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établir s'il a voulu ou s'il aurait dû faire autre chose, en matière de statistique, que reproduire telles qu’on les alléguait dans les documents qu'il avait sous la main, les listes ou les données chronologiques sur lesquelles les familles établissaient leurs tres à telles ou telles fonctions ou prérogatives (1). Il faut se rappeler en outre, comme nous aurons à en relever la preuve à l'occasion, que les rapports généalogiques ne doivent pas, en certains cas, se prendre au sens propre et matériel, dans les relations des Chroniques comme ailleurs dans la Bible. Il est certain que ces listes tant décriées fournissent souvent à l’archéologue ou à l'historien des renseignements très précieux (2). Enfin on ne doit pas perdre de vue qu'à diverses reprises, suivant les recits mêmes de notre livre, l’organisation de la corporation lévitique fut soumise à des remaniementis (3).
S 2. Situation des lévites avant l'exil, d'après le livre des Chroniques.
Demandons-nous à présent, d'une manière plus spéciale, quel est, suivant les récits et descriptions du livre des Chroniques, le rapport dans lequel les lévites se trouvent placés vis-àvis des prêtres.
Il n'y à pas de doute, comme nous l'avons dit, qu'au point de vue de l’origine, la ligne de démarcation est nettement tracée entre prêtres et lévites. Les lévites sont même distingués des Aaronides 1. XX VII 17, dans une énumération des douze tribus avec leurs chefs respectifs. Pour les attributions également, la distinction est plus d’une fois explicitement inculquée. Outre
(1) Les généalogies et les listes de noms sont probablement, d’après Movers, empruntées à des archives sacerdotales et à des restes d’annales du royaume (Aritische Untersuchungen über die biblische Chrontik) p. 183.
(2) Les jugements des auteurs sur la valeur des listes des Chroniques, sont loin d’être toujours concordants. Pour les généalogies de la tribu de Siméon p. e. (1 Chron. IV 2458.), vr. d’un côté Wellhausen, Prolegomena, p. 219 ; d'autre part Stade Geschichte des V. I. I p. 1548.
(3) Voir: aussi les observations de Baudissin Geschichie des Atitest. Priesterihums, p. 153.
les quelques endroits cités plus haut sur les offices réservés aux prêtres, voir 1 Chron. XV 16.24, XVI 4, 6, où les léviteschantres, munis d'instruments d'accompagnement, Sont mis en regard des prêtres portant les trompettes sacrées. Lire encore 2 Chron. V 11s., VIT 6, VIIT 14. Les lévites seuls sont appelés à porter l'arche 1. XV 2. Il est bien entendu que les lévites sont adjoints et subordonnés aux prêtres, 1. XXITT 28. Inutile de multiplier les références aux endroits où ces principes se trouvent proclamés ou supposés.
Cependant, la chose n'est pas moins certaine, dans le tableau que le livre des Chroniques nous trace de l'histoire préexilienne, les lévites occupent un rang très élevé. Ils forment tant par leur nombre que par la dignité dont ils sont revêtus, un corps imposant. [Is sont en maint passage intimement associés aux prêtres, à tel point que, malgré les titres distincüfs rappelés tout à l'heure, les deux ordres semblent parfois confondus ou placés sur la même ligne, sous la plume de notre auteur. Le phénomène nous paraît assez important pour que nous entrions à cet égard dans quelques détails.
Notons d'abord en général que les lévites sont mis, dans l'histoire préexilienne des Chroniques, en rapport direct et immédiat avec Jéhova. Ils se tiennent en permanence devant Jéhova * “355 +27 (1 XXIII 30, 31), une formule qui signifie ailleurs le service propre aux prêtres. Ils exercent le ministère sacré (n7%) envers l'arche, dans la maison de Jéhova, envers Jéhova lui-même (1 XVI 4, 37; XXVI 12; XV 2); d'après la Loi les prêtres seuls sont au service direct de Jéhova (nt), les lévites au service des prêtres. Les lévites aussi bien que les prêtres sont saints, saints à Jéhova (2. XXIII 6 ; 2. XXXW3): — [l'est remarquable, ajoutons-le aussitôt, que dans les livres d'Esdras et de Néhémie, les lévites ne sont plus traités ainsi ; les caractères dont nous venons d'entendre l'expression sont exclusivement attribués par le Chroniste aux lévites du temple de Salomon. Quoi qu'en aient dit certains critiques, Néh. XII 44, le qualificatif 297257, appliqué aux prêtres et aux lévites, n'a pas la même valeur ; le v. 72> employé d’une manière abso :
lue, n'est point un terme technique signifiant le ministère sacerdotal proprement dit ; rien n'empêche, dans le passage en question, de le rapporter distinctement aux prêtres et aux lévites en un sens approprié à leurs offices respectifs. 2 Chron. XXXV 3 Josias dit aux lévites : Servez (N25) désormais Jéhova... ; Ce passage à une portée tout autre que ÆEsdr. VITS où nous lisons que les prêtres et les lévites furent établis sur l'œuvre de Dieu qui est à Jérusalem (NSn-nS"25 55). Sans doute « l’œuvre de Dieu » comprend ici le culte. Mais ce n’est pas le culte qui est formellement signifié par cette expression ; vr. Esdr. IV 24, V 8, VI 7 où elle est appliquée au travail de la construction du temple. Dans notre passage il faut l'entendre en un sens analogue ; c’est au soin de l’œuvre, de l'affaire de Dieu, cest à dire en général au service liturgique du sanctuaire, que les ministres sont préposés, ce qui, aux termes mêmes de la Loi, se comprend aussi bien des lévites que des prêtres. Quant à ÆEsdr. VIII 17, les lévites y sont appelés en effet DNN0S ministres, mais la portée de l'expression est déterminée par V5 n°25 : ministres de la maison de notre Dieu, exactement comme chez Ezéchiél XLV 5. Baudissin a tort, croyonsnous, de mettre 1c1 les lévites d'Esdras-Néhémie sur la même hgne que ceux des Chroniques (1).
D’après 1 Chron. IX 32, il semble que ce sont des lévites de la race de Qehath, non pas des Aaronides, qui doivent renou- veler chaque semaine les pains de proposition. La loi réservait cette fonction aux prêtres. 2 Chron. XIII 11 ne Îla restreint pas aux seuls Aaronides : au v. 10 le sujet comprend aussi les lévites. Dans le même livre, XXIIL 5, il est rappelé que les prêtres el les léviles seuls peuvent entrer dans la maison de Dieu, parce qu'ils sont « saints ». Cfr. 2. XXX 5 : les lévites doivent se tenir dans « le saint ».
1 Chron. XV 12 David, sadressant aux prêtres comme aux lévites (vv. 4 ss., 14 s.), s'exprime en ces termes : Vous qui
(1) Geschichte des Alttest. Priesterthums Leipzig 1889, p. 164. — Voir encore plus loin.
eo) NE
êtes les chefs des familles lévitiques, sanctifiez-vous, vous et vos frères …
2 Chron. V 4 $s., les lévites et les prêtres lévitiques sont encore confondus comme porteurs de l'arche, du tabernacle, des meubles sacrés, qu’ils introduisent dans le nouveau temple ; toutefois au v. 7 il paraît s'agir d'une manière plus distincte des prêtres proprement dits, appelés à placer l'arche en son lieu, dans la partie du temple qui lui était spécialement réservée, « le très saint ».
Dans les Chroniques, comme en quelques passages de la législation sacerdotale elle-même, les prêtres aaronides sont parfois compris sous la désignation générale de lévites. Cet usage par lui-même n'aurait pas besoin d'être expliqué ou justifié ; cependant, comme nous venons de l’entendre 1 XV 12, il se présente ici dans des conditions spéciales ; les prêtres sont compris sous la dénomination de lévites, en des passages où le contexte nous offre en même temps ce dernier nom au sens restreint. Il y a d’autres exemples de ce procédé qui, à notre avis, ne manque pas de signification. Ce qui est plus remarquable, c'est qu'en certains endroits le ministère sacerdotal est attribué en termes explicites aux simples lévites. Sans doute il n'y a là qu'un phénomène de terminologie ; mais à ce titre même il est du plus haut intérêt pour notre étude.
Ainsi 2 Chron. XI 13 il est raconté que « les prêtres et les lévites » afluèrent de toutes parts en Judée après le schisme des dix tribus, parce que Jéroboam leur avait retiré le droit d'exercer « les fonctions sacerdotales ». |
Ibid. XTIT 9, 10, 12, la dénomination même de prêtres est appliquée aux lévites, aussi bien qu'aux fils d’Aaron. Nous venons d'entendre que sous le règne de Jéroboam prêtres et lévites se virent dépouillés du droit d’exercer le ministère sacerdotal (9332). A l'endroit indiqué du ch. XIII Abia reproche au roi du Nord et à ses sujets leur conduite sacrilège : « .. N'avez-vous pas repoussé les prêtres de Jéhova, — les fils d'Aaron et les lévites.. . ». L'apposition au premier membre comprend les deux éléments énumérés dans le second ;
la particule PN figure en effet devant « les prêtres de Jéhova » d'abord, ensuite devant « les fils d'Aaron et les lévites » réunis. Cette interprétation est confirmée par les versets suivants. Dans la seconde moitié du v. 9 on à relevé le caractère illégitime et méprisable des prêtres du Nord. Le v. 10 continue : « Quant à nous Jéhova est notre Dieu et nous ne l'avons pas abandonné, et les prêtres qui font le service de Jéhova, ce sont les fils d’Aaron et les lévites (employés) dans l'œuvre (du culte). Ils offrent à Jéhova des sacrifices tous les matins et tous les soirs » etc. Au v. 10 comme au v. 9, la construction de la phrase nous oblige à appliquer l'appellation de « prêtres faisant le service de Jéhova » aux lévites aussi bien qu'aux fils d'Aaron. Les mots NON522 DS ne forment point une proposition à part, dans laquelle le second terme serait à considérer comme équivalent à l’attribut : « et les lévites sont constitués dans leur office ». Dans ce discours l’attribut est énoncé sous la forme du participe au v. 10 d’abord (2"n78%2 2353), puis encore au commencement du v. 11 : ...0%0p21. En ce dernier endroit la phrase se poursuit régulièrement par un participe qui remplit le même rôle que D'nt"2 au v. 10 et qui doit se rapporter au sujet précédemment exprimé. Il est supposé au v. 11 que le dernier sujet qui vient d'être mentionné comprend les fils d’Aaron ; en effet ce sont des fonctions strictement sacerdotales qui sont ici énumérées. Nous avons donc au v. 10 à considérer come sujet le membre de phrase, caractérisé par l'ellipse du pronom relatif : MENS22 D JUIN 22 « les fils d'Aaron et les lévites (gui sont employés) dans l’œuvre » ; l’attribut a son premier élément au commencement du v. 10 "35 Dn0%5 ; le v. 11 en offre la suite. En Juda, contrairement à ce qui se passe dans le royaume du Nord, « ce sont les fils d’Aaron et les lévites chargés du ministère du culte, qui sont prêtres au service de Jéhova et qui offrent à Jéhova les sacrifices + etc. Les fonctions sacerdotales aussi bien que le titre même de prêtres, sont ici attribués indistinctement aux membres du personnel du culte comprenant les fils d'Aaron et les lévites. — Enfin au v. 12, où « les prêtres » seuls sont nom-
més, il semble, d’après les données des vv. précédents, qu'il faille encore comprendre les lévites sous ce titre. Ailleurs aussi les lévites nous sont présentés dans le livre des Chroniques comme accompagnant l'armée (2. XX 14-22). Il est vrai que dans le passage qui nous occupe il s'agit des trompettes sacrées ; mais voyez 1. XVI 42 où celles-ci sont également attribuées aux lévites.
2 Chron. ch. XXX nous lisons la description d'une Pâque solennelle célébrée sous le règne d'Ezéchias, au deuxième mois de l’année (1). Au v. 15, parlant des prêtres et des lévites, l’auteur écrit : « .... et ws offrirent des sacrifices à la maison de Jéhova ». Au v. 21 les lévites sont nommés avant les prêtres. .Le v. 22 rapporte que « les discours d'Ezéchias allèrent au cœur de tous les lévites qui étaient remplis de vraie sagesse envers Jéhova ; et ils mangèrent durant la solennité, pendant sept Jours, änmolant des victimes pacifiques et louant Jéhova le Dieu de leurs pères. + D'après le v. 27 (LXX et Vulg.) : « les prêtres et les lévites se levèrent et bénirent le peuple ». Le texte massorétique porte D" 2°372n ; mais vu la manière dont l'auteur s'exprime dans tout son récit, nous croyons que la leçon représentée par les versions anciennes est la vraie. Dans tous les cas il faudrait inférer du contexte que les termes 2%57 23527 s'appliquent aux prêtres et aux lévites réunis (2).
Déjà au ch. XXIX les deux divisions du clergé sont traitées par Ezéchias sur le même pied. Le roi assemble les prêtres et les lévites (v. 4); puis s'adressant à eux, il les appelle simplement lévites (v. 5), tout en supposant qu'ils sont chargés de fonctions strictement sacerdotales (v. 11) (3). Cependant dans la description des cérémonies, les prêtres proprement dits, les fils d’Aaron, sont à plus d'une reprise soigneusement distingués
(1) La mention de cette circonstance extraordinaire plaide pour le caractère historique du récit, cfr. Maybaum Die Entwichelung des altisrael. Priesterthums. Breslau 1880, p. 24.
(2) La même remarque pour 2 Chron. XXII 18.
(3) Cfr. 2. XXIV 5, 6, 11:
ET
des simples lévites (vv. 12-16, 21-25, 26). Un détail à remarquer, au v. 34 : les prêtres en fonction étant en trop petit nombre pour suflire à la besogne, leurs frères les lévites suppléèrent à leur défaut en se chargeant d'une partie de leur office (1).
Au ch. XXXI 2, l'attribution des rôles est énoncée en commun pour les prêtres et les lévites : Ezéchias établit les classes sacerdotales et lévitiques et les répartit chacune suivant son office, tant les prêtres que les lévites, en vue des holocaustes et des sacrifices pacifiques, pour exercer le ministère el pour chanter les louanges et les cantiques aux portes de la maison de Jéhova. — Aux vv. 4,95ss., 19 les dîmes et autres offrandes du peuple sont données directement et sans distinction aux prêtres et aux lévites à la fois. Ce sont les lévites qui sont chargés de l'administration des dépôts, vv. 12 s. ; 145.
Une donnée digne d'être relevée et se rapportant au règne de Josias nous est offerte au ch. XXXV 3. Le roi prend, relativement aux lévites, une mesure qui semble présentée comme une innovation, bien que la portée en soit difficile à préciser : « Laissez, leur dit-il, l'arche sainte dans le temple que bâtit Salomon le fils de David, roi d'Israël ; vous n'aurez plus à vous en charger les épaules. Soyez désormais au service de Jéhova votre Dieu et de son peuple [sraël ; appliquez-vous (à cette mission) suivant l’ordre de vos familles et de vos classes, telles que les constituèrent David et Salomon son fils. Exercez le ministère sacré dans le sanctuaire, suivant les divisions des familles de vos frères les enfants du peuple, par sections de familles lévitiques. Immolez la Pâque, sanctifiez-vous et prépa-
(1) D'après Curtiss la Loi laissait aux offrants le soin de tuer la victime destinée au sacrifice et de lui enlever la peau (Lev. I 5 s.). Il en conclut que la liturgie des Chroniques, où cet office est rempli par les lévites, marque, à ce point de vue aussi, un développement des institutions législatives (De aaronitici sacerdotii atque Thorae ehohisticae origine Lipsiæ 1878 p. 35 s.). Voir à ce propos Dillmann-Ryssel £x.-Lev. p 433, 435. — A l'endroit indiqué 2 Chron. XXIX 34, se rapportant à l’époque d’Ezéchias, il est supposé que de droit l'office en question revenait aux prêtres, du moins dans les circonstances données.