tel ministère? (i) » C'est-à-dire, qui sera sans crainte? Que peut-il y avoir de plus redoutable que de se voir ainsi placé entre les vivants et les morts, obligé, par la charge sacerdotale, de rendre compte des âmes confiées à nos soins? Les Pères nous disent que c'est là une charge redoutable aux anges eux-mêmes. Régner sur un peuple, être chef d'une armée où la vie des hommes ici-bas est en danger, est une charge effrayante. Combien ne l'est pas plus encore une autorité dont les effets sont éternels ? Quelle sainteté, quelle charité, quelle humilité, quelle patience, quelle sagesse, quelle fermeté, quelle équité « seront suffisantes pour un tel ministère? » Si les rapports, qui existent entre le prêtre et son divin Maître à la sainte Messe, exigent de lui la perfection spirituelle, il est incontestable que ses titres de docteur, de guide et de juge des hommes la demandent également. Le prêtre a pour mission à'exercere perfectionem — c'est-à-dire de manifester la perfection en lui-même, et de former les âmes de ses frères selon cette même loi de la perfection et à sa ressemblance. Il faut donc qu'il soit d'abord parfait lui-même.

Cette seconde relation dont nous parlons est encore mieux manifestée par divers titres qui en montrent les nombreuses obligations. Même sous l'Ancienne

(i) II Cor

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Loi. les prêtres typiques étaient représentés comme pêcheurs! i ». comme chasseurs (2) et comme bergers(3>. Sous la Loi Nouvelle, ils sont appelés pêcheurs d'hommes (4). et pasteurs (5)du troupeau. Mais ils sont plus que cela encore.

Ils sont les intendants de la maison, chargés de donner à chacun sa nourriture au moment voulu — c'est-à-dire chargés de la surveillance et de la direction de la maison de Dieu.

Ce sont des ambassadeurs ( 0 ). envoyés de Dieu. ayant, par conséquent, pleins pouvoirs pour traiter et décider en son nom. Ils ont les lettres de créance d'une ambassade divine, contenant les conditions expresses d'après lesquelles ils devront insister auprès des hommes pour les réconcilier avec Dieu ; le pouvoir de juger et de décider ceux qui sont ou ne sont pas disposés à se soumettre aux termes et aux conditions de leur mandat.

Les prêtres sont lés coopérateurs (7) de Dieu dans le champ du monde et dans la vigne de l'Eglise. Ils sont

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