I. Cor. m
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laboureurs (1), semeurs (2), et moissonneurs (3). Le sacerdoce a la mission de défricher le terrain en jachère des nations, et de détruire les racines de l'incrédulité (4). « Je vous rendrai comme un de ces chariots tout neufs qui foulent les blés, et qui ont des dents comme une scie. Vous foulerez, vous briserez les montagnes et vous mettrez les collines en poudre. Vous les vannerez et le vent les emportera (5). » Les prêtres sont des semeurs qui jettent la semence de la Parole sur toutes les terres et par delà tous les océans (6). Ils sont des moissonneurs qui s'en vont pleurant à travers un monde stérile et mourant, et qui viendront un jour apportant leurs gerbes avec eux (7). Mais ces titres, .quelque expressifs qu'ils soient, ne sont pourtant que des images et des figures. Il y en a d'autres plus communs et plus étroitement liés à notre vie et à nos besoins.
Les prêtres sont aussi les coopérateurs de Dieu dans l'établissement de son Eglise et dans l'édification du temple de l'Esprit-Saint sur le seul et unique fondement qu'en a posé son Architecte, le Christ. Ils
(1) Ibid. ix. 10.
(2) S. Marc. iv. 14.
(3) S. Jean. iv. 38.
(4) Hébr. xii. 15.
(5) ISAIE. XLI. 15, l6.
(6) Ibid. xxxii. 20.
(7) Ps. cxxv. 5,7.
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sont les pères de tous ceux qui sont nés de nouveau de l'eau et du Saint-Esprit : mais, dans un sens spécial, et avec des rapports plus intimes et éternels, ils sont les pères de ceux qu'ils ont baptisés. S. Paul dit aux Corinthiens : « Eussiez-vous dix mille maîtres dans le Christ, vous n'avez pas plusieurs pères, puisque c'est moi qui vous ai engendrés dans le Christ Jésus par l'Evangile (i). •> Ce titre est le plus simple et le plus intelligible pour tous, vieux et jeunes, savants et ignorants. Le lien entre père et fils est universel dans l'ordre de la nature, et il devient une sorte de nature spirituelle dans l'ordre de la grâce. Le titre de père est, de tous ceux du prêtre, le premier, le plus important, le plus sublime, le plus puissant, le plus persuasif et le plus honorable. Le prêtre peut recevoir du monde divers noms honorifiques: des Universités, divers grades: de la loi ecclésiastique, diverses dignités: mais aucun titre n'a un sens aussi profond et aussi sublime que celui de père, et aucun de ces honneurs ne le suivra dans l'éternité que sa paternité spirituelle. Le monde a obscurci le titre de père par la profusion de ses flatteries, et les prêtres ont consenti à leur déchéance en acceptant les hommages du monde. Avec le titre, s'est d'abord obscurci le sentiment des relations paternelles et filiales ; puis, il a été oublié, et enfin perdu. La conséquence a été
' : i I. Cor. iv. 15.
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qu'on a vu diminuer la confiance et la charité entre le prêtre et les fidèles, et surgir à leur place la défiance et l'éloignement.
Les prêtres sont aussi juges des hommes. Chez les Juifs, il était interdit à tout homme qui n'était pas père de devenir juge ; car la justice doit être tempérée par la compassion. Mais au juge spirituel il faut plus que la compassion naturelle. Il a besoin de la charité de Dieu, de qui vient toute paternité au ciel et sur la terre. Un juge doit absolument être juste, et la justice comprend la miséricorde. S. Grégoire-le-Grand, dans l'explication qu'il nous donne de la hiérarchie céleste, dit que «les trônes;/ sont les justes, en qui Dieu habite et règne, comme sur le siège de sa souveraineté. Notre divin Maître disait: « Vous qui m'avez suivi, quand le Fils de l'Homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël (1). » Il s'adressait en ces termes aux Apôtres et aux Evêques qui tiennent leur place, et sont leurs successeurs comme juges spirituels du monde. Chaque Evêque, sur son trône, entouré de ses prêtres, liant ou déliant les âmes par le pouvoir des clefs, est un juge dont la décision peut prévenir la sentence du jugement dernier.
(1) S. Mat. xix. 28.
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Enfin, les prêtres sont médecins. On apprenait aux prêtres de l'Ancienne Loi à discerner entre lèpre et lèpre: de même on enseigne aux prêtres de la Loi Nouvelle à distinguer entre péché et péché. Pour cette nouvelle charge deux choses surtout sont nécessaires : la science et la charité ; la science de Dieu, la science des saints, la connaissance de soimême ; la charité qui, toute disposée à ne pas rompre le roseau brisé et à ne pas éteindre la mèche encore fumante, ne gardera cependant jamais le silence en face d'une maladie mortelle, ou d'un péché véniel qui peut devenir mortel, et d'une maladie qui peut donner la mort à une âme.
S. Paul pouvait donc bien demander: «Qui est capable d'un tel ministère ? » Avoir des rapports si étroits avec le Verbe fait chair ; avoir la responsabilité des âm es pour lesquelles il a versé son Sang Précieux ; être chargé de leur salut au point que si nous sommes infidèles, leur sang sera réclamé de nos mains : tout cela exige incontestablement du prêtre une sainteté personnelle proportionnée au mandat de conduire les âmes du péché à la pénitence, et de la pénitence à la perfection. Comment les conduiront-ils dans cette voie ceux qui ne l'ont jamais suivie eux-mêmes ? Quelques théologiens enseignent qu'un homme peut exercer la perfection — c'est-à-dire, sans être parfait lui-même apprendre aux autres à le devenir. Les imperfections même des parfaits sont
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nombreuses : le meilleur des prêtres le sait mieux que personne. Néanmoins, conduire les autres à la perfection exige du prêtre qu'il soit dans l'état de perfection, ne serait-il qu'à l'entrée de cet état. Mais aucun prêtre ne peut se contenter d'un cœur si dépourvu de générosité. S. Paul n'était pas dans ces dispositions quand il disait : « Je ne crois pas avoir atteint le but ; mais, seulement, oubliant ce qui est derrière moi et m 'avançant vers ce qui est devant, je marche sans cesse vers le terme, vers le prix de la vocation céleste de Dieu dans le Christ Jésus (1). •/
( 1) Pliil. m. 13, 14.