CRE S
temple. Cela est très vrai. Le code sacerdotal lui-même d'ailleurs connaît l’histoire de la charge imposée aux Gibéonites par Josué. Ce n'était pas seulement avant Ezéchiël, mais encore après lui, alors que le sacerdoce formait un ordre parfaitement - constitué et organisé, que des étrangers furent admis au service du sanctuaire. Tout le monde sait que parmi les compagnons de Zorobabel, il y avait plusieurs familles de Nethînîm et de fils des serviteurs de Salomon, énumérés à la suite des prêtres et des lévites, comme ministres attachés au temple, de rang très inférieur sans doute, et dont les noms seuls, même abstraction faite de l'orthographe, semblent, du moins pour un grand nombre, attester l’origine étrangère. Wellhausen incline à penser que ces serviteurs étrangers furent plus tard incorporés en masse dans les rangs des lévites. Nous tenons la chose pour très probable (1) ; mais personne ne s’avisera d'en conclure qu'après l'exil, après Néhémie qui distingue encore les Nethinim des lévites, il n'y avait pas de distinction bien tranchée entre les personnes sacrées et les autres, ou que le sacerdoce n'était pas héréditaire. Cela prouve seulement que les principes, même reconnus, ne sont pas cependant toujours appliqués dans toute leur rigueur. Les faits visés par Ezéchiël sont suigmatisés par lui comme un intolérable abus, contraire à la Loi. Il serait absurde de prétendre qu'avant Ezéchiël 11 n'y avait pas encore de distinction systématique entre choses saintes et profanes. Il faut plutôt conclure du passage d'Ezéchiël quà une époque où la tribu de Lévi avec ses privilèges et ses attributions était certainement constituée, comme le Deutéronome en fait foi, des étrangers parvenaient cependant à s’introduire où à se maintenir dans le sanctuaire ; ét tirer ultérieurement de là cette utile leçon, que si cela pouvait arriver à l'époque d'Ezéchiël, il n’y aurait pas lieu de s'étonner que cela fût arrivé à l’époque des Juges. Nous trouvons un fait très grave consigné jusque dans les Mémoires de Néhémie, à savoir l'usurpation par Tobie l'Ammonite d'une lischka et de fonctions
() Voir plus haut p. 39 8.
importantes dans l'enceinte du temple ; nous ne trouvons rien de pareil rapporté dans l’histoire du sanctuaire de Silo, de Qiriath-Jearim, de Nob. Se rappeler encore le rôle rempli comme administrateur du temple, par Simon, de la tribu de Benjamin, au rapport de 2 Mac. III 4.
À Nob, David reçoit d'Achimelek les pains de proposition (1 Sam. XXI) ; le procédé du prêtre, dit Wellhausen, ne passait nullement pour incorrect dans le cas donné, les consommateurs étant en état de pureté (1). La véritable note du récit est complètement méconnue par le critique allemand, Il nest pas exact que l'usage fait des pains sacrés en cette circonstance soit présenté comme parfaitement licite et naturel, à raison seulement de l’état de pureté de David et de ses compagnons. Le fait est raconté comme extraordinaire ; il est excusé en termes explicites comme un cas de nécessité : il n'y avait pas d'autres pains (vv. 5, 7). Les détails qui précèdent tendent pareillement à la justification de la conduite du prêtre ; David s’est présenté comme l'envoyé de Saül, comme chargé par le roi d'une mission pressante et secrète ; 1l se trouve donc, soi-disant, dans l'impossibilité de s'adresser ailleurs et Achimelek ne doit pas songer à résister n1 à tarder. La remise des pains sacrés n'est pas plus envisagée 1Cc1 comme un acte ordinaire que celle de l'épée de Goliath (v. 9 s.). Le narrateur nous montre David faisant habilement sentir à Achimelek, dès le début, que tout manque d'empressement à le servir serait de nature à provoquer la colère du roi. Lorsque le prêtre, au v.5, après avoir constaté qu'il ne disposait que de pains sacrés, s’enquiert de l'état de pureté de David et de ses gens, c’est manifestement parce que, malgré les considérations suggérées par le visiteur, il hésite à lui donner les pains qui étaient consacrés à une tout autre destination. On peut trouver étrange que cette histoire soit alléguée comme preuve de l'absence d’une ligne de démarcation entre le saint et le profane ! Le
saint et le profane (2" DM, Ep EM) sont nettement opposés
(1) Prolegomena p. 132.