‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 17 sur 60 · LE CU · texte numérisé non relu

LE CU

S 4. Rapport, au point de vue de la Succession chronologique des faits, entre les données des Chroniques et celles de l'hisloire du second temple.

Le livre des Chroniques se place pour sa composition vers le milieu de la période postexilienne. On en fixe assez communément la date d'origine après le commencement de l'époque grecque. Zunz la ramenait jusque vers l’année 260 (1), Nôüldeke vers 200 (2). Dans quel ordre de succession convient-il de ranger les situations décrites dans les livres dont nous venons de mettre les données en présence ? D'un côté le livre des Chroniques a été écrit après l'époque de Néhémie et d'Esdras ; les livres d'Esdras et de Néhémie portent même en plus d'un endroit la trace de la main qui a composé le premier. À ce titre on pourrait être porté à croire, et un grand nombre d'auteurs soutiennent en effet, que l’auteur des Chroniques, entendu comme témoin de sa propre époque, fournit la mesure du développement qu'avaient pris, depuis le temps de Néhémie et d'Esdras jusqu'à celui où 1l vivait lui-même, l'organisation des services et des cadres lévitiques. Cependant d'autre part les Chroniques se rapportent par leur objet à la période préexilienne ; c'est l'histoire des. rois qu'elles nous offrent, envisagée de préférence, en maint endroit, au point de vue des choses du culte ; et l’auteur atteste à plus d'une reprise qu'il a puisé ses renseignements à des sources autorisées.

Dans ces conditions, à ne considérer que les grandes lignes du tableau qui nous est retracé par le Chroniste, l'opinion que nous venons de rappeler non seulement n’a aucun droit de s'iinposer comme se justifiant en quelque sorte d'elle-même, mais clle est tenue de produire de bonnes preuves. Les auteurs qui la défendent en appellent avant tout au silence qu'observent au sujet des lévites comme corps distinct des prêtres, les documents dont l’origine préexilienne est suffisamment garan-

(1) Gottesdienstl. Vorträge der Juden (2 Aufl.) p. 34. (2) Histoire littéraire de l'A. T. (trad. Derenbourg et Soury (1873, p. 91).

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tie ; puis encore à l'évidence manifeste des procédés systématiques qu’en plus d’une occasion le Chroniste aurait mis en œuvre dans ses relations soi-disant historiques du passé; la comparaison de ses récits avec ceux du livre des Rois, notamment au point de vue de la place accordée aux lévites, nous autorise, dit-on, à rejeter purement et simplement son témolgnage relativement à l'organisation du personnel du culte avant l'exil (1).

Nous aurons à apprécier le bien-fondé de cette manière de voir, très répandue. Contentons-nous ici, avant de reprendre le fil de nos recherches, de faire observer que l’auteur des Chroniques, même dans les récits qui lui sont propres et qui respirent parfaitement l'esprit général de son œuvre, donne parfois la preuve positive que les préoccupations dont on le dit animé lui étaient passablement étrangères. Le rôle quil reconnaît à David et à Salomon dans l'organisation et même la célébration du culte, ou plutôt les termes dans lesquels 11 raconte les faits, ne cadrent pas bien avec le zèle qu'on lui suppose pour la défense de la compétence exclusive des prêtres en matière de liturgie. Il est difficile, d’une manière générale, de concilier avec la supposition que son histoire du passé ne serait que le reflet des institutions ou de l'esprit de sa propre époque, l'influence très grande qu'il accorde aux rois dans les manifestations et réformes religieuses qu'il décrit et où le grand prêtre n'apparaît point du tout ou ne se montre qu'au second plan, comme dans le livre des Rois. Lorsqu'il nous montre les rois Josaphat (2, X VIT) et Joas (ibid. XXIV) envoyer comme messagers par tout le territoire, des lévites, il est difficile d'admettre que la mise en scène des lévites soit son grand souci, puisqu'ailleurs (XX X) il néglige de faire paraître, ou du moins de nommer les lévites dans une occasion analogue sous le roi Ezéchias. D'autre part l'accord qui règne parfois, pour

(1) Les auteurs qui portent ce jugement sur le caractère de l’histoire du Chroniste, sont loin d’être tous également sévères pour ce dernier. Comparer p. e. l'appréciation de Zunz I. c. pp. 22 ss. à celle de Driver Introduction to the literature of the O. T. 6th ed. 1897, p. 532 5.

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tous les détails, entre ses récits et ceux que nous lisons dans le livre des Rois, comme c'est le cas pour les faits du règne d'Ezéchias racontés 2 XXXII, peut servir à montrer que le Chroniste suivait fidèlement les sources qu'il avait à sa disposition. Dans la description du désastre qui mit fin au royaume de Juda, il ne fait pas plus que le livre des Rois mention des lévites ni de leur déportation ; l'occasion pourtant eût été belle pour un écrivain soucieux de répandre à pleines mains des lévites partout. Il arrive aussi que les circonstances dont la mention accompagne dans le livre des Chroniques la relation de certains faits, et qu'on expliquait couramment comme le fruit du pragmatisme de l’auteur, révèlent, à la faveur d'un examen plus attentif, leur caractère parfaitement historique et leur harmonie avec les situations supposées dans le livre des Rois. 2 Chr. I nous lisons que Salomon alla offrir des sacrifices à la bâma de Gibeon, parce que le tabernacle et l'autel y étaient restés alors que David avait transporté l'arche de Qiriath- Jearim à Jérusalem. L'auteur des Rois n'indique pas, en termes explicites, cette raison de la démarche de Salomon (1, III 4), mais diverses données des livres de Samuël et des Rois attestent l'identité de la bâma de Gibeon et du sanctuaire de Qiriath- Jearim, que le Chroniste à l'endroit indiqué suppose simplement sans chercher à l’imposer ; et lorsque nous apprenons 1 R. III 4 que Salomon s'était rendu à Gibeon parce que là se trouvait {a grande bâma, l'explication la plus naturelle de cette parole, ou plutôt la seule explication conforme aux données les plus sûres de l’histoire, c’est précisément que la bâma de Gibéon avait été consacrée au culte national par la présence de l’arche. La comparaison du récit du Chroniste avec celui du livre des Rois est toute à l'avantage du premier et nous amène à reconnaître les remaniements occasionnés dans le texte de l'autre (vv. 2, 3) par les préoccupations systématiques d’un glossateur mal inspiré. (1) Nous aurons à relever dans le cours de notre étude bien d'autres données favorables à l’œu-

(1) Vr. notre étude sur le Lieu du culte, pp. 66ss.

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