PATES LL
rez les victimes pour vos frères, pour les offrir conformément à la parole de Jéhova par Moïse. + Ce dispositif, pris en luimême, n'investit pas les lévites d’attributions nouvelles, en termes explicites. Cependant le règlement est introduit par une formule qui annonce une réforme : les lévites n'auront plus désormais à porter l'arche. Il ne saurait être question 1e1 d'une mesure transitoire ; Car rien ne nous autorise à supposer qu'à l'époque de Josias il fût encore d'usage de promener l'arche en dehors du temple ; ou que l’auteur du livre des Chroniques se soit figuré qu'une semblable coutume existât. Il faut donc reconnaitre à ces mots une portée plus absolue. C'est au point de vue du droit que les lévites sont envisagés comme porteurs de l'arche ; et en conséquence c'est à ce même point de vue que ies recommandations qui suivent remplacent l'office ancien par d'autres charges (1). N'est-ce pas dans les termes "O5" 1278 « immolez la pâäque » qu'il faudrait voir l'élément nouveau du règlement de Josias ? De fait nous voyons, quelques lignes plus loin, les lévites associés aux prêtres dans l’accomplissement de ces fonctions sacrées ; ils prennent une part active à l'immolation même des victimes, vv. 10 ss. : « Le service fut organisé ; les prêtres occupèrent leur poste ainsi que les lévites, par ordre de familles, suivant les instructions du roi, et üs immolèrent la Päque ; les prêtres faisaient de leur main l’aspersion (du sang) ; ef les lévites enlevaient les peaux et mettaient de côté les victimes pour les donner. selon les divisions des familles, aux enfants du peuple, afin qu'ils les offrissent à Jéhova, comme il est écrit dans le livre de Moïse... » Puis il est raconté que les lévites préparèrent les victimes destinées aux festins publics, tant pour le peuple que pour eux-mêmes et les prêtres fils d’Aaron (vv. 13-14). Au v. 15 les lévites sont. distingués des chantres et des portiers. — Ainsi donc au rapport du v. 12, dans la Pâque célébrée en la 18° année de Josias les lévites remplissent de plein droit, « suivant l'ordre du roi »,
(1) La réorganisation du personnel du culte sous David est mise pareillement en rapport, et d’une manière encore plus évidente, avec l'office rempli par les lévites dans le désert 1 Chron. X XIII 26.
LPO
un office où, sous le règne d'Ezéchias, nous ne les avons vus intervenir que pour suppléer à l'insuffisance des prêtres.
Il résulte, croyons-nous, clairement des données que nous venons de reproduire, que, malgré la distinction primordiale qui sépare les lévites des prêtres aaronides, tant au point de vue de leur origine qu'à celui de leurs fonctions respectives, les lévites sont cependant traités dans le livre des Chroniques avec autant d'égards que les prêtres eux-mêmes ; que bien souvent, dans les relations de notre auteur, la distance du rang entre ces deux divisions du clergé se rétrécit et diminue au point de sembler près de disparaître en pratique.
D'ailleurs abstraction faite du rapport dans lequel les lévites se trouvent placés vis-à-vis des prêtres, le rôle que les premiers sont appelés à remplir parmi le peuple hébreu montre sufisamment la situation élevée où l’auteur se les représente dans la société préexilienne. Ce n'est pas dans les seules cérémonies du culte qu'il leur assigne un rang où ils nous apparaissent, en plus d’une occasion, presque comme les égaux des prêtres auxquels ils étaient subordonnés en principe. En dehors de la garde du sanctuaire, du chant sacré, de la participation aux actes les plus importants du culte, ils avaient à exercer d’autres fonctions publiques qui, au témoignage du Chroniste, devaient leur assurer au sein de la nation une position éminente. Le lecteur se rappellera en particulier que toute une catégorie de lévites avaient pour mission de veiller à l’'administration des affaires et à l'application de la justice dans les différentes parties du territoire (1). C’étaient les DDEÛ DE, L'association assez fréquente des deux titres prouve quils répondent à des emplois connexes (1 Chron. X XIII 4; XXVI 29 et ailleurs). Sous le règne de Joas (2 Chron. XXIV 4ss.), les lévites tiennent le rôle principal comme collecteurs des impôts destinés à la maison de Dieu. Dans le récit de la restauration du temple sous Josias (2 Chron. XXXIV 9-13), nous trouvons encore les lévites chargés de recueillir les offrandes,
4) Vr. 1 Chron. XX VI 295.
Latis, Ene
bien que dans d’autres conditions, et de diriger les travaux. Nous relevons ici la mention des 724 D50 formant une catégorie de lévites (v. 13). Lorsque le roi Josaphat établit des juges dans toutes les villes de Juda et à Jérusalem (2 XIX 9, 8), ce sont avant tout les lévites qu'il investit de ces fonctions ; au v. 8, ils sont nommés avant les prêtres. Au v. 11 les lévites seuls sont présentés comme porteurs du titre de 20, Le même Josaphat envoyant dans le pays des délégués, invesüs de la mission d'instruire le peuple dans la Loi, confie ce soin tout d'abord aux lévites ; ceux-ci encore une fois sont en cette occasion nommés avant les prêtres (2 XVII 8). Cependant en d'autres endroits (p. e. 2 XXIX 26) la préséance est accordée aux lévites, sans qu'on puisse l'expliquer par leur compétence spéciale dans les offices mentionnés. Cette liberté dans l'ordre d'énumération témoigne dans tous les cas de l'importance reconnue à la corporation lévitique.
S 3. Situation des léviles sous le second temple.
En regard de l'esquisse que nous venons de tracer des prérogatives extraordinaires et de la haute position que les lévites s'étaient acquises, d'après les récits des Chroniques, à l'époque des rois, et à laquelle bien d’autres traits pourraient être ajoutés, il importe de nous rendre compte de ce que furent ces mêmes lévites sous le second temple. Un grand nombre d'auteurs prennent ici comme source principale d’information précisément les relations du livre des Chroniques ; ils sapposent que les données qui y sont mises en œuvre pour l’histoire du royaume de Juda, sont en réalité empruntées aux institutions règnantes à l'époque même de l’auteur. Comme nous tenons à examiner le bienfondé de cette supposition, nous aurons à faire abstraction, dans notre recherche, des récits du Chroniste se rapportant à la période préexilienne.
Nous tâcherons d'abord de nous éclairer sur la situation des lévites aux derniers temps de l'état juif; une connaissance exacte du terme auquel vint aboutir leur destinée, nous aidera à
RE
mieux apprécier la direction dans laquelle se déroula l’histoire de l'institut. Nous porterons ensuite notre attention sur les premiers siècles de l’époque de la restauration.
L'usage suivant lequel la dénomination de prêtres pouvait, en un sens plus large, s'appliquer aux lévites, et dont nous avons entendu l'écho, pour l'époque des rois, chez l’auteur des Chroniques, a laissé des traces jusqu'aux derniers siècles. Dans le traité de Philon De praemis sacerdotum, les prêtres sont d’abord et avant tout les fils d’Aaron. Cependant, du moment qu'il s’agit de distinguer les prêtres des lévites, ce titre comporte une détermination ultérieure. Les lévites forment en effet le second ordre dans le corps sacerdotal :.. Tot lucrorum accessione ubi satis prospectum est sacerdotibus, efiam secundi ordinis habita est ratio... Puis après un court exposé des fonctions et des moyens de subsistance des lévites, l'auteur ajoute :.... verum his ipsis decimis eis frui non lcet, priusquam harum quoque decimas offerant print ordinis sacerdotibus. Les fils d'Aaron sont les prêtres de premier rang ; les lévites semblent donc considérés comme prêtres de second rang. On se demande s’il ne faudrait point voir un indice plus formel encore de l’acception plus générale dont le nom de prêtre était susceptible 2 Mac. I 30, où il est parlé des « prêtres » qui chantaient les hymnes sacrés ? Partout ailleurs le chant sacré est énuméré parmi les attributions les plus exclusivement propres aux lévites.
Nous avons vu que dans le livre des Chroniques, la terminologie qui attribue aux lévites le ministère sacerdotal et le titre même de prêtres, s'explique par les faits. Dans les conditions où nous venons d'en constater l'emploi probable à l’époque de Philon et de l'auteur du deuxième livre des Machabées, elle pourrait n'être qu'un reste conservé dans la langue populaire, d'un usage ayant son origine et sa justification en des temps plus anciens. Il est bien sûr, dans tous les cas, que la situation à laquelle elle répond dans Fhistoire préexilienne des Paralipomènes, avait depuis longtemps disparu vers l'avènement de l’ère chrétienne.