LES PRÊTRES ET LES LÉVITES
Nous avons entendu que dans la législation sacerdotale la distinction entre prêtres aaronides et lévites est nettement tranchée. De quelle époque date cette division hiérarchique au sein du clergé ? Etait-elle en vigueur avant l'exil de Babylone ? Tel est le problème dont nous nous proposons tout d’abord de rechercher la solution. À ne considérer que l'ordre logique des idées, 11 eùt semblé plus naturel sans doute de commencer par la question du caractère héréditaire des fonctions sacerdotales. Mais la nature des discussions qui ont pour objet cette double condition de l'organisation du corps sacerdotal, la portée des renseignements que nous fournissent, à l'un ou l’autre point de vue, les données de l'Ancien Testament, nous ont engagé à donner le pas à la question dont nous abordons lexamen dans la présente section. Nous commencerons par entendre ce que nous apprend, au sujet de la distinction entre prêtres et lévites, le livre des Chroniques. Puis nous aurons à interroger les documents préexiliens sur ce même point. Nous écouterons enfin le témoignage particulièrement intéressant du prophète
Ezéchiël.
Les prètres et les lévites dans le livre des Chroniques.
S 1. Organisation du personnel du culte dans le livre des Chroniques.
Dans l’histoire qu'il retrace de la période préexilienne, l'auteur des Chroniques suppose établie et décrit une vaste
Do
organisation du personnel du culte, au service du temple de Salomon. Il en rapporte l’origine à David (1). Les prêtres appartiennent à une double souche, à savoir les deux fils d'Aaron, Eléazar et Ithamar. Il y avait vingt quatre classes de prêtres, dont seize de la souche d’Eléazar, huit de celle d'Itha- | mar (2) ; l'ordre de rang et de service fut déterminé entre ces classes par le sort (3). On trouve des données spéciales sur les offices réservés aux prêtres à l'exclusion des lévites, 1 Chron. VISA: XVI 40 EENTTIRIS /2L0 LC
Ici comme dans le code sacerdotal la tribu lévitique comprend trois lignées principales remontant aux trois fils de Lévi : Gersom, Qehath, Merari. Le sacerdoce est héréditaire dans la seule descendance d'Aaron, de la lignée de Qehath ; les autres membres de la tribu occupent un rang inférieur.
Les lévites, suivant le recensement mentionné 1 XXIII, 3 étaient au nombre de 38000 hommes au-dessus de trente ans ; dans ce nombre sont compris probablement les prêtres (v. 13). D'après les vv. 24, 27, l'âge d'entrée en service fut fixé à vingt ans par la constitution davidique. |
On a cru reconnaître, 1 Chron. XXIIT 6-24, une répartition des lévites distincts des chantres, en vingt quatre classes, répondant à la division de l’ordre sacerdotal et à celle des chantres eux-mêmes (4). [Il faut, pour arriver à compter ces vingt quatre classes, recourir à des opérations qui ne sont pas de nature à recommander l'hypothèse (5). L'auteur semble d'ailleurs avoir en vue de dresser une table de la tribu de Lévi tout entière ; rien n'indique que les chantres soient exclus. Au v. 13 1l est fait expressément mention de la séparation d'Aaron et de ses fils.
Au point de vue de leurs fonctions, les lévites étaient divisés
(1) Cfr. Klostermann Geschichte des Volkes Israel, München 1896 p. 161. Movers Untersuchungen über die biblische Chronik Bonn 1834 p. 279 ss
(2) 1 Chron. XXIV 4.
(3) ibid. vv. 558.
(4) Bertheau in h. 1. |
(5) Chr. Oettli und Meinhold, in b. 1.
On
en quatre catégories : 1° ceux qui étaient préposés au soin de la maison de Dieu et notamment à la garde du trésor et du matériel (1 Chron. XXIII 4, XX VI 20-28) ; 2° ceux qui étaient députés à l'office de D'UELY DE magistrats et juges (XXIII d'XXNIN 29-352 1008 seuls, 2: Chron. XIX.,11) () ; 3° les portiers (1 Chron. XXIII 5; XXVI 1-19); 4° les chantres (XXIII 5, XXV). Cette division en quatre catégories est suivie dans le tableau 1 XXV-XX VI ; mais ici elles sont énumérées en ordre à peu près inverse : chantres (XXV), portiers (XX VI 1-9), gardiens du matériel el du trésor (XX VI 20-28), magistrats et juges (XX VI 29-32).
Les chantres à leur tour étaient groupés en trois grandes classes : Asaph, des fils de Gersom, qui comprenait quatre sections (1, XX V 2) ; Ethan ou Jedithun, des fils de Merari, qui comprenait six sections (ibid. v. 3) ; Heman, des fils de Qehath, qui comprenait quatorze sections (ibid. v. 5). En tout vingt quatre sections, dont chacune était divisée en douze familles. Il y avait donc 288 familles de chantres (ibid. v. 7).
Les portiers étaient divisés en quatre groupes suivant les quatre points d'orientation du sanctuaire (2). Pour lorient Schelemja représentait un groupe issu de Qorah, des fils de Qehath. Pour le nord nous trouvons Zacharie, dont la généalogie est ramenée à Schelemja (1. XXVI 14) ; la race de Schelemja comprenait dix huit familles (v. 9). Pour le sud, Obededom et Semeï comprenant soixante deux familles (v. 8). Pour le couchant, Hosa et Sephim des fils de Merari, au nombre de treize familles. Les portiers avaient leurs semaines de service (3). Il en était sans aucun doute de même pour les membres des autres catégories attachés au service du temple (4).
Quant aux deux catégories restantes, les données sont moins précises, L XX VI 28, 29-32. Voici cependant une remarque à faire. Les magistrats el juges Sont mis en rapport étroit,
(1) Vr. encore 2 Chron. XX VI 11.
(2) 1 Chron. XX VI 1288.
(3) 1 Chron. IX 25.
(4) 1. e. XXIV 31 coll. XX V 8 ss, etc.
SR
1 XXVI 29 (coll. XV 22, 27), avec la famille de Konanÿa, présenté comme occupant le premier rang dans cette catégorie. En cet endroit nous trouvons nommée comme appartenant à la même catégorie la famille de Æaschabja de la race de Hebron (des fils de Qehath) (v. 80). Les lévites « magistrats et Juges » étaient, 1 XXIII 4, au nombre de six mille. Or 2 Chron. XXXV 9 nous trouvons six familles lévitiques, chargées de fournir les victimes aux autres lévites lors de la grande Pâque sous Josias, énumérées sous les noms de Xonanja, Schemaja, Nathanael, Haschabja, Je‘iel, Jozabad. D'autre part, 1 Chron. XV 3, les familles lévitiques les plus considérables sous David sont également énumérées au nombre de six, sous les noms de Uriel, Asaja, Joel, Schemaja, Elel (de la race de Hebron), Aminadab. On peut se demander si le nom de Je'iel (qui s'écrit aussi Je‘oel) de 2 Chron. XX XV 9, n'est pas équivalent à celui de Joel 1 Chron. XV 7. Ces rapprochements sont de nature à sugoérer la conjecture que les « magistrats et juges » étaient divisés en six classes diversement dénommées à différentes époques suivant l’une ou l’autre des familles les plus éminentes.
Dans les tables généalogiques des Paralipomènes, notamment dans celles des familles lévitiques, 1l se rencontre des divergences et des confusions sur lesquelles .il est imutile d'insister ici ; elles sont suffisamment connues (1). Parfois aussi les mêmes familles sont présentées comme chargées d'offices différents ; vr. p. e. 1 Chron. XV 18 coll. v. 20 et 24 fin. Avant de faire de ces irrégularités où de-ces obscurités un grief à l’auteur du Bvre, il faudrait pouvoir, aux endroits en question, fixer sûrement son texte primitif (2) ; il faudrait surtout pouvoir
(1) Comparer p.e. 1 Chron. VI 7-9 (Qorah-Assir-Elqana-Abjasaph-Assir- Tahath...) au v. 22 (Qorah-Abjasaph-Assir-Tahath) et à Ex. VI 24 où Assir, Elqana, Abjasaph figurent sur la même ligne comme fils immédiats de Qorah. D'une manière générale les tables des fils de Qehath 1 Chron. VI 7-13 et 18-23 ne concordent pas. Les frères du v. 10 sont subordonnés entre eux en ligne directe au v. 20 ete. Comparer la série commençant par Elqana-Sophaï au v. 11, à celle qui remonte du v. 20 au v. 19 Elqana-Suph, ete.
(2) Voir les observations que nous avons présentées sur le texte de la généalogie de Zorobabel 1 Chron. ITT, Zorobabet et le second temple 1892 pp. 52-57, Nouvelles éludes sur la restauration juive. 1896 p. 94-95.