‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 31 sur 60 · AS · texte numérisé non relu

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Par le côté plastique et le détail de ses descriptions, par son air de programme étudié et minutieusement élaboré, l’'apocalypse du prêtre Ezéchiël se distingue nettement des tableaux prophétiques de lIsraël futur que nous offrent d’autres pages de l'Ancien Testament. Mais en somme, et au point de vue des réalisations d'ordre pratique ou matériel, ses oracles sur la constitution du clergé n'ont point un caractère essentiellement différent de la parole d'Zsaïe LXI 6, annonçant que les étransers, en ces temps-là, feront, au service d'Israël, les pasteurs, les laboureurs et les vignerons ; tandis que les Israélites euxmêmes s'appelleront « les prêtres de Jéhova », « les ministres de notre Dieu », vivant de la substance des nations et se parant de leur gloire. Ou encore de cette autre prédiction du même livre, LXVI 21, où Jéhova proclame qu'il se choisira aussi des prêtres dans les rangs des gentils convertis à sa loi,

En ce dernier passage la construction de la phrase a donné lieu à des discussions qui seraient intéressantes pour notre sujet si l'on pouvait espérer les voir aboutir à un résultat certain. Dans le texte massorétique nous lisons : « Et parmi eux aussi je m'en choisirai "52 22722 ». Ces paroles ont été diversement interprêtées. Baudissin p. e. traduirait, en supposant la vocalisation massorétique : « .. je m'en adjoindrai (à

associer) aux prêtres, aux léviles » ; les léviles se trouveraient mis ici en apposition aux prêtres. de sorte que le sens serait : « d'entre les gentils aussi je men adjoindrai aux prêtreslévites » (1). Mais, suivant la remarque du même auteur, on s'attend plutôt à apprendre comme quoi les élus seront choisis, non pas à qui ils seront associés. Il faudrait donc lire 23155 D")5 : (je m'en choisirai) comme prêtres, comme lévites (2) ; Baudissin soupçonne que la vocalisation massorétique pourrait bien dériver à l’origine d’une préoccupation sacerdotale (3). Mais en ce cas comprendrait-on encore le terme lévites comme une simple apposition explicative au terme prêtres ? Est-il croyable que le prophète eût fait dire à Jéhova qu'il se choisirait parmi les gentils des prêtres lévitiques ? Dans l'hypothèse, en réalité la seule satisfaisante, que la formule 255 23555 indique le terme direct du choix, il faut absolument, nous semble-t-il, et quoi qu’en dise Baudissin, que les prêtres et les lévites aient été conçus par le prophète comme deux éléments distincts ; dans ces conditions seulement 1l était possible de faire abstraction pour le dernier nom, de sa signification généalogique. D'ailleurs si l'intérêt sacerdotal (ou l’'amour-propre national) a pu donner lieu à un changement de vocalisation, n'aurait-1l pu amener, au besoin, dans le même but, la suppression de la particule copulative entre les deux noms prêtres et lévites (4) ! Grâce à cette suppression les deux termes pouvaient être considérés comme se trouvant en apposition l'un vis-à-vis de l’autre, et moyennant cette interprétation la vocation sacerdotale des gentils était positivement exclue. Il ne manque pas d'auteurs qui voient en notre passage les prêtres et les lévites mentionnés comme deux catégories dis-

(1) Geschichte des alit. Priest. p. 2495.

(2) Les LXX n’ont pas l’article.

(3 Le targum de Jonathan donne la paraphrase : … je m'en choisirai au service des prêtres lévitiques. De même Jos. Kimchi ap. Delitzsch.

(4) La particule est de fait représentée dans plusieurs manuscrits. Il est évident qu’on ne saurait de là rien conclure de certain. Il faut considérer toutefois que la suppression de la particule favorisait l’exégèse tendancieuse des commentaires juifs.

tinctes de ministres du culte (1). Klostermann modifie le texte et lit : 095 D°2.... « (parmi eux aussi) je me choisirai des prêtres (à adjoindre) aux lévites » (— aux prêtres lévitiques) (2). La modification ne nous paraît pas justifiée.

S 3. La réforme d'Exéchièl en regard de l'Instoire.

Il s'opéra en réalité pendant l'exil, et peut-être déjà durant les dernières années qui le précédèrent, un travail de réorganisation dans les rangs du personnel du culte ; mais ce ne sont point les visions d'Ezéchiël qui en furent le point de départ ou la règle. Pendant la période des Rois les lévites s'étaient peu à peu élevés ; ils étaient montés en prestige ; leurs fonctions s'étaient notablement élargies ; entre eux et les prêtres la distance était allée diminuant toujours, si bien que, comme on peut l'inférer sans peine des témoignages qui nous sont parvenus, ils devaient être couramment associés à leurs « frères » qui occupaient un rang supérieur, sous une dénomination commune. Il est possible que la réunion, à Jérusalem, sous le règne de Josias, des prêtres dépossédés des bämôth, fut le premier motif qui provoqua chez les chefs du clergé l'idée de réviser les situations et de rétablir l'harmonie entre la pratique et la Lol ; car les ressources ne s'accroissaient point en proportion de l'augmentation des besoins et des exigences à satisfaire. Dans tous les cas un mouvement de ce genre put être occasionné, ou dut être puissamment favorisé, par l'exil. Une fois le culte suspendu, l'obstacle que les positions acquises et la tradition établie opposaient à la réforme, était supprimé, ou tout au moins considérablement aplani. Désormais on pouvait impunément procéder à la réorganisation des cadres sans tenir compte d'autres titres que ceux consacrés par la Loi ; on pouvait abolir les privilèges ; la seule chose que l’on eût à considérer était le droit. Le clergé supérieur avait intérêt à y

(1) S. Curtiss Levitical Priests, p. 130, 205 ss. ; Delitzsch Das Buch Jesaia 4e Aufl. p. 637 ; Cheyne The proph. of Isaiah t. IT, p. 131. (2) Deuterojesaja hebr. u. deutsch mit Anmerkungen. 1893, in h. 1.

conformer les faits ; la perspective de la position qui lui serait faite lors d’une restauration du culte à Jérusalem, pouvait ne point paraitre très brillante et 1l importait de prendre des précautions. Les lévites ne manquèrent pas, sans doute, de protester ; mais leur résistance, s'exerçant en quelque sorte dans le vide, ne s'appuyant plus sur la réalité effective des services auxquels ils étaient employés, ne pouvant pas en appeler à la Loi, restait nécessairement stérile. L'exemple de Qorah, dont la révolte est racontée dans une relation mêlée dans notre texte à l'histoire de Dathan et Abiram Num. XVT, et qui, phénomène remarquable, n’est point associé à Dathan et Abiram Deut. XI 6, était bien fait pour les ramener à la raison.

La teneur de la notice du Deutéronome ne saurait toutefois servir à prouver par elle seule, que le récit de la révolte et de la punition des Qorahites est de composition plus récente. Les parties sacerdotales de l'Hexateuque forment un code qui était destiné aux prêtres ; qui avait, dans tous les cas, spécialement en vue les intérêts du culte et les obligations, les privilèges, l'organisation du clergé. À ce titre sa publicité aura sans doute été restreinte généralement aux milieux lévitiques. Le Deutéronome se rattache plus directement aux autres documents ; on ne peut donc conclure, de l'absence de références que l'on relèverait dans le Deutéronome à l'égard de certaines données du « code sacerdotal », que celles-ci sont postérieures à la rédaction de celui-là. Nous avons rappelé au début de cette étude (p. 10 s.) des preuves réelles de l'ancienneté du « code sacerdotal ». D'autre part, comme nous l'avons fait observer dans notre dissertation sur Le Lieu du culte, p. 48 s., rien n'empêche que l'application plus détaillée, l'appropriation plus efficace, l’inculcation plus vive des principes des institutions mosaïques, aient donné lieu ici, dans la suite des siècles, de la part de ceux qui étaient investis de la mission de continuer l’œuvre divine du fondateur, à des développements réclamés par les circonstances. — Quant à l'épisode de Qorah et de ses adeptes, où les lévites sont traités d'étrangers vis-à-vis des Aüronides (Num. XVII 5, coll. Eccles. XLV 18), alors que

Num. XVIII 2 ils sont appelés leurs frères, nous sommes tenté de croire qu’il fut inséré par l'auteur lui-même dans le morceau qui racontait l'histoire tragique de Dathan et Abiram. La moralité du récit, qui affirmait l’hégémonie de la tribu lévitique dans la personne de Moïse et d’Aäron, reçut, par l'association de Qorah et des siens à Dathan et Abiram, une détermination plus spéciale visant le droit exclusif des Aüronides au sacerdoce.

Lors du retour sous Zorobabel les familles sacerdotales et lévitiques se présentent dans une organisation parfaite ; leurs attributions respectives, leurs relations réciproques, sont une question réglée ; grâce à l'exil la Loi à fait son œuvre ; le droit est rétabli et appliqué dans toute sa rigueur ; toute confusion, dans les dénominations comme dans les rôles, est proscrite. Il est presque inutile de dire que d'Ezéchiël et de sa théorie idéale, 1l n'y a pas ici de traces. Personne, après l'exil, au moment du retour ni plus tard, ne connaît « les fils de Sadogq » ; il n'en est nulle part question (1), si bien que l'idée s'impose que ces « fils de Sadoq » pourraient bien n'avoir été qu'une création symbolique du prophète. Ce serait encore le meilleur moyen de comprendre la faveur que celui-ci leur témoigne, l'éloge qu'il en fait, alors qu'ils auraient dû être les principaux auteurs, en leur qualité supposée de prêtres du temple de Jérusalem, des prérogatives sacrilèges accordées aux incirconcis, une abomination si sévèrement condamnée par Ezéchiël (2). Les Nethinim et les Füls des serviteurs de Salomon rentrent en scène et reprennent leurs postes, comme si Ezéchiël ne s'était Jamais occupé d'eux. [ls faisaient d’ailleurs partie de là communauté juive et devaient être par conséquent circoncis, comme on le voit Néh. X 29. Les lévites et les portiers sont si loin d'être identifiés aux anciens prêtres, dégradés pendant l'exil, qu'ils forment même des groupes distincts entre eux. Celui des chantres figure à leurs côtés, bien qu Ezécmél eût

(1) Kuénen Zadok en de Zadohieten, Theol. tijdsch. II p. 487 ss.

(2) Lire aussi £zech. VIL sur les abus qui se commettaient dans le temple de Jérusalem,

oublié d'en parler (1). Les portiers et les chantres faisaient partie du corps des lévites ; ce dernier nom était cependant réservé d'une manière plus spéciale à une catégorie déterminée de ministres, comme il à été exposé plus haut (2). Une organisation pareille devait tenir à un ensemble de circonstances dont le principe remontait plus haut qu'Ezéchiël. Dès le début de la Restauration, non seulement les lévites, les portiers et les chantres, aussi bien que les prêtres, sont distingués par familles, mais leurs attributions reposent exclusivement sur des ütres de famille ; dire chantres, c’est dire p. e. les fils d'Asaph (Esdr. IT 41, III 10 etc.). Nulle allusion ne se rencontre à des mesures d'exclusion des rangs du sacerdoce pour cause d’infidélité des ancêtres, mais seulement à raison d’impuissance à produire des titres généalogiques (Esdr. IT 62 s.). Et ce qui est particulièrement remarquable, ces principes nétalent pas seulement en vigueur à l'égard de ceux qui avaient consenti à reprendre le chemin de la mère-patrie et à prendre service au. nouveau temple ; ils s'appliquaient également aux lévites qui étaient restés en Orient. Ceux-là aussi se voyaient traiter en simples lévites à raison même de leur origine et ils se reconnaissaient comme tels. Malgré les motifs qu'ils avaient de se plaindre, Esdras n'a pas besoin, pour en décider quelques uns à l'accompagner, d'atténuer la différence de condition qui les séparait des prêtres ; même en Orient les lévites en étaient déjà arrivés à se sentir plus près des Nethinim que des prêtres (Zsdras VIII 15-20). Les prêtres qui se trouvaient parmi les caravanes parties sous Zorobabel étaient au nombre de plus de quatre mille ; dans la liste des émigrants ils sont divisés en quatre groupes ; nous avons déjà dit que le nom de « fils de Sadoq » ne servait à désigner ni le corps des prêtres dans son ensemble, ni aucun des groupes ; il n'est pas dit en cet endroit où les quatre groupes en question plaçaient leur souche commune la plus rapprochée. Mais ce qui est cer-

(1) Sur XL 44, cfr. Cornill.

tain, encore une fois, c'est que pendant ce temps 1l restait en Orient des prêtres, non enrôlés au service du temple, qui rapportaient leur origine les uns à Pinehas(-Eléazar), les autres à Ithamar (ÆZsdras VIIT 2). — Ne peut-on dire, en présence d’une pareille situation, que ces faits échappent à toute méprise, si tenté que l’on pourrait être de s’y méprendre #

Pour montrer le rapport qui rattache la situation du clergé postexilien aux dispositions d'Ezéchiël, on signale le petit nombre de lévites qui, à l’époque de la Restauration, retournèrent de Babylone à Jérusalem. Comment expliquer cette abstention des lévites, sinon par la répugnance qu'ils éprou-

vaient à se soumettre à la condition inférieure que leur avaient imposée Ezéchiël et ses disciples ?

Nous rappelons à ce propos que les chiffres qui nous sont transmis par la liste des émigrants, ne sont pas suffisamment garantis (1). [1 est à noter ensuite que l'on s'expliquerait parfaitement les hésitations d’un grand nombre de lévites sans recourir à Ezéchiël. Pendant l'exil la situation des ministres de rang inférieur fut amoindrie ; elle fut ramenée aux termes du droit strict. Et même indépendamment de l'accueil que de semblables mesures devaient recevoir chez ceux qui en étaient l'objet, les lévites n'avaient-ils pas, plus que d'autres, tout lieu de redouter les conséquences d'un retour dans la mèrepatrie ? Pendant l'exil ils s'étaient trouvés dans les mêmes conditions que leurs compatriotes, prêtres ou laïques. Ils avaient dù chercher, et avaient réussi sans aucun doute à trouver, leur subsistance ailleurs que dans les revenus du temple. Se rapatrier, c'était s'exposer à la misère, pour eux surtout, car les prêtres allaient vivre les premiers de l'autel et de la part de Jéhova, les lévites ne viendraient qu'en seconde ligne. Beaucoup peuvent avoir préféré l'indépendance relative que leur avait value la vie à l'étranger et la situation plus sûre qu'ils s'y étaient acquise. Ils n'étaient que trop fondés à craindre que dans les épreuves et les misères inséparables de la Restau-

(1) plus haut p. 655.

ration, leurs intérêts ne fussent sacrifiés aux exigences des prêtres. Les familles sacerdotales, investies de prérogatives et de garanties plus grandes, avaient moins que les lévites sujet de redouter les chances de l'avenir. L'événement d’ailleurs ne fit que justifier les appréhensions dont nous venons d'exposer la parfaite légitimité chez les familles lévitiques. Nous savons par les actes de Néhémie que les droits des lévites ne furent pas respectés. Les dénis de justice dont ils furent victimes nous expliquent parfaitement l'abstention totale dans laquelle ils se renfermèrent d’abord, lors de l'expédition-d’Esdras. Dans la suite, comme nous l'avons déjà vu, leur condition à Jérusalem ne fit qu'empirer ; ils finirent, selon toute apparence, par être confondus avec les Nethinim dans une même classe d'hiérodules. .

On a souvent attiré l'attention sur le développement que représente, vis-à-vis des institutions du code sacerdotal, l’organisation du personnel du culte sous le second temple et déjà antérieurement à l'exil. De portiers et de chantres la Loi ne parle point. Dans l'exercice du culte, le rituel du désert ne connaît ni instruments de musique n1 chants sacrés ; le phénomène n'est-il pas à lui seul un indice sérieux de la haute antiquité des traditions consignées dans le code ?

Un point également digne de tout notre intérêt, bien quà un autre point de vue, est celui du groupement des familles sacerdotales. D’après la Loi les Aaronides se divisent en deux branches, celle d’Eléazar-Pinehas, et celle d'Ithamar. Nous avons trouvé cette division observée à une époque très reculée de l’histoire, au commencement de la période des Rois. Nous la trouvons encore pratiquement reconnue au temps d'Esdras (Bsdr. VIII 2). Dans le cours des siècles les familles sacerdotales eurent naturellement à poursuivre et à compléter par des sectionnements plus détaillés ce système d'organisation rudimentaire. Nous trouvons, après l'exil, deux modes de classification subsistant côte à côte. Il y avait d’abord la

division en vingt quatre classes dont les noms ont varié, du moins en partie, à diverses époques. Au témoignage du 1 livre des Chroniques, XXIV, on en rapportait l’origine à l'époque de David ; sur les 24 classes seize appartenaient à la branche d'Eléazar, huit à la branche d’Ithamar. Cette division, dans tous les cas, était en vigueur après l'exil (Néh. XIT) et se maintint Jusque aux tout derniers jours de l’état juif (1 Mac. IAE UC AIME) OS RNEITEL)

Suivant un autre ordre conçu à un point de vue plus large, le corps sacerdotal était partagé en quatre grandes sections. Cest ainsi que sont groupés les prêtres dans la liste des colons revenus de la captivité Esdr. II, Néh. VIT. A l’époque d'Esdras la même division est en vigueur (Zsdr. X 18 ss.). Josèphe en parle comme d’une institution encore existante de son temps (1). Schürer estime que le texte en ce passage est corrompu et qu'au lieu de quatre il faut lire vingt quatre (2). Mais, comme 1l se lobjecte à lui-même, le chiffre de membres attribué à chacune des quatre sections, à savoir plus de cinq mille hommes, ne s'accorde pas bien avec cette supposition. Dire, comme Schürer, que dans ce nombre sont sans doute aussi compris les lévites, et même, peut-être, les femmes et les enfants, n'est point une réponse satisfaisante. Rien ne permet de croire que Josèphe vise les lévites en même temps que les prêtres ; dans le même contexte 1l parle de ces derniers au sens rigoureux, quand 1l rapporte que dans la quatrième cour ne sont admis que les seuls prêtres « revêtus de leurs ornements sacerdotaux », quand 1l dit que les prêtres se succèdent au temple « pour les sacrifices ». Qu'il n'y ait point de place non plus pour les femmes et les enfants, cela semble clairement résulter de l’objet même de tout le passage. Josèphe démontre l’absurdité de la légende suivant laquelle Antiochus aurait trouvé dans le temple un captif grec, que les Juifs y nourrissaient pour l’offrir ensuite en sacrifice. Il prouve par les règlements auquel le ser-

(1) C. App. IT 7. ed. Havercamp.

(2) G. Jüd. V. Il p. 184.

vice du temple est soumis, que c’est là une calomnie stupide. Et tout le monde, ajoute-t-1l, est témoin de l'observation stricte de ces règles, tout le monde sait ce qui se passe à l’intérieur du sanctuaire et que p.e.on n y introduit point des aliments : « Car bien qu'il y ait quatre divisions sacerdotales et que chacune d'elles comprenne plus de cinq mille hommes, les rôles cependant sont réglés d'après des jours fixes », etc. C'est-à-dire, malgré le grand nombre de prêtres, tout s'accomplit dans un ordre si parfait, que chacun peut contrôler Les allées et venues des membres du clergé appelés au service. Evidemment les femmes et les enfants pouvaient rester ici hors de compte. Il est d'ailleurs à noter que Josèphe n'avait point à grossir le nombre des prêtres, puisque, au point de vue de son argumentation, ce grand nombre donnait lieu à une difficulté à résoudre. |

Pour ce qui regarde l'époque préexilienne, on n’a point de témoignage direct et explicite, en dehors de celui de l'auteur des Chroniques, sur le détail de l’organisation du corps sacerdotal. Notons cependant que sous le règne d’'Ezéchias il est question des O3 "PT, des Anciens des prêtres (1), ce qui fait supposer des groupements basés sur les relations de famille. Dans un passage se rapportant au règne de Joas, 2 R. XII vy. 4ss., nous apprenons qu'en vue au moins de certains services les membres du clergé se répartissaient les rôles suivant les cercles de leurs relations, c’est-à-dire, comme il résulte de l'enchaînement du récit, suivant les districts auxquels les rattachaient des liens sociaux particuliers (2).

Nous trouvons une donnée plus intéressante et plus distinctement en rapport avec ce que nous apprennent les documents postexiliens, chez le prophète Ezéchiël VIIT 16. Après avoir été témoin, en extase, des abominations idolâtriques que commettent dans le temple, notamment les 70 Anciens d'Israël, puis les femmes qui se livrent aux lamentations sur Tammuz,

NI 2 IS OX XX VII 2) cfr. Jér..XIK,1:

(2) plus haut, p. 1075.

le prophète est mis en présence d’un spectacle plus révoltant encore : dans le parvis intérieur, entre le vestibule du temple et l'autel, vingt cinq hommes tournés du côté de lorient adorent le soleil. Le chiffre vingt cing est celui du texte massorétique ; la version grecque (Vat.) lit vingt, et Cornill préfère cette dernière leçon à cause de la particule 3 qui précède le nom de nombre et « introduit celui-ci comme un chiffre rond » ; or, dit-1l, véngt cing, chez les Hébreux, n’était pas considéré comme chiffre rond. Nous admettons en effet, contrairement à l'interprétation de Smend (1), que si le prophète parle VIII 16 de vingt cinq hommes, comme XI 1, il faut que ce chiffre ait eu une signification, une raison du côté de l’objet. Si l'auteur sacré n'avait voulu exprimer que l’idée générale d'un groupe, il n'aurait pas employé le chiffre véngt cinq ; il aurait dit vingt ou &'ente conformément à l'usage des Hébreux. Mais la particule 2 fait-elle obstacle à ce que le chiffre vingt cinq soit maintenu ? offre-t-elle un appui réel à la leçon du Cod. Vat. ? Il est évident que s’il s'agissait ici d’un fait réellement arrivé, si la scène décrite avait été contemplée par Ezéchiël non seulement en extase, mais matériellement, il aurait pu se faire que le groupe fit sur le spectateur l'effet d’être un peu plus nombreux que vingt, un peu moins que rente, et cette impression aurait pu être rendue par un hébreu, comme par tout autre homme au monde, par l'expression environ vingt cing. Seulement Cormill a très bien senti que le cas est entièrement différent. Ezéchiël nous fait assister à une vision extatique ; le choix du chiffre ne peut être réglé ici que, ou bien par l'usage reçu, en vue de signifier un groupe plus ou moins nombreux ; ou bien par l'exigence de l’objet décrit, par la signification qui s'attache au chiffre. Si Ezéchiël n'a voulu qu'exprimer l’idée générale d'un groupe, on comprend qu'il ait fait usage de la particule 2 ; mais on aurait à préférer pour le chiffre la leçon des LXX à celle des Massorètes. Si le chiffre a été dicté à Ezéchiël par l'exigence de l'objet décrit, il peut avoir: été véngt cing, mais s’explique-t-on

(1) Proph. Ezech. p.538.

encore l'emploi de la particule ? Si le prophète voulait nous mettre en présence d’un groupe défini, comprenant vingt cinq membres, pouvait-1l avoir la moindre raison de jeter sur ce chiffre une nuance d'indétermination ? Nous croyons qu'un instant de réflexion suflit pour faire répondre oui. Notons que le prophète n'indique pas non plus VIIT 16 la qualité des hommes mis en scène ; pourtant c'étaient des Anciens IX 6. Au premier endroit, VIIT 16, le prophète ne précise pas, il ne parle pas en termes ouverts ; il insinue, il veut suggérer par une désignation suffisamment claire, mais pas explicite, quels hommes il a en vue, ainsi que nous le verrons tout à l'heure. L'horreur même du crime qu'il stigmatise pourrait avoir contribué à faire choisir au prophète cette tournure, qui semble laisser au lecteur le soin de reconnaître les coupables tout en les désignant d'une manière non équivoque. C'est là limpression que fait sur nous la particule 3 ; et elle nous dispense de recourir à la supposition d’une corruption peu vraisemblable du texte. Les vingt cing de VIII 16, dit Cornill, seront le résultat « d’une addition empruntée à XI 1, où il s’agit de tout autre chose. » C’est parce qu'il s’agit évidemment de tout autre chose en ce dernier endroit, qu'il ne faudrait pas tant s'empresser d'attribuer aux copistes l'opération en question. I est plus aisé d'admettre et beaucoup plus probable que les cing du texte massorétique ont pu disparaître par omission de certains exemplaires.

Au reste, au ch. VIII 16, Ezéchiël a en vue un collège, un corps déterminé ; car, comme nous l'avons rappelé tout à l'heure, ce sont des personnages de marque, des hommes qualifiés qu'il vise ; IX 6 il les appelle : « les Anciens qui se trouvalent devant le temple ». Tâchons de reconnaître quel corps, quel collège d’Anciens est en cause ; le choix entre le texte massorétique et les LXX pourra du coup s'en trouver rendu plus facile. Les hommes qui adorent le soleil se trouvent « à l'entrée de l’édifice du temple, entre le portique et l'autel ». C'était un endroit saint par excellence ; c'est là que Joël (IT 17) nous montre les prêtres implorant pour le peuple la miséricorde

divine. Les adorateurs du soleil chez Ezéchiël ne sont-ils pas un collège de prêtres ? La circonstance du lieu de la scène ne semble pas laisser de doute à cet égard.

On dit qu'avant l'exil le parvis intérieur était également accessible aux laïques (1). — Que le roi eût le privilège d'y entrer et de se présenter devant l’autel, du moins en certaines circonstances, cela pourrait sembler indiqué par des passages comme 1 R. VIII 22 s. (2). Quant aux soldats de 2 R. XI 4-15, nous avons dit plus haut qu'il y en eut beaucoup moins dans cette histoire que certains ne le croient (3). Et lorsque Joïada convoqua dans l'enceinte sacrée quelques centurions choisis pour délibérer secrètement avec eux, sa conduite lui avait été dictée sans doute par l'avantage qu'offrait pour l'entrevue un lieu où ils seraient à l'abri de toute surprise ou de toute surveillance indiscrète. D'ailleurs les actes posés en des circonstances aussi extraordinaires que celles dont il est question 2 R. XI 4-15 ne sauraient servir à rien prouver. Lorsqu'on sollicitait Néhémie à une entrevue dans le temple (4), c'était sans doute dans l'espoir de l’y amener ; l'habile gouverneur devina, 1l est vrai, qu'on lui tendait un piége ; mais si la proposition eût été sincère, le motif fondé, et que Néhémie s'y fût rendu, cela eût-il prouvé quelque chose contre la sainteté du temple? 2 R. XXIII, 2 s. il n’est pas dit du tout que le peuple se réunit dans le parvis intérieur.

Pour éviter la conclusion qui se dégage d'Ezech. VII 16 Wellhausen se livre à deux pages de considérations, assez étrangères à la question, pour faire voir que le Chroniste en racontait sur le clergé préexilien pius long qu'il ne savait (5) ; il va jusquà demander si Hitzig avait Mes lu Ezech. XLIII 7 ss., XLIV 6 ss., lorsqu'il poussa la fantaisie jusqu'à reconnaître des prêtres dans les vingt cinq adorateurs du soleil.

(1) Smend p. 53.

(2) Comp. cPPERERS 2 Chron VIL32R XXI: 3) coll. VII 7 et 1 R. VIII 64. 6) p. 93 ss.

(4) Néh. VI v. 1058.

(5) Prol. p. 228.

Nous avons lu ces passages d'Ezéchiël ; dans le premier nous ne voyons rien qui ne se retrouve chez des prophètes antérieurs, p. e. Jér. VIT 30, XX XII 34 s. etc. ; lorsque Ezéchiël et d’autres avant lui reprochent au peuple d'avoir souillé la maison de Jéhova, ils ne parlent point d'actes qui étaient considérés comme licites par leurs auteurs. De même XLIV 6 ss., quand le prophète accuse Israël, en termes d’une véhémence extrême, d'avoir violé l'alliance avec Jéhova en profanant la sainteté de la demeure divine, il suppose qu'il y avait une alliance qui exigeait le respect de cette sainteté ; sinon, il ne dit rien du tout. L'idée de la sainteté du temple règne également chez Isaïe et chez Michée, ainsi que dans le récit de l'inauguration du temple par Salomon.

Mais toutes ces discussions sont supertlues. [l est par trop mamiteste qu'au ch. VIIT Ezéchiël à pour intention de stigmatiser les profanations sacrilèges du lieu saint dont l'Israël apostat sest rendu coupable. Il commence par la statue de la Jalousie qu'il voit, par la porte septentrionale, dans le parvis extérieur ; puis dans les vestibules des portes conduisant aux parvis extérieur et intérieur du côté Nord, il aperçoit les décors et représentations idolâtriques dont les murs sont ornés, les septante Anciens offrant l’encens ; les femmes se lamentant sur Tammuz. Enfin 1l se retourne vers le parvis intérieur où il se trouve ; 1l est certain que c'était là un lieu plus saint que la cour extérieure. Cette sainteté plus grande était sa seule raison d’être. Ceux qu Ezéchiël y offre en spectacle, sans dire qui ils étaient, doivent occuper un rang plus élevé que les 70 Anciens, ils doivent se trouver dans un rapport plus étroit avec les choses du culte, ils doivent être reconnaissables par les circonstances dans lesquelles ils nous sont présentés. Au-delà de l'autel des holocaustes, à l'entrée du temple, entre l'autel et le vestibule du temple, le prophète voit des hommes qui adorent le soleil ; c'était dans la cour intérieure le point le plus sacré ; c'est là, comme nous le rappelons tout à l'heure, que Joël nous fait assister au spectacle des prêtres réunis pour implorer Jéhova. Mais les hommes d’Ezéchiël ont le dos tourné vers le temple et regardent

lorient pour adorer le soleil. Pourquoi Ezéchiël les place-t-1l en cet endroit ? Rappelons-nous que ces hommes forment un corps; ils sont un collège d’Anciens ; ceci ne prouve pas, comme Smend le pense, qu'ils n'étaient pas prêtres, car les prêtres aussi avaient leurs Anciens (2 R. XIX 2). L'endroit quils occupent ne leur est assigné qu'à raison d’un rapport spécial qu'ils avaient avec lui, car pour adorer le soleil 1ls n'avaient pas besoin de se trouver entre le temple et l'autel. Z{s sont là parce que c'est leur place ; mais au lieu d'adresser leurs hommages à Jéhova, ils lui tournent le dos. L'interprétation de Hitzig, que Movers avait déjà proposée (1) et d'après laquelle ce collège d’Anciens comprend les représentants des vingtquatre classes sacerdotales avec le grand prêtre à leur tête, ne nous semble pas seulement ingénieuse, mais vraie.

(1) Krit. Uniters. ueber die bibl. Chronik p. 284 Cfr von Orelli Das Buch zechièKetc. p. 37.

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