‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 21 sur 60 · LE · texte numérisé non relu

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contribuaient par leurs exactions à augmenter la misère (1). Il était impossible que la célébration du culte et par conséquent les revenus qui en découlaient pour les membres du clergé, ne se ressentissent point de cet état de choses. Le prophète Malachie s’en plaint amèrement (I 6 ss.) (2). Ce fut pour mettre fin au lamentable désarroi où se trouvait l'administration du service divin que la communauté, réunie en assemblée générale, vota les résolutions exposées au ch. X du I. de Nélémie. Mais les lévites ne réussirent point à faire respecter les décisions qui les concernaient. Leurs droits furent sacrifiés aux intérêts des prêtres qui cherchèrent dans les dîmes une compensation à l'insuffisance de leurs propres ressources. [attitude prise par les lévites de Babylone lors du retour d'Esdras ne fit qu aggraver la situation du personnel inférieur du culte à Jérusalem. On exploita contre lui la prétendue négligence dont ses membres s'étaient rendus coupables. Les prétextes comme ceux-là devaient être très bien venus chez ceux qui étaient à la fois les intéressés et Les plus puissants. D'autre part, pour assurer à leurs prétentions une Justification pratique et une garantie, les prêtres devaient s'appliquer à réduire progressivement aux proportions les plus modestes, le rôle, les fonctions, le prestige des lévites. [ls pouvaient le faire d'autant plus sûrement qu'ils avaient une grande influence sur le gouvernement intérieur de la communauté. Les fils d'Aaron, avec le grand prêtre en tête, usèrent de leurs privilèges et de leur pouvoir sans oublier les intérêts de leur caste. Les chantres, les portiers et les balayeurs des parvis du temple aboutirent tout naturellement sous ce régime à la condition où nous les avons trouvés réduits aux derniers siècles de l’état juif.

(1) Néh. V 15; Mal. I 8.

(2) Nous croyons devoir assigner comme lite à la prédication du dernier des prophètes canoniques, les années qui précédèrent l'arrivée de Néhémie à Jérusalem. Plusieurs traits, parmi les trois chapitres dans lesquels son livre est divisé en hébreu, plaident pour cette hypothèse : 1° Il est certain que Malachie exerce son ministère sous la domination perse (I 8 ton pecha) ; 2° l'époque est caractérisée par la négligence des prêtres et des fidèles dans la célébration du culte (I 8, ss. 13, s.), ce qui convient parfaitement aux cir-

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Vers le milieu du cinquième siècle nous voyons déjà apparaître sur la scène le Sopher, le Docteur de la loi (oaxuuareuc) (Néh. XIII 13), dont le rôle 1ra grandissant avec l'importance de la synagogue. Esdras, le prêtre, est en même temps le type, l'idéal du Sopher. Cependant ce titre n'était point une prérogative réservée aux membres d’une caste héréditaire ; il ne fallait, pour l'acquérir, être ni prêtre m1 lévite. L'étude de la Loi sous la direction des maîtres autorisés, le succès dans l’enseignement synagogal y conduisaient tous ceux qui se sentaient la vocation de faire de la science sacrée la tâche de leur vie. Sous Néhémie nous trouvons encore les lévites chargés de la mission d'instruire le peuple (NéA. VIIT 97?) ; mais les Sopherim ne tardèrent pas à les supplanter dans cet office (1). C'est sans doute à Esdras que remonte le développement que prit au sem de la société Juive cette institution nouvelle (2). Ce sont les Sopherim qui, par leur action constante et par l'autorité que leur communiquait l’auréole de la science, par la forme qu'ils donnèrent à leur enseignement, imprègnèrent si profondément

constances qui précédèrent la mission de Néhémie. 3 Il est supposé Mal. IT 9, IT 14 que la communauté se trouve dans un état d’humiliation vis à vis des peuples d’alentour ; cette donnée ne cadrerait point avecles conditions dans lesquelles se trouvait Jérusalem après le départ de Néhémie, alors que les murs de Jérusalem venaient d’être rebâtis malgré l'hostilité des voisins ; elle rappelle au contraire les échecs essuyés par les Juifs, dans cette œuvre de relèvement national, avant l’arrivée du gouverneur juif. 4° Malachie semble faire allusion aux mariages mixtes ; il ne les condamne pas comme défendus directement en eux-mêmes, mais en tant qu’ils impliquent un hommage aux dieux étrangers et par conséquent une injure à Jéhova (II 11), puis encore, peut-être, à raison des divorces avec les femmes de nationalité juive qui les accompagnaient parfois (v. 14) et des divisions auxquelles ils donnaient lieu au sein de la communauté (v. 10) ; ce sont des motifs de même genre qui provoquèrent les mêmes plaintes de la part de Néhémie et qui finirent par amener la prohibition de ces mariages. 5° Le Pecha exerçait des exactions (I 8 coll. Méh. V 15).

(1) Les mebinim d’Esdras VIII 16, ne semblent pas être des lévites, comme le dit Strack (Eïinleit. in d. Talmud Leipzig 1887 p. 37). Le contexte ne permet pas cette supposition.

(2) Lire à ce sujet Kuenen G. ©. I. II p. 63, 215 ss. 218 ; Herzïeld L. c. I p. 26, 27, 127 ; Zunz L. c. p. 343 ; Schürer I p. 254, 358 ; et art. Schriftgelehrte dans Riehms Handw. p. 1432 a ; etc. |

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l'esprit juif du souci minutieux, scrupuleux, de l'observation de la Loi et de son application à tous les détails de la vie. C'est grâce aux Sopherim que la Loi, même dans ses prescriptions d'ordre purement civil ou profane, devint pour tout Juif vraiment digne de ce nom, la chose sacrée par excellence, l'objet des plus vives préoccupations et d’un respect absolu, la pierre de touche à laquelle toute piété, toute vertu, tout droit à l'estime devaient être éprouvés. L'influence que ces docteurs exercèrent sur la direction du judaïsme ne leur fut pas, sans doute, acquise du premier jour ; elle dut cependant être consi- : dérable déjà pendant le dernier siècle de la période persane. Les Juifs de la ôtasropa portèrent déjà partout avec eux la marque caractéristique que l’enseignement des Sopherim avait imprimé à l'esprit national ; partout la synagogue, où la lecture et l'explication de la Loi, jointes à la prière commune, entretenaient la fidélité aux institutions traditionnelles, servait de centre de ralliement aux fils séparés de la mère-patrie. Il faut donc que de bonne heure le Sopher ait pris à côté du prêtre le rôle prépondérant que nous lui voyons remplir durant les derniers siècles dans le développement religieux et national du peuple juif. L'autorité publique dont il était investi ne pouvait à son tour que contribuer à mettre dans l'ombre le lévite, confiné de plus en plus dans l’enceinte du temple.

D'après les Chroniques la garde des quatre entrées du sanctuaire était confiée, à l’époque de l'organisation davidique du culte, à quatre divisions de familles de lévites-portiers, désignées respectivement sous les noms de Schelemja (ou Meschelemja) pour lorient, Zacharie pour le nord, Obededom pour le sud, Hosa pour le couchant (1 XX VI 1-19). Or après l'exil cette organisation du personnel se trouvait depuis longtemps modifiée. Déjà dans la liste des compagnons de Zorobabel nous voyons revenir de la captivité les familles de portiers désignées sous les noms de Schallum, Talmon, Agqub (associés ici, sans

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doute par une erreur de copiste, à trois autres noms (1)). Plus tard nous retrouvons ces mêmes familles, complétées par celle de Ahiman, exerçant leur office dans le second temple 1 Chron. IX 17 (2). Au v. 18 l’auteur du tableau semble affirmer que cette disposition était observée de son temps. Voici comment la phrase doit se lire : « Les portiers : Schallum et Aqqub et Talmon et Ahiman et leurs frères ; Schallum le chef (— la famille principale), jusque aujourd'hui, occupe la porte royale à lorient ». De ces différents noms celui de Schallum seul se retrouve, sous une autre forme, dans les dispositions attribuées à David ; ici il n’est pas question d'Aqqub et de Talmon, de même qu'il n'y à pas trace, après l'exil, d'Obededom, de Zacharie et de Hosa, parmi les éponymes des groupes de portiers. |

Nous venons de citer la liste des compagnons de Zorobabel (Esdras LI, Néh. VIT). Les lévites n'y sont renseignés que pour un nombre insignifiant. Déjà ailleurs nous avons fait la remarque que ces chiffres ne sont pas suffisamment garantis (3). Il est certain qu'à l'époque de Néhémie les lévites étaient plus nombreux à Jérusalem et en Judée que les données du régistre ne permettraient de le croire ; les résolutions votées Nék. X relativement au paiement de la dîme suffiraient à le prouver. On aurait tort cependant d'en appeler au livre des Chroniques pour établir l'importance numérique de l’ordre des lévites sous le second temple, comme le fait p. e. Maybaum (1. Nous verrons aussitôt qu'à certains égards le témoignage de la liste des familles rapatriées répond mieux à la situation postexilienne, que les descriptions des Chroniques. Il est probable qu'il y eut en effet, lors du retour de Zorobabel, une abstention relative de la part des lévites. Sans doute, le même esprit auquel les lévites furent redevables de leur abaissement pro-

() Voir une confusion analogue MNéh. XII 25, coll. XI, 17.

(2) Cfr. Néh. XI 19. — Sur le passage en question du livre des Chroniques 1, IX. 3-18, vr. plus haut, p. 50.

(3) Nouvelles études sur la Rest. juive p.38 ss.

(4) L. ec. p. 94.

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oressif, pourrait avoir donné lieu, dans les textes, à des modifications destinées à restreindre, après coup, la place qu'ils occupèrent dans les rangs des premiers colons ; nous le répétons, les chiffres du régistre des émigrants ramenés par Zorobabel ne sont pas sûrs ; ils renferment des irrégularités, puisque le total indiqué diffère de la somme que l'on obtient en additionnant les nombres de détail. Mais d'autre part, on conçoit sans aucune peine que la perspective des difficultés toutes spéciales qui les attendaient à Jérusalem, la suppression des privilèges qu'ils avaient obtenus au cours des siècles antérieurs, aient pu refroidir l'enthousiasme religieux et patriotique des lévites.

Dans son exposé, très savant, de l’organisation du personnel du culte sous le second temple, Schürer écrit que les léviteschantres étaient partagés en trois grandes familles : Heman, Asaph et Ethan ou Jeduthun (1). Il allègue le témoignage des Chroniques. Seulement ces trois familles, que les Chroniques mettent très distinctement en scène dans l'histoire du temple de Salomon, sont loin de paraître avec le même relief, toutes les trois, après l'exil. La liste des rapatriés ne mentionne que Asaph tout seul ; et dans la suite C'est encore Asaph qui domine. « Fils d’Asaph » et « chantres » sont termes équivalents (Zsdras LIT 10) (2). Ce qui est très remarquable, c'est que Ethan n’est jamais nommé parmi les familles des chantres ; son équivalent Jeduthun l'est une fois comme souche d’une série généalogique (Néh. XI 17). Heman lui non plus n'apparaît nulle part. Ce phénomène est d'autant plus frappant quil se reproduit dans les titres des psaumes dont la collection fut formée, à l’aide de recueils particuliers, après l'exil. Les psaumes 73-83 et le ps. 50 qui doit avoir appartenu au même recueil que les précédents, dont il se trouve séparé par accident dans notre collection, sont attribués à Asaph, c’est à dire aux Asaphites. Quant à Ethan et à Heman, ils figurent

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