TROISIÈME SECTION
LE CARACTÈRE HÉRÉDITAIRE DES FONCTIONS SACERDOTALES CHEZ LES ANCIENS HÉBREUX.
« C'était chose très ordinaire dans l'antiquité, écrivait A. Kuenen, que tous les prêtres d’un sanctuaire appartinssent à la même famille » (1). Robertson Smith voyait dans ce fait une preuve du caractère en quelque sorte familial de la religion à l'origine : « La connexité primitive de la religion avec les liens de parenté est attestée par l'existence de sacerdoces composés d'hommes d'un même clan, d’une même famille, qui en bien des cas n'était point du même sang que les simples fidèles. Des cas de cette sorte sont fréquents, non seulement parmi les Arabes, mais aussi parmi les autres Sémites et en général dans l'ancien monde. Dans ces cas le clan sacerdotal représente souvent le groupe familial originel qui fut d'abord en possession exclusive du culte du dieu et continua à le desservir après que des fidèles du dehors avaient été admis à la même religion » (2). La coutume, on le voit, est ici rapportée à des temps très reculés. Le passage que nous venons de transcrire fait naturellement songer au sacerdoce hébraïque tel qu'il est établi par la Loi ; la tribu de Lévi répond assez bien aux conditions générales que l’on expose ici, de l'organisation du sacerdoce chez les peuples de l'antiquité. Il arrive que certains critiques le constatent dans la même phrase où ils soutiennent le contraire. « Nous avons déjà vu..., dit Stade, comment il s’est fait que ces fonctions (sacerdotales) furent confiées de préférence à des membres de la tribu de Lévi et qu’en conséquence tous les prêtres, qui pourtant se recrutaient parmi toutes
(1) Zadok en de Zadokieten, Theol. tijdsch. III p. 469 (2) Religion of the Semites 21 edit. 1894 p. 47S.
les classes du peuple comme le montre l'exemple de Samuël et des fils de David et comme Deut. 33, 9 le trahit, rapportaient cependant leur origine à Lévi, et cela par l'intermédiaire de Moise En effet 1l est absolument conforme à la règle partout observée dans le monde ancien, que l'auteur d'une religion nouvelle, ou, pour parler à l'antique, celui qui introduisait un nouveau culte, transmît par voie héréditaire dans sa postérité, le sacerdoce du culte en question » etc. (1). Ainsi, le sacerdoce en Israël n'était pas hérédilaüe durant les premiers siècles, puisque les membres s'en recrutaient parmi tous les éléments de la nation ; cependant tous les prêtres faisaient remonter leur origine à [évi et cela en vertu d’une institution universelle dans le monde ancien, à savoir le principe de l'hérédité des fonctions sacerdotales qui était également en vigueur chez les Israélites.
Nous verrons dans les pages qui suivent, quels étaient les principes fondamentaux de la constitution et de la mission du sacerdoce chez les anciens Hébreux.
Les conditions essentielles de l’état sacerdotal dans l’antiquité hébraïque.
S 1. Le principe du sacerdoce héréditaire.
Il n'est pas possible de mettre en doute que tout au moins vers la fin de la période préexilienne, l'origine sacerdotale était considérée chez le peuple hébreu comme une condition requise pour l'exercice du ministère de l'autel. Le Deutéronome suppose la tribu de Lévi, une des douze tribus d'Israël, parfaitement constituée et reconnue comme la tribu sacerdotale (X 8 etc.). À plusieurs reprises le Deutéronome rappelle avec insistance que la tribu de Lévi n'a pas de territoire en Israël, à l'instar des autres tribus, pour la raison que Jéhova est sa part. Il est
(1) Geschichte I p. 473.
it fe mt ni
tout à fait évident que d’après le Deutéronome la tribu lévitique est, au point de vue de son origine, une tribu israélite au même titre et dans le même sens que les autres tribus, XVIII 1, XX VII 12 ss. etc. Il est puéril d'écrire par exemple que « dans le Deutéronoie la tribu spirituelle du Lévite se présente encore avec réserve, mais que le code sacerdotal prend la chose franchement au sérieux ». Il était difficile qu’il prit la chose plus au sérieux que le Deutéronome. Nous le répétons ; au 7° siècle le sacerdoce se compose, dans le royaume de Juda, exclusivement des membres de la tribu de Lévi, et cette tribu est considérée comme formée par les liens du sang, ainsi que les autres tribus. Cette situation est manifestement aussi supposée par Ezéchiël ; elle est supposée dans la notice de 2 Rois XXIIL 8 où 1l est raconté que les prêtres des bämôth de Juda furent rassemblés par Josias à Jérusalem pour y manger les azymes parmi leurs frères. Les prêtres des bâmôth d'Israël eurent un sort moins heureux ; ils furent mis à mort (v. 20), comme les intrus (033) l'avaient été en Juda (v. 5).
Le corps sacerdotal était divisé en familles au rapport de 2 Rois XIX 2 (1) où nous lisons qu'Ezéchias envoya à Isaïe, comme faisant partie d'une députation, les Anciens des prêtres 0% “DT. Nous avons déjà d'ailleurs rappelé plus haut (2) qu à l'époque du retour de la captivité, l'ordre sacerdotal était parfaitement organisé, divisé en groupements fixes dont les relations de parenté formaient la base. Le principe de cette organisation, non seulement remontait à l'époque préexilienne, mais devait être de tradition déjà ancienne et était maintenu avec rigueur, comme on le voit au fait de l'exclusion de certaines familles qui furent provisoirement écartées du sacerdoce sous Zorobabel, comme n'ayant pu produire leurs titres généalogiques.
Nous avons entendu Stade nous dire tout à l'heure que Deut. 33, 9 trahissait l'usage de recruter le clergé parmi toutes les
ECS EX XX VII2,;.Jer. XIX 1.
SABEL
classes de la nation. Wellhausen nous assure lui aussi que la Bénédiction de Moïse, qu'il considère comme un document originaire du royaume du Nord et datant par conséquent au plus bas du 8° siècle, fait dériver l'unité de la caste sacerdotale non point des liens du sang, mais, au contraire, d’un commun renoncement aux liens du sang. Nous avons déjà eu l'occasion plus haut (1) d'exprimer notre avis sur cette interprétation de Deut. 33, 8-11. Elle nous paraît insoutenable. Quand même nous naurions que la seule Bénédiction de Moïse, nous pourrions en conclure avec la plus entière certitude qu'au moment où ce document fut composé Lévi était considéré comme une tribu, parfaitement distincte des autres, constituée suivant le même principe que les autres parmi lesquelles elle est énumérée (2). Elle est une des tribus d'Israël 5N70° "G2%, annoncées au v. 5. Le texte ne renferme pas l'ombre d’un indice permettant d'établir une différence entre la nature ou le mode d'origine de cette tribu et la nature ou le mode d’origine des autres. Le commentaire de Wellhausen sur le v. 9 (3) fait violence au contexte et est contraire au témoignage de l’histoire. Voit-on à une époque quelconque la moindre trace d’une obligation chez les prêtres de renoncer aux liens de la famille, de ne plus connaître leurs enfants ? Nous répétons à cet égard la question que nous avons déjà posée : peut-on concevoir pareille obligation comme titre à l'admission dans la tribu sacerdotale ? [IL est clair que déjà le v. 8 prépare l'exposé des motifs qui ont valu à Lévi le privilège dont il est investi ; or ce verset mentionne des faits arrivés certainement lors du séjour au désert. Dans l’idée de l'auteur le Lévi dont il parle, le Lévi distinct comme tribu des autres tribus d'Israël, existe déjà depuis l'Exode ! Alors même quil faudrait voir au v. 9, non pas un souvenir accordé à des faits historiques du passé (Ex. XXXII 26 ss.), ce qui nous semble être le vrai sens du passage ; mais plutôt une allusion à certaines obligations
(2) Baudissin Atttest. Priest. p. T5.
(3) Prol. p. 140.
spéciales des prêtres ; on ne serait aucunement autorisé à prêter à l'auteur l’enseignement que ces obligations formaient la condition première, le fondement même de l’état sacerdotal. Il faudrait expliquer le passage, comme plusieurs le font, p. e. par les lois qui interdisaient aux prêtres certaines manifestations de deuil à l'occasion du décès de lun ou l’autre membre de leur famille (Lev. X 6), ce qui est inculqué en particulier pour le grand prêtre (Lev. XXI 10 ss.) (1). — Dans tous les cas il est à nos yeux absolument certain que Deut. 33, 9 la tribu de Lévi doit être entendue comme une tribu proprement dite, constituée par les liens du sang. Les interprétations qui s'écartent de ce sens sont imaginées pour le besoin d'une théorie ; mais au lieu de servir à celle-ci de recommandation, elles ne font que la compromettre. — Nous n'avons pas àrevenir plus longuement ici sur des faits et des textes qui ont été mis suffisamment en lumière dans la deuxième section de notre étude, notamment aux chapitres [T et IT.
Si, de l'époque des rois, nous remontons aux siècles antérieurs, nous trouvons encore le principe de l'hérédité des fonctions sacerdotales reconnu parmile peuple hébreu. Aux ch.X VIT s. du livre des Juges, nouslisons l'histoire d’un certain Jonathan, descendant de Moïse (XVIIT 30), qui, en sa qualité de lévite, est jugé particulièrement apte à exercer le ministère sacerdotal, auprès de Mikha d’abord, puis à Dan. L'auteur ajoute que ce Jonathan fut l'ancêtre du collège de prêtres qui resta attaché au sanctuaire de Dan jusqu’au jour de la captivité (2).
Le récit des débuts de Samuël (1 Sam. [ ss.) nous montre un sacerdoce héréditaire établi au sanctuaire de Silo. L'auteur n'y met en scène que Eli et ses deux fils, parce que c’est le jugement de Dieu sur la famille de Eli qu'il se propose de raconter dans la suite ; mais nul doute que les prêtres chargés de l'administration des choses du culte dans la résidence de
(1) Curtiss Levit. Priests p 60.
(2) La comparaison avec le v 31 suggère à certains auteurs la conjecture qu'au v. 30 il faudrait lire ANS au lieu de l'AS Cfr. Poëls' Hist du sanctuaire de l'arche, p.57.
l'arche, ne fussent très nombreux. Un peu plus tard nous retrouvons à Nob un groupe de prêtres de la race dont Eli avait été le chef; Saül en fit massacrer quatre vingt cinq mandés en sa présence (1 Sam. XXIT 18). Il a été montré plus haut comment, dans l'avènement de Sadoq et de la maison qu'il représentait, le même principe de l'hérédité du sacerdoce trouva son application (1). Le lecteur se rappellera à ce propos ce passage du discours de l’homme de Dieu, dont personne ne conteste l’origine au moins préexilienne et où la règle en question est énoncée de la façon la plus expresse : « Ainsi parle Jéhova : Ne me suis-je pas manifesté à la maison de ton père quand ils étaient en Egypte, serviteurs de la maison de Pharaon ; et ne l’ai-je point choisi d’entre toutes les tribus d'Israël comme prêtre pour monter à mon autel et me brûler l’encens, pour porter l'éphod devant moi? N'ai-je point donné à la
(1 Sam. IT 27 s.). Nous entendrons plus loin les mêmes auteurs qui ramènent la composition de ce morceau aux dernières années avant l'exil, supposer une origine beaucoup plus ancienne à la suite du récit (1 Sam. III), où le discours de l'homme de Dieu est pourtant manifestement connu (vv. 10-14).
La disposition formulée Deut. XVIII 6 ss. en faveur du lévite qui viendrait s'engager au service de la maison de Dieu, nous à déjà fourni l'occasion (2) de présenter sur l'organisation de la tribu de Lévi une remarque qui aidera à mieux comprendre les données d'apparence très disparate que nous offrent d'un côté l’histoire du lévite Jonathan, et de l’autre celle de Eli et de sa famille. Les membres de la tribu sacerdotale demeuraient dispersés sur tous les points du territoire. Tous étaient aptes à venir prendre part à la célébration du culte divin ; mais à Silo, bien plus que sous le régime davidique à Jérusalem, 1l s’en fallait que tous pussent être effectivement employés à cette fin.Ceux qui formaient, en nombre plusoumoins
(1) Deuxième Section, chap. II, $ 3 fin.
(2) Deuxième Section, chap. II, S 1.
considérable suivant les besoins et les ressources du culte aux différentes époques, le corps habituel des desservants de la maison de Jéhova, demeuraient dans les environs du sanctuaire. Le développement des bämôth fut, d'autre part, favorisé sans aucun doute par la part que prenaient aux cultes locaux les lévites dont le séjour habituel était fixé dans la province.
Les aventures du lévite Jonathan racontées Jug. XVII s. ont servi de prétexte à des théories plus que hasardées sur les débuts de l'organisation du sacerdoce chez le peuple hébreu. Wellhausen fait remarquer (1) l'énorme différence entre la position de Eli et celle de Jonathan. Tous les deux sont prêtres de race, mais c'est tout ce qu'ils ont de commun. Eli représente un sacerdoce indépendant ; Jonathan, lévite nomade, est pris à gages par le propriétaire d'un sanctuaire privé. C'est Jonathan, ajoute Wellhausen, qui sans doute nous offre le type de ce qui se pratiquait en règle générale ; Eli représente l'exception. Pourquoi ? « Un sacerdoce indépendant ne pouvait prendre pied qu'auprès d’un sanctuaire considérable et public ; celui de Silo semble avoir été seul de cette espèce ; les autres sanctuaires dont l’histoire fait mention étaient des propriétés privées. » Le lecteur voit qu'ici la question du lieu du culte revient à l’'avant-plan. Nous ne savons si tous les sanctuaires distincts de celui de Silo étaient des propriétés privées ; ce que nous croyons savoir, Cest que le sanctuaire de Silo « qui semble avoir été le seul considérable et public », était aussi le seul où pût se pratiquer, suivant les institutions nationales, le culte public et officiel par le ministère ordinaire des prêtres. Sans doute il y avait en Israël d’autres endroits, en grand nombre, où l’on pouvait et devait invoquer le nom de Jéhova et répandre en son honneur, sur l'autel de terre ou de pierre brute, le sang des animaux qu'on immolait ; mais ce n'était point la mission du prêtre d'intervenir dans les actes de ce culte populaire ; les laïques eux-mêmes pouvaient les poser (2).
(1) Prol, p. 130.
(2) Le lieu du culle pp. 195s., 23 ss.
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L'état de désagrégation politique des tribus qui persista longtemps après l’établissement de la nation dans le pays de Canaan et qui résulta tantôt du mélange plus ou moins profond avec les populations anciennes, tantôt des efforts déployés sur tel autre point pour maintenir l'intégrité et la prépondérance de l'élément israélite, ne put manquer d'entraîner aussi un affaiblissement au point de vue de l'unité religieuse (1). Peu à peu les dieux étrangers prirent place à côté de Jéhova ; et à côté de la maison de Jéhova on vit s'élever les bämôth, — développements abusifs des autels populaires, héritages recueillis des cohabitants cananéens, — où les lévites dispersés dans le pays vinrent trouver à la fois l'emploi de leurs prérogatives avec la considération qui s'y attachait, et les ressources que leur exclusion du partage du territoire et l'insuffisance des revenus de la maison de Jéhova, ne leur permettaient pas de se procurer autrement. Il ne doit point s'agir 1c1 de règle générale et d'exception ; mais bien plutôt de régulier et d'irrégulier ; 1 est trop évident que le sanctuaire de Silo, seul de son espèce, seul considérable et public, pouvait être aussi seul conforme à la règle, ou à la loi, et qu'à cette circonstance précisément il pouvait être redevable de sa prééminence. Au reste, le sanctuaire de Silo, résidence de l'arche, était sans aucun doute le centre du culte de Jéhova pour tout Israël ; les prêtres qui y exercaient habituellement les fonctions sacrées devaient être considérés comme un collège sacerdotaltrès important; c’étaient eux qui devaient réaliser aux yeux du peuple le type le plus élevé et le plus pur du sacerdoce de Jéhova. Nous voyons plus tard que ce n'était pas seulement par leur position, mais encore par leur nombre que ces prêtres formaient un corps considérable. [Il nous semble que les prêtres de Nob avaient plus de titres à se faire valoir devant Israël comme « types de la règle » que le lévite-mercenaire Jonathan. Aussi, tandis que les Danites emmènent Jonathan avec eux sans trop de façon,
(1) Sur les causes de la situation du peuple hébreu à l'époque des Juges, lire l'exposé de Klostermann Geschichte p. 121-133,
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nous voyons les sicaires de Saül, saisis de respect devant Achimelek et ses collègues, se refuser à exécuter les ordres du roi et à servir sa vengeance en les massacrant 1 Sam. XXII 17. Rappelons en passant que les divers lieux de culte que l’on a coutume de citer comme des sanctuaires privés, ne présentent pas toujours en réalité ce caractère. L'établissement à Ophra d'un Zphod ou oracle de Jéhova avait pour but, de la part de Gédéon, de faire de sa ville le centre religieux de la nation, comme 1l voulait aussi y fixer le siège de sa royauté sur les tribus ; le nouveau sanctuaire était destiné # faire échec à la maison de Jéhova à Silo, comme plus tard celui de Béthel dans le royaume du Nord fut opposé au temple de Jérusalem. L'auteur biblique condamne la tentative de (rédéon comme sacrilège et schismatique (1). Quant à la Gibea, près de Qiriath- Jearîm, où l'arche fut déposée dans le « domaine » d’Abinadab, elle fut, après Silo, le lieu où Jéhova établit la demeure de son nom. C'étaient des prêtres lévitiques qui y exerçaient le ministère sacré ; sur la « Gibea » nous retrouvons l'appareil du culte qui auparavant était installé à Silo. Cest à Qiriath- Jearîm, ou plutôt sur la colline voisine de cette ville et de Gibeon, que David, lorsqu'il fit venir l'arche à Jérusalem, laissa l'autel des sacrifices ; c'est là qu'était « la grande Bâma » où Salomon se rendait pour offrir ses hécatombes à Jéhova (2). Nous lisons dans l'histoire du lévite Jonathan que Mikha pour l’attacher à son service, lui remplit la main DK...NR92" “5 7, et qu'ainsi le lévite devint son prêtre Jud. XVII 12. La formule est emplovée ailleurs comme une expression technique signifiant la consécration, l'investiture sacerdotale. Ne semble-t-1l pas, suivant le passage que nous venons de rappeler, qu’elle dérive, à l’origine, du contrat par lequel les lévites, comme celui de Mikha, étaient pris à gages ? Ce n'est pas du récit des aventures de Jonathan que l'on pourra inférer cette
(1) Cfr. Poels Examen critique de l'histoire du sanctuaire de l'arche D 10 88.
(2) 1 R. III 4, 2 Chron. I. Voir sur 1 R. III 2-3 notre étude sur Ze lieu du culte p. 67.
explication ; les termes en question sont employés aussi, au v. 5, de l'installation du fils de Mikha comme gardien du sanctuaire : « et 1l remplit la main à l’un de ses fils et celui-ci lui servit de prêtre >» ; ils n'ont certainement ici aucun rapport avec un contrat à gages, mais ne signifient pas autre chose, comme partout ailleurs, que la consécration donnée au ministre du culte. D'après Maybaum (1), Baudissin (2), Stade (3) etc. la formule devrait son origine à une action symbolique par laquelle on introduisait le nouveau prêtre dans l'exercice de ses fonctions. On lui « remplissait la main >» en lui remettant une offrande à déposer sur l'autel (4). Si cette explication est vraie, il n y a pas lieu de signaler le complet oubli de la signification primitive par l’auteur du livre des Chroniques, qui emploie la tournure « remplir la main à quelqu'un d’un jeune taureau et de sept boues » 2 Chron. XIII 9 (5). Ce passage pourra au contraire être allégué à l'appui de l'explication proposée. Il nen est pas moins vrai que le sens et l'application propres de l'expression ne furent pas toujours respectés ; Kzéchiël, parlant de l'inauguration de l'autel, dit qu'on le purifiera et lui remplira la main (ou les mains) pendant sept jours (XLIIT 26). Les mêmes auteurs qui voient dans le cas du lévite Jonathan l'expression de la règle en regard de la situation exceptionnelle de Eli et de ses fils, assurent avec le même aplomb, dans le même contexte, que, d’après le même récit où Jonathan leur apparait comme le représentant de la règle, un prêtre de profession, un lévite, était pour un sanctuaire privé « chose extrêmement rare » (eine grosse Seltenheit). Il est certain en effet que pour Mikha (Jud. XVII 13) et pour les Danites (XVIII 19), l'acquisition d'un prêtre lévitique est une bonne fortune très appréciée. Ne faut-il pas en conclure, demandons-nous, que
(1) Entoickelung etc. p. IV.
(2) Geschichte des Altt. Priest. p. 25, 183.
(3) Geschichte I p. 474.
(4) Voir la cérémonie décrite Ex. XXIX 22-25 dans l’offrande du 5x D°N5"2. — Lev. VIII 27.
(5) Baud. L. ce p. 167. — Cîr. 2 Chron. XXIX 31.
le service des sanctuaires distincts de la maison de Jéhova n'entrait pas dans les attributions des lévites ? Que malgré la compétence spéciale que l'on reconnaissait aux membres de la tribu de Lévi dans les choses du culte, malgré la préférence quon leur accordait, tous ne parvenaient pas cependant à en trouver qui fussent prêts à accepter leurs offres ? Ce qui étonne les Danites, ce n’est point de rencontrer un lévite, mais d’en rencontrer un dans le sanctuaire de Mikha : + qui t'a amené ici ? de quoi t occupes-tu en cet endroit et qu'as-tu à faire ter 2 » (XVIII 3). La portée de ces questions est parfaitement claire ; un peu plus loin les Danites nous en donnent eux-mêmes le commentaire : « Viens avec nous et sois notre père et notre prêtre ; qu'est ce qui vaut mieux pour loi, d'être prêtre dans la maison d'un homme, ou d'être le prêtre d'une tribu et d'une race en Israël? » (v. 19). Puisque Jonathan à consenti à se mettre au service d’un sanctuaire local pour gagner sa vie (v. 4), les Danites lui font voir qu'il serait plus honorable et plus lucratif pour lui de venir exercer son ministère parmi eux. Jonathan reconnaît volontiers que la position chez les Danites lui conviendrait bien mieux ; c'est le besoin seul qui lui avait dicté sa conduite.
Dans l'histoire de l’autre lévite, Jug. XIX ss., le texte masorétique, s'il était suffisamment sûr, nous offrirait la contrepartie du cas de Jonathan. Au vieillard qui lui demande, à Gibéa, d’où il vient et où il va, le lévite répond : « Nous voyageons de Bethléem en Juda jusqu'au delà de la montagne d'Ephraïm ; c'est de là que je suis originaire. Je suis allé à Bethléem et à présent je me rends à la maison de Jéhova et personne ne veut me recueillir dans sa demeure » (XIX 18), D’après les LXX il faudrait lire : et à présent je me rends à #14 maison... ets roy oëxoy pou ; les deux leçons dérivent de la formule "2 en hébreu ; dans la leçon représentée par le texte masorétique le * final a été considéré comme l’abbréviation du nom divin F7; dans celle suivie par les LXX comme le suffixe. Il est difficile de décider laquelle mérite la préférence. Le contexte semble plaider pour la lecon des LXX..
S 2. Les fonctions caractéristiques du prètre.
Quelle était, à l'époque reculée où nous transportent les récits des livres des Juges et de Samuël, la fonction caractéristique de celui qui portait le titre de prêtre ? À en croire certains savants, c'était non pas d'offrir les sacrifices et de servir à l'autel, mais plutôt de consulter l’éphod et de rendre des oracles (1). Tout le monde se jugeait apte, dit-on, à offrir des victimes à Jéhova ; l'art propre du kôhen, c'était de faire connaître les desseins secrets de la divinité. Outre le témoignage de la tradition ancienne, le nom lui-même, si l’on en juge par sa signification primitive, nous apprendrait qu'à l'origine le prêtre avait une mission analogue à celle du prophète.
Si l'on connaissait avec certitude la signification primitive de la racine qui a donné naissance au nom 92, 1l serait très intéressant de rechercher le lien qui y rattache le concept exprimé par ce nom chez les Hébreux. En arabe Xähin signifie devin, celui qui connaît les choses cachées, le voyant qui révèle aux hommes les mystères appris dans le commerce intime avec les esprits. Mais ce n’est évidemment pas là la signification première de la racine d’où le mot dérive ; ce ne peut être que par une appropriation, une application spéciale, qu'une racine khn a produit le kâhin arabe. Sans doute le verbe kahuna à la 1° et à la 5° conjugaison signifie praesagivil ; mais dans cette signification le verbe est dénominatf ; le kdhin c'est le devin ; kahuna et takahhana, c'est faire le devin, prédire l'avenir.
Plusieurs auteurs considèrent la racine kahan comme équivalente à Æün ; le kôhen serait en conséquence avant tout et. suivant l'étymologie celui qui se tient debout, puis, d'une manière plus spéciale, celui qui se tient débout à l'autel (2). A supposer
d) Wellhausen, Proc. p. 131: Kuënen Godsd. van Isr. 1 p. 101; Land Over den godsnaam enz. Theo!. Tijdschr. 1868 p. 171 ; Robertson Smith 0/4 Test. in. the Jew. Church, p. 292 etc.: Stade Geschichte I p. 471 ; Baudissin
Alttest. Priest. p. 60 (cfr. cependant p. 269 s. p. 25, 183 s.) etc. (2) Baudissin AZitest. Priest. p. 269.
l'exactitude de l'étymologie proposée, nous préférerions voir dans le kôhen non pas précisément celui qui se tient debout à l'autel, mais simplement celui qui se tient debout, au sens moral, devant Jéhova, l'intermédiaire entre l'homme et Dieu. L'idée de cette attitude du prêtre est exprimée aussi dans le verbe hébreu 23 employé pour désigner en général le ministère sacerdotal. Celui qui se tient devant la divinité, transmet à Dieu les hommages de l’homme et à ce titre il est kôhen, avec la note qui domine dans l'usage traditionnel de l'Ancien Testament ; il transmet également à l’homme les oracles divins, et à ce titre 1l sera kdhin au sens de l'arabe.
Ewald cherchait lui aussi dans la racine 3 l’origine du nom 172; seulement il avait recours à la forme Aiphil : le prêtre, disait-1l, tient ce nom de son office de préparateur (525) de la victime (1). Cette explication ne nous paraît avoir aucune vraisemblance.
Movers exprime l'avis que la signification fondamentale de la racine 52 en hébreu est sans aucun doute celle de servir ; « exercer le service où le ministère sacerdotal », serait une acception immédiatement dérivée de celle-là. Il rappelle à ce propos l'expression NY appliquée pareillement d’une manière spéciale au prêtre (2). L’arabe Ædhin a aussi le sens d'homme d'affaires de quelqu'un. Le kôhen serait donc le serviteur, et en particuher le serviteur vis-à-vis de la divinité. On pourrait rapprocher de cette explication, l'observation faite plus haut sur le nom de 733, 2735, donné parfois à ceux qui exerçaient les fonctions sacerdotales (3). Dans l'hypothèse que nous venons d'exposer, on comprendrait parfaitement, une fois de plus, l'origine du kdhin arabe dans le sens de devin ; mais 1l ny aurait nul besoin de passer par là pour arriver au #ôhen de la terminologie ordinaire de l'Ancien Testament,
Pour justifier comme signification première et fondamentale de "2 celle de servileur, Movers en appelait au verbe arabe
(1) Atterthümer 2. 1851 p. 301.
(2) Untersuch. über die bibl. Chron. p. 304 s (3) p. 141. 145. :
kahuna employé au sens de ministrare d’après le lexique de Meninski et il constatait que Gesenius, tout en niant la réalité de cette acception du verbe, la reconnaissait lui-même en reproduisant l'observation de Firusabadi, que « le Aähin est celui qui est au service d’un autre et soigne ses intérêts. »
Kôünig (1) semble vouloir rattacher la signification de servrteur à l'étymologie proposée par Ewald ; « le nom en question, dit-il, signifie simplement celui qui dispose, le préparateur, le serviteur xat éoyrv, c.-à-d. celui qui est chargé du service le plus éminent, du culte de la divinité. »
Stade (2) s'exprime en ces termes : « Ces prêtres s'appellent kôhanîm, parce qu'ils se tiennent devant Jahwe comme serviteurs ». C’est plus simple et beaucoup plus satisfaisant. La notion du serviteur est mise ici en rapport immédiat avec la forme Kal de M2.
Hommel voit dans l'hébreu kôhen un terme emprunté au babylonien #ushkînu (de mushkahînu) = qui adore, qui rend hommage à la divinité (3).
D'autres idées et étymologies ont été proposées ; mais comme leur examen ne peut conduire à aucun résultat, 1l est inutile de nous y arrêter plus longtemps.
Le lecteur conclura sans peine des observations qui précèdent, que, malgré la signification de kähin en arabe, l'étymologie ne nous oblige, ne nous invite même en aucune manière à voir dans le k6hën hébreu, à l’origine, le distributeur des oracles divins plutôt que le sacrificateur. Que le kôhen soit celui qui se tient debout devant Jéhova comme intermédiaire entre l’homme et la divinité, qu'il soit le serviteur par excellence de Jéhova, qu'il soit le serviteur de la communauté vis-àvis de Jéhova, la notion de ministre à l'autel se rattachera à ces notions-là aussi immédiatement que celle d'organe des révélalions ou des volontés divines (1). Les deux pourront d'ailleurs
(1) Hauptpr. p. 88.
(2) Geschichte I 411: Diese Priester heissen. weil sie dienend vor Jahwe stehen, Kôhanim. |
(3) Die altisrael. Ueberlieferung 1897 p. 17. :
4) Nous ne comprenons pas l'observation de Sprenger (Das Leben und
se vérifier ensemble, malgré une prédominance plus ou moins marquée de l’une ou de l’autre. De fait, il est à noter que non seulement à l'origine, mais dans tout l'Ancien Testament, le prêtre nous apparaît en même temps comme le ministre public du culte, désigné par son état pour offrir à Dieu les holocaustes et les victimes pacifiques, et comme l'interprète autorisé de la Lora ; le grand prêtre, dans la Loi, est à la fois le porteur de l'Ephod et le pontife qui chaque année, au jour de l'Expiation, purifie le sanctuaire et l'autel.
Nous avons entendu comment Stade comprend le nom de kôhen. IL fait suivre son explication du commentaire que VOICI : « Que ces prêtres (appelés kôhanim parce quis se hennent devant Jéhova comme serviteurs) rendaient l’oracle, dans les temps les plus anciens, non point par le sort, mais en état d'extase et de seconde vue, nous devons l’admettre parce que le même nom est donné en arabe aux devins. Ce nom semble donc être passé de l'institut des voyants libres à un sacerdoce préposé au maniement dûment réglé d’un sort sacré ; ou, Si l'on veut, l’ancien sacerdoce israélite semble être issu de l'ordre des voyants par suite de l'établissement de certains d’entre ceux-ci en des endroits déterminés. Ce qui s’harmonise parfaitement avec cette hypothèse, c'est que nous ne rencontrons les kôhanim qu'en des lieux où se trouve une idole ou un monument naturel considéré comme siège de la divinité » (1), etc. Ce n'est pas là de l’histoire, même conjecturale ;
die Lehre des Mohammad 2w. Ausg. I p. 255: Wie auf einen vom Glück begünstigten Imperator (Feldherrn) eine !teihe von Kaisern folgte, welche sich Imperatores hiessen, so kann auch ein Seher einen Priesterorden stiften, welcher den Titel Kähin beibehäit, aber das umgekehrte ist nicht denkbar. Ich glaube daher, dass die Kâhine im arabischen Sinne älter sind als die Kôhene im hebräischen. — Faut-il absolument que les uns soient plus anciens que les autres? Et s'il fallait absolument établir entre les deux termes un rapport de dépendance, qui nous garantit que le Adhin arabe n’eût pu être à l’origine l'augure qui lisait la manifestation des décrets divins dans les entrailles des victimes, ou celui qui consultait l’oracle ? C'est l'avis de Ewald (AZterth. p. 301).
(1) Le. |
mais plutôt de la fantaisie. Si les kôhanim portent leur nom en qualité de serviteurs en station devant Jéhova, pourquoi, pour quelle ombre de raison devrons-nous croire qu'ils ont été avant tout, « dans les temps les plus anciens », des voyants hbres, révélant les mystères en élat d'extase? Parce que le même nom est donné aux voyants arabes ? Mais l'usage arabe ne pourrait-il être de formation secondaire ? Le serviteur de la divinité, celui p. e. qui a pour office de transmettre à Dieu les hommages de l’homme, sera chargé en retour de porter aux hommes les messages divins ; de là à l'usage arabe qui appelle kähin le voyant enthousiaste, la transition n'est pas difficile. Mais personne ne prétendra qu'il faut passer par la notion de l'enthousiasme ou de l'extase pour rattacher à la notion de « serviteur présent devant Jéhova >», celles de ministre de l'autel et de consulteur. d’un oracle établi. Ne forçons point le käluin arabe à remplir ici un rôle par trop encombrant et pour le moins superflu.
On pourrait avec plus de raison se demander si les voyants hébreux ne furent point les héritiers d’une fonction de l'ordre des k6hanîm qui possédait en son sein l'oracle des Urîm et Tumimim attaché à l'£phod. À partir de l'époque de Salomon il n'est plus fait mention de la consultation des Urim et Tummim (1). Et c'est à partir de cette époque aussi que l’ordre des prophètes, comme instrument distinct et régulier du gouvernement de Jéhova, s'organise et s'étend. L'interprétation ou l'exposition de la Tora resta cependant toujours une des attri- butions les plus en vue du sacerdoce et les prophètes euxmêmes ne manquèrent pas,a l’occasion,de dénoncer linégligence des prètres dans l'accomplissement de ce devoir (2). À ce point de vue la mission du prophète confinait à celle du prêtre ou se confondait parfois avee elle (2) ; et l'on peut dire, avec beaucoup
(1) L'éphod associé aux teraphim dont.il est-encore question ‘Os. IE:4, n’était pas l'instrument de l’oracle réservé au prêtre. Voir plus loin à la fin de la quatrième section.
(2) Osée IV 68s.; Mal. IT 55ss. Cfr. Aggée II 1158. |
(3) Zach. VIT 3. Sur les liens qui unissaient le sacerdoce et le prophétisme
en Juda, voir Rob. Smith O4 Test. in the jerw. Church,p 2925s.; Wellhausen Prolegomend, p. 415.
d'apparence de raison, que le prophétisme chez les Hébreux eut en grande partie son origine dans la fonction doctorale des kôhanim. Si l'enseignement religieux était considéré comme un côté important de la mission du prêtre à une époque où la prédication prophétique avait atteimt son apogée, il n’y à point lieu de s'étonner qu'il nous soit présenté, aux premiers siècles, avec le même caractère sacerdotal. Moïse est appelé prophète (Deut. XVIII 15, Osée XIT 14)et prêtre (Ps. XCIX 6) (1), principalement en sa qualité d’organe des décrets. de Jéhova envers son peuple. Pour rendre compte de cette étroite connexion entre le sacerdoce et le prophétisme, il n'est point nécessaire, assurément, de faire du prêtre, à l'origine, un jeteur de sorts ; et de la Tor'a, la décision par le sort jeté, sous prétexte que les noms 512 (docteur) et MA (doctrine, enseignement) dérivent du verbe 5°" (Jeter) (2). À la conjugaison hëghil signifie aussi en un sens absolu 2ndiquer et de là enseigner (3) : rien nempêche, apparemment, que le nom-participe môre et le nom abstrait éora se rattachent au verbe en question dans cette signification déterminée, sans dépendance aucune d’une signification antérieure quelconque. Il est contraire à la saine
(1) Voir plus haut p. 1375.
(2) Cfr. Land ap. Kuenen, Theol. tijdschr. VI p. 634 s.; Wellh. Proleg. p. 4l2et Text der BB. Sam. in 1 Sam. XXXI 3 p. 146. Se rappeler la formule 93 57 sortem misit (Jos. X VIII 6).
(3) Est-il même bien sûr que cette acception se rattache étymologiquement à la notion de Ja décision par le sort ? Le v. 57", en ce cas, n’aurait-il point dû signifier + enseigner » à la forme ka aussi bien qu’à la forme hiphil ? D’autres disent que la signification de + montrer », « enseigner » dérive de celle de « jeter + moyennant l'idée de la main étendue pour indiquer: un objet (?). On pourrait aussi bien recourir à la notion du but marqué par la flèche lancée. Nous doutons beaucoup pour notre partque #71 Mmontrer,enseigner, ait rien de commun avec 51", 57143 Jeter. Peut-être y a-t-il un rapproche ment plus fondé dans l’analogie signalée par Gesenius (Thes. sub v, 57) avec l'arabe vulgaire ’awrû pour ’ur'à. Nous ne compr'enons pas que Hommel ait pu voir dans l'hébreu {074 un mot emprunté au babylonien (urtu et tértu) (Altisrael. Ueberl. 1. c.). Malgré l’irrégularité de la formation nous croyons que c’est au verbe FIN" que se rattache le verbe 57343 dans le
sens de indiquer, montrer, enseigner (TIR INT 17),
critique de chercher l'explication de ces deux termes, qui n'ont rien d'obscur, dans l'hypothèse tout au moins gratuite d'un usage généralement répandu parmi les kôhanîm des premiers siècles, de rendre des oracles au moyen du sort. Ajoutons que jamais le verbe 5°" ou 9% (jeter), ne sert à signifier en particulier la consultation des Urfm et Tummim.
Ceci nous ramène à la question posée plus haut touchant la compétence des anciens kôhanîm en matière de sacrifices. L'enseignement de la Tora, nous venons de le rappeler, entrait sans aucun doute dans leurs attributions et en formait un côté très important. Mais il serait exagéré et contraire au témoignage de l’histoire, de prétendre que leur rôle comme ministres de l'autel était chose accessoire. La formule employée pour signifier leur investiture, montre que c'était là au contraire leur mission principale. Pour introduire le nouveau prêtre dans l'exercice de ses fonctions, on « lui remplissait la main », c'està-dire qu'on lui remettait une offrande à déposer sur l'autel. Comme nous l'avons exposé ailleurs, en commentant la loi d'Ex. XX 24 ss., les laïques avaient, à la vérité, qualité pour accomplir sur les autels de terre ou de pierre non taillée qui pouvaient s'élever partout, les rites qui accompagnaient limmolation des animaux destinés à la consommation ordinaire (1). Mais de cette coutume populaire et d'ordre local, dont les abus des b&môth finirent par entraîner la suppression radicale, 1l importe de distinguer soigneusement le culte public, c'est-àdire celui qui devait être célébré suivant les institutions nationales, par l'entremise des représentants officiels de la communauté israélite, dans le sanctuaire où Jéhova avait établi sa demeure. La loi du livre de l'alliance, aussi bien que les autres documents législatifs ou historiques de l'Ancien Testament, nous défendent de confondre ces deux points de vue. « La maison de Dieu >» nous est présentée Ex. X XIII 15-19 comme le seul lieu, pour tous les [sraélites, où puissent être tenues les panégyries solennelles du peuple. C'est le culte à célébrer dans la
(1) Le lieu du culte p. 19-32, 345s., 39 ss., 43-56.
maison de Dieu qui était réservé au ministère des prêtres ; c'est par l'entremise des prêtres que devaient s’accomplir, dans la maison de Dieu, les offrandes réglées par le rituel établi et celles que des obligations spéciales ou la piété amenaient le peuple à venir présenter « devant la face de Jéhova » (1).
Pour prouver que la fonction caractéristique du sacerdoce n'était pas, à l'origine, d'offrir des sacrifices, mais bien plutôt de monter la garde auprès des sanctuaires, de consulter l'Ephod et de lui soustraire des oracles, on allègue entre autres le sacrifice de Gédéon Jug. VI 18 ss. Il serait difficile de montrer en quoi l'acte de Grédéon suppose l'absence à son époque ou à l'époque du narrateur, d'un institut de ministres ordinaires de l'autel ; mais nous n'insistons pas, pour le moment, sur cette considération. (Gédéon n'établit-il pas un éphod dans sa ville d'Ofra ? Mikha n'avait-l pas installé un éphod et des teraphim dans sa chapelle, même avant d'avoir un lévite ? Etait-ce contre les lévites qu'étaient dirigées les mesures de Saül, proscrivant les devins de toute l'étendue du territoire (1 Sam. XX VIII 3)? Saül lui-même ne consulte pas seulement les prêtres, mais la femme d'Endor. Mikha, avant l'arrivée de Jonathan, avait établi son fils comme gardien de son sanctuaire. À s’en tenir à quelques faits particuliers, on arriverait aussi bien à conclure qu'à l'origine tout le monde se croyait en droit de monter la garde auprès des sanctuaires, de manier l'éphod, de rendre des oracles. Les teraphim, souvent associés à l'éphod, jouaient sans doute un rôle dans l'art de découvrir et de révéler les choses cachées (2); mais ce n'était pas exclusivement aux mains et dans les demeures des lévites qu’on les trouvait ! IL
() La loi sur l'unité de sanctuaire, était évidemment contraire aux cultes qui se célébraient régulièrement, par le ministère d’un sacerdoce constitué, en des endroits distincts du siège de l'arche d'alliance ; nous avons rappelé plus haut comment ces établissements s'étaient formés Mais elle n'avait pas pour: objet de condamner tout sacrifice qui se serait offert en dehors du lieu consacré au culte (Le lieu du culte p. 57 ss.). Seulement, par la nature même des choses, les sacrifices offerts dans ces conditions ne pouvaient être qu’exceptionnels.
(2) Cfr. Le lieu du culte p. 26 ; cfr. Rob. Smith OZd Test. p. 292.
est très vrai qu'il est un Ephod dont la consultation nous est présentée dans l’histoire comme le privilège exclusif du prêtre ; mais celui-là, comme nous l’entendrons en parlant du grand prêtre, n'était pas parmi le clergé d'un usage aussi répandu qu'on le suppose parfois. Les relations de sacrifices offerts par des laïques, même en des cas où l'on aurait attendu l'intervention du ministre attitré, n’autorisent pas à conclure que celui-ci n'était pas encore reconnu. C'est surtout dans l'histoire de la famille sacerdotale dont El avait été le chef, que nous apprenons toute l'importance pratique qu'avait parmi les fonctions du prêtre, celle de la consultation de l’Ephod. Mais c'est également dans l'histoire de cette famille sacerdotale que nous trouvons des renseignements précis sur certains autres côtés du ministère sacerdotal. Dans le sanctuaire de Silo Eli et ses fils sont les ministres de l'autel ; ce sont les abus commis dans l'exercice de cette fonction éminente qui attirent sur la maison de Eli, et sur tout Israël, les plus terribles calamités. La mission d'offrir les sacrifices, au sanctuaire, n'est-elle pas manifestement envisagée 1ci comme une prérogative sacerdotale? A Nob, où nous rencontrons Achimelek et ses confrères attachés au service du culte, il n’y à pas seulement l'Ephod ; les prêtres y sont chargés aussi du soin des pains de proposition ; c'est aux prêtres quil appartient de veiller au renouvellement de ces offrandes sacrées ; d'assurer le respect religieux avec lequel elles doivent être traitées. — La bénédiction de Lévi Deut. XXXIILIS8Sss., où l'on trouve la preuve que les Urim et Tummim étaient « le véritable et universel insigne de l'état sacerdotal », démontre beaucoup mieux les vrais rapports du sacer doce avec l’encens et l'holocauste (v. 10).