Benaja fils de Jehojada, lud, mazkhir
commandant des Kerethi et 5. Se(ra)ja sopher.
des Pelelhi. 6. Sadoq et Abjathar, prêtres.
6. Les fils de David, prêtres.. 7. Ira le Jaïrite, prêtre aussi.
La liste de 2 Sam. XX renferme un nom de plus, celui de Adoram, forme corrompue de Adoniram, directeur des travaux, probablement emprunté à la liste des fonctionnaires de Salomon (1 R. IV 25s.); cette dernière renferme d’ailleurs d’autres noms figurant parmi les ministres de David 2 Sam. VIII ; 1l est possible qu'Adoniram soit aussi à sa place 2 Sam. XX. Pour tous les noms énumérés 2 Sam. VIII, les deux listes que nous venons de mettre en parallèle sont identiques, sauf en ce qui concerne les prêtres distincts de Sadoq et d’Abjathar ! Dans le tableau du chapitre XX on remarque une tendance à rapprocher les fonctions de même genre ; Benaja se trouve reporté immédiatement après Joab ; Sadoq et Abjathar sont ramenés immédiatement avant l’autre prêtre. Dans le premier cas l'opération à occasionné une modification du texte pour l'énoncé de la charge de Joab ; il est nommé ici chef de toute l'armée, à la différence de Benaja qui est commandant du corps de garde. Dans le second cas une modification analogue s’est !
(1) Le texte porte Achimelck fils d'Abjathar. Il faut intervertir le rapport entre les deux personnages.
produite par l'addition de la particule aussi à la mention de Ira. La surprise que l'on éprouve à voir énumérer, à côté de Sadoq et d’Abjathar, d’autres dignitaires chargés des fonctions de prêtre, augmente en présence de la circonstance que ces prêtres distincts sont les seuls personnages qui diffèrent entre eux dans les deux tableaux. Les fils de David avaient-ils été démis de leurs fonctions ou privés de leur titre de k6hanim ? Notre attention est ensuite attirée sur les défectuosités du texte dans les deux passages. 2 Sam. VITT 18 nous lisons : et Benaja fils de Jehojada et les Kereth1 et les Pelethi et les fils de David étaient prêtres ; ‘au lieu de : Et Benaja.. chef des (25) Kerethi.... Au ch. XX le Kethib a “73 au lieu de Kerethi ; nous y trouvons ensuite Adoram au lieu de Adoniram ; Scheja (Qerê Scheva) au lieu de Seraja ; pour les deux chefs de l'ordre sacerdotal, par contre, la simplification du texte a occasionné une correction réfléchie. On est amené à se poser la question ; que faut-il penser de l'authenticité de la mention des fils de David, ou de Ira le Jaïrite, comme prêtres ?
Généralement on s'accorde à voir dans la lecon du livre des Chroniques rapportée plus haut, une paraphrase ou même un escamotage de la donnée de 2 Sam. VIII 18 ; le Chroniste, ajoute-t-on souvent, aurait éprouvé le besoin de supprimer la mention du sacerdoce des fils de David, comme incompatible à ses yeux avec la théorie de la compétence exclusive des fils d'Aaron ; et de la remplacer par cet attribut plus inoffensif : les fils de David étaient « les premiers auprès du roi » DENT 727 75 Nous avons déjà eu plus d’une fois à constater que l’auteur des Chroniques n'avait pas, en réalité, les scrupules et les finesses qu'on lui suppose avec tant de complaisance, le plus souvent sans aucun examen. Pour le cas présent, nous affirmons sans hésiter, bien que nous ne puissions en appeler à l'avis d'aucun critique, que le texte du Chroniste est beau- COUP plus satisfaisant que celui du livre de Samuël ; non seulement parce que nous ne nous y heurtons pas à la deuxième catégorie de dignitaires-prêtres, mais à raison même de son énoncé. Les termes dans lesquels est exprimé 1 Chron. XVIII
17, le rôle rempli par les fils de David, sont entièrement conformes au ton et à la tournure des membres précédents de l’'énumération, où l’attribut se trouve toujours simplement Juxtaposé au sujet, sans recours au verbe auxiliaire. La phrase employée 2 Sam. VIITI 18 pour les fils de David, tranche au contraire d'une façon manifeste sur le reste du tableau. Ce brusque changement de tournure ne se comprendrait que si les fonctions de prêtre avaient été envisagées par l’auteur comme ne: tombant pas, de leur nature, dans la série des charges publiques dont la liste était à communiquer ; en d'autres termes, si la donnée relative aux prêtres avait eu le caractère d'un supplément ajouté à la liste. Mais tel n'est pas le cas, puisque Sadoq et Abjathar comme prêtres sont présentés sur la même ligne que les autres dignitaires ! Cette observation s'applique peutêtre avec plus de force encore à 2 Sam. XX 26 où l'association de Ira le Jaïrite à Sadoq et Abiathar, dans les termes où elle est faite, à plutôt l'air d'un hommage rendu à ce personnage que d'une simple réponse à la question, la seule supposée 1ci, de savoir quels étaient les titulaires des différents postes en vue. Si la leçon du livre des Chroniques avait figuré au livre de Samuél, et celle de ce dernier livre dans les Chroniques, nous croyons que nul n'aurait jamais songé à contester la donnée que les fils de David étaient bien les 27 75 D'IYON; mais que plus d'un naurait pas manqué cette occasion de signaler l’incohérence du Chroniste.
Pour les raisons que nous avons indiquées tout à l'heure, nous sommes d'avis en outre que les textes 2 Sam. VIII 18? et 2 Sam. XX 26 doivent être considérés comme issus d’un même texte primitif. L'élément commun aux deux passages, eu égard aux conditions générales des listes où ils figurent, ne s’accommode point de leurs éléments divergents ; de même que la divergence entre ces derniers ne fait qu'’augmenter la suspicion contre l'élément commun. Quel était le texte prunitif et comment le double changement peut-il s’y être introduit ? A cette question on ne peut répondre que par des conjectures ; nous avons déjà laissé deviner le nôtre.
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Considérons à ce propos le phénomène déjà relevé 2 Sam. VIII 17. Nous avons constamment, dans notre exposé, parlé de Sadoq et d’Abjathar comme les deux chefs du sacerdoce sous David ; l'histoire nous oblige en effet à maintenir ces deux noms. Mais dans notre liste, au lieu de Sadoq fils d’Achitob et Abjathar fils d'Achimelek, nous lisons : Achimeler fils d'A bjathar. La relation doit être intervertie ; la lecon actuelle est fautive. Or 1 Chron. XVIII 16, nous trouvons de même : Le Achimelek fils d'Abjathar. Il semble tout naturel, à première vue, d'expliquer la leçon des Chroniques, comme dérivée de celle de 2 Sam. à l'endroit parallèle. Cependant cette manière de voir n'est pas, croyons-nous, conforme à la réalité. Plus loin, à trois reprises, l’auteur des Chroniques suit encore la version d'après laquelle Abjathar aurait été le père d'Achimelek, et celui-ci le collègue de Sadoq sous David, 1 Chron. XXIV 3, 6, 31. II n'est pas vraisemblable, quoi qu'on en ait dit, qu'en ces derniers endroits le Chroniste a été simplement induit en erreur par la notice de 2 Sam. VIII 18. Si mauvaise opinion que l’on ait de l'historien postexilien, on doit supposer qu'il savait lire et qu'il avait lu les livres de Samuël et des Rois, déjà parfaitement constitués et divulgués à son époque ; pas moins qu'aucun de nous, 1l a pu et dû s’'apercevoir qu'Achimelek y était présenté comme le prêtre du règne de Saül ; qu'Abjathar, dans une vingtaine d’endroits où il est question de lui, y est toujours connu comme le fils d'Achimelek et son successeur, comme le collègue de Sadoq, comme le prêtre du règne de David qui fut frappé de disgrâce par Salomon. Ce n’est pas la mention isolée d’« Achimelek fils d'Abjathar » dans la liste de 2 Sam. VIII, qui aurait pu à cet égard lui donner le change sur toute la suite des récits touchant les règnes de Saül, de David et de Salomon. Pour expliquer l’anomalie de 1 Chron. XXIV 35s., qui, soit dit en passant, n’affecte en rien les faits sur lesquels porte le jugement de l'auteur, il faut supposer que celui-ci a puisé sa relation à une source qui offrait une version différente des événements qui marquèrent les premiers temps de la royauté et qu'il reproduisit
cette version telle quil la trouva. Aïlleurs en effet le Chroniste associe Abjathar à Sadoq 1, XV 11 ; cfr. XX VII 34. Un fait qui mérite d'être signalé à cette occasion, c’est que dans l’évangile de S. Marc IT 26 la visite de David au sanctuaire de Nob est également supposée se rapporter au pontificat d'Abjathar au lieu d’Achimelek. Ici encore on peut reconnaître l'influence de la version, remontant sans doute à une époque ou un milieu où certains documents anciens étaient d’un accès moins aisé, suivant laquelle Abjathar figurait comme père d’Achimelek. La notice généalogique de 2 Sam. VIIT 17 ne doit pas être portée, du moins pour sa reproduction en ce passage, au compte d'un copiste distrait ; elle remonte à une source commune avec celle de 1 Chron. XVIIT 16, peu importe quelle ait été la cause de la méprise dans la source en question. [l devient dès lors plus que probable que les deux tableaux des dignitaires de la cour de David 2 Sam. VIIT 16 ss. et 1 Chron. XVIIT 15 ss. avec le récit auquel 1ls sont annexés, remontent à une source commune, la même d'où dérive 1 Chron. XXIV.
La notice concernant les fils de David leur attribuait le titre de 727 7% BYMYN) ; de ra le Jaïrite il n'était pas question dans la liste primitive. Celle-ci aura été augmentée d'une glose, ayant pour objet, soit de suppléer le nom d’Abjathar comme collègue de Sadoq, lequel se trouvait associé à Achimelek dans l'énumération qui précède, p. e. en ces termes : "MAN TM 0 902 71 (Abjathar aussi fut prêtre de David); soit d'apporter une restriction, en l'honneur de Sadoq, à la qualité dont le texte faisait honneur aux fils de David : MIN 712 77 92 (les fils de David étaient les premiers... au lemps où A bjathar était encore prêtre de David) ; soit encore d'indiquer le rapport dans lequel se trouvaient, vis à vis des prêtres, ces princes qui occupaient le premier rang : 03797 977 DY 9979 011 VI (... üs étaient aussi les auxiliaires des prêtres). Il est inutile d'ajouter que ces suppositions sur la teneur de la glose sont de pures conjectures. Mais l'hypothèse que les divergences constatées dans les différents exemplaires de la liste, s’expliquent par une addition de ce genre, nous semble parfaitement
fondée et même la seule rationnelle. Dans la liste 2 Sam. XX 28 ss., comme il à été remarqué plus haut, les deux prêtres en chef, désignés d’ailleurs exactement (1), Sadog et Abjathar, ont été ramenés vers la fin ; cette opération à occasionné l'élimination des fits de David ; la glose a passé dans le texte sous une forme corrompue ; un nouveau nom propre (suggéré comme lecture par 2 Sam. XXIII 38 ?) est introduit à la faveur de la difficulté du déchiffrement et d'une ressemblance matérielle de lecture "7 MIRE MEN TON 700. — Dans la liste de 2 Sam. VIII 16 5ss., au contraire, le texte, où 1l était question des fils de David, a été combiné avec la glose pour donner « les fils de David prêtres » ; la confusion n'aura été consommée qu'à une époque récente, car les LXX traduisent encore xai ot viot Aauià aÿhdoyar hoay. Le grec aAdoyat répond exactement à l'attribut 27 "5 D'MÉNSS et nullement à celui de D". — Enfin la relation du livre des Chroniques, 1ci comme en d’autres occasions, e{ notamment en plusieurs passages du chapitre auquel la liste des dignitaires est annexée, garda intact le texte primitif (2).
HV AbDiuSs haut, D. 275.
(2) Nous avons déjà entendu Gesenius exprimant l'avis que peut-être la version ad A Lpy at dépendait de 1 Chron. X VIII 17. En ce cas il serait étonnant que les LXX n’eussent pas suivi le texte de ce dernier endroit pour Benaja, au lieu de rémédier péniblement et sans succès au défaut de 2? Sam VIIT 18 par l'addition d’un terme inutile, tout en maintenant le xat qui seul avait besoin d'être rectifié : xat Bavatus vios ‘Twradà œuufBoulos, xot à KeheSt xat 0 Pehett xai ot viot Aavid aûhdoyatr houy. — Il n’est pas sans intérêt de comparer dans toute leur étendue les chapitres XVIII de 1 Chron., et VIII de 2 Sam. ; cet examen tourne entièrement en faveur du livre des Chroniques.
a) Chron. v. 1517929 Mi MDN devient dans Sam. v. 1: ANA DN FAN T ; Lb) Sam. v. 2: … 0772" manque dans Chron.] €) Chron. v.3 l'expression figurée 17" nome est gâtée Sam. v. 3 par l’inintelligible 20" : d)les mille attelages et sept mille cavaliers de Chron. v. 4, sont changés en mille et sept cents cavaliers San. v. 4; cependant dans la suite les attelages sont supposés déjà mentionnés : e) . 12221 NTAaD2), ce qu'on traduit d'ordinaire : de Tibha et de Kün, villes de Hadarezer (Chron. v. 8), a comme pendant, Sam. v. 8 : .… *N72729) (Hav=)nu2 0. Gesenius rapproche de Xün, la ville nommée Conna dans l’itin. Antonini. Klosterm. traduit "n*22 « von den Berothäern », ce qui répond mal à l’apposition :
Quant à Zabud fils de Nathan, appelé « prêtre ami du roi », l R. IV 5,1l se pourrait, comme quelques uns l’admettent, qu'il soit question ici d’un prêtre occupant la fonction de conseiller intime du roi. Le nom de Nathan figure deux fois au v. comme désignation du père d’un dignitaire : Azariahou fils de Nathan … Zabud fils de Nathan . Nous ne savons qui étaient ce ou ces Nathan ni quelle était leur origine. Cependant les raisons que nous avons fait valoir plus haut contre le qualificatif de « prêtres » attribué aux fils de David et à Ira le Jaïrite, s'appliquent aussi en partie à Zabud. En partie, disonsnous ; Car 101 l’attribut de prêtre est déterminé ultérieurement par celui de « ami du roi », ce qui permettrait de mieux comprendre, au point de vue de la constitution du texte, la mention de ce nouveau prêtre après celle de Sadog et d’Abjathar ; puis, la tournure de la phrase reste ici la même que dans les autres membres de l'énumération. Mais il reste vrai que le « prêtre-ami » de Salomon, à côté de Sadoq, est difficile à classer. Remarquons que les LXX lisent simplement : xai ZaBoëS vioc NaSäv Eruipos toù fastAtws. Le ‘712 du texte massorétique ne serait-il pas le résultat d’une confusion àvec le nom
villes de Hadarezer. Nous nous demandons si le texte des Chron. ne doit pas Qtrelu: 1 ed (nS)2 5721 DMAU2\ : « Et David emporta les autels (MMEDS au lieu de M\M2TA par mépris) et les supports (@ cfr. 1 R. VII 2758.) des villes de Hadarezer, une immense quantité d’airain ». Dans Sam. ces noms auraient été transformés par erreur en des noms propres de villes; de là "2% (cfr. Ezech. 47, 16) au lieu de (P9)2122. L'observation des Chron. sur l'usage que Salomon fit de cet airain pour le temple, laquelle manque dans Sam., s'accorde très bien avec notre supposition. Il semble d’ailleurs assez étrange qu'il ne serait fait mention que des dépouilles de deux villes. f) Le nom du fils de Thôü, Hadoram, Chron. v. 10, est lu avec moins de probabilité OM Sam. v. 10 ; g) Sam. v. 10 présente
‘une addition absurde, 57 9792" ; h) l'addition 7997 552 Sam. v. 12 est pareillement en opposition avec le contexte ; i) la lecon de Chron. v. 12: Et Abschaï fils de Seruja battit Edom … est préférable à celle de Sam. 13 où l’honneur est, à bon droit sans doute, attribué à David. Sur le rôle rempli par Abschaï dans ces guerres de David cfr. 2 Sam. X 10. j) Sam. v. 14 présente une répétition oiseuse : D°2"È7 D DN9N 552. — Il n’est certes pas surprenant que Chron. 17 b aussi ait mieux gardé que Sam v. 18 la leçon primitive.
12 qui précède immédiatement et qui se présente d’ailleurs deux fois dans le même verset ? Le nom 2 écrit deux fois de suite par le copiste serait devenu le 12 de notre texte massorétique, à une époque assez récente, postérieure à la version grecque. [1 semble que le titre d’ « ami du roi » avait un caractère officiel ; mais ce n'était pas nécessairement un prêtre qui en était décoré; 1 Chron. XXVII 33, nous trouvons renseigné comme « ami » du roi David, dans une liste d’offi-
ciers publics, Chuschaï l’Arakhite, qui n’était pas prêtre.
S 4. La signification de l'épisode de Melchisedeg.
Dans sa dissertation sur le caractère prétendûment fantaisiste du fameux récit du ch. XIV de la Genèse (1), Nôüldeke a beaucoup insisté sur l'épisode de la rencontre d'Abraham et de Melchisedeq ; alors même, disait-il, que le reste du chapitre aurait une réelle valeur historique, nous n’en verrions pas moins en ce dernier personnage une création du génie de la poésie (2). Melchisedeq ne peut être qu'une figure idéale. Cependant, d'après le même auteur, le morceau où il en est fait mention, serait relativement ancien, antérieur à l'exil de Babylone. Le prêtre-roi de Salem y serait mis en scène comme prototype du roi de Juda. Le roi y paraît comme prêtre, sans doute en Opposition avec la Loi, mais d'accord avec les faits (3). — Wellhausen, comme beaucoup d’autres, se rallia à la thèse de Nôüldeke dans sa partie négative ; il n'accorde au récit de Gen. XIV aucun crédit au point de vue de lhistoire. Bien plus, il y voit un produit très récent de l'époque du second temple (4) ; ce n’est point le roi, mais le prêtre, le clergé de Jérusalem, qui est personnifié par la figure de Melchisedeq ; Abraham paie la dîme au prêtre-roi de Salem, comme les Juifs la paient aux ministres du temple de Jérusalem (5). — Bau-
(1) Die Ungeschichtlichkeit der Erzähtung Gen. XIV ; dans Untersuchungen zur Kritik des A. T. (Kiel 1869, p. 156-172).