LENS UT
la tradition juive encore une fois explique cette abolition par la mesure que prit Esdras : les Juifs ne pouvaient plus proclamer qu'ils avaient donné la dîime aux lévites. Dans nos études sur la chronologie de la période postexilienne, nous avons été conduit précisément par les seules données bibliques, à voir dans le grand prêtre Johanan ben Eliaschib le contemporain d'Esdras. C'est sans aucun doute à ce Johanan que s'appliquent les commentaires des docteurs juifs sur la suppression de la confession des dîimes. Cette tradition nous paraît fondée ; elle se trouve en harmonie parfaite et non recherchée avec toute la suite de l'histoire (1). Ce que l’histoire, au contraire, contredit formellement, cest la supposition que les lévites auraient occupé au quatrième siècle une situation comme celle qui leur est attribuée dans les Chroniques
Il est facile de se rendre compte des circonstances qui amenèrent la déchéance des lévites. Les débuts de la restauration, comme les prophètes contemporàins aussi bien que la relation des six premiers chapitres d’Esdras nous permettent d'en juger, n'avaient point été exempts d'épreuves de tout genre et cette situation malheureuse durait encore à l'époque de Néhémie. Les étrangers occupaient toujours le pays et y exerçaient une sorte de domination morale. La communauté nouvelle, peu nombreuse, n'ayant pas encore de territoire strictement délimité, ne pouvait point, dans ces conditions, se développer et parvenir même au point de vue matériel à un degré convenable de prospérité. Les sacrifices exigés d’abord par linstallation des colons, puis par les travaux du temple, plus tard par la reconstruction des murs à laquelle on avait mis la main dès avant le règne de Xerxès (2), avaient, depuis les premières années du retour, lourdement pesé sur le peuple. Les gouverneurs qui représentaient le pouvoir suzerain et leurs agents
(1) Les difficultés soulevées par H. Biberfeld Der Uebergang des levitischen Dienstgehaltes auf die Priester, Berlin 1888, résultent simplement de la conception fausse, quoique traditionnelle, qui plaçait l’expédition d’'Esdras
vant la mission de Néhémie.
2) Esdras IV 6.