‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 29 sur 60 · AT · texte numérisé non relu

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interpolé (1). Ce jugement ne s'applique pas au verset tout entier qui, en un autre endroit, fournit au même critique la preuve qu'à l'époque de David l'arche était encore portée à la guerre (2) ; il est d’ailleurs évident que les vv. 25, 29 supposent la mention de l’arrivée de l'arche. C'est donc à la faveur d'une corruption du texte primitif que les lévites auraient été introduits dans notre notice. Wellhausen dit (3) qu'il a suffisamment établi cet état de corruption dans ses observations critiques sur le texte des livres de Samuël (4) ; et encore une fois, 1l est manifeste que 1 Sam. XV 24 a subi, en effet, ün dérangement. Celui-ci toutefois ne touche en aucune façon le membre de phrase où sont nommés les lévites. Wellhausen lui-même, à l'endroit indiqué de son commentaire sur les livres de Samuël, se contente de signaler dans notre passage la trace d’un effort tenté en vue d'éliminer Abjathar. Cet effort n’aurait qu'imparfaitement réussi, les mots D'aN 57% étant demeurés, bien qu'en dehors de leur place, comme un débris du texte primitif. Le critique allemand avait d'autant moins le droit de se contenter d'un simple renvoi à son commentaire pour justifier le Jugement qu'il porte sur les lévites du v. 24, que dans ses notes sur ce passage 1l suppose que les mots ... MEN ef us déposèrent l'arche... (5), appartiennent au texte. Sont-ce Sadoq et Abjathar qui déposèrent l'arche d'alliance ? Il est rapporté v. 25 que David donna ordre à Sadoq de reconduire l'arche à Jérusalem, au v. 29 que Sadoq et Abjathar l'y reconduisirent ; mais qu'ils l’aient portée eux-mêmes, c'est chose tout au moins extrêmement invraisemblable et que rien dans le texte ne nous autorise à supposer. Au ch. IV v. 4 du 1 livre de Samuël, ce ne sont même pas les fils de Eli qui portent l'arche : « Le peuple envoya donc à Silo et on emporta de là l'arche d'alliance de Jéhova.…., et les deux fils de Eli étaient là avec l'arche... ».

(1) Ibid. 151.

PIRUAT.

(4) Voir Der Text der BB. Samuelis p. 197.

(5) Der Text der BB, Sam. 1. c.

Hophni et Pinehas accompagnent l'arche, mais 1ls ne la portent pas eux-mêmes. 2 Sam. VI 13 le texte ne vise pas Abjathar et Sadoq comme porteurs de l’arche ; car en ce cas il les aurait nommés (1). Quant au passage qui nous occupe, 2 Sam. XV 24, la constitution du texte actuel, malgré les difficultés qu'il présente à un autre point de vue, ne fournit pas l'ombre d’un motif de suspicion au sujet des lévites porteurs de l'arche. La seule raison que l'on pourrait alléguer pour en attribuer la mention à un interpolateur, qui aurait p. e. changé le nom de D°315 en celui de 2", c'est qu’à l'époque de l’auteur les lévites étaient inconnus. Mais pour le moment c’est ce qui est tout au moins en question.

Au reste, il est difficile d'essayer une reconstruction quelque peu plausible de notre verset pour la partie qui trahit réellement une modification de la teneur ou de la forme primitives. Driver (2) constate comme Wellhausen que les mots TN'2N 59" interrompent la suite du discours ; à moins toutefois, ajoute-til, qu'il n'y ait eu à l'origine 153 °N 29 « Z4 Abjathar offrit des sacrifices, Jusqu'à ce que tout le peuple eût passé... ».. ; — une conjecture très hasardée. Klostermann (3) s'appuyant sur les mots är0 BaiSaps que les LXX présentent après la première mention de l'arche d'alliance de Dieu, suppose que lhébreu répondant à cette version n'a pu être que 2N 252 ; les mots AD°IN 55" du texte masorétique n’en seraient qu’une forme corrompue et ne se trouveraient plus d’ailleurs à leur place véritable. Il faudrait donc traduire : Et Sadog était là avec tous les lévites, qui avaient amené l'arche de chez Abjathar.…, — une solution qui, franchement, nous plaît encore moins que l'idée suggérée par Driver. Il se peut que les mots àxo Barrao répondent à "TAN 53% ; mais c'est la leçon représentée par le grec que nous n'hésiterions pas un instant à regarder comme fautive. Peut-être même serait-on autorisé à y voir une correction intentionnelle destinée à prêter un sens quelconque au

(1) 1 R. II 26 il faut lire ephod. (Cfr. Baud. Attest. Priesterthum p. 209).

(2) Notes on the hebrew text of the books of Samuel in I. (3) Sam. und Kôün. in h. 1. Cfr. Poels Hist. du sanct. de l'arche p. 268.

membre de phrase en question, qui n'en offrait plus d’acceptable du moment qu'il se trouvait reporté en dehors de la place qui lui revenait dans le contexte.

Il n'est pas impossible que le désordre soit uniquement résulté du désir, chez les rédacteurs ou copistes plus récents, de donner à Sadoq le pas sur Abjathar. Ne pourrait-on admettre que dans le récit primitif le bout de phrase qui dérange complètement aujourd'hui la notice du v. 24, se soit simplement trouvée en tête de la relation : 254 PYTY 0ù 559779 nan 55 “NN 07% Abjathar nommé avant Sadoq offusquait le prestige de ce dernier. Pour supprimer l'inconvénient il ny avait pas de remède plus simple que de transposer les mots 2DAN 25" ; ils furent reportés tantôt après la notice touchant le transport de l'arche par les lévites, où les LXX semblent en avoir gardé la trace dans anro BaiSao ; tantôt après le membre de phrase suivant, où, dans le texte masorétique, dont celui des LXX a subi l'influence, ils interrompent manifestement la suite du discours.

Quant au terme °£ il est probable qu'il faut lire EN ().

1 Sam. VI 15 les lévites interviennent dans l'histoire du retour de l'arche de chez les Philistins. Malheureusement, ici plus encore que dans le passage dont nous venons de parler, l'état du texte commande la prudence et la réserve. Essayons de nous éclairer sur la valeur du v. 15*.

Au v. 19 la répétition de 7" en tête des deux membres de phrase qui se suivent, est d'autant plus de nature à inspirer la défiance, que la version grecque nous offre en cet endroit une leçon entièrement différente : xat oÿx ouévisav ol ulot Leoviou êy rois avôpast.…, (rénéralement on s'accorde à reconnaître que la tournure originale de cette notice plaide en sa faveur ; nous souscrivons volontiers à ce jugement, du moins en ce sens

(Driver L' cc.

purement négatif, que le traducteur n'aura pas ajouté ces mots de sa propre autorité. L’original qu'il avait sous les yeux devait renfermer une phrase à laquelle ait répondu ce que nous trouvons dans la version grecque. Quant à savoir si celle-ci garantit la teneur du texte primitif, c’est une question que l’on ne saurait trancher. C’est pareïillement peine inutle de chercher à reconstruire le texte primitif hébreu ; on peut à cet égard se permettre des conjectures, qui ne sauraient jamais dépasser les limites du possible ou du plausible. Ce que l'on peut affirmer avec une certitude suffisante, c'est que le premier membre constatait en termes généraux que des ou les habitants de Bethsemes éprouvèrent les effets du mécontentement divin ; cette conclusion nous est imposée par le second membre qui

parce qu'ils avaient regardé l'arche. — Inutile d'insister sur la difficulté que présente au même endroit la manière dont le nombre des victimes est indiqué.

Il n'est pas trop étonnant qu’au v. 19 le texte ait subi une altération. Le passage qui précède immédiatement, au moins depuis le v. 17, a tout à fait les allures d’une glose. L'énumération des cinq villes philistines qui avaient eu à déposer leur offrande à côté de l'arche, est un développement du v. 4, où l'auteur n'avait pas éprouvé le besoin de rapporter les noms de ces villes ; il est même à remarquer que d’après v. 18 toutes les villes, tous les bourgs quelconques des cinq districts phi- Hstins avaient offert un rat d'or, tandis qu'au v. 4 il est question seulement de cinq rats (1). I n’est pas probable non plus que l’auteur lui-même aura interrompu son récit par l'observation que « la grande pierre (2) sur laquelle on avait déposé l'arche se trouve encore aujourd’hui dans le champ de Jehoschoua le Bethsémite » (v. 18).

Ceci nous rapporte au v. 14. Les vaches qui traînaient l'arche,

(1) Les LXX ont corrigé le v. 4 d'après le v. 18. Cfr. Wellh. Der Text &er BB. Sam. p. 625.

(2) Lire TAK au lieu de 52N ; et avant ce dernier mot 75" au lieu de 3

le” le

en

arrivées à Bethsemes, s’avancent jusqu’au champ de Jehoschoua, « et il y avait là une grande pierre ». La raison pour laquelle l’auteur fait mention de la grande pierre, est indiquée aussitôt ; « ils fendirent donc le bois du char (1) et ils offrirent les vaches en holocauste à Jéhova ». C’est à ce sacrifice que la pierre doit servir. Au v. 14 la version grecque offre une leçon qui sécarte du texte massorétique et qui pourrait bien être la vraie. Nous y lisons : xai éstnouv êxet map” aûrn À!Sov péyav.. « (Et le char entra dans le champ de Jeschoua le Bethsémite) et 1ls placèrent là... une grande pierre 512) NcenqUI suppose comme texte hébreu ‘3 53N ..2% 1725". Dans tous les cas le contexte indique clairement que le bois du char fut brûlé et les deux vaches consumées en holocauste sur la pierre faisant office d’autel improvisé. Or la suite ne répond pas à ces données. Nous apprenons au v. 15° que « l'arche et la châsse renfermant les ofjrandes des Philistins furent déposées sur la grande pierre. Et les Bethsémites, poursuit notre texte, offrirent en ce jour des holocaustes et immolèrent des victimes à Jéhova ». Nous avons trouvé la même idée exprimée au v. 18 ; ici nous avons dit qu'elle devait son origine à une glose. Le désordre aux vv. 14, 15 est évident. Au premier de ces deux versets le char est inis en pièces et brülé ; au second, d’après la teneur actuelle du texte, les lévites descendent l'arche du char déjà détruit et la placent sur la pierre, — qui sert d'autel ! Les holocaustes et les victimes du v. 15° ne s'accordent que difficilement à leur tour avec le châtiment infligé, d’après le v. 19, aux Bethsémites qui avaient regardé l'arche. Nous nhésitons pas à affirmer que les passages relatifs à la déposition de l’arche sur la grande pierre (vv. 15, 18) doivent leur origine à un malentendu. Il est au reste probable que le v. 18 suppose‘déjà la teneur actuelle du v. 15, à moins que la même main n'ait été à l'œuvre aux deux endroits. Au v. 15 les Bethsémites offrant leurs sacrifices ne font que compléter

(1) Non pas les Philistins comme Klostermann trouve tout naturel de le

supposer, mais les Bethsémites, mis en scène v. 13. (2) Cfr. 1 Sam. XIV 335.

la notice touchant l'arche placée sur la pierre ; l’interpolateur ou le rédacteur ne pouvait laisser l'arche exposée ainsi sans façon ; il lui fait rendre les honneurs qui lui sont dûs.

Nous disions que c'est à la suite d’un malentendu que la rédaction actuelle de notre morceau fait placer l'arche sur la grande pierre. Cette pierre, nous le répétons, figurait dans le récit comme autel ; seulement elle n’était présentée en cette qualité que d’une manière implicite, comme on le voit au v. 14. Que faut-il penser à présent du premier membre du v. 15, où les lévites se présentent sur la scène ? À notre avis, c’est précisément l’équivoque à laquelle prêtaient par eux-mêmes les termes employés ici, qui donna lieu ou tout au moins contribua pour une part à la méprise. Nous lisons en cet endroit :

NNONINN RAT DVD ; le verbe 17717 signifie littéralement : les lévites firent descendre Varche. Celui qui n'aurait eu sous les yeux que les seules données du v. 14 n'aurait pas eu de peine à comprendre que la pierre devait avoir servi d’autel. Mais voici les lévites qui font descendre l'arche et la châsse renfermant les offrandes des Philistins. Le malentendu dont nous parlions tout à l’heure aura consisté en une fausse représentation du rôle attribué aux lévites. On aura compris leur intervention comme ayant eu pour objet {a déposition de l'arche ; 1l était en effet tout naturel que l'arche eût été déposée du char (bien entendu avant que celui-ci fut mis en pièces !). Une fois déposée, l'arche devait avoir été établie quelque part, et non pas laissée sur le sol. Le récit ne disait rien de la manière dont l'arche fut traitée après qu'on l’eût fait descendre ; mais la pierre du v. 14 était la, semblait-1l, comme un trône, tout prêt à la recevoir. C'est évidemment là que les lévites devaient l'avoir placée ! Le récit fut complété conformément à cette interprétation. — Or les mots …. 17791 DM avaient en réalité un sens différent, il n'était pas nécessaire de les entendre du déchargement du char. Ils voulaient dire simplement, suivant une signification d'ailleurs usuelle de l'expression, que les lévites emportèrent l'arche : deduxerunt arcam..…. Quand le char eut été mis en pièces et les vaches immolées, l'arche elle-même fut emportée et conduite en lieu sûr.

Le v. 15 à partir du verbe T2*®" (sans complément !) et tout le passage qui suit, comme nous l'avons exposé plus haut, ne sont quun développement d’origine plus récente. IL est probable toutefois que la donnée du v. 16 appartient au récit primitif.

Les informations que nous fournissent sur notre problème les récits des événements antérieurs au schisme des dix tribus, sont, comme le lecteur l’a vu, passablement maigres. Nous répétons à ce propos l'observation que nous avons déjà faite au sujet des livres des Juges, de Samuël et des Rois en général, et en particulier sur le tableau que nous trace de l'histoire des rois d'Israël et de Juda la partie de cette compilation qui commence 1 R. XII. L'intérêt de l'historien ne ne se porte pas aux choses du culte. On a dit que c'est l'histoire de la religion d'Israël qu'il a voulu exposer. Il faut s'entendre. Sans doute il attache une importance capitale à l'attitude du peuple vis-à-vis de son Dieu ; mais les affaires intérieures du culte, le détail des prescriptions traditionnelles ou autres en matière de sacrifices, de fêtes, de cérémonies rituelles quelconques, l’organisation du personnel du temple, ne font de sa part l’objet d'aucune attention spéciale. Rappelons p. e. le fait déjà signalé plus haut, que dans la description du transport de l'arche par David, il s'abstient de toute mention, non seulement des lévites, mais aussi des prêtres ; 1l ne songe point à accorder une place dans cette solennité unique ni à Sadoq ni à Abjathar. Il ne considère dans cette manifestation éminemment religieuse que le grand fait du changement de séjour de l'arche et de l'érection de Sion, par les soins du fondateur de la dynastie Judéenne, en centre religieux du peuple d'Israël. Le point de vue est suffisamment large et élevé, sans doute, pour que le narrateur eût le droit de s’y arrêter ; mais il faut qu'on en tienne compte pour apprécier d'une manière équitable la portée de sa relation et pour ne point abuser de son silence touchant des choses dont il n’entrait point dans ses intentions d'entretenir le lecteur. — Nous avons constaté pareillement, en comparant son récit de la dédicace du

temple de Salomon à celui des Chroniques, que le Rédacteur préexilien du livre des Rois n'hésitait pas, là où certaines considérations dont la nature nous échappe lui semblaient réclamer quelque inversion, à sacrifier des passages où, selon toute apparence, les prêtres et les lévites étaient mis en scène dans le document primitif.

Il nous reste à nous demander si la partie du livre des Rois qui commence 1 R. XII, au schisme des dix tribus, ne renferme aucun indice au sujet de la distinction entre les prêtres proprement dits et une classe inférieure de ministres du culte. Il a été dit plus haut déjà que, dans les occasions à la vérité très rares où l'historien sacré aurait pu parler des lévites, 1l ne nomme point ceux-ci ; qu'au contraire 1l appelle préfres des membres du clergé qui, dans la Loi comme dans les livres historiques d'origine postexilienne, sont appelés lévites, à savoir les « portiers » du temple.

Les « chantres + sont mentionnés, suivant la lecture probable des LXX et de la Vulgate, 2 R. XI 14 (1); un passage qui rappelle 1 Rois X 12 où nous lisons que Salomon fit faire, de bois précieux, des kinnorôth et des nebalim pour « les chantres » ; les instruments nommés ici sont ceux qui furent toujours en usage, chez les Hébreux, à côté de la cymbale, dans la musique sacrée (2). Nous ne doutons point quil ne s'agisse en ces endroits d’une classe de ministres du sanctuaire qui avaient à rehausser par la musique et le chant les cérémonies du culte. Nous avons entendu chez les prophètes l'écho des chœurs religieux qui célébraient, aux sons de l'orchestre, la bonté et la grandeur de Jéhova, pendant qu'on offrait les sacrifices de louange en son honneur (Jér. XX XIII 11). Cet usage était antérieur au temple de Salomon &Sam. VI 5, 15. Le prophète Amos VI 5 atteste la renommée des œuvres lyriques de David.

() Voir plus haut p. 97.

(2) plus haut p. 45,

Ces passages, même ceux qui parlent en termes explicites des « chantres >», ne nous renseignent pas à eux seuls, d’une manière précise, sur l'existence d’une catégorie de lévites inférieurs aux prêtres ; ils ne peuvent emprunter leur signification pour le sujet que nous étudions qu'au rapprochement avec d’autres descriptions et relations plus détaillées.

Nous croyons cependant avoir à relever même dans l’héstoire des Rois d'Israël et de Juda une donnée positive plaidant pour la distinction des prêtres et des lévites. — 2 R. XXV 18 nous lisons qu'après la prise de Jérusalem, en 586, le général babylonien s'empara de Seraja le grand prêtre, de Sephanja appelé MD 2, et des « trois portiers ». La notice se retrouve formulée dans les mêmes termes Jér. LILI 24, sauf qu'en ce dernier endroit nous lisons 12825" avec l'article. Généralement on est d'avis que ce qualificatif exprime la dignité de second chef hiérarchique de l'ordre sacerdotal ; Sephanja nous serait présenté 1ci comme le wice-prêtre suprême. Cette interprétation est-elle exacte ? Les trois portiers associés à Seraja et à Sephanja ne représentent pas, assurément, le corps entier des gardes du temple. Il y avait sans aucun doute plus de trois portiers ; eu égard aux fonctions que ces ministres avaient à remplir, ils auraient été par trop surchargés. Il faut, dans le passage que nous venons de rappeler, considérer les trois portiers comme les trois chefs respectifs des groupes de ministres sacrés préposés à la garde des entrées de la maison de Dieu. Le livre des Chroniques nous apprend en effet que les portiers étaient divisés, au point de vue des relations de parenté (1) en trois corporations : une pour les côtés est et nord du temple, une pour le côté sud, une pour le côté ouest. Nous avons le droit de nous demander, en présence de ces observations, si Sephanja à son tour ne serait pas désigné ici comme le chef d’une catégorie de ministres du culte ? Sans doute le titre qui lui est donné signifie littéralement le second prêtre ou le prêtre de second rang. Sans doute encore la circonstance

(1) Voir plus haut, p. 23.

qu'immédiatement avant ce dignitaire figure le pontife Seraya, dont le titre de grand prêtre ou de prêtre en chef exprime formellement et d'une manière absolue une dignité personnelle, serait de nature à suggérer une interprétation analogue pour le qualificatif qui accompagne le nom de Sephanja. Mais il reste toujours vrai que malgré la signification naturelle des termes, malgré le caractère personnel de la qualité attribuée à Seraja, les trois gardiens du seuil, énumérés sur la même ligne que Seraja et Sephanja, sont à prendre comme « les chefs des trois corporations de gardiens ». Pourquoi dès lors le prêtre de second rang ne pourrait-il être pris pareillement comme le chef des prêtres de second rang ? Ce qui semble prouver que cette interprétation est non seulement possible, mais vraie, c’est que 2 R. XXIITI 4 nous voyons, dans une énumération parallèle à celle dont nous venons de parler, figurer, à la suite de Helcias le grand prêtre, les prêtres de second rang et les porhers. Ce passage prouve à l'évidence qu'au ch. XXV v. 18 Sephanja n’est point nommé comme un dignitaire unique en sa qualité de second prêtre : il y avait « des prêtres de second rang » ; Sephanja, le prêtre de second rang, est donc nommé ainsi comme le principal d'entre eux ou comme leur chef. Ces « prêtres de second rang >» sont-ce des vice-prêtres suprêmes, une sorte de lieutenants ou d'assistants du pontife? On n'a aucune raison pour l’affirmer. Interrogeons les textes.

Le Sephanja de 2 R. XXV 18 (Jér. LIT 24) semble bien être le même que Sephanja ben Maasia, le prêtre, dont il est question en plusieurs autres endroits du livre de Jérémie, à savoir XXI 1, XXIX 25, XXX VII 8. D'après XXIX 255. 1l était Pagid ou « Inspecteur » de la maison de Jéhova, et 1l l'était devenu « à la place de Joïada le prêtre. » Ce Joïada n'est pas le grand prêtre du règne de Joas, comme le dit Giesebrecht (1) ; car en ce cas 1l faudrait évidemment conclure que Sephanja nous est présenté 1c1 comme grand prêtre à son tour. Le pluriel B°TPE du texte massorétique doit être maintenu ;

(1) Das Buch Jeremia in h. L.

les versions s'en sont écartées pour plus de facilité. Le titre est appliqué à la fois à Joïada et à Sephanja ; il indique la fonction dont les deux personnages ont été investis successivement par l'autorité divine; de sorte qu'il faut traduire : « Jéhova ta établi comme prêtre à la place de Joïada le prêtre afin que vous soyez pegidim de la maison de Jéhova ..….. » Cette façon de parler, dont lirrégularité au point de vue littéraire explique la divergence des anciennes versions, en même temps qu'elle garantit la leçon du texte massorétique, tient simplement à ce que dans l'idée de l’auteur le choix divin est Conçu par rapport aux deux prêtres qui en ont été l'objet l'un après l’autre. Sephanja était donc paqid de la maison de Dieu ; en cette qualité 1l était chargé à titre spécial de maintenir l'ordre dans le temple et ses dépendances : les excitations contre Jérémie que Schemaja le Nehelamite adresse en général à tous les prêtres, sont spécialement adressées au paqid Sephanja.

Or Jér. XX 1 un autre dignitaire, à savoir Paschhur ben Immer, nous est présenté comme investi des fonctions de paqid dans la maison de Dieu. Giesebrecht, à la suite d’autres critiques, émet l’avis que le titre porté par Paschhur sous Joïaqim aura passé sous Sédécias, à Sephanja (). Mais Jérémie ne prononce point contre Paschhur une menace de disgrâce ou de mort prochaine : le châtiment qui atteindra le persécuteur du prophète sera la déportation à Babylone après la ruine complète de Juda (v. 5) ; c'est là, dans la terre de l'exil, qu'il mourra lui et ses amis ; ceci ne laisse pas place pour un successeur de Paschhur sous le règne de Sédécias (2). Remar-

(2) La question de savoir si le passage en question du livre de Jérémie ainsi que les discours qui s’y rattachent, se rapportent à l’époque de Joïaqim ou à celle de Sédécias, est très discutée parmi les auteurs (Kuenen HCO. IT p. 185 s.). Ceux qui défendent la première opinion allèguent comme argument principal précisément la circonstance que sous Sédécias nous voyons Paschhur remplacé par Sephanja dans les fonctions de pagid : nous dirons aussitôt que les textes ne justifient pas cette assertion. Quant au silence gardé par Jérémie aux chap. XVIII-XIX, sur une déportation antérieure quelconque, silence qui ne permettrait pas de croire qu’au moment où ces discours furent

quons en outre que Paschhur n'est pas appelé simplement paqid, mais paqîd nagîd, une épithète que Giesebrecht rend très justement par #rspecteur en chef (1) ; Sephanja n'est pas appelé nagid. Nous trouvons cette dignité mentionnée encore Néh. XI 11 (1 Chron. IX 11), où elle est portée par un membre d'une famille sacerdotale influente. D’après le 2° livre des Chron. XXXV 8 trois negidim sont en fonction à l’époque de la grande Pâque célébrée sous le roi Josias ; ce sont les chefs de l’ordre sacerdotal strictement entendu, en tant que distinct de celui des lévites (vv. 8, 9) (2). — Il est vrai que Jérémie appelle Sephanja-ben-Maasia, le prêtre; de même que le Sephanja de 2 R. XXV 18, Jér. LIT 24 est nommé {e prêtre de second rang. Mais nous avons de très bonnes raisons de croire que cette appellation de prétre donnée avant l'exil, dans certains cercles, à tous les membres du clergé, ne prouve rien contre la distinction, même pour cette époque, entre prêtres proprement dits et simples lévites (3). Notons en outre que le

prononcés Joëachin fût déjà conduit en captivité, on doit considérer tout d’abord que p. e. aux ch. XXI 1-10, XXIIT 9-40, qui datent du règne de Sédécias, on ne lit pas non plus la moindre allusion à l’exil de Joïachin ; ensuite, que sous le règne de Joïaqim le prophète aurait pu rappeler aussi bien la déportation de Sellum (— Joachaz) dont il parle XXII 10-12 ; enfin, qu'au v. 6 du ch. XX il s’abstient de mentionner le roi dans la menace de déportation prononcée contre Paschhur et ses amis. La ressemblance entre le contenu du ch. XIX et les paroles rapportées VII 29-VIIT 3 ne prouve rien non plus en faveur de la thèse en question ; la date de ce dernier discours n'étant pas suffisamment certaine (Kuenen p. 180) et la ressemblance au point de vue de la forme pouvant dans tous les cas s'expliquer par l'influence que VII 29-VIII 3 aurait exercée sur la rédaction de XIX. Voir d’ailleurs pour l'appréciation des rapports entre les deux passages Giesebrecht Buch Jer. p. 108 ss.

Ce qui plaide d'autre part pour la date du règne de Sédécias c’est, outre la place même qu'occupe le discours (immédiatement avant XXI), la relation établie entre l'exil de Paschhur et la destruction totale, définitive, de la nation et de la ville sainte (XX 4 ss. XIX, 11).

(1) Oberaufseher (in XX, 1).

(2) Jer. XX 1 Paschhur est nommé paqid nagid, sans l’article.

(3) Au reste de notre interprétation il ne résulte en aucune manière que personnellement Sephanja ne put appartenir à l’ordre des prêtres proprement dits. D’après le code sacerdotal, aussi bien que d'après les données des livres historiques, les lévites étaient placés sous la conduite de prêtres fils

chef des lévites à Jérusalem portait précisément le titre de pagid (Néh. XT 22).

Voici donc les conclusions principales qui se dégagent de l'ensemble des textes. Pendant les dernières années avant l'exil Paschhur ben Immer était paqid nagid dans la maison de Dieu ; en même temps Sephanja ben Maasia était pagîd ; la seule comparaison des deux titres semble indiquer que le second occupait un poste subordonné à celui du premier. Cependant Sephanja était à la tête d'un groupe de ministres du culte appelés prêtres de second rang (2 R. XXIIT 4), puisqu'il est nommé le prêtre de second rang par excellence (2 R. XXV 18, Jer. LIT 24). Ces « prêtres de second rang » ne sont pas nommés ainsi Comme occupant, dans la hiérarchie sacerdotale, le degré immédiatement inférieur à celui du grand prêtre ; car au-dessus du paqgid Sephanja, 1l y avait les negtdin, parmi lesquels Paschhur. Ce n'est donc pas au point de vue de la constitution hiérarchique des autorités sacerdotales que les ministres visés 2 R. XXIITI 4 sont appelés prêtres de second rang ; mais au point de vue de leur qualité même de prêtres. — On peut rapprocher, encore une fois, de cette conclusion le langage de Philon qui, dans son traité des revenus sacerdotaux, parle lui aussi des prêtres de premier rang et de ceux de second rang ; les premiers sont les prêtres proprement dits, fils d’Aaron ; les autres les lévites. Nous serions d'autant mieux fondés à voir dans ces dénominations l'écho d’un usage antique, qu'au temps de l'écrivain Juif les lévites étaient profondément déchus de leur ancien prestige, que les fonctions qu'ils avaient à remplir au rapport même de Philon, étaient en partie des plus viles et nullement propres, de leur nature, à justifier le titre de prétres d'un rang quelconque pour ceux qui en étaient chargés.

Encore un mot au sujet de 2 R. XXIII 4. Il n'est pas

d’Aaron. Ce n’est pas nécessairement la qualité personnelle de Sephanja, mais plutôt la nature des fonctions dont il était investi, qui est indiquée par l'épithète de « prêtre de second rang » xar! i£oynv (— chef des prêtres de second rang).

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