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l’un à l'autre dans ce récit. Ceux qui abusent avec tant de légèreté d’un trait, mal interprêté, de l'épisode dont nous parlons, auraient pu y découvrir même ce « character indelebilis » des choses saintes, qu'ils se plaignent d’avoir vainement cherché chez le fils de Mikha où, naturellement, 1l n’était pas à trouver (1) ; les pains qu'Achimelek n’accorde au soi-disant envoyé du roi quavec hésitation, pour cause de nécessité urgente, étaient déja remplacés par des pains frais (v. 7). Les pains enlevés n'étaient pas distribués à tout le monde, sous condition que les consommateurs fussent en état de pureté; non, ils demeuralent affectés, suivant la règle, à un usage spécial ; le récit de notre ch. XXI le fait entendre d'une manière non équivoque ; et l'usage spécial auquel les pains étaient destinés ne pouvait être autre que la consommation par les prêtres. L'histoire des pains de proposition de Nob, tout le monde s’en aperçoit au premier abord, montre que le culte à cette époque avait déjà ‘ ses cérémonies parfaitement établies, qu'il y avait un rituel et qu'on s'attachait, dans le sanctuaire, à l'observer. Notons encore ceci ; le récit du chapitre XXI se trouve en connexion étroite avec celui du ch. XXII 9 ss. où est raconté le massacre des prêtres de Nob par Saül ; or ici le caractère héréditaire du sacerdoce, les rapports de parenté qui unissaient les prêtres entre eux, se trouvent affirmés à plus d'une reprise (v. 11, 16, 20, 22). De plus l’histoire du massacre des prêtres de Nob se relie, du moins selon toute probabilité, à la prophétie de l'homme de Dieu contre la maison de Eli 1 Sam IT 27 ss ; or ici, encore une fois, l'unité de l’ordre sacerdotal fondée sur les liens du sang est expressément mise en relief. C'est pousser un peu loin l'envie de reconstruire l’histoire, que de chercher dans les pains de proposition de Nob, la preuve qu'il ne pouvait y avoir, au temps de Samuël, de distinction bien arrêtée entre prêtres et laïques.
(1) Le fils de Mikha (Jud. XVII 5), comme Jonathan à son tour (v. 10 etc.), n'est appelé prêtre qu’à raison des fonctions auxquelles il est employé d'occasion. Le fait ne prouve pas l’absence à cette époque, de prêtres par droit de naissance.
La donnée du discours de l’homme de Dieu que nous venons de rappeler, trouverait surtout son application dans l'examen des conclusions que l’on prétend tirer du récit du ch. TITI contre l'existence d'un sacerdoce régulier. Il est évident en effet que les vv. 12 ss. de ce chapitre nous renvoient au discours du ch. IT. Dire que l'auteur du discours a « harmonisé » le récit [II 12 ss. avec son interpolation (1), c'est se tirer d'embarras par un expédient contre lequel proteste la facture littéraire d'une des plus belles narrations -de la Bible; de pareils procédés se condamnent eux-mêmes. Mais écoutons comment le récit de notre chap. [IT doit contribuer à montrer qu'à l’époque de Samuël il ny avait nulle organisation sacerdotale strictement établie. L'histoire de l'arche mieux que tout autre chose, dit-on, fournit, « comme Vatke l’a observé à bon droit », plusieurs arguments à l'effet de montrer que le concept de « l’inaccessibilité des choses saintes » était ignoré parmi les Israélites du temps de Samuël. Wellhausen ne veut relever que le plus frappant de ces arguments, à savoir le fait que le jeune Samuël couchait chaque nuit à coté de l'arche, un endroit où, d'après Lév. XVI, le grand prêtre ne pouvait pénétrer qu'une
fois par an ! (2) L’excessive familiarité attribuée à Samuël vis à vis de l'arche est en effet surprenante et l’étonnement du lecteur s'explique bien autrement que par les dispositions du code sacerdotal. Wellhausen lui-même, exposant pourquoi il ne saurait admettre que l'arche eût servi dès l’origine à renfermer les tables du décalogue, s'exprime en ces termes : « s’il se trouvait dans l'arche des pierres quelconques, il est difficile de croire
(1) Kuenen 4. C. O I p. 382. L'auteur, au même endroit, attribue l’origine de 1 Sam I-IT à l'époque d'Ezéchias. — Wellhausen Die Composition p. 239 5. se garde bien de mêler l’interpolateur à la composition du ch. IT; il prétend au contraire que les menaces prononcées ici prouvent l'origine étrangère du discours de l’homme de Dieu. Mais les menaces du ch. IIT s’énoncent elles-mêmes comme la répétition de celles du ch. IT. Notons encore que pour faire de notre récit, au ch. IT, l'usage qu'il en fait, W. doit lui supposer une origine très ancienne. Il est trop évident qu’au temps d'Isaïe, p. e., le. concept de l’inaccessibilité du saint n’était pas inconnu. |
(2) Pro. p. 132, Cfr. Rob. Smith OZa Test in the Jew. church, p. 200.