‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 12 sur 60 · EME · texte numérisé non relu

EME

Non seulement nous ne voyons nulle part, dans les textes relatifs à l’histoire du second temple, les lévites compris en même temps que les fils d’Aaron sous l'appellation commune de prêtres ; mais on ne peut manquer d’être frappé de l'effacement qui, à la fin de cette période, remplace pour les premiers la position éminente que leur attribue, dans l'histoire des rois, l’auteur des Chroniques.

Dans les Evangiles, où les prêtres et les scribes (ypapmarets, sopherîm) occupent une si grande place et sont mentionnés en toute occasion, ou plutôt dans le Nouveau Testament tout entier, le nom des lévites, comme catégorie distincte de ministres du culte, n'apparaît que deux fois (Jo I 19, Luc. X 32) ; encore dans le second des deux passages, qui raconte la parabole du Samaritain charitable, le lévite: ne sert-1l que d'élément dans la représentation d’une scène idéale.

Les écrits de Josèphe ne sont pas moins suggestifs à cet égard. L’historien juif rapporte (1) que sous le règne d’Agrippa, les lévites-chantres demandèrent et obtinrent l'autorisation de porter aussi bien que les prêtres une robe blanche. Il ne peut réprimer à ce sujet l'expression de son mécontentement. Toutes ces mesures, dit-il, étaient contraires aux usages nationaux dont la violation devait attirer sur les Juifs de si justes châtiments. Rappelons à ce propos que si la Loi ne renferme point de dispositions spéciales touchant les insignes des lévites, 1l n'est pas moins certain que les Chroniques nous présentent les lévites préexiliens revêtus d’un uniforme consistant précisément dans la tunique blanche de byssus, comme celle des prêtres (2).

Josèphe mentionne encore incidemment les lévites à côté des prêtres en parlant du temple schismatique qu'Onias obtint la

(1) Ant. XX 9, 6.

(2) 1 Chron. XV 27 (?) ; 2. V 12 ; coll. Jos. Ant. IT 7,2 et ailleurs. — Herzfeld (Geschichte des V. I. von Vollendung des Ziv. Tempels… I, 1863 p. 63) explique le fait par le-caractère exceptionnel de la solennité racontée 2 Chron. V 12. L'essentiel c’est que l’auteur de la description y fait figurer les lévites en tuniques blanches.

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permission de bâtir en Egypte à) ; ailleurs cependant les prêtres seuls sont nommés dans la relation du même événement (2).

Mais souvent l'historien juif s'abstient de faire paraitre les lévites là où il n'aurait pas manqué de les mettre en scène, si les rapports entre les deux divisions du personnel du culte avaient été plus ou moins analogues à ceux exposés dans les Chroniques. Dans la description emphatique de l'entourage du grand prêtre Jaddous allant au-devant d'Alexandre (3), il est fait mention plus d’une fois des prêtres revêtus de tuniques de lin ; les lévites sont absents. Traitant expressément des fonctions publiques remplies par les représentants de l’ordre sacerdotal, du ministère que les prêtres exercent en parüculier dans la célébration du culte, des qualités qui sont exigées en eux, il passe les lévites entièrement sous silence (4). Il ne songe pas davantage à leur accorder la moindre attention en énumérant les diverses catégories du public admises aux quatre cours du temple ; la cour extérieure est ouverte à tout le monde, même aux étrangers ; la seconde à tous les Juifs, hommes et femmes ; la troisième aux Juifs de sexe masculin seulement ; la quatrième aux prêtres revêtus de leurs tuniques sacerdotales (5). Ce n'est point d’appartenir à la tribu de Lévi quil cherche à tirer aucune gloire ; mais tout d’abord d'être de la race sacerdotale ; puis en particulier d’être issu de la première des vingt quatre classes dans lesquelles celle-ci était divisée (6).

On continua longtemps, par tradition, à distinguer dans la communauté juive trois ordres principaux : les prêtres, les lévites et les Israélites. Cette espèce de division hiérarchique se trouve observée ça et là dans Les dispositions juridiques de la Mischna. Les lévites y occupent une situation mitoyenne, qui semble bien définie, entre le clergé proprement dit et les

(1) Ant. XIII 3, 1 et 4.

(2) De bello jud. VII 10, 3.

(3) Ant. XI 4, 5.

(4) C. App. 1. IL, 21, 23.

DHihnnidis = Cfr ben. qud. V5, 6, ANLXIIT 13, 5: (6) Vita 1.

simples laïques. C'était le droit. En fait, malgré les privilèges qui leur sont parfois reconnus (1), ce n’était pas, au point de vue de leur condition sociale ou de la considération dont 1ls jouissaient, du clergé qu'ils se rapprochaient davantage. On pourrait déjà l’inférer de l'attitude que Josèphe prend à léur égard. Des témoignages plus anciens nous font voir les choses sous le même jour. L'Ecclésiastique ne se montre pas, en principe, hostile aux lévites (XLVIT 9 grec) ; 1l ne laisse pas cependant passer l’occasion d’insister, en termes assez durs pour les évincés, sur le droit exclusif des Aaronides au sacerdoce ; les lévites sont vis-à-vis d'eux devenus des étrangers, des &kA’totor, qui tentèrent vainement au désert de porter atteinte à leur privilège (2). Ailleurs, en opposition avec les prêtres qui entourent le pontife suprême et font sonner les trompettes sacrées, 1l associe les bakuwdor à la foule prosternée adressant ses prières au Dieu tout puissant (3). Dans les recommandations qu'il donne touchant les redevances matérielles et le respect dus aux ministres du culte, il n'a en vue et ne nomme que les prêtres (4). Aux lévites on ne prend pas garde. Il est inutile de rappeler que les lévites, bien qu'ils formassent un corps parfaitement distinct des prêtres, n'avaient point de représentation propre dans le Sanhédrin qui comprenait les trois classes des dpytepeis, des ypaupareis et des npesbtepor.

La préséance donnée en droit au lévite sur l’Israélite par les docteurs juifs, rappelle la place faite aux Nethînîm et aux fils des serviteurs de Salomon, également avant les laïques, dans les documents qui se rapportent à l’époque de Zorobabel, puis à celle de Néhémie et d’'Esdras. C’étaient là des employés chargés dans le temple des offices les plus bas, de vrais

(1) Ainsi p. e. Güittin V 8 nous lisons qu’il avait été décidé pour le bien de la paix que dans la synagogue la préséance pour la. lecture appartiendrait au prêtre, puis viendrait le lévite, enfin l’Israélite. Ce que les docteurs expliquent du cas où la compétence est égale chez tous.

(2) Eccies. XLV 65s., 18.

(3) Ibid. L 13, 18, 195.

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