‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 18 sur 60 · RER · texte numérisé non relu

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vre du Chroniste considérée dans ses éléments essentiels (1).

Revenons à notre sujet. Nous ne croyons point que les traits sous lesquels le Chroniste nous dépeint les lévites préexiliens, avec leur situation éminente et leur vaste organisation, soient empruntés aux institutions de son temps. Les considérations que nous avons exposées plus haut, les faits que nous avons constatés, tendent à démontrer la fausseté de cette appréciation. À partir de l’époque de Néhémie et d'Esdras ce n'est point dans le sens d’une extension de ses priviléges ni d’un accroissement de son prestige, que s'est accomplie l'évolution de l’ordre lévitique. Les indices que nous avons recueillis sur le rang que les lévites occupaient au second siècle et plus tard, nous les montrent à cette époque profondément déchus de leur ancienne dignité. Après Esdras il s’opéra peu à peu, la chose est très vraie, dans la position du personnel inférieur du culte, des modifications importantes ; mais le terme auquel ce mouvement vint aboutir nous dit clairement dans quelle direction 1l s'effectua.

Si le Chroniste n’établit point une distinction catégorique entre portiers et chantres d’une part et lévites de l’autre, si les lévites en général chez lui se rapprochent très près des prêtres, ce n'est pas que les portiers et les chantres avaient été admis insensiblement, à son époque, dans la division plus élevée des ministres du culte auxquels le nom de lévites était depuis la restauration spécialement réservé (2); ce n’est pas que les lévites étaient montés à un niveau plus élevé aux côtés de

(1) C’est à dessein que nous ajoutons cette restriction pour indiquer les limites du point de vue qui nous intéresse. Le témoignage du Chroniste touchant l’organisation générale du culte avant l'exil peut se trouver parfaitement fondé, abstraction faite du caractère historique de tel ou tel fait particulier qu'il raconte ou de cértaines circonstances dont il reproduit la narration ou la mention. L'essentiel pour notre étude sur le sacerdoce lévitique, c'est d'établir que les éléments fondamentaux, les grands traits du tableau de l'histoire préexilienne telle qu'elle est retracée dans les Chroniques, n’ont pu avoir’et n'ont eu en effet de réalité qu'avant l'exil.

(2) Allmählich wurden aber auch die Sänger und Thorhüter unter die « Leviten » aufcenommen (Schürer II p. 189).

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« leurs frères + les Aaronides. Les documents qui nous instruisent sur la situation aux deux derniers siècles de l’état juif, attestent que la distance entre les Aaronides et les lévites, qui finirent comme hiérodules, était allée s’accentuant de plus en plus depuis l’époque d'Esdras. Entre les prêtres et les ministres de rang inférieur un abîme s'était creusé ; et si ces derniers s'étaient vus, entre eux, rangés tous moralement sur la même ligne, ce n'était pas autant de bas en haut, mais bien plutôt de haut en bas que cette œuvre de nivellement s'était exercée. Il est remarquable que la distinction hiérarchique entre lévites, chantres et portiers s'affirme nettement, pour la première fois, dans le livre des Chroniques, vers la fin de l’époque des rois, sous le règne de Josias (1). Lors du retour de l'exil la distinction est en vigueur ; elle se maintient sous Néhémie et Esdras. Plus tard tous les membres de l’ordre lévitique semblent confondus dans la même condition. Malgré cela, s’il est vrai que dans le langage juridique de la Mischna, calqué sur celui de la Loi, le nom de Zévites est appliqué en général aux ministres de second rang ; que les chantres en particulier, en plusieurs passages de ce recueil, sont appelés « lévites »; il n’est pas moins certain que dans la langue vivante dont se servent les auteurs des derniers temps, les membres du personnel inférieur du temple étaient plutôt désignés par le nom de leur office spécial. Lorsque Philon est amené à nous exposer qui étaient les ministres de second rang employés au service du culte, 1l ne les désigne pas sous l'appellation plus noble de lévites : hi sunt, dit-il, aeditui, pars fungentes janttorum, pars atriensium officio…. En l’un ou l'autre endroit de ses écrits relatifs aux derniers siècles, Josèphe se sert du nom de lévites pour désigner les membres de la corporation déchue. Mais ce qui prouve bien que ce n'était pas là le titre qui leur était donné habituellement, c'est la manière dont l'historien juif s'exprime à l'endroit cité plus haut, où il

(1) 2 XX XV 15. — Le passage 1 XV 16 Ss. est d’une autre nature. Ici ce sont les chefs des familles lévitiques qui sont mis en rapport avec «+ leurs frères » les chantres.

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parle du succès regrettable qu'obtint auprès d'Agrippa la démarche des duvodor. Josèphe avait à parler de deux catégories de ministres inférieurs : les chantres et puis ceux qui étaient occupés à divers emplois. Il commence donc par les désigner ensemble sous le nom générique de « lévites » ; mais il éprouve le besoin d'ajouter une explication, malgré quil eût amplement parlé de la tribu des lévites dans son histoire des siècles antérieurs : Toy de Aeurrwy, oukn de éoriv arn, boounes sav buvwôo.... (1) Josèphe nous fournit une autre preuve, plus significative, de l'usage qui avait prévalu. Le roi Antiochus le Grand écrit à Ptolémée une lettre où il stipule, entre autres faveurs accordées aux Juifs, que diverses catégories de membres de la nation seront exemptées de l'impôt. L'énumération est faite en ces termes :....À noous ta, xo où Lepets, xat où Yoauuatels Tou epou, xat où lepobaAtar... (2) On ne peut dire si les ypauua= tic tou lepou appartiennent ou non à l'ordre des lévites. Ce qui est remarquable en ce passage cest que les lévites n'y sont pas nommés comme tels. De même que Philon néglhge les chantres, ainsi Josèphe se dispense de mentionner les portiers ou les gardiens des parvis. L’Ecclésiastique à son tour, parlant des lévites, les désigne par le titre de leurs fonctions : dæAwôo! (L 18), baarwdot (XLVITI 9). Les témoins des derniers siècles de l'histoire juive ne nous autorisent point à affirmer que les lévites des livres-d'Esdras et de Néhémie reçurent peu à peu dans leur sein les chantres et les porters désormais montés en grade. Tout au contraire, les dénominations tirées de ces fonctions demeurèrent en usage d'une manière plus constante que celle qui rappelait la parenté éloignée des simples lévites avec les fils d'Aaron.

Ce qui prouve d'une manière plus positive que la situation élevée des lévites dans les Chroniques ne fut point le résultat d’une évolution subséquente à l'époque de Néhémie et d'Esdras, cest que nous découvrons dans le livre de Néhémie lui-même

(1) Ant XX 976.

(2) Ant. XX:3, 5:

ne

les premiers indices du mouvement qui devait aboutir au dépouillement des lévites. Nous avons déjà rappelé que les dîimes finirent par être réservées exclusivement aux prêtres. Il est probable que déjà avant Néhémie les prescriptions relatives au paiement de ce tribut n'avaient pas été fidèlement observées. La mesure votée par la grande assemblée (Néh. X, 37 ss.) avait pour objet de remettre en vigueur, à cet égard, les prescriptions de la Loi. Dans tous les cas, aussitôt après le départ du gouverneur juif, les abus ne tardèrent pas à se produire notamment en cêtte matière. Néhémie constata à son retour que les engagements avaient été violés : « je reconnus dit-1l, que les parts des lévites n'avaient pas été données et que les lévites et les chantres, chargés du ministère, s'étaient retirés chacun à son champ » (XIII 10). Néhémie s’attacha à réparer ce désordre. [Il est clair, par la relation de Néhémie, que les irrégularités dont 1l se plaint n'avaient été commises qu'au détriment des lévites. Il est à présumer qu'elles avaient profité aux prêtres. Ceux-c1, sous la protection d'Eliaschib, auront été les vrais coupables, de connivence sans doute avec les chefs de la communauté (v. 11). Le prophète Malachie accuse les prêtres d’avarice, de spéculation sordide, d’attachement excessif à leurs intérêts matériels, au mépris de la Loi etdes égards dus à leurs frères (1 7 ss. 13 ; II 1 ss. 8 s., 10). À une époque plus récente, alors que les dîmes étaient depuis longtemps livrées aux seuls prêtres, on vit encore se reproduire des abus analogues. Josèphe raconte que sous Agrippa, les chefs de l’ordre sacerdotal envoyaient par la contrée leurs émissaires avec la mission d'enlever de force, sur les aires, les dimes qui devaient être apportées au temple, de sorte que les prêtres dépouillés se voyaient réduits à la misère (1).

Nous avons dit que Néhémie prit des mesures pour garantir les lévites contre de nouvelles injustices (XITT).

Sa seconde réforme eut-elle plus de succès que la première? Lorsqu'un bon quart de siècle après la seconde mission de

(1) Ant, XX 8, 8: 9, 2.

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