‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 26 sur 60 · C. Les récits de lavènement de Jonas · texte numérisé non relu

C. Les récits de lavènement de Jonas

(2 Rois XI ; 2 Chron. XXII).

L'exemple le plus communément cité comme preuve des procédés subjectifs et arbitraires de l’auteur des Chroniques, est le récit du renversement d’Athalie et de l'avènement de Joas. Le cas est en effet particulièrement intéressant. D'après le livre des Rois le grand prêtre Joïada, ayant besoin pour exécuter ses projets d’un corps de gens armés, aurait, dit-on,

fait convoquer à cet effet les soldats. Dans le récit des Chroniques la place de ces soldats est occupée par les lévites. Movers lui-même est d'avis que le Chroniste s'est livré 1c1 à une reconstruction de la relation du livre des Rois (:), en se servant des données du Midrasch sur les événements en question (2 Chron. XXIV 27).

Voici ce que nous lisons au livre des Rois. Joseba, la femme du grand prêtre, avait soustrait son neveu Joas à la ruine de la famille d'Achazja, massacrée sur les ordres d’Athalie. Pendant six ans Joas resta caché dans le temple. La septième année Joïada crut que le moment était venu de le faire reconnaître comme roi légitime. Il convoqua donc dans le temple les centurions de l’armée, conclut un pacte avec eux et leur montra le fils du roi. Puis il traça à tous leur ligne de conduite. « Un tiers d’entre vous, dit-il, qui entrez en service le jour du sabbat, fera la garde (2?) du palais royal ; un autre tiers se tiendra à la porte de Sur ; le tiers qui reste occupera la porte derrière les soldats (D*£9f SN) ; et vous ferez la garde de la maison Massah (t). Il y aura deux ailes parmi vous autres tous qui quiltez le service le jour du sabbat. Ceuxlà feront la garde de la maison de Jéhova au service du roi ; vous entourerez le roi chacun muni de son arme et quiconque pénétrera entre les rangs (?) sera puni de mort. Vous serez avec le roi et le suivrez partout. » Et les centurions firent comme leur avait commandé Joïada le prêtre. Et ils prirent chacun leurs hommes, tant ceux qui entraient que ceux qui sortaient le jour du sabbat ; et ils se rendirent chez Joïada le prêtre. Et le prêtre donna aux centurions les lances et les boucliers du roi David, déposés dans la maison de Jéhova. Et les soldats (PSN) se tenaient, leurs armes à la main, du côté droit de l'édifice et du côté gauche, tout le long de l'autel et du temple, autour du roi. Et il (le grand prêtre) amena le fils du roi et lui plaça sur la tête le diadème et l'insigne sacré ; et ils

(1) 1. ec. pp. 307 ss.

(2) 9720" au lieu de "2", comme au v. 7.

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le proclamerent roi, lui donnèrent l’onction, battirent des mains et crièrent : Vive le Roi ! Et Athalie entendit la voix... du peuple et elle se rendit vers le peuple au temple de Jéhova. Et elle vit le roi debout sur l'estrade, en pompe officielle ; et les chefs (?) et les trompettes aux côtés du roi et tout le peuple se livrant à la joie et sonnant des trompettes ; et Athalie déchira ses vêtements et s'écria : Trahison! Trahison! Et Joïada le grand prêtre donna ordre aux centurions qui commandaient l’armée et leur dit : Emmenez-la hors des rangs : et quiconque la suit, frappez-le du glaive. Car le grand prêtre ne voulait pas quelle mourût dans le temple. On s'empara donc d'elle et on la conduisit au palais royal par la porte d'entrée des chevaux, et là elle fut mise à mort. — Puis, après avoir rapporté la destruction du temple de Baal et la mort de Mathan, le récit continue : « Et Joïada rassembla les centurions et les soldats (O7 NT 7757 NN) et tout le peuple et ils conduisirent le roi de la maison de Jéhova, par la porte des soldats, au palais royal et 1l monta sur le trône des rois... ».

Dans ce récit, où les lévites n1 les prêtres ne sont aucune fois mentionnés, tout n'est pas facile à comprendre.

Les recommandations et la distribution des rôles dont parle le v. 6 se rapportent aux hommes de la garde montante ; tandis que les mesures arrêtées aux vv.7?-8 doivent êtres exécutées par la garde descendante. — Ceux dont le terme de service expirait avaient donc, d'après les vv. 7!-8, à faire {a garde du temple autour du roi ; ce corps était spécialement investi de la mission de protéger le jeune Joas contre toute attaque ou tout danger et d'attendre, afin d’en faire bonne justice, l'ennemi qui ne manquerait pas de faire invasion dans le sanctuaire pour se rendre compte de ce qui s’y passait. Ces gardes furent disposés des deux côtés de l'autel et du temple, autour de l'estrade sur laquelle le roi devait prendre place (vv. 11-12, 14). — La troupe de ceux dont le service commençait était divisée en trois groupes. Un tiers devait se charger de la garde du palais royal ; un second tiers avait à garder la porte de Sur (?) ; le

RO reste était consigné à la porte (qui se trouve) « derrière les soldats », c’est-à-dire, probablement, la porte voisine du poste militaire, comme traduit la Vulgate : « ad porlam quae est post habitaculum scutariorum ».

On se demande où Joïada voulait en venir? Ceux qui avaient à surveiller le palais royal ne devaient pas s'opposer à la sortie de la reine ; nous le voyons plus loin : Athalie accourt au temple et personne ne lui barre le chemin. Il fallait un coup de théâtre pour entraîner la foule ; il fallait que le peuple prit part au renversement de l’usurpatrice. Remarquons que, même d'après le récit des Rois, le peuple était mêlé à la manifestation (vv. 13, 14), ce que l'exposé du dispositif pris par le grand prêtre ne semblerait pas faire croire d’abord. Athalie devait donc avoir l'accès libre au temple ; on l’y attendait. Mais alors pourquoi Joïada à t-1l soin d'établir une garde spéciale au palais royal? Ne serait-ce point parce qu'il fallait empêcher les gens armés de la garde d’Athalie de la suivre au sanctuaire ? De fait on l’y voit arriver toute seule. Il s'ensuivrait que le poste qui occupa ou entoura le palais sur les ordres de Joïada, n'était pas précisément composé des hommes mêmes qui devaient se tenir au service de la reine, mais de soldats d’un autre genre ; c'est contre les premiers que ceux-ci auraient eu au besoin à se défendre avec les armes distribuées par Joïada. — Cette distinction est encore insinuée au v. 6 par l'établissement d’une garde auprès de la porte qui (se trouve) « derrière les soldats » (voir plus haut). — Les gens que Joïada emploie pour l'exécution de ses projets étaient attachés au service du temple ; c'est ici qu'ils avaient à se relayer les jours de sabbat, comme nous lisons ailleurs que c'était l'usage pour les lévites (1 Chron. IX 25). On ne s’expliquerait pas, en dehors de cette hypothèse, qu'au Jour fixé pour la proclamation du nouveau roi, la garde montante se trouvait réunie au temple avec la garde descendante (v. 9). Si l'occupation du temple fut confiée à ceux dont c'était le tour de quitter le service (vv. 7, 8), c'est que Joïada avait eu précisément le temps de les préparer à leur rôle. Les choses se seraient passées

tout autrement sil fallait voir dans les gardes en question celles du palais royal. Il serait d’ailleurs impossible de comprendre que le grand prêtre eût pu prendre les dispositions et donner les ordres que le récit lui attribue, s’il se fût agi de corps d'armée sur lesquels il n'avait aucune autorité. Renan a prétendu, pour cette raison, que le Joïada du v. 4 n’était pas le grand prêtre, mais le commandant des gardes ; « un prêtre, dit-1l, n’eût pas eu le droit de convoquer l’armée et de donner des ordres, comme si Athalie n'eût pas eu de sar-saba » (1). Ceci nous paraît très vrai; mais cest s’abuser d'en conclure que le v. 4 appartient à une autre relation que le. v. 9 ; déjà au v. 4 c'est dans l'enceinte de la maison de Dieu que les capitaines sont convoqués et que la conjuration se prépare. L'hypothèse du mélange de sources contradictoires ou des remaniements auxquels la théorie de Renan suppose que le narrateur se serait livré 2 KR. XI, est entièrement superflue. Ce qui n’est pas moins digne de notre attention c'est que les soldats mis en scène sont équipés par les soins du grand prêtre au moyen des armes votives conservées dans le temple. Pour expliquer ce détail Renan suppose, L. c., « que la garde descendante n'avait pas coutume d'emporter ses armes ». Mais ce n'était pas à ses exercices où à ses loisirs accoutumés que la garde descendante allait avoir à se livrer. D'ailleurs pourquoi la garde descendante aurait elle quitté le palais ? Pourquoi Joïada ne l'aurait-1l pas consignée là avec ses propres armes se contentant d'appeler au temple les hommes de la garde montante ? — Athalie pénétrant dans le temple aperçoit aux côtés du jeune roi les D°Ÿ et les trompettes (v. 14). Les massorètes lisent DD = /es princes ou les chefs. Mais l’association avec « les trompettes » suggère bien plutôt la lecture Ov Les chantres. C’est ainsi, en effet, que l'entendent les LXX et la Vulgate.

Toutes ces circonstances nous invitent et nous obligent à reconnaître dans les gardes montante et descendante en ques

(1) Hist. du peuple d'Israël IT, p. 323.

SL ie DIS

tion, non pas les soldats de la reine, mais le personnel du sanctuaire organisé en Corps armé pour assurer le succès de la révolution.

Le début du récit que nous venons d'analyser se présente sous une forme évidemment abrégée. L'auteur des Rois n'a point reproduit dans toute son intégrité la relation de sa source. Joïada convoque les capitaines des Kari et des Rasîm (v. 4) ; puis 1l leur parle comme s'il avait devant lui les troupes elles-mêmes auxquelles il fallait confier les différents postes (vv. 5 ss.). C'est aux troupes sans aucun doute que sont censées s'adresser les instructions des vv.5s. : « Le tiers d’entre vous, qui formez la garde montante du sabbat, fera le service du palais royal ; etc... » ; voir surtout les vv. 7 s. : « Il y aura deux ailes parmi vous autres tous qui formez la garde descendante du sabbat ; ceux-ci feront le service du temple, etc. » Il est peu probable aussi que dès l’abord Joïada aura convoqué pour leur faire part de ses projets tous les capitaines indistinctement ; 1l aura commencé par s'associer quelques chefs dévoués et sûrs.

Le conciliabule dont parle le v. 4 ne peut avoir été que le prélude d'une assemblée plus considérable à laquelle Joïada tient le discours reproduit aux vv. 5-8. Voici comment nous avons à nous représenter la succession des faits. Dans l'entrevue avec les chefs d'armée quil avait pris pour confidents et dont le concours lui était indispensable, le grand prêtre aura arrêté les mesures à prendre en vue du coup d'état. Celui-ci devait être amené au moyen d'une démonstration solennelle. Au jour fixé on réunirait au temple un personnel aussi nombreux que possible ; le peuple lui-même serait averti, au moment opportun, de ce qui se préparait (vv. 13, 14). Lorsque l'époque convenue fut arrivée, Joïada retint à ses côtés les gardes descendantes de la maison de Dieu ; les gardes montantes vinrent les rejoindre. Tout le monde se trouvant ainsi réuni au temple, le grand prêtre donna ses dernières instructions et distribua les rôles (vv. 5-8). Les chefs se mirent aussitôt à la tête de leurs hommes. Puis ils vinrent trouver Joïada

qui leur fit remettre, pour les distribuer dans les rangs, les armes votives du temple. Les hommes de la garde montante allèrent se poster aux abords du palais royal. Ceux de la garde descendante restèrent au temple où ils se rangèrent sur deux lignes à gauche et à droite de l'autel.

Lorsque tous les postes furent occupés, Joïada fit prendre place au Jeune roi sur une estrade préparée pour la cireonstance. Au bruit des acclamations poussées par la foule, Athalie accourut ; on la laissa passer sans escorte. Après la mort tragique de l’usurpatrice, Joas fut solennellement conduit au palais royal et élevé sur le trône.

Nous avons dit un peu plus haut que les traits généraux et même certains détails du récit du livre des Rois sont bien de nature à nous convaincre que les milices employées par Joïada se composaient du personnel du temple. C’est dans l'assemblée à laquelle s'adresse le discours des vv. 5 ss., que les ministres du culte auraient dû être mis en scène ; or la convocation de cette assemblée était passée sous silence par notre narrateur, bien que la teneur des instructions données par le grand prêtre la suppose. Les seuls auxiliaires du pontife dont il füt question en termes explicites 2 R. XI, étaient les capitaines dont Joïada s'était assuré le concours. Des soldats eux-mêmes le récit primitif du livre des Rois ne parlait point ; ils ne servent dans le texte actuel qu'à troubler l'harmonie de la narration. C’est une main plus récente qui les y introduisit, sans doute à la faveur d’une confusion créée par le rôle que les chefs de l'armée avaient eu à remplir. Le v. 13 nous offre un indice très significatif de la justesse de cette conjecture. Nous y Bsons : 257 TS DD DN F"ONY SAW : Athalie entendit la voix des « rasîn », du peuple. Outre que l’on est étonné de trouver ici ce pluriel araméen, la phrase n'a pas de sens. Le passage parallèle des Chroniques, v. 12, est certainement préférable : 7927 297279 DL DST ONPTON nr 32 Athatie entendit la voix du peuple qui courait et acclamait le roi. — Les rasîm du v. 11 auront pénétré dans le texte de la même manière comme une glose. S. Jérôme traduit simple-

ment : et steterunt singuli habentes arma in manu sua ; on ne saurait toutefois rien inférer de l’omission du mot dans la version latine. Ce qui nous paraît au contraire digne d’être relevé, c'est que la construction de la phrase est bien plus correcte dans la relation des Chroniques vv. 9, 10, 11 (coll. LXX), que dans le passage parallèle du récit des Rois vv. 10, 11, 12. Ici les verbes au v. 12*, sont régis par le sujet (Joëada) exprimé au v. 10; le v. 11 interrompt violemment l’enchainement du discours. Il est plus que probable, à notre avis, qu'au v. 11 aussi Joïada doit être le sujet et qu'il faut lire ...723" à la forme hiphail, comme l'écrit l'auteur des Chroniques ; ce n’est pas le sujet du verbe comme dans le récit des Rois, mais le complément qui doit suivre. — Les kari et les rasîm du v. 19, s'ils figuraient dans le texte primitif, pourraient bien y avoir rempli le rôle de régime dépendant de PNA “E comme au v. 4. L'auteur des Chroniques, à l’endroit parallèle de sa relation (v. 20), ne montre aucun souci de remplacer les kari et les rasîm par des lévites; à leur place 1l nomme les D" et les D72 DST.

Il était assez naturel, nous le répétons, qu'aux capitaines qui prêtèrent leur concours à Joïada, un lecteur ait cru bon d'associer dans le récit incomplet du 1. des Roës, les soldats. On pouvait se méprendre à des phrases comme celle du v. 9, où nous lisons que les centurions prirent chacun leurs hommes, tant de la garde montante que de la garde descendante ; ce qui, dans l'idée de l’auteur, devait s'entendre simplement des hommes dont le commandement leur avait été confié. Il n’est point démontré du tout que la part faite aux prêtres et aux lévites dans le récit du Chroniste, n’ait aucun fondement dans les sources authentiques de l’histoire préexilienne. Ce n'est point le Chroniste qui a introduit les lévites ; c'est bien plutôt un glossateur mal avisé du récit des Rois qui a introduit les soldats. Si les troupes que nous voyons ici du premier moment à la dévotion du grand prêtre n'avaient été autres que l'armée même d'Athalie, Joïada n'aurait eu guère besoin de tant de mise en scène pour arriver à ses fins. |

D. Récits de là restauration du temple sous Joas (ARAXIEN2 Chron XXIV).

Un exemple instructif du prix que peuvent avoir pour une meilleure intelligence des récits du livre des Rois, ceux du livre des Chroniques où 1l est parlé des lévites, nous est offert par l’histoire des réparations qui furent faites au temple sous le roi Joas. Il est vrai qu’en cette occasion comme en d’autres, certains critiques n'ont pas ménagé au malheureux Chroniste l'expression de tout leur dédain. Ils auraient mieux fait de s'appliquer avec plus de calme et d'attention à l'examen des données que nous fournissent sur ces événements du règne de Joas les deux relations qui nous en sont parvenues. Commencer par Ssarranger une conception déterminée des faits, à l’aide des seules indications du livre des Rois comprises et commentées autant que possible non seulement en dehors, mais à l'encontre du récit des Chroniques, pour s'en faire ensuite l'instrument absolu de contrôle vis-à-vis de ce dernier, cest un procédé aussi dangereux quil est peu scientifique.

Voici, d'après les auteurs dont nous parlons, ce qui serait raconté au 2° livre des Rois, XIT 5 ss. — Joas avait porté une ordonnance suivant laquelle tous les paiements en argent faits au temple reviendraient désormais aux prêtres, à charge pour ceux-c1 de pourvoir aux réparations. Les prêtres s’approprièrent l'argent mais négligèrent les réparations. Le roi s'en plaignit. Là-dessus ils renoncèrent aux revenus en question, n'en voulant pas supporter les charges. Alors le roi établit un tronc dans l'enceinte du sanctuaire, à côté de l'autel ; et dans ce tronc les prêtres devaient verser toutes les sommes perçues, à l’exception de l'argent dû pour « la coulpe et le péché », qui leur restait. À chaque fois que le tronc était plem, le ministre du roi et le prêtre en chef le vidaient et remetiaient l'argent aux directeurs des travaux qui devaient en payer le salaire aux ouvriers ; rien de cet argent ne pouvait servir à l'acquisition de vases sacrés. Cette institution de Joas avait

un caractère permanent ; elle existait encore sous le roi Josias (1).

Il suffit de lire en regard de cet exposé la narration du livre des Chroniques, pour s’apercevoir au premier coup-d'œil de l'écart qui la sépare de la vérité historique. Et la chose n'a rien d'étonnant. Le récit des Rois, tel quon vient de le lire, attribuait au roi une intervention intolérable, au point de vue de la Loi, dans les intérêts sacerdotaux ! La mesure prise par Joas consacrait la subordination du sacerdoce et du grand prêtre lui-même, au bon plaisir du roi ! C'était donc le roi qui avait à régler et cela même pour l'avenir, l'emploi des revenus du temple qui appartenaient aux prêtres eux seuls ! — Le Chroniste devait changer cela et 1l le changea. D'une institution à demeure, il fait une mesure purement transitoire : les lévites sont envoyés par tout le territoire afin de recueillir l'argent nécessaire à la réparation des dégâts causés au temple sous le rèene de cette méchante Athalie, etc. (2)

Voyons ce quil faut penser de cet antagonisme flagrant entre nos deux relations. |

Il est à noter tout d'abord que d’après le livre des Chroniques, aussi bien que d'après celui des Rois, l'argent à recueillir pour la réparation de la maison de Dieu, consistait avant tout en un impôt dû au temple. Cela est clairement exprimé par le Chroniste dés le v. 6. C'est se payer de mots que d’expliquer ce passage comme l'énoncé d'une simple comparaison. Il nest pas dit ici que Joas organise une collecte extraordinaire, comme autrefois, dans le désert, Moïse l'avait fait pour le labernacle (3). Les prêtres et les lévites ont reçu l'ordre « d'apporter de Juda et de Jérusalem la taxe que Moïse et l'assemblée imposèrent à Israël pour le tabernacle +. Au v. 9 nous lisons encore, et cette répétition même ne laisse subsister aucun doute sur la portée des expressions : « Et l’on proclama en Juda et dans Jérusalem que le peuple eût à apporter à

(1) Wellh. Prol. p. 204.

(AIN IA CADRALEE (3) Wellh. |. c.

Jéhova la taxe que Moïse le serviteur de Dieu imposa à Israël dans le désert ». Ce qui est vrai, c’est que le récit des Chroniques ne considère pas le tribut exigé comme un impôt réguler, se payant en tous temps, indépendamment de tous besoins spéciaux. Ce sont les circonstances qui réclament la mise en pratique actuelle du principe consacré par l'institution mosaique. Ce principe, c'est que le peuple doit contribuer par ses offrandes, et au besoin moyennant un impôt spécial, à l'entretien du temple. C'est l'impôt spécial que le narrateur à surtout en vue, sans exclure les contributions d'un autre genre. Les prétendues préoccupations cléricales qui auraient dicté au Chroniste un travestissement complet de l’histoire de la restauration du temple sous Joas, ne sont en réalité qu'une création gratuite des préoccupations de critiques trop sévères. Dans le récit des Chroniques aussi bien que dans celui des Rois, nous voyons le roi intervenir d'autorité pour régler l'emploi des revenus du temple. Nous ajouterons que l'auteur des ARois semble se montrer plus soucieux que celui des Chroniques, de sauvegarder le principe de l'autonomie sacerdotale’en face du pouvoir laïque. D’après 2 R. XII 10 en effet, c'est Joïada, le grand prêtre, qui établit le tronc destiné à recevoir les offrandes apportées au temple (1) ; les résumés parfois trop généraux et trop hâtifs où l’on expose à grands traits le contenu des textes, peuvent à loccasion négliger ou défigurer un détail de ce genre ; c'est pourquoi nous nous permettons de le relever. D’après 2 Chron. XXIV 8, cest sur l’ordre du roi que le tronc fut établi.

Peut-être le lecteur nous demandera-t-il comment le paiement d’un impôt pouvait amener dans la caisse placée à l'entrée du temple, les trésors dont parle 2 Chron. XXIV 11? Il est supposé dans le récit, nous l’accordons volontiers, que les

(1) Klostermann Die Bücher Sam. u. der Kôn. in 1. croit que primitivement le texte doit avoir porté simplement, « 27 établit » ce qui aurait été compris, par erreur, du grand prêtre. Mais le contexte prouve que le passage a été écrit dans sa forme actuelle par l’auteur de notre récit. Ce que celui-ci trouva dans sa source, nous l’ignorons.

offrandes du peuple furent très abondantes et dépassèrent de loin les taxes obligatoires. Maïs cela répond parfaitement aux circonstances du fait raconté, d'après la relation des Rors aussi bien que d’après celle des Chroniques.

À ne considérer que la première, il est manifeste que le temple doit avoir eu, à l'époque en vue du règne de Joas, un besoin tout spécial de réparation. On en voit la preuve, non seulement dans l’insistance que met le roi à exiger l'entreprise des travaux, mais dans la description qui nous est faite de ces derniers aux vv. 12-13, 15.16. La maison de Dieu devait être tombée dans un état de délabrement assez avancé. Le récit des Rois ne nous apprend pas quelle en fut la cause ; 1l n'a point recueilli les données que sa source devait renfermer à ce sujet ; la lacune est comblée par la notice, très vraisemblable en elle-même, de 2 Chron. XXIV 7 (). Il nest donc pas étonnant que le peuple contribua avec un empressement tout particulier à fournir à l'œuvre de la réparation les ressources nécessaires. Le livre des Rois mentionne lui aussi les dons volontaires sollicités pour l'entreprise (v. 5).

On dit que la narration de 2 R. XII nous fait assister à l'institution d’un service permanent créé par le roi Joas et qui était encore en vigueur au temps de Josias. Nous croyons parfaitement qu'il est question dans notre récit d’une innovation d'ordre permanent introduite par Joas. Nous verrons aussitôt en quoi elle consista ; le livre des Chroniques nous aidera à en déterminer le caractère. Mais nous tenons à constater avant tout que les mesures prises par Joas furent provoquées par les besoins particuliers du moment et qu’elles eurent principalement en vue des réparations urgentes et considérables réclamées par l'état où se trouvait l'édifice du temple. Les vv. 12-13, 15-16 nous l'ont déjà appris. Le v. 14 en offre encore la preuve. Nous lisons là que les offrandes apportées au temple ne pourraient servir à faire des instruments pour le culte, mais que tout devait être employé à payer les travail-

(1) Klostermann ?n 2 Reg. XII 5.

leurs. [l est trop clair que ceci ne peut être considéré comme une disposition législative, engageant l'avenir. Si l’on n'eût pu affecter, après Joas comme avant lui, les offrandes faites au temple, à l'acquisition ou à la fabrication d’ustensiles nouveaux, quelles ressources aurait-on employé à cet effet en cas de besoin ? Le v. 14 na qu’un sens possible ; c’est que dans l'occasion spéciale dont 1l s’agit, et par mesure exceptionnelle, les dons et contributions furent destinés, conformément aux exigences de la situation, non pas à la fabrication de coupes d'argent, de mouchettes, d’arrosoirs, de trompettes, de vases quelconques d'or ou d'argent (v. 14), mais au paiement du salaire des ouvriers. Il est à peine besoin de noter que le changement de temps qui s’observe dans la construction du verbe au v. 12, où la phrase, reprenant par le parfait, se poursuit d’ailleurs aussitôt par limparfait consécutif, n'autorise point la supposition qu à partir de ce verset le narrateur veut décrire la destination habituelle de l'argent offert au temple. Au v. 12, pas plus qu'au v. 10, le parfait NA ne peut être rendu par le présent (1). Il est contraire à toute vraisemblance qu'aux vv. 12, 13 où nous voyons à l’œuvre les charpentiers et les architectes, les maçons, les tailleurs de pierres, où 1l est question de l'achat de bois et de pierres polies, 1l s'agisse de dépenses ordinaires. Ce qui est remarquable d'autre part, c'est qu'aux vv. 14, 15, 16, 17, les verbes sont au jussif. On y reconnaîtra la preuve que ce passage est emprunté à une ordonnance règlant l'emploi des fonds recueillis (2). Comme nous le disions tout à l'heure, l'interdiction qui défend, en cet endroit, d'utiliser les offrandes pour la fabrication des instruments énumérés, montre que l’on éprouvait avant tout le besoin de pourvoir à la restauration de l'édifice et que celle-ci constituait un ouvrage considérable. Il n’y a donc pas lieu de railler le Chroniste au sujet de son information, que l'état lamentable où se trouvait la maison de Dieu avait pour cause

(1) Comme chez Klostermann, dont il suffit de lire la version pour s’apercevoir du désordre qu'elle introduit dans le texte. — Cfr. p. e. 2 R. XXIIL 4. (2) Cfr. Klostermann I. c. in v. 10 not. x.

les dégradations qu'elle avait subies sous le règne d'Athale, l'impie, qui avait enrichi son temple de Baal au dépens de celui de Jéhova. Il y a une autre conclusion à tirer du v. 14. Si Joas jugea à propos de défendre expressément la fabrication d’ustensiles sacrés au moyen des trésors apportés par le peuple, une mesure d'ordre évidemment transitoire comme nous le faisions observer plus haut, c'est, selon toute apparence, que de ce côté-là aussi il y avait à porter remède à une situation malheureuse, à remplacer des objets détruits ou profanés, à favoriser un déploiement plus brillant du culte de Jéhova après la victoire qu'il avait remportée, peut-être à réparer les pertes causées par les contributions de guerre (1). Le décret royal veut qu'il soit veillé à la restauration des bâtiments sans aucun égard aux besoins d'autre nature. Le lecteur ne peut manquer d'être frappé de la composition défectueuse du récit du livre des Rois dans la forme où il nous est parvenu ; 1l nous communique un extrait de l'édit de Joas (14-17) sans aucune introduction, sans aucun lien avec ce qui précède, et s'arrête brusquement là-dessus ; il n’a pas un mot touchant le dénouement de l'œuvre. lei encore le récit des Chroniques apporte aux données de 2 R. XIT un précieux complément. Il nous apprend qu'après l'achèvement complet des travaux de réparation à l'édifice, on consacra le restant des otffrandes à reconstituer le trésor des instruments du culte. Ce renseignement ne contredit point la relation du livre des Rois ; il se trouve avec elle en parfaite harmonie (2).

Le Midrasch du Livre des Rois auquel le Chroniste atteste qu'il a emprunté les éléments de son récit, notamment touchant l'œuvre de restauration accomplie par Joas et l'argent qu'il réunit à cet effet (XXIV 27), nous à paru jusqu'ici soutenir

(1) 2 R. XI 19. Il se peut parfaitement que l'expédition de Hazaël vv. 18 ss. Soit à rapporter avant l’achèvement des travaux, peut-être même avant l'entreprise ; et qu'il faille ia distinguer de l'invasion dont parle 2 Chr. XXIV 23 ss. Les circonstances diffèrent absolument.

(2) Movers, L. €. p. 314 s. qui attire l'attention sur 2 R, XII 19, coll. XIV 14. — Vettli u. Meinhold Die geschichtlichen Hugiographen, in 2? Chr. XXIV 14.

parfaitement le parallèle avec 2 R. XII 5 ss. Poursuivons notre examen et considérons à présent la manière dont nous sont racontés des deux côtés les débuts de l'affaire.

Les premières instructions de Joas, d’après le récit des Rois, portaient que les prêtres auraient à recueillir les offrandes, « chacun parmi le cercle de ses relations (17372 DNA TN) ». La même chose est encore répétée au v. 8: « Désormais, dit Joas, vous ne recueillerez plus l'argent parmi vos cercles respectifs (62732 DNS), pour le donner à l’œuvre de la restauration ». Comment faut-il se représenter les conditions dans lesquelles les prêtres avaient à exercer leur mission, d'après cette importante donnée ? Doit-on supposer qu'au temple même, les gens qui arrivaient des différents endroits du pays devaient s'adresser au prêtre avec lequel ils se trouvaient en relations spéciales ? Impossible de concevoir une pareille disposition. La mesure, loin d'être favorable à une recette plus abondante, y aurait au contraire porté obstacle, elle aurait donné lieu à un vrai désordre. Pourquoi y aurait-il eu obligation de verser entre les mains d'un prêtre connu les dons volontaires dont parle v.5°? Il n y à qu une manière de comprendre l'indication de la sphère d'activité assignée aux prêtres au v. 6 ; c'est que les prêtres devront procéder à la collecte des contributions et offrandes dans les districts auxquels 1ls sont spécialement rattachés. Il est supposé que tous les ministres du culte ne sont pas perpétuellement de service au temple, qu'ils ne demeurent pas tous groupés dans le voisinage immédiat de Jérusalem. Ils devront recueillir l'argent, chacun de son côté, parmi les contribuables de leur ressort, et l'apporter ou l'envoyer à Jérusalem aux époques fixées.

Dans le livre des Chroniques XXIV 5, la mission donnée aux prêtres et lévites répond exactement à cette explication. Ils reçoivent l’ordre d'aller dans les villes de Juda réunir les fonds pour l'œuvre du temple. Non pas comme s'ils avaient eu à traverser le pays en tous sens, en quelque sorte à l'aventure. Il importait que les rôles fussent exactement distribués et que les différents groupes de ministres sacrés se partageassent avec

soin les localités où ils avaient à exercer leurs fonctions. Ils devaient recueillir l'argent dans leurs districts respectifs « Chacun parmi le cercle de ses relations ».

Mais le v. 5, dans le récit du livre des Rois, ne s oppose- -t-1] pas d’une manière absolue à notre interprétation du v. 6? D'après les termes dans lesquels notre notice est conçue, 1l semble en effet que les offrandes que les prêtres auront à recueillir consistent dans les contributions sacrées apportées au temple, dans l'argent que chacun voudra de son plein gré apporter à la maison de Jéhova. Il ne peut donc être question, dira-t-on, de percevoir ces contributions et ces dons partout dans la contrée, dans les villes et bourgades où le peuple est établi.

Nous ferons observer à ce sujet qu'au sens du narrateur, les formules * M2 N2Y ON, 7 n°2 N°2, ne signifient point une démarche matérielle au temple de Jérusalem ; le temple est plutôt présenté ici comme le terme moral des offrandes en ques: tion. Il s’agit de l'argent des contributions sacrées que l’on offre, que l’on donne, pour le temple, des dons volontaires que l'on destine au temple. Il est vrai que le lecteur aurait pu attendre une expression plus précise de cette idée au moyen de la préposition 2. D'autre part cependant il ne faut pas perdre de vue que dans le verbe N°25 lui-même la signification morale peut dominer, et que dans ce cas l’accusatif du nom qui marque le terme du mouvement devra se comprendre naturellement au sens que nous lui donnons ici.

De l'argent que le peuple payait pour la coulpe et le péché il est dit au v. 17: 5799 D"992) * M"S N2% N2 ; non pas, évidemmment, que cet argent ne pût ou ne dût pas être apporté matériellement au temple ; mais, comme l’antithèse énoncée le prouve, en ce sens que l'argent en question ne serait pas destiné aü temple : 1l revenait aux prêtres. — Au v. 5 les mêmes termes, répétés d'ailleurs à plusieurs reprises dans notre chapitre, servent d'expression, en quelque sorte consacrée, à la même idée.

Le v. 5 comprend trois membres, exposant la nature des

= HIsie

offrandes à réunir ; le premier est conçu en termes très généraux : l'argent des offrandes sacrées destinées au temple ; les deux autres relèvent d'une manière plus précise deux espèces de contributions, déjà comprises sans doute dans l'indication générale qui précède. Pour l’une des deux le texte est très clair : {out l'argent qu'il viendra à la pensée de quelqu'un de donner au temple ; ce sont les dons volontaires. L'autre parle de contributions imposées au peuple ; ici le texte est plus obscur et on l'interprète de diverses façons. D’après la relation des Chroniques. nous l'avons entendu déjà, il s'agissait en particuler de la perception de l'impôt de capitation que Moïse avait obligé les Israélites à payer pour l'œuvre du tabernacle dans le désert.

Or, comme Movers le fait justement observer (1), les termes dans lesquels le second membre de notre verset est conçu, rappellent précisément le passage d'Ex. XXX 12, 13, concernant la taxe dont parle la relation des Chroniques. Au ch. XXX v.12s. de l'Exode, Dieu dit à Moïse: « Quand tu feras le dénombrement des enfants d'Israël, chacun paiera le prix d'expiation de son âme à Jéhova (NT \DE2 "55 ŒN Vn2).; voici ce que palera quiconque passe ("2357 52) au nombre des recensés ». C'est sans aucun doute de cet impôt de capitation que parle 2 R. XII 5. 295 EDS c'est l'argent, le taxe de celui qui passe, ©. à d. suivant la portée usuelle de l'expression consacrée : de celui qui passe par l'opération du recensement (2). D’après le passage cité de l'Ex. XXX 12 l'impôt à payer avait une valeur expiatoire. On n'avait pas précisément, à l'occasion des travaux au temple, sous Joas, à faire le recensement du peuple ; c'est la nature de la taxe visée qui est indiquée par ces mots "21? F2 : l'impôt que l’on est tenu de payer comme étant, en droit, soumis au recensement. À cet impôt tous sont obligés : c'est une amende que toute âme doit à Jéhova (Ex. XXX 12); l’'édit de Joas rappelle cette signification. IL est

UP CiD 12.

(2) La trad. de la Vulg. : a praetereuntibus, n’a aucune vraisemblance. — Argent ayant cours ne convient pas au contexte.

a RE

difficile d'établir le sens précis des termes dans lesquels celle-ci est énoncée. D'après la lecture des Massorètes, Klostermann l'observe à bon droit, il faudrait considérer les mots 902 ON 1277 ME) comme apposition au sujet de la proposition principale, Den, de manière que le sens serait : « (les prêtres auront à recueillir les contributions...), chacun l'argent des âmes de son évaluation, ©. à d. chaque prêtre recueillera la taxe des âmes ou des personnes dont il aura lui-même fixé le prix. Mais cette interprétation nous obligerait à supprimer le 3° membre du v. 5, qui sépare, dans le texte actuel, les mots en question de la proposition principale. Ensuite, les prêtres n'ont pas encore été mentionnés ; le sujet en vue au v. 5, c’est le peuple ; il sera donc beaucoup plus naturel de rapporter l'incidente 131 TN à 7219 503 qui précède, et de lui donner comme fonction de rappeler le caractère universel du tribut expiatoire. Enfin la tournure de la phrase chacun l'argent des âmes de son évaluation est en elle-même extrêmement embarrassée et très peu satisfaisante.

À la rigueur on pourrait s'en tenir au Xethib du texte hébreu en lisant MED, et traduire : « Tout l’argent des contributions sacrées qui sera offert au temple : tribut de recensement (1) — chacun (payant) le prix des âmes, suivant sa taxe ; — tout. argent qu'il plaira à quelqu'un d'offrir au temple, les prêtres le recueilleront par eux-mêmes (2), chacun parmi le cercle de ses relations... » [1 y a lieu toutefois de se demander si le texte hébreu nous a été conservé dans toute sa pureté ? La version grecque donne à réfléchir. L'édition d’Alcala, dont les sources se rapprochent de la recension de Lucien, porte : ....apyuptoy GUVTIUSEWS VOS, GPYUPLOY GUVTLUAGEWS ŒUYWY.... ; CE QUI SU pposerait la lecture : NVDE2 775 505 UN 775 05. La substitution de T5 à "2% n'est pas justifiée ; c’est une confusion occasionnée par le 7% du membre suivant. Mais est-il aussi sûr que le dit Klostermann, in h. 1., que dans le second membre l'interversion des mots DTDE2 11% soit le fait de la recension

(1) Litt. argent de recensé.

(2) Ou bien : pour eux-mêmes. Vr. plus loin.

de Lucien ? N'est-ce pas notre texte hébreu qui aurait subi l’interversion des deux termes lui-même, dans l’idée, erronnée, que 131 [02 LA devait être envisagé comme apposition à DY2n ? La version des LXX, telle qu'elle nous est transmise en dehors de la recension de Lucien, suppose un texte hébreu plus voisin qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord, de celui qui répondrait à l’ed. Complut. Le cod. vat. offre la leçon : apydprov suvtiunsEws, Avho ApyUptov AaBwv suvriuisews…. [C1 Boy est une addition exégétique destinée encore une ne à présenter l'incidente comme apposition à 037 ; le sens est :.… « chaque (prêtre) prenant l'argent de la taxe ». Les mots 77> ©05 sont supposés étroitement unis ; d'autre part PÊDE: est OmIs ; ne serait-ce pas un phénomène analogue à celui qui le fait figurer avant 779 chez les Massorètes et dû à la même cause ? Nous soupçonnons que le texte hébreu primitif pourrait avoir porté : (ou : YÉE2?) NNLE) 7 [02 LN: tribut de recensement — chacun (payant) le tribut de la taxe des âmes (ou de son âme ?) ; Vulg. :.. quae offertur pro pretio animae. Du moment qu'on rapportait l’incidente 4 T°N à 02, on était exposé tout naturellement à lui donner la forme qu'elle revêt chez les Massorètes, ou dans le cod. vat. Nous croyons que la recension de Lucien reproduit 1c1 la leçon plus ancienne de la version grecque et qu'elle rend ainsi indirectement témoignage de l'état primitif du texte hébreu. | Klostermann termine sa note sur le passage par cette observation :.. «il semble que, en conformité avec Ex. XXX 11 s., il s'agit simplement de la taxe à laquelle sont évaluées les personnes ».

Joas avait donc commencé par charger les prêtres de percevoir partout, dans leurs districts respectifs, les ofirandes obligatoires ou volontaires que le peuple apporterait pour l’œuvre de la maison de Dieu. C'était là, sans doute, le mode de perception recommandé par l'autorité dont jouissaient les membres de la tribu sacerdotale demeurant épars parmi le peuple et par la relation naturelle et étroite qui les rattachaït d'autre part à la maison de Dieu. — 1 Chron. XX VI 30, 32,

nous lisons qu'une famille de lévites, les Hébronites, qui avaient leurs établissements au-delà du Jourdain, étaient préposés, dans les territoires de Ruben, de Gad et de Manassé « à toute l’œuvre de Jéhova et au ministère du roi », « à toute affaire de Jéhova et du roi ».

Joas éprouva les inconvénients qu'une pareille organisation pouvait présenter. La restauration du temple subit des retards qui n'étaient point sans doute à imputer à la tiédeur du peuple ; le zèle dont celui-ci témoigna bientôt est de nature à le faire : supposer. « Les lévites ne firent pont diligence » dit l'auteur des Chroniques. Le livre des Rois se contente pareillement de constater que les réparations à la maison de Dieu se faisaient attendre. Il est permis de croire que des abus se commettaient.

Le roi inaugura donc un autre système de perception, plus rudimentaire mais plus sûr. Désormais c'est au temple même que les contribuables verseraient directement les offrandes et les tributs sacrés. Ils pouvaient Le faire à l’occasion des pélerinages qui les réunissaient périodiquement à Jérusalem. Une sorte de tronc, une caisse dont le couvercle était percé d’un trou, fut établie, suivant le livre des Rois à côté de l'autel, suivant celui des Chroniques auprès de l'entrée même de la maison de Jéhova, au dehors. Klostermann est d'avis que dans le texte du livre des Rois il se pourrait qu'on doive lire "111727 5%XN au lieu de 72727 SX : il est difficile d'admettre, dit-il, que les portiers auront constamment dû quitter leur poste pour aller déposer dans le tronc placé près de l'autel, les offrandes apportées (1). La manière générale dont il est dit que le tronc était établi à droite quand on entre dans le temple, plaide pour la conjecture de Klostermann. C’est l'entrée du parvis, accessible au public, qui semble visée.

Quoi qu'il en soit, l'institution de Joas resta. L'innovation introduite sous son règne consista dans la suppression des perceptions locales d'impôts ou contributions quelconques pour le temple. On voit la mesure que ce roi avait inaugurée per-

(1).1Pe,

sister encore sous le roi Josias. Sous le règne de ce dernier on dut procéder également à la restauration de l'édifice sacré. Cette fois on ne voit plus, dans Ie livre des Chroniques, les lévites chargés de recueilhr les fonds dans les villes de Juda. Lorsque les envoyés du roi se présentent au temple, on leur remet l'argent que les lévites « gardiens du seuil » (donc au temple même) avaient recueilli de Manassé et: d'Ephraïm et de tout le reste d'Israël et de tout Juda et de Benjamin et des habitants de Jérusalem (1).

C'est la modification apportée au système de perception des offrandes en faveur du temple, qui fait tout l'intérêt de la relation des mesures prises par Joas, lors de la restauration que l'on accomplit sous son règne. Dans le récit des Chroniques la chose est présentée très clairement. Le livre des Rois ne laisse pas, lui non plus, de doute à cet égard. Mais ici plus d’une obscurité semble avoir été introduite dans la reproduction des données de la relation primitive. Outre le désordre résultant de la communication abrupte d'un extrait des recommandations royales, et l'absence de tout renseignement sur le dénouement de l'œuvre, 1l se pourrait fort bien que les termes dans lesquels les contributions à percevoir sont énumérées au v. 5, se soient ressentis, plus quil n'aurait convenu, de l'intervention du rédacteur.

Jusqu'à Joas, comme on peut le conclure des premières instructions données par ce roi, la perception des impôts pour le temple était directement confiée aux ministres du culte, qui recueillaient les offrandes parmi la population. Il semble, d'après les données du livre des Rois, que les opérations se faisaient de manière que les prêtres levaient les contributions pour leur propre compte à charge pour eux de pourvoir aux travaux de restauration. Le temple ayant besoin de réparations urgentes sous Joas, le roi avait rappelé au clergé sa mission.

(1) 2 Chron. XXXIV 9. A la fin du verset les Massorètes lisent : eé is retournérent à Jérusalem. Ils partent de la supposition inexacte, que les lévites ont recueilli l'argent dans les diverses localités du pays, comme ils avaient été chargés de le faire, en une circonstance analogue, sous Joas.

Mais les percepteurs se trouvèrent en défaut. « Les réparations ne se faisaient pas » dit l’auteur des Rois. « Les prêtres et lévites n’apportaient pas l'argent à Jérusalem » dit celui des Chroniques. L'accusation est voilée également dans les deux relations. Le résultat des agissements suspects des ministres du culte, fut l'institution d’un nouveau mode de perception des contributions destinées au temple. Désormais le roi se réserva directement le contrôle des fonds recueillis et de leur emploi.

Encore un mot touchant l'histoire de la restauration du temple sous Josias, un fait analogue à celui dont nous venons de parler (2 R. XXII, 2 Chron. XXXIV). Wellhausen suit en ce dernier endroit, v. 9, le geri des Massorètes et cela sans ajouter un mot de jusüfication (1). Cette lecture est contraire au sens évident du passage, puisque ce sont les lévites-portiers qui sont mis en scène, quil est donc manifestement supposé que l'argent a été recueilli à l'entrée même du temple. La construction de la phrase condamne d’ailleurs la lecture à l’imparfait ...S2U" à la fin d’une proposition relative dépendant de EDS "DK ! Suivant les Massorètes, qui s’écartent 1ci du texte écrit, il faudrait entendre la notice du v. 9 en ce sens : « Et (les envoyés du roi) vinrent trouver Helcias le grand prêtre, et ils comptèrent (2) l'argent offert au temple, que les lévites gardiens du seuil avaient recueilll de Manassé et d'Ephraïm et de tout le reste d'Israël et de tout Juda et Benjamin et ls retournèrent à Jérusalem (|) ; et ils le donnèrent aux directeurs des travaux, >» etc. C'est cette lecture que Wellhausen préfère au kethib. Le seul avantage que présente le geri, c'est que, moyennant cette lecture plus ou moins absurde, le récit des Chroniques se trouve mis en contradiction avec celui des Rois.

(1) Prol. p. 206.

(2) 327% au lieu de 7371",

nb: dt à

On reproche ici encore au Chroniste de s'être complètement mépris sur le sens de l’histoire. C'est l'institution de Joas, et elle seule, qui explique la démarche de Saphan, envoyé au temple par le roi, et mis au courant à cette occasion de la découverte du livre de la Loi! Le Chroniste n’a pas reconnu cela ! Il a de nouveau recours à la supposition de dégâts subis par le temple sous les règnes des rois précédents ! etc. — Mais, nous le demandons encore aux critiques qui se montrent si acharnés à prendre le Chroniste en défaut, qu’entendent-ils par l'institution de Joas ? Sont-ils sûrs qu'ils s’en rendent bien compte eux-mêmes ? On croirait vraiment, à lire leurs commentaires, que l’énséitution de Joas à eu pour objet d’attacher au temple un corps permanent d'architectes, de tailleurs de pierres, de maçons, de charpentiers et de forgerons, chargés du soin d'une restauration perpétuelle, et de l'achat non interrompu de bois et pierres polies ! N’est-il pas évident, d’après le livre des Rois aussi bien que d’après celui des Chroniques, que sous le roi Josias, comme autrefois sous Joas, on exécuta réellement au temple des réparations ? N'est-1l pas évident dès lors qu'il devait y avoir des dégâts à réparer ? Pourquoi en veut-on au malheureux Chroniste de le constater ? Au reste dès le début de la relation du livre des Rois, on reconnaît aussitôt que le narrateur songe à des fonds recueillis exprés, sous le règne de Josias, pour couvrir les frais de la restauration. « Le roi envoya Saphan..….. lui disant : Rends-toi chez Helcias le grand prêtre afin qu'il compte () l'argent entré temple, que les portiers ont recueilli du peuple, et qw'on le donne aux directeurs des travaux (2) », etc. Le récit des Chroniques

(1) ON" afin qu'it fixe le montant, le compte complet. Klostermann

propose 120" suivant XII 12. Nous ne comprenons pas pourquoi W. traduit und schüttet das Silber aus ; peut-être pour montrer comment l'institution de Joas était restée en vigueur ?

* (2) Pourquoi W. traduit-il : und gebet es...? Encore pour faire affirmer à l’auteur du 1. des Rois la suprématie royale ? C’est inutile. Ici comme dans le récit concernant le règne de Joas le Chroniste met l’autorité du roi et de ses envoyés beaucoup mieux en relief que l'historien qu’on lui oppose comme moins clérical.

v. 9 est conçu dans les mêmes termes. De quel argent s'agitil ? Dans la pensée du narrateur, il est parfaitement déterminé. A-t-il voulu parler de toutes les offrandes faites au temple depuis la dernière fois qu’on avait eu à faire des restaurations ? IL est clair dans tous les cas que 2 R. XXII 4 il est question de l'argent SO5S"DN recueilli par les « gardiens du seuil » pour l'œuvre qu'on allait entreprendre. Cela est évidemment supposé dans le récit des Rois comme dans celui des Chroniques. C’est pour cette raison qu'on commencera par établir le montant des sommes reçues et qu'on remettra celles-ci, intéoralement, aux mains des directeurs des travaux.

Ce n'est pas le Chroniste, ce sont ses critiques inconsidérés qui se méprennent sur la portée de l'institution de Joas. Celleci avait consisté, nous le répétons encore, dans la substitution à la collecte des offrandes faite personnellement par les prêtres dans leurs districts respectifs, de la perception à faire désormais au temple. La comparaison du récit de 2 R. XII avec celui du ch. XXIT dans le même livre le montre à l’évidence. Au premier endroit Joas n'avait pas dès l'abord donné mission aux gardiens du seuil ; ceux-ci n'entrent en scène qu'à la suite des nouvelles mesures prises par Joas. Ils ne furent préposés à la perception des offrandes qu'après que Joas eut signifié aux prêtres que dorénavant ils ne recueilleraient plus le tribut « parmi leurs relations » D2535 DNS (v. 8). Au ch. XXII, il nest plus question pour les prêtres de recevoir l'argent 232 DNA TN, « chacun de son cercle » ; les gardiens du seuil sont supposés seuls compétents. La relation des Chroniques à son tour ne nous montre plus les lévites collectant l'argent dans les villes de Juda ; ici comme 2 R. XXII l'envoyé du.ro1 vient se rendre compte de l'argent entré au temple, « que les lévites gardiens du seuil avaient recueilli de Manassé et d'Ephraïm et de tout le reste d'Israël et de tout Juda et de Benjamin ef des habitants de Jérusalem » (v. 9). L'innovation introduite par Joas fut fidèlement observée dans la suite, lorsque les circonstances réclamaient le paiement des contributions destinées à la restauration de la maison de Jéhova,.

IT

Les prêtres et les lévites dans les documents préexiliens,

S 1. Observations préliminaires.

Les données du livre des Chroniques sur les prêtres et les lévites préexiliens ne sont pas empruntées aux circonstances du temps de l’auteur ; elles ne sont pas une simple mise en œuvre des dispositions de la Loi. Elles ne peuvent être que l'écho des enseignements de l'histoire que l’auteur a recueillis dans des documents dont l'origine remonte, au moins indirectement, à l’époque préexilienne. Nous concluons provisoirement de l'étude que nous en avons faite, qu'avant l'exil l'organisation du sacerdoce comportait la division des ministres du culte en deux groupes bien distincts : celui des prêtres proprement dits et celui des ministres de rang inférieur. Il faut en outre qu'à l'époque dont la situation se réflète dans les relations du livre des Chroniques, ces derniers Jouissaient d'une grande considération ; qu'ils occupaient au point de vue religieux et social une position très élevée dans la nation ; qu'ils y exerçaient une influence continuelle et profonde. Il est manifeste que les documents utilisés par l'auteur du Midrasch, lequel servit de source aux Chroniques, eurent leur origine dans un milieu sacerdotal. L'intérêt marqué et prédominant qu'ils ne cessent de témoigner pour les choses du culte en fait foi. S'ils associent bien souvent les lévites aux prêtres de la façon la plus étroite, s'ils vont jusqu'à appliquer la dénomination de prêtres aux deux groupes réunis des Aaronides et des simples lévites, en général cependant la distinction y est suflisamment accusée pour prévenir toute confusion. Les Aaronides se distinguent de leurs frères les lévites par leur origine même. Certes, ils font tous partie de la même tribu ; mais au sein de cette tribu le sacerdoce proprement dit est héréditaire dans la seule descendance d’Aaron ; les autres membres, bien

que chargés eux aussi de fonctions importantes dans la célébration du culte, sont exclus du sacerdoce. Le lecteur ne pourra s'empêcher de faire la remarque que, sous la plume d’un auteur aussi épris des institutions liturgiques, aussi conscient d'ailleurs de la distinction originelle et profonde entre les simples lévites et les Aäronides, aussi clérical, en un mot, que celui dont les écrits servirent, en cette matière, de source indirecte au Chroniste, l'association intime des ministres subalternes aux prêtres, telle que nous lavons caractérisée plus haut, n’a pu se produire que grâce à l'influence impérieuse d'un usage généralement reçu parmi le public. La manière dont les lévites sont traités ici nous avertit que la ligne de démarcation entre eux et les prêtres, pourrait bien se trouver moins nettement tracée dans d'autres documents, émanés, avant l'exil, de certains milieux plus étrangers au service de l'autel ; dans des écrits ou des discours adressés directement au peuple ou destinés à son usage. Plus d'une fois, dans la source sacerdotale même du livre des Chroniques, les lévites sont mis sur le même rang que les prêtres, leur service est désigné en des termes réservés par le code sacerdotal au ministère des Aaronides ; le nom même de prêtres leur est attribué. À plus forte raison et dans une plus large mesure pourra-t-on rencontrer les mêmes phénomènes ailleurs.

Les livres des Juges, de Samuël et des Rois ne sont point, de par leur nature, appropriés à nous fournir des renseignements précis sur l'organisation du culte public aux époques auxquelles se rapportent les récits qu'ils renferment. Sans doute, en bien des endroits, il y est question d'actes de piété posés par les héros dont ils retracent l'histoire. Nous avons déjà eu à le constater ; et plus loin nous aurons encore à examiner la portée de certains faits qui se trouvent mentionnés ou racontés notamment dans les parties relatives aux premiers siècles après l'établissement des Israélites en Palestine, pour arriver à une Juste appréciation des origines du sacerdoce lévitique. Mais 1l n'en est pas moins évident que ces livres ont pour objet principal d'exposer la suite des événements

politiques qui marquèrent la vie de la nation ; que leurs auteurs n'ont point eu en vue d'instruire le lecteur en matière d'institutions ou de coutumes liturgiques ; qu'ils étaient même absolument étrangers aux préoccupations de ce genre. Ce qui résume pour eux tout le côté religieux de la vie publique d'Israël, c'est l'attitude du peuple dans la lutte entre Jéhova et les autres dieux ; la fidélité d'Israël envers Jéhova ou sa défection, voilà le grand objet qui absorbe toute leur attention. Dans le livre des Rois (à partir de 1 R. XII) ce point de vue se confond avec celui du droit exclusif du temple de Jérusalem en face des bämôth, présentées comme autant de siéges d’un culte idolâtrique et schismatique. La prospérité du peuple ou son malheur, ses succès ou ses revers, dépendront de son attachement au Dieu qui l'a fait sortir de l'Egypte, ou de sa coupable prostitution au culte des idoles sur les hauts-lieux. C'est là qu'est tout l'intérêt ; encore cette alternative n'est-elle d'ordinaire indiquée que par des formules générales. Nous trouvons çà et là, mêlés au tableau des événements qui se déroulent suivant la trame de la succession des juges ou des rois, des épisodes pleins d'intérêt qui nous permettent d'arrêter un moment le regard sur la situation intérieure de la nation. Mais même alors ce nest point le sanctuaire, c'est tel héros, c'est la foule, c'est la cour qui occupe l’avant-plan de la scène. Du prêtre il n'est question que dans ses rapports avec le monde profane. Nul ne s'attendra p. e à le voir intervenir dans l'histoire de Gédéon, de Jephté, de Samson. Même Eli et ses fils, qui semblent mis en si vive lumière, ne servent pourtant que d'introduction à Samuël et par Samuël à Saül ; Nob et ses prêtres sont pour le narrateur un détail de l'histoire de Ja rivalité entre Saül et David. Abjathar et Sadoq ne nous apparaissent que dans le rôle qu’ils remplissent au service de David et de Salomon ; Joïada n'a pour fonction que de renverser Athalie et d'élever Joas sur le trône ; puis de servir d’auxiliaire à ce dernier dans le zèle qu'il témoigne pour la restauration de la maison de Dieu. Assurément, dans ces conditions, les données positives que les récits des livres des Juges ou des Rois

fourniraient touchant l’un ou l’autre point du sujet que nous traitons, auraient d'autant plus de valeur qu'elles seraient moins suspectes d’émaner d’un dogmatisme tendancieux. Mais il importe aussi de ne pas oublier qu'il convient ici de n’user qu'avec une réserve et une prudence toutes spéciales de l'argument négatif, tiré du silence des documents.

Ces observations ont été faites bien souvent ; elles s'imposent d’ailleurs à l'esprit le moins attentif, mais dans la pratique on n'en tient pas toujours suffisamment compte. Personne ne saurait critiquer Wellhausen de ne s'être point laissé arrêter par l'insuffisance des renseignements contenus dans le livre des Rois, pour attribuer aux prêtres du royaume du Nord une influence très considérable. Cette absence de données, comme 1l le remarque avec raison, s'explique de la manière la plus naturelle par le fait que l’auteur sacré vise surtout à mettre en relief l'action du prophète sur la marche de l’histoire d'Israël (1). |

Pour ce qui regarde le clergé du royaume du Sud, le livre des Rois renferme plus d’un aperçu qui nous permet de mesurer la situation éminente que ce corps devait occuper au sein de la nation. Cependant ces aperçus, comme nous l’avons dit, sont purement occasionnels ; et si les détails manquent, cette sobriété d'information s'explique d’une façon analogue aux considérations que lon peut faire valoir pour l'histoire du royaume de Samarie.

Les écrits des prophètes Amos et Osée, Isaïe et Michée, Jérémie, témoignent que de leur temps le culte se célébrait avec grande pompe et splendeur, qu'il prenait une place très grande dans la vie populaire. Les deux premiers parlent surtout pour les habitants du royaume du Nord ; mais il est facile de se rendre compte qu'eux non plus ne perdent pas de vue Jérusalem et son temple. Les prophètes sont obligés de protester contre la confiance excessive et aveugle que le peuple place dans les manifestations purement extérieures de sa piété

(1) Prolegomena p. 135.

envers Jéhova, dans les fêtes solennelles, dans les innombrables sacrifices, dans la présence du temple et de l’autel. Il est inutile de rappeler ici ces passages de leurs discours. A leur propre point de vue, ils exigent avant tout la pratique de la vertu, la fidélité aux lois de la justice ; ils accordent cependant, dans le tableau idéal qu'ils tracent de l'avenir, une place considérable aux magnificences du culte. Israël lui-même constitue à leurs yeux « les prémices que Jéhova .s'est choisies parmi sa récolte » (1). « Si vous m'écoutez, dit Jéhova, et que vous ne portiez pas des fardeaux par les portes de cette cité le jour du sabbat et ne le violez par aucun travail, l’on viendra des villes de Juda et des environs de Jérusalem et de la terre de Benjamin, de la plaine et des montagnes et du midi, apportant l’holocauste et l'offrande et l’encens et l'on viendra au temple offrir le sacrifice d'action de grâces » (2). De même qu'aux jours du prophète on arrive au sanctuaire, pour y accomplir les devoirs religieux, de toutes les villes du Juda (3) ; de même on viendra, quand l'épreuve aura purifié la nation coupable, se répandre en allégresse sur la montagne de Sion ; les foules afflueront au siège de la bonté de Jéhova pour célébrer ses dons (4) ; elles apporteront leurs offrandes votives à sa demeure en chantant : Louez Jéhova des armées, car Jéhova est bon et sa miséricorde est éternelle ! (5). — Certes, les cantiques et les sons de la musique sacrée, les sacrifices et les holocaustes, n’empécheront pas la justice divine de faire son œuvre et d'arracher à sa terre la nation prévaricatrice, comme au désert les sacrifices n’ont pas empêché Israël d'en rester exclu pendant quarante ans (6) ; car les troupeaux de bœufs et de moutons ne suffisent point à l'honneur de Jéhova (7) ; ce n’est point par

HoAér IL.

(2) Jér. XVII 24, s.

(8) ibid. XX VI 2.

(4) ibid. XX XI 12.

(5) ibid. XX XIII 11.

(6) Amos V 22-27. Voir notre dissertation Le lieu du culte p.71 S, Cfr.

Is. I 11 ss. Jér. VII 21 ss. etc, HO AVG,

des hécatombes de taureaux, par des milliers de béliers et des myriades de torrents d'huile que l’on peut se procurer sa faveur ; on ne l’obtiendrait même pas par l’offrande de son premier-né (1). Mais un jour, lorsque le repentir du peuple aura mérité le pardon de Dieu, la montagne du temple verra accourir, pour y présenter leurs hommages à Jéhova, non seulement comme nous l'avons entendu, les habitants de Juda et de Benjamin, mais les nations elles-mêmes converties à sa Loi et à son culte (2).

Le livre des Rois, où l'on ne rencontre qu'incidemment l'une ou l’autre notice relative au culte célébré dans le temple (3), ne nous permettrait pas à lui seul de nous faire une Juste idée du développement que devaient avoir pris, suivant les paroles que nous venons d'entendre, les institutions Liturgiques. Il n'est pas étonnant que les renseignements qu'il nous donne, en de rares occasions, sur la situation du personnel attaché au service du sanctuaire, soient eux aussi extrêmement maigres.

Si l'on fait abstraction des récits où l’auteur s’abstient même de mettre en scène les prêtres et où, en conséquence, on nest point en droit d'attendre la mention des lévites inférieurs, 1l y a en réalité, dans la section des livres des Rois qui commence au ch. XIT du 1° livre (4), deux endroits où 1l y aurait eu lieu spécialement de voir apparaître ces derniers. C'est tout d’abord le passage dont nous avons déjà parlé plus haut (5), relatif à la restauration du temple sous Joas 2 R. XIT ; puis la description de la réforme de Josias, notamment au v. 4 et surtout au v. 2 du ch. XXIIT, où nous lisons que le roi se

(1) Mich. VI, 6. Vr notre étude sur le Vœu de Jephté p. 135. (2) IS ALP 1S SMIC MEISSS etc:

(3) Comme 2 XVI 15.

(4) C’est à dire dans l'Histoire des rois d'Israël et de Juda.

(2) pp. 10188.

rendit au temple, suivi des prêtres, des prophètes (1) et du peuple entier. En ces deux occasions, pas plus qu'ailleurs dans toute la section en question des livres des Rois, les lévites ne sont point nommés, du moins sous ce titre. Ce qui est à remar-quer en outre, cest que 2 R. XII 10 les ministres chargés de la garde des portes du temple sont appelés 907 "2% 8535 : « les prêtres gardiens du seuil ». Aux chapitres XXII v. 4, XXIII v.4, XXV v. 18 (2), les mêmes fonctionnaires sacrés sont désignés sous le titre plus simple 50 "2%. D'autre part il semblerait d'après 1 KR. XIT 31, que ce soit l'origine lévitique, et non pas l'origine aäüronienne, qui constitue le titre du sacerdoce légitime.

Chez les prophètes même silence sur les lévites. fe cependant ce silence est encore moins surprenant que dans le livre des Rois. Bien qu'ils parlent assez souvent des cérémonies du culte, les prophètes ne mettent généralement le prêtre en scène quen le considérant d'une manière abstraite au point ‘ de vue de sa situation morale vis à vis du reste du peuple. Lorsque Isaïe XXIV 2 proclame qu'au jour du châtiment le prêtre sera traité comme le peuple, le maître comme le serviteur etc., 1l ny avait évidemment pas lieu de nommer les lévites. Or les textes des prophètes où il est question des prêtres, en laissant de côté ceux où il sagit de personnages déterminés, sont presque tous analogues au passage que nous venons de rappeler. [l est évident que là où Ze prêtre ou les prêtres figurent dans le discours comme représentant l'institut des ninistres du culte, soit en regard de l’ordre des prophètes, soit en opposition avec le peuple, les lévites aussi seraient à considérer éventuellement comme compris sous cette désignation (3). On pourrait d'autant moins s'étonner de voir les prêtres

(1) A l'endroit parallèle des Chroniques nous lisons : …. des prêtres et des POUTESS.... (2 X XIV 50)

(2) Cfr. Jér. EII 24. |

RS NV III Ten el 1,18 TR 20 IV 9 V0 81 VI 215 VITE O ; PU NIV PIX NVITIELS :XIX L'EXOCTIIN1: 33 134 /XX VTT, 8, SEX XVI ID NITI L, 5 XXIX 10095 XX XIE IX X XIT32 : XX XIVUI9 > Oséer IV 4,9; V1; VI9 (ce prophète d’ailleurs vise surtout le royaume du Nord);

seuls nommés en des occasions comme Is. XX XVII 2, Jér. XXIX 25, que le même phénomène sobserve, sans que personne y trouve le moindre sujet de surprise, chez Aggée IT 11, 12, 13 et Zacharie VII 3, 5, à une époque où les lévites étaient sans aucun doute distingués des prêtres d'un rang supérieur.

Cependant, ici comme dans l’histoire des rois d'Israël et de Juda, on relève à côté du silence des documents, un phénomène qui apporte une donnée positive à l'étude de notre problème. Jér. XX XIII 18 les ministres du culte sont caractérisés par l'épithète de prêtres lévitiques, ce qui rappelle 1 KR. XII 31 ; et ce qui est plus digne d’attention encore, au v. 21 l'ordre des termes est renversé et les lévites, c’est à dire les membres de la tribu de Lévi, sont appelés prêtres ! Un assez grand nombre d'auteurs contestent l'authenticité, soit de tout le passage 14-26, soit en particulier des versets indiqués. Il nous semble que ceux-ci n’offrent aucun caractère de nature à les rendre suspects. Que Jérémie y présente les sacrifices comme un élément de la restauration future, la chose n'a rien d'étonnant ; il parle dans le même sens ailleurs des cérémonies du culte. Qu'il y mette en relief l’origine lévitique du sacerdoce, alors qu’il s'abstient de le faire dans tout le reste de son livre, encore une fois il ny a pas lieu d'y trouver matière à une objection sérieuse. Dans les versets en question le prophète envisage précisément les prêtres sous un rapport tout spécial ; il les considère dans l'exercice de leur ministère sacré ; sa parole prend en quelque sorte le ton de l’apothéose. Et quant au fait que Jérémie fut en lutte perpétuelle à Jérusalem avec les prêtres de son temps, nous ne voyons pas que cela dût l'empêcher de proclamer à l’occasion les titres, de noblesse historiques du corps sacerdotal, d'autant plus qu'il en faisait lui-même partie.

Quoi qu'il en soit de l'authenticité de Jér. XXXIII 18, 21,

Mich. III 11. Dans les Lamentations et chez Joël le point de vue est le même. a

LA

un passage que d’ailleurs il faut prendre en considération en toute hypothèse touchant son origine, les parties deutéronomiques de l’'Hexateuque offrent au même point de vue un sujet d'étude particulièrement intéressant. La tribu de Lévi y est présentée comme appelée, dans l’ensemble, aux fonctions sacerdotales Deut. X 8, 9 ; voir encore XVIII 1 ss., XXI 5, XXVII 9, XXXI 9, XXXIII 8, 10. De distinction entre Aüronides et autres lévites 1l ne semble pas y avoir de trace. De même que nous avons trouvé, au livre des Roïs, le titre de prêtres donné aux « gardiens du seuil », de même ici les « porteurs de l'arche >» qui dans le code sacerdotal et dans les Chroniques sont des lévites, s'appellent prêtres; voir Deut. NXX NO Jos. III 3 etc.

Malgré les réserves que nous avons formulées touchant la valeur de l'argument négatif que l'on pourrait tirer du silence des prophètes et de l’histoire des rois d'Israël et de Juda, contre l'existence, avant l'exil de Babylone, de l'institut des lévites distincts des prêtres ; 1l y à dans tous les cas ici un problème à éclaircir. Comment expliquer que dans les écrits dont nous venons de rappeler sommairement le témoignage, il ne soit question que de prêtres lévitiques ou fits de Léuwr, jamais de prêtres fs d'Aaron; que les offices attribués ailleurs aux simples lévites sont ici remplis par des prêtres ?

Nous avons suggéré à cette question une réponse appuyée sur les données du livre des Chroniques. D'après les documents utilisés par l’auteur de ce livre, les lévites avant l'exil devaient avoir acquis des privilèges considérables. Leur prestige était tel que jusque dans les cercles ecclésiastiques d'où les documents en question sont issus, ils étaient traités avec autant d'égards que les prêtres aäïronides eux-mêmes. Sans doute dans les récits des Chroniques la distinction entre les deux éléments du clergé est loin d'être effacée. Mais comme il a été dit plus haut, le rapprochement qui se manifeste: ici devait tenir à une situation dont les indices ne pouvaient manquer de s’accuser plus franchement dans des écrits provenant de milieux plus profanes. La prédication des prophètes ne s’inspi-

rait pas assurément des préoccupations hiérarchiques des ministres du culte. [l est certain aussi que ce n'est point l'esprit sacerdotal qui anime les relations du livre des Rois. Quant au Deutéronome qui, à notre avis, subit vers la fin de l’époque préexilienne une rédaction nouvelle, à laquelle au reste l’influence des prophètes ne fut point étrangère, il est à noter pareillement que non seulement il s'adresse directement au peuple, mais que dans toutes ses prescriptions et recommandations relatives à la célébration du culte et aux devoirs religieux, il se tient constamment au point de vue populaire. Le Deutéronome est écrit pour le peuple et ne prête aucune attention aux affaires intérieures du clergé. À plus forte raison faut-il en dire autant des parties du livre de Josué que des liens spéciaux d'affinité littéraire rattachent au Deutéronome. Dans l'hypothèse que durant les derniers siècles qui précédèrent la captivité de Babylone on en était venu en dehors des sphères du temple, à assimiler pratiquement les lévites aux prêtres, à les confondre tous sous la dénomination commune de prêtres lévitiques, on sexpliquerait sans peine que cet usage eût été suivi dans les livres qui nous occupent.

Ce qui montre d’ailleurs, abstraction faite des indices relevés dans les Chroniques, que notre supposition touchant l'usage en question nest point arbitraire ; c'est que certains récits, comme celui de la révolte et du châtiment de Qorah (Noïnbres XVI), nous ont en effet conservé le souvenir des difficultés que provoquèrent dans les rangs du clergé les envahissements ou les prétentions des lévites. Lors de la restauration ceux-ci se virent ramenés à la condition qui leur était assignée par la Loi. Ils ne cessèrent depuis lors, comme nous l'avons vu, de baisser en importance et en considération.

Ne serait-il pas étrange toutefois qu'il ne fût resté dans les livres de Samuël et des Rois, dans le Deutéronome ou dans d'autres écrits préexiliens, nulle trace de la distinction primordiale qui, malgré tout, subordonnait les simples lévites aux prêtres proprement dits ? Nous allons voir si les données de l'histoire répondent à cet égard aux prévisions.

S 2. Les parties Jéhovistes et Elohistes de | Hexateuque.

Dans la législation du livre de l'alliance, il n’est fait aucune mention explicite des prêtres. La loi d'Ex. XX 24 ss. relative à l’autel de terre ou de pierres non taillées, ne vise point, comme nous l'avons exposé ailleurs, le culte public et officiel, à célébrer par l'entremise des prêtres. Elle règle les conditions dans lesquelles devaient s'accomplir les actes du culte populaire, — d'ordre domestique ou privé, — qui accompaonait toute ummolation de bétail. L'usage en question remontait selon toute probabilité aux générations antérieures à la formation même du peuple hébreu ; on le retrouve chez d'autres peuples sémitiques. Nul animal, bœuf ou brebis, ne pouvait être abatiu pour la consommation, sans que le sang en fût répandu sur un autel et que les parties grasses fussent brûlées en l'honneur de la divinité (1). Lorsque le culte national fut organisé, l'arche d'alliance et son sanctuaire, son sacerdoce, son rituel modelé en certains points sur la coutume traditionnelle, vinrent en quelque sorte se superposer à celle-ci. L'antique institution continua à subsister à côté de l'institution nouvelle et à faire l’objet de la sollicitude du législateur. En regard du culte établi pour le sanctuaire de l'arche elle se trouvait dans un rapport analogue à celui de la vie des familles ou groupes de familles vis-à-vis de la nation. Du jour où s'ébaucha l'unité nationale des tribus, Jéhova apparut comme le Dieu souverain de tous les fils d'Israël ; l'arche, symbole de sa présence, fut également sacrée aux yeux de tous ; sa demeure fut le centre religieux du peuple entier. Mais, nous le répétons encore, l'exercice local du culte domestique tel qu'il se pratiquait parmi des cercles plus restreints, n'en fut point supprimé du coup. [l semble que certaines précautions furent prises en vue de prévenir toute atteinte au prestige du sanctuaire national. Il était prescrit que l’autel où, à l'occasion des immolations ordinaires, devait

(1) Lév. II 16-17; VII 22 ss. ; cfr. Le lieu du culte... p. 35Ss,.

se répandre le sang des victimes, serait fait de terre ou de pierres non taillées ; les proportions devaient en être modestes, il était défendu d'y monter par des degrés. Parfois on se servait à cet effet d’une grosse pierre. La loi d'Ex. XX 24ss., comme nous venons de le rappeler, ne suppose en aucune manière l'intervention du prêtre dans les actes qui s’y pratiquaient. Les recommandations renfermées en ce passage s'adressent manifestement et directement au peuple lui-même ; chacun est compétent pour s'approcher de l'autel de terre. Celuici n'exige point chez le ministre qui veut y officier, un caractère spécial, non plus que des vêtements distinctifs et sacrés. — Les autels affectés suivant leur destination primitive à l'immolation ordinaire du bétail, contribuèrent pour une bonne part à introduire ou à favoriser l'abus des sanctuaires idolâtriques et schismatiques des bämôth. Aussi se trouvent-ils radicalement supprimés dans la législation que nous expose le Deutéronome dans sa forme actuelle.

Le livre de l'alliance renferme aussi des prescriptions qui se rapportent au culte public ou national. Ex. X XIII 14 ss. nous lisons la loi qui impose à tous les hommes en Israël l'obligation de se présenter devant Jéhova trois fois par an, aux fêtes solennelles des Azymes, de la Moisson et de la Récolte. Comme nous l'avons établi ailleurs (1), ces pélerinages devaient se faire au sanctuaire de l'arche. Ex. XXXIV 18 ss. ils font encore l'objet de recommandations pressantes. Le législateur rappelle que l’on ne se présentera pas devant Jéhova « les mains vides » (XXIII 15, XXXIV 20); on apportera à la maison de Jéhova les prémices des fruits de la terre (XXIII 19, XXXIV 26). En un autre endroit (Ex. XXII 28) la même loi prémunit le peuple contre toute négligence à livrer « sa plénitude et son Jus » à Jéhova, c’est-à-dire à apporter au sanctuaire les redevances prélevées sur l'aire et le pressoir. — Ces prescriptions supposent la présence au sanctuaire, d’un clergé percevant les redevances en question pour les administrer et

(1) Lieu du culte p.258.

en jouir. Elles ne nous fournissent aucune donnée touchant l'organisation du sacerdoce. Ce n'est point le rituel du culte, ce sont les obligations du peuple que le législateur a ici en vue.

Les livres de l’'Hexateuque et notamment l'Exode, renferment bien des récits, ne se rattachant ni au groupe deutéronomique, ni aux documents sacerdotaux, qui compensent à cet égard le silence du « livre de l'alliance ». Sans doute pour l’époque patriarcale, les traditions recueillies dans les relations bibliques ne mettent point en scène des prêtres spéclalement appelés au ministère du culté. Ce serait s’abuser d'une manière étrange d'appliquer les traits sous lesquels est décrite la vie religieuse à cet âge reculé, à la période de l’établissement du peuple hébreu dans le pays de Canaän, après l'Exode. Les exigences de l’histoire aussi bien que la nature même des institutions, défendaient aux narrateurs de dater l'origine du sacerdoce organisé d’une époque antérieure à la formation du peuple. Le sacerdoce ne pouvait être envisagé par eux que comme l’eflorescence et le couronnement de la nation constituée. Aussi les mêmes récits qui nous montrent les patriarches du peuple israélite offrant leurs sacrifices sans l'intervention du prêtre, ne font-ils point difficulté de nous parler, par exemple, des prêtres égyptiens. Rien n'empêche, à ce point de vue, que l'épisode du prêtre cananéen Melchisedeq, Gen. XIV, soit d'origine très ancienne. De même que les auteurs sacrés ont égard à la différence de pays et de peuples, de même il n'était que Juste quils eussent égard, pour le peuple hébreu, à la différence des temps.

Au ch. XXXII v.26ss. de l'£xode nous apprenons dans quelles circonstances la tribu de Lévi reçut la promesse de l'investiture des fonctions sacrées. Répondant à l'appel de Moïse, après l'incident du veau d’or dans le désert, tous les membres de cette tribu s'étaient rangés contre les Israélites coupables et avaient tiré une sanglante vengeance du désordre auquel ceux-ci s'étaient livrés. Dans la Bénédiction de Moïse Déut. XXXIII 8, 9, le lévite est loué pour avoir dit à son père et à sa mère : Je ne vous regarde point ! pour n'avoir

point eu égard à son frère et n'avoir point connu ses fils. Généralement on est d'accord à établir un rapport entre la narration du ch. XXXII de l’Exode et le passage de la Bénédiction de Moïse que nous venons de rappeler. Mais le rapport n'est pas conçu de la même façon par tout le monde. Kuenen était d'avis que dans le récit de l'Exode, les vv. 25-29 se laissent le mieux comprendre comme une représentation sous la forme d’un fait sensible, de l'idée exprimée Deut. XXXIIT ; et du coup comme préparation à la théorie deutéronomique touchant l'élection de la tribu de Lévi (1). Le morceau de l'Exode serait donc à placer pour l’époque de sa composition entre la Bénédiction de Moïse et le Deutéronome. Wellhausen partage cette manière de voir. Ex. XXXII 26-29 est conçu, dit-1l, au point de vue deutéronomique (2). Aïlleurs il fait observer que les vv. 21-29 doivent être pris et jugés en bloc ; il reconnaît en même temps qu'il n y a aucune raison intrinsèque pour y voir une addition faite après coup (3). Les critiques s'entendent assez généralement pour nier l'harmonie entre les diverses parties du récit du ch. XXXII. Notre pas sage en particulier, dit-on, ne répond ni à ce qui précède, ni à ce qui Suit.

Ce que nous tenons à faire observer pour notre part, c'est qu'en toute hypothèse sur la composition du ch. XXXII (4)

(1) ACO. p. 240.

(2) Proleg. p. 142, 155.

(3) Compos. D. 94.

(4) Parlant de la section comprise aux vv. 21-29, Reuss écrit: « Ce paragraphe n'est pas de l’auteur qui à écrit les v. 7-14 où Moïse demande grâce pour le peuple ; il n’est pas davantage de la main de celui qui représente (v. 20) Moïse comme se contentant d’une punition beaucoup moins cruelle, qui parlera plus loin (v.33 suiv.) d’une punition émanée directement de Dieu et qui (v. 32) lui met de nouveau dans la bouche une demande de pardon, absolument inconciliable avec la fureur qu'il déploie dans notre texte » (L'Hist. S. et la Loi, in h. 1.). On peut lire des considérations analogues chez Wellh. Die Composition 1. ec. et chez d'autres auteurs. — D’après notre récit Moïse avait obtenu de Jéhova, irrité contre le peuple, qu’il n’exécutât point la menace de destruction qu'il avait d’abord prononcée (vv. 7-14). Descendu de la montagne Moïse est témoin du culte sacrilège auquel on se livre. Il brise les tables de la Loi et pour témoigner son mépris de l’idole, pour faire

il est impossible de voir dans les vv. 21-29, un simple développement de Deut. XXXIII 9. L'auteur de la Bénédiction, d'après Wellhausen, met en relief, en ce dernier passage, l’idée générale, d'ordre purement moral, du détachement professé par les lévites exclusivement consacrés au service de Jéhova, à l'égard des affections naturelles les plus sacrées et les plus intimes. Mais on ne voit nullement comment cette idée aurait pu donner lieu à la conception d’un massacre des Israélites par les lévites. Ce neût point été là présenter l’idée morale sous la forme d’un fait sensible, mais la dénaturer complètement et l'affaiblir au lieu de l’accentuer. Apprenons-nous au ch. XXXII de l'Exode comment les lévites ne considèrent plus ni père ni mère, comment ils n'ont plus égard à leurs propres enfants ? En aucune façon. Pour concrétiser une idée pareille dans un fait sensible, on aurait dû nous montrer un lévite, ou des lévites, prenant vis-à-vis des membres de leur propre famille l'attitude qui est attribuée dans notre récit à toute la tribu de Lévi vis-à-vis des Israélites coupables. Un fait de ce genre-ci ne peut avoir été inventé pour servir de commentaire historique à la parole de la Bénédiction de

sentir au peuple tout ce qu'il y avait d'aberration insensée dans sa conduite, il réduit le veau d’or en poudre, mêle les restes à de l’eau et fait boire ce mélange aux fils d'Israël (v. 20). Ceci n’est pas un châtiment, comme le croit Reuss ; c'est une mesure destinée à démontrer la vanité du prétendu dieu d'or. Aaron est invité à rendre compte de sa conduite (v. 21-24). Mais le peuple ne se soumet point. Moïse s'aperçoit « que la foule était sans frein ; car Aaron lui avait Ôté le frein pour murmurer contre ceux qui lui résistaient » (v. 25). C’est alors que Moïse indigné, pour rétablir la discipline, rassemble autour de lui un noyau d'hommes fidèles. Avec le concours des lévites il rétablit l’ordre par une mesure d'une rigueur extrême. Après ce châtiment Moïse intercède de nouveau pour le peuple ; c’est la grandeur du crime qui motive cette nouvelle démarche. Le pardon qu’il implore aux vv. 30-32 comme 7-14, ce n’est pas l'impunité, mais la préservation, le salut final du peuple coupable. Cette insistance de Moïse à demander à Jéhova qu'il n’inflige point à Israël une destruction complète, est de nature à faire sentir toute l’horreur du crime commis (v. 30). Le v. 35 ne forme point la suite au v. 20, comme Wellhausen incline à le croire. La punition rappelée au v. 35 est le massacre raconté dans le passage qui précède; cette interprétation est parfaitement compatible avec l'attribution qui est faite à Jéhova lui-même du châtiment infligé à Israël (voir nos Observations crit. sur les récits concernant Biléam p. 14) Les vv. 21 ss. rappellent absolument vv. 1 ss. ; comparez d'autre part les vv. 4 et 8, let 7, XX XIII 1-2 et XX XII 34, 13.

Moïse. — Par contre, le fait étant supposé, on conçoit parfaitement que l’auteur de la Bénédiction en y faisant allusion et voulant à ce propos exalter la fidélité de Lévi envers Jéhova, ait renchéri sur les circonstances réelles, en prônant le détachement absolu, sans restriction aucune, des enfants de Lévi, à l'égard de tous liens naturels. En réalité, d’après le réeit, les lévites n'avaient témoigné leur indépendance que vis-à-vis du lien qui unissait les tribus en une même nation; dans le langage hyperbolique de la Bénédiction, cela pouvait devenir l'indifférence pour les liens domestiques les plus sacrés, du moment que la cause supérieure de Jéhova est en jeu. Le récit prêtait d'autant mieux à ce pompeux éloge, que dans l’ordre donné par Moïse, v. 27, il était dit aux lévites qui s'apprêtaient à faire Justice et à rétablir la discipline, d’égorger tout, « frères, amis et prochains », c'est-à-dire, suivant le commentaire très Juste de Reuss : sans ménagement aucun, sans distinction de personnes. Au v. 29 également, où l’ordre de Moïse est rappelé, après la mention de l'exécution, en termes qui indiquent en même temps la récompense accordée aux lévites pour leur fidélité, nous lisons : « Et Moïse disait (1) : Remplissez votre main aujourd'hui pour Jéhova (2), serait-ce chacun en ses fils el en ses frères, afin d'attirer sur vous aujourd'hui une bénédiction ». — Que de fait Deut. XX XIII 9 suppose le récit de l’'Exode, cela résulte, nous semble-t-il, très clairement des termes mêmes dans lesquels le verset est conçu. [I n'y à pas 1c1 l'énoncé d’un principe abstrait, mais une allusion à un fait historique : « (ton homme fidèle) (3)... qui a dit

(1) Reuss.

(2) Témoignez votre dévouement généreux envers Jéhova.

(3) Les premiers mots de la Bénédiction de Lévi sont assez obscurs. Bickell a l'aison,croyons-nous, dans ses Carmina veteris Testamenti metrice (1882), d'en appeler à la leçon des LXX. Celle-ci met hors de doute, par le parallélisme entre les deux premiers membres du v. 8, que le 7707 D"N « l’homme pieux », équivaut au collectif Lévi :

7an “5 an 7707: VND TT

« Donne à Lévi tes Tummim et tes Urim à ton homme pieux... ». Malgré

de son père et de sa mère : Je n’y ai point égard ! qui ne considéra point son frère, ne connut point ses enfants ; mais qui (= les lévites) observèrent ton commandement et gardèrent ton pacte ». Le v. 8 venait déjà de rappeler, au sujet de la tribu de Lévi, un souvenir se rapportant à l'époque du séjour au désert. Au v. 9 il n'est pas douteux qu'il y ait un écho d’un événement associé par la tradition aux mêmes circonstances historiques ; dans le second membre, ce n’est point la consécration de la tribu lévitique au service de Jéhova, mais sa fidélité au devoir qui est exaltée ; c’est en se montrant les observateurs zélés de la volonté divine que les lévites ont eu à manifester leur détachement des liens naturels. Ce renoncement nest donc point proposé ici comme un caractère habituel de leur état ; c'est un acte posé par eux qui leur vaut l'éloge prononcé par Moïse. — Il est évident du reste que, comme note inhérente à la nature même de la vocation lévitique, 1l eût été excessif d'attribuer aux ministres du culte la conduite ou l'attitude austère décrite en notre passage. Comment et en quel sens comprendra-t-on que le lévite ait dû, par profession, à une époque antérieure au 7° siècle, pratiquer le renoncement à toutes les affections naturelles, n'avoir aucun égard à son père et à sa mère, ne point connaître ses frères, se détacher de ses propres enfants ? Il est difficile de se faire de cela une idée quelque peu arrêtée.

Nous pensons que quiconque envisage la question avec attention et sans parti-pris, partagera l'avis de Dillmann, à savoir que cest le récit d'Ex. XXXII 21-29 qui est visé Deut. XX XIII 9 (1).

les objections que l’on pourrait soulever contre la justesse des références qu'elles impliquent, il n’y a qu'une manière de comprendre les paroles qui suivent : « …. (ton homme pieux) que tu as tenté à Massa, avec lequel tu entras en dispute aux eaux de Meriba ; — qui a dit à son père... » etc. Jéhova tenta Lévi à Massa. lorsqu'il permit que le peuple fit entendre des murmures contre Moïse, représentant de la tribu de Lévi (£x. XVII 2-7) ; il entra avec Lévi en dispute aux eaux de Meriba, lorsqu'il porta contre Moïse et Aaron, représentants de la tribu de Lévi, la sentence d'exclusion de la terre promise (Num. XX 12, XX VII 14).

(1) Driver croit lui aussi que l’auteur de la Bénédiction à voulu faire allusion au réeit de l’Exode (Deuteronomy p. 401).

I faut en conclure qu'avant l’époque à laquelle remonte la composition de la Bénédiction de Moïse, donc en toute hypothèse avant le septième siècle, la vocation et la compétence spéciales de la tribu de Lévi pour le service du culte, étaient d'institution publique reconnue.

Dans le récit de l'exploit accompli par les lévites, l'ordre de Moïse est répété, au v. 29, en ces termes, suivant la traduction que nous avons adoptée tout à l'heure : « Remplissez vos mains pour Jéhova, serait-ce en vos fils el vos frères... ». La formule remplissez vos mains en ce jour pour Jéhova…. est analogue à celle qui sert à signifier la consécration des prêtres. L'application spéciale qui en est faite en ce dernier cas devrait son origine, d'après une opinion plausible, à une action symbolique qui accompagnait l'investiture ou l'initiation des nouveaux prêtres ; on leur remplissait la main en leur remettant une offrande à déposer sur l'autel (1). Ce serait donc la consécration à l'office sacerdotal proprement dit, au ministère de l'autel, qui serait à la rigueur signifiée par notre formule. Eston en droit d'en conclure qu'au ch. XXXII de l’'Exode tous les membres de la tribu de Lévi qui ont pris part à la répression des Israélites coupables, reçoivent la promesse ou l'investiture du sacerdoce ? (2) Nullement. Il est à considérer que la formule en question a pu être et a été en effet appropriée par extension à signifier en général une consécration quelconque au service du culte. Ezéchiël 43, 26 va jusqu'à dire que durant sept jours « on remplra la main » à l'autel. Ensuite dans le passage qui nous occupe, 1l n'est pas précisément question de « remplir la main aux lévites ». Ce sont les lévites eux-mêmes que Moïse engage « à se remplir la main + pour Jéhova (3). Ces termes ne doivent pas nécessairement s'interprêter comme équivalents à l'expression technique fréquemment employée pour signitier l'initiation des prêtres ; ils peuvent très bien s'entendre d'un

(1) Cfr. 2? Chron. XII 9. — Voir plus loin.

(2) Dillmann — Ryssel p. 379 ; Wellh. Prol. p. 142.

(3) Cfr. cependant 1 R. XIII 33. — Klosterm. comprend le roi comme sujet in |.

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