‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 22 sur 60 · AC TER · texte numérisé non relu

AC TER

(2) Cfr. Néh. XI 22, XII 46.

CS 4; 7 Re

respectivement en tête des psiumes 88 et 89, mais dans des conditions qui enlèvent à ces mentions isolées la faible portée qu'elles pourraient avoir. Le ps. 88 est reconnu dans la première partie du titre aux Qorahites, ce n'est que dans le sous-titre que Heman est nommé. Ensuite Ethan dans le titre du ps. 89 aussi bien que Heman dans celui du ps. 88 sont tous les deux nommés "INT (1). Ils sont donc envisagés ici, non point comme représentants de familles lévitiques, mais expressément comme deux personnages connus de l'antiquité, de façon que, à supposer même l'origine postexilienne de ces en-tête de psaumes, on ne pourrait rien en conclure pour l'organisation de la corporation des chantres sous le second temple. Il en est également ainsi de ps. XX XEXU ; LXIE1:; LXX VIT, l'où le nom de Jedutun (ou Jeditun) semble figurer plutôt comme indication d'un mode musical (2). De familles de chantres désignées sous les noms de Ethan (ou Jeduthun) et Heman, l'histoire postexilienne ne sait rien, bien que le souvenir de Jeduthun, en qualité d’ancêtre d'une de ces familles, y soit encore rappelé à côté de Asaph (Nék. FX 17) et que la mention de Heman, d'Ethan et de Jedutun en tête de certains psaumes soit sans doute, elle aussi, en rapport avec les anciennes corporations de ces noms.

La collection des psaumes renferme un recueil attribué aux Qorahites (42-49, 85, 87-88) ; Heman d’ailleurs est présenté comme issu de la race de Qorah (1 Chron. VI 16 ss.). Peut-être la notice du v. 1 de 1 Caron. XX VI où les Qorahites portiers eux-mêmes sont compris parmi les fils d'Asaph, eut-elle simplement son origine, à une époque récente, dans la circonstance que la division des chantres désignée sous le nom de Qorahites était subordonnée à celle des fils d’Asaph (3). Il semble qu'après l'exil tous les groupes de chantres étaient compris, à l'occasion, sous la dénomination collective de « fils d'Asaph ».

Nous pouvons nous dispenser de rechercher si le nom de

GC MR NV IL coll l'CAron. IL 6.

(2) Aux deux derniers endroits NI” y, (3) Les jits de Qorah figurent déjà comme chantres 2 Chron. XX 19.

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Ethan, équivalent comme nom collectif à celui de Jeduthun, et celui de Heman, sous lesquels l’auteur des Chroniques connait, en dehors des fils d'Asaph, deux grandes corporations de chantres avant l'exil, dérivent à l’origine des deux personnages dont 1l est question 1 R. V 11 et qui sont aussi visés 1 Chron. IL 6. En ce dernier endroit Ethan et Heman sont appelés fils de Zerah — fils de Juda. Un grand nombre d'auteurs s'appuyant sur la différence de généalogie, soutiennent que les lévites Ethan et Heman n'ont rien de commun avec les figures que nous voyons apparaître sous les mêmes noms 1 À. V et 1 Chron IT. Seulement le témoignage des tables généalogiques ne peut être invoqué ici d'une manière trop catégorique. Il serait difficile de dire dans tous les cas particuliers, quelle portée l’auteur lui-même, ou ceux qui dressèrent les tables reproduites par lui, attachaient à ces rapports de fihation. Il est certain que bien souvent on ne peut point entendre ces données au sens propre et matériel. Les mêmes figures sont rattachées à plus d’une souche. Nous venons d'en relever un exemple 1 Chron. XXVI 1. D'autres fois des villes et des régions sont présentées comme les fils ou les filles de quelque illustre ancêtre. Les notices généalogiques devront en bien des cas être considérées comme l'expression figurée de rapports historiques d'un autre genre (1). Remarquons aussi que des noms purement conventionnels de groupes permanents sont très souvent traités comme des noms d'individus (2). Un

(1) Qu'on se rappelle la table, non pas ethnologique, mais plutôt géographique de Gen. X. : la parole d'Ezéchiël (XVI 3), disant que le père de Jérusalem fut un Amoréen et sa mère une Hittite, etc.

Les lévites en particulier, qui étaient répartis parmi les autres tribus, étaient exposés à voir ces rapports d'ordre territorial exprimés sous la forme d'un lien de parenté. Nous en trouvons un exemple instructif Jud. XVII suiv. Jonathan est lévite, c'est à dire membre de la tribu de Lévi; d’après XVIII 30 il descend de Moïse par Gersom. Cependant XVII 7 nous lisons à son sujet : Il y avait un ministre de Bethléhem en Juda, de la famille de Juda, et il était lévite et il demeurait là...

(2) Sur la signification de quelques unes des dénominations données aux classes lévitiques (Hebronites, Libnites, Eder, Jeremoth etc.) et même à des membres individuels de ja tribu (Qorah, Qahath, Merari, Izhar), voir Kloster-

cas très remarquable se présente 1 Chron. XXV 4 ; ici nous Hisons plusieurs noms de familles lévitiques, comprises sous la division de Heman, qui ont tout l’air de former ensemble une phrase ; celle-ci pourrait être considérée comme le nom collectif et symbolique donné à l'ensemble des familles en question (1); mais les membres de la série, désignés respectivement par un des termes de la phrase, se présentent comme des individus déterminés dans l'énumération qui suit, vv. 23 ss.

Nous n'avons point à entrer plus avant dans la discussion de cette question pour le point qui nous occupe. Quelque solution que l’on préfère y donner, l'essentiel ici, c'est que l'organisation que l’auteur du livre des Chroniques attribue à la corporation des lévites-chantres avant l'exil, ne répond aucunément à la situation qui règnait de son temps. Il ne paraît point que sous le sécond temple il y ait eu des divisions désignées sous les noms de Héman et de Ethan. Ce qui serait dans tous les cas contraire aux données que nous possédons sur l'histoire de cette époque, c'est la supposition que la division asaphite n'aurait pas même été, du moins numériquement, la principale. Le livre des Chroniques expose qu'avant l'exil les chantres étaient répartis en vingt quatre classes, lesquelles, à raison de douze groupes ou familles par classé, comprenaient ensemble deux cent quatre vingt huit familles. Or sur les vingt quatre classes, quatre seulement sont rangées sous le nom d'Asaph, six sous celui de Jeduthun ou Ethan ; quatorze sous celui de Héman. Ce n’est point l’état de choses existant au quatrième siècle qui pourrait avoir inspiré à notre auteur une pareille théorie. Ajoutons que la manière dont s'échangent dans les Chroniques les noms Ethan et Jeduthun, appliqués à la même division, révèle une fluctuation qui ne saurait être l'effet d’un

mann Geschichte des V.I. p. 162. Il faut toutefois se garder en cette matière d’attacher trop d'importance à certains rapprochements.

(1) Il est plus probable qu'à partir de Hananja, ou de Giddalti, une corruption du texte analogue à celle de 2 Sam. XXIII 8 a été la cause de tout le mal. Peut-être aussi sommes-nous en présence d’une substitution fictive à une série de noms perdus qu'il fallait remplacer par d’autres pour compléter le nombre des 14 classes de chantres de la division Heman.

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caprice de l’auteur ni de l’usage reçu à une même époque ; elle ne peut mieux s'expliquer que par la divergence entre des documents se rapportant à des époques différentes.

Il est inutile de rappeler encore que les données des Chroniques touchant la constitution des collèges judiciaires et du: tribunal suprême à Jérusalem sous Josaphat (2 Chron. XIX 5-11) ne reproduisent point, comme Wellhausen incline à le croire (1), l'organisation en vigueur à l’époque de l'auteur ; que la description, 2 Chron. XXIX 1-31, de la générosité du peuple dans l’offrande des dîimes et autres redevances aux prêtres et aux lévites, sous le règne d'Ezéchias, n’est point calquée sur l'usage qui règnait au temps du Chroniste (2), etc.

La conclusion à laquelle nous conduit l'examen auquel nous venons de nous livrer, c'est que les lévites préexiliens du livre des Chroniques, ne sont point une création fantaisiste de l'auteur, n'ayant d'autre fondement historique que celui des institutions établies à sa propre époque. Pour expliquer p. e. comment ce sont des lévites, et non des prêtres, qui sont préposés à la garde et à l'administration du trésor et des magasins du temple de Salomon, d'après les Chroniques, il ne suffit point de dire que « la prédilection du Chroniste pour les lévites est bien connue » (3). La distance qui sépare l’organisation du personnel du culte sous le second temple, de celle que le Chroniste suppose et décrit pour l’époque des Rois, prouve que les données mises en œuvre par l’annaliste sacré étaient, comme 1l l'atteste lui-même, empruntées à des sources anciennes.

Il n'est guère de critique qui ne reconnaisse d'assez bonne grâce que l’auteur des Chroniques ait pu se servir de documents déjà existants. La source dont il s’est servi était, d’après Stade (4), un ouvrage postexilien « écrit dans le même esprit >.

(1) Prolegomena p. 1965.

(2) Wellh. ibid. p. 198.

(3) Schürer IT p. 216.

(4) Geschichte des V. I. TI p. 84.

C’est peut-être très juste, mais insuffisant. Wellhausen admet lui aussi qu’ « il se peut que la Chronique ne trace point de sa propre autorité et à ses propres risques, mais d'après des documents écrits, un tableau de l'Israël ancien aussi contraire comme couleur et comme dessin à la tradition authentique. Seulement, ajoute-t-il, sa valeur historique ne s’en trouverait pas modifiée le moins du monde » (1). Cependant, en ce cas, de quel droit affirme-t-on que l’auteur a simplement reporté à l’époque davidique les institutions existantes de son temps (2) ! que partout où il s’écarterait de « la statistique du présent », c’est qu'il donne libre carrière à sa fantaisie ? (3) On émet donc ces appréciations un peu à l'aventure, sans s'inquiéter de savoir quel est au Juste cette « époque de l'auteur », ce « présent », dont les institutions auraient servi à la description de l'histoire préexilienne. Que les relations du Chroniste datent, à leur origine et quant au fond sur lequel celui-e1 aurait brodé, du cinquième, du quatrième ou du troisième siècle, #7 faut qu'elles aient comme base et comme motif la situation en vigueur dans le milieu postexilien où elles furent d'abord mises par écrit. — En fait, à aucun moment de la période postexilienne la situation du personnel du culte ne fut semblable, même de loin, à celle que dépeint l’histoire préexilienne du Chroniste. Il est absolument inexact, d’ailleurs, que dans les Chroniques les Aaronides et les lévites jouent partout le rôle auquel ils ont droit d'après le Code sacerdotal (4). Les lévites dans les Chroniques occupent un rang et jouent un rôle beaucoup plus considérables que dans la Loi. Ceux qui écrivent avec la plus sereine assurance que, dans la mesure où « la statistique du clergé » chez le Chroniste repose sur la réalité, cette réalité est postexilienne, tombent dans le défaut qu'ils reprochent à notre auteur. Nous aurons à examiner ultérieurement si le tableau que celui-ci nous trace de l’Israël ancien, est si évidemment contraire, comme couleur

(1) Proteg. p. 230.

Pvelin ice p.217, Sd p.226;

(4) Wellh. 1. c. p. 226.

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et comme dessin, à la tradition authentique. Mais dès à présent nous avons le droit de dire qu'il est inconcevable qu'un écrivain de l’époque du second temple, füt-il lévite (1), aurait, de son propre chef, par pur caprice, sans autre règle que son imagination, créé pour l'époque des rois un ordre lévitique jouissant de privilèges inouïs, n'ayant aucun fondement dans la Loi, parfois même opposés aux règlements de la Loi, et dont il n'était resté aucun vestige au temps où il vivait luimême.

Movers a écrit sur les sources des Chroniques un chapitre (2) dont les conclusions se trouvent, en substance, confirmées par les observations que nous venons de faire dans les pages qui précèdent.

Le Chroniste s’est principalement servi, pour son histoire du royaume de Juda, de deux ouvrages ; il utilisa d'abord les livres canoniques de Samuël et des Rois ; puis un autre document diversement cité suivant ses diverses parties et nommé de son titre complet Midrasch Sepher hammeläkîim (2 Chron. XXIV 27). Ce Midrasch se distingue par ses discours didactiques et ses listes de noms (3). Ces dernières peuvent avoir été empruntées directement, ou par l'intermédiaire de documents plus récents, à des archives sacerdotales ou à des débris d’annales d'Etat (4).

Le Midrasch avait pour base un Sepher hammelakim distinct de nos livres de Samuél et des Rois. Cependant l'auteur du « Sepher hammelakim » et celui de nos livres de Samuël et des Rois, doivent avoir, en partie, puisé aux mêmes sources, notamment aux annales d'Etat fréquemment citées dans ces derniers. De plus le « Sepher hammelakim » a servi lui-même de source à l’auteur de Samuël et des Rois (5). Le « Sepher hammelakim » contenait notamment des morceaux didactiques

1) Driver Introduction p. 51

2) Aritische A p. 162-197.

) Movers L. c. p. 1825.

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sous forme de discours, tels que 2 Sam. VIT, 1 R. VIII 12-61. Ici des indices très clairs montrent l’origine préexilienne de l'ouvrage ; il y est pourtant déjà fait allusion à des déportations partielles (1). |

Le Midrasch composé sur le « Sepher hammelakim » était d'origine postexilienne (2). [Il avait pour objet de faire servir l'histoire à des vues didactiques et adapta en conséquence les récits de sa source aux goûts du temps (3). — Son style et son vocabulaire se ressentent également de l'époque de l’auteur (4). Nous ajouterons que les aperçus du Midrasch sur la situation et le rôle des lévites, remontaient, selon toute apparence, au « Sepher hammelakim > préexilien, issu sans doute lui-même d'un milieu sacerdotal ou lévitique. En bien des cas ce qui revenait en propre à l'auteur du Midrasch, doit s'être borné à des modifications purement rédactionnelles ; le paragraphe suivant nous en apportera la preuve. Il est inutile de rappeler encore que les Chroniques renferment aussi des données relatives à la période postexilienne.

Il importe de constater que l’auteur des Chroniques suit ses sources pas à pas, comme le prouve la comparaison avec les livres de Samuël et des Rois pour les passages qu'il leur à empruntés. Il montre le même scrupule de fidélité dans les livres d'Esdras et de Néhémie qu’il rattacha à son histoire des rois de Juda. Très souvent il y reproduit le texte même des Mémoires authentiques de ses héros, et là où il abrège il demeure en parfaite conformité avec les données des documents. Ses lévites préexiliens, p. e., diffèrent de ceux du temps de Zorobabel, de Néhémie et d'Esdras, aussi bien que de ceux de sa propre époque. Cependant, au point de vue de la rédaction, on reconnait naturellement, ça et là, la trace de sa main,

(1) p. 191$. — Nous aurons l’occasion de constater qu’à ce point de vue le discours de Salomon tel qu'il est reproduit 1 R. VIT, accuse des remaniements qui n'ont pas touché le morceau tel que nous l’a transmis l’auteur des Chroniques.

(2) pp. 175, 198.

(4) Cfr. Driver Introduction p. 535 ss.

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aussi bien dans les livres des Chroniques que dans ceux d'Esdras et de Néhémie (1).

S 5. Les récits parallèles des Chroniques et des hvres de Samuël el des Rois.

Nous avons rappelé plus haut que le témoignage des Chroniques touchant l’organisation des lévites préexiliens, était rejeté par un grand nombre d'auteurs, surtout pour deux raisons. Sur la première, à savoir le silence qu'observent au sujet des lévites distincts des prêtres les documents dont l'origine préexilienne est reconnue, nous aurons à revenir plus loin. C'est ici l'endroit d'examiner en détail la seconde. Est-il vrai que la comparaison des récits des Chroniques dans lesquels les lévites jouent un rôle marquant, avec les récits parallèles de Samuël et des Rois d'où les lévites sont absents, montre positivement que les premiers sont dictés par l'esprit de système ; quils ne méritent aucun crédit au point de vue historique ?

A. Les récits du transport de larche à Jérusalem,

(2 Sam. VI, 1 Chron. XIII, XV).

Au 2° livre de Sam. VI nous lisons la relation du transport de l'arche de la Gibea au Sion. Ce transport se fit en deux étapes ; la première fois, à la suite du châtiment qui avait frappé Uzza, l'arche fut déposée dans la maison d'Obed-Edom. Plus tard, après un intervalle de trois mois, elle fut conduite à la résidence royale. Ce récit n'associe à David, dans l’'accomphissement de cet acte éminemment religieux et dans les cérémonies sacrées qui l'accompagnèrent, ni lévites ni prêtres. — Le 1% livre des Chroniques au contraire, dans la description qu'il en fait au ch. XIII puis au ch. XV 12-15, 25-29, accorde une place importante aux ministres du culte. Dès le début le

(1) Les particularités de langue et de style communes aux Chroniques et aux livres d'Esdras et de Néhémie, sont indiquées par Driver 1. €.

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