‹ Le sacerdoce lévitique dans la loi et dans l'histoire des HébreuxChapitre 41 sur 60 · RD T · texte numérisé non relu

RD T

(4) Die Composition des Hexateuchs pp. 26, 31058.

dissin ne peut concevoir que le récit de l'invasion des rois d'Orient et de l'expédition militaire d'Abraham, soit dû à l'invention du narrateur ; 1l croit au contraire que nous sommes ici en présence d'une relation vraiment historique quant au fond ; il est disposé à voir dans le ch. XIV de la Genèse, un des éléments les plus anciens de ce livre. Seulement 1l se pourrait bien, à son avis, que les vv. 18-20, relatifs à Melchisedeq, soient une interpolation récente (1). Sur le but de cette interpolation, Baudissin semble professer deux opinions ; tantôt, à l'endroit même que nous venons de citer, il pense qu'elle était destinée à la glorification du sanctuaire de Jérusalem et de son sacerdoce, à la façon de Wellhausen ; tantôt, parlant du psaume CX v. 4, où il est question du « prêtre selon lordre de Melchisedeq », il fait remarquer que ce passage ne peut s'appliquer à l’un des rois Asmonéens, puisque pour ceuxc1 la dignité sacerdotale était héréditaire ; qu'il faut donc rapporter la louange à « la royauté préexilienne laquelle possédait aussi des privilèges sacerdotaux » (2) ; une observation qui nous ramène, pour l'interprétation de Gen. XIV 18-20, à l'avis de Nôüldeke.

Il n'entre point dans l’objet de notre étude d'examiner en détail les arguments que l’on a fait valoir contre la valeur historique du récit de la Genèse. Hommel a montré, en se servant des résultats les plus récents des recherches assyriologiques, que les données du chapitre XIV sur la situation générale de l'Asie Antérieure et sur les rois alliés Kedor-laghomer d'Elam, Tid'al (— Tudchul ?) des Goi, Amraphel de Sinear (de Babel), Ariokh d’Ellasar (Eri-aku de Larsa), se trouvaient exactement confirmées par les monuments (3).

Quant à l'épisode de Melchisedeq, qui nous intéresse plus spécialement, le même auteur nous semble avoir réussi dans son essai de correction du texte, en éliminant la menton encombrante, et d'ailleurs inintelligible après le v. 10, du roc

(1) Geschichte des Alttest. Priesterthums p. 67S. (2) p. 260 5.

(3) Die Altisraëlitische Uebertièferung München 1897 p. ITS.

de Sodome aux vv. 17 et 21; cest Melchisedeq qui aura figuré dans le texte primitif en ces deux endroits. Le changement peut avoir été occasionné par une méprise touchant le sens du v. 23, où l'on a cru trouver l'idée que le butin rapporté par Abraham revenait de droit au prince qui était allé à la rencontre du héros vainqueur (1). Cette même méprise a fait mettre dans la bouche d'Abraham la protestation des vv. 22-23, Hommel à très bien vu que ces paroles ne sont que /a suite du discours du v. 21° ; mais il n’a pas reconnu, croyons-nous, la cause de la confusion. A la fin du v. 23 nous sommes d'avis qu'il faut lire NAT au lieu Hew de "NNESN ; la forme hiphil de > se présente ici dans le sens causatif de « faire payer la dîme à quelqu'un ». Déjà au v. 21, suivant notre hypothèse, basée entre autres raisons sur le parallélisme de 21? avec 23-24, le même interlocuteur, à savoir Melchisedeq, avait refusé l'offre d'Abraham ; il ne veut point tirer profit de la victoire remportée par le patriarche. On ne comprend pas que celui-ci eût craint de garder une partie des dépouilles de l’ennemi, de peur qu'on ne lui reprochât de s’être enrichi au dépens des rois Cananéens. Le serment au nom de 53"5N et tout le ton du discours, plaident pour l'attribution des paroles du v. 23 à Melchisedeq. [1 faut donc comprendre le récit, à partür du v. 17 en ce sens : « Melchisedeg, roi de Salem, alla au devant d'Abram...…. ; et Melchisedeq offrit le pain et le vin; car il était prêtre de El-‘Eljon ; et il bénit Abram et dit : Béni soit Abram par El-Eljon, seigneur du ciel et de la terre, et béni soit El-Eljon...! Et (Abram) lui donna la dîime de tout ce qu'il avait rapporté. Mais Melchisedeg dit à Abram : Donnemoi les hommes et garde le butin pour toi! Je lève la main devant El-Eljon, le seigneur du ciel et de la terre, que je n'accepterai ni un fil ni un cordon de chaussure ni rien de tout ce qui est à toi, afin que tu ne dises point que moijai fait payer la dîme à Abram ! Seulement ce que les gens ont mangé et la part des hommes qui oht marché avec foi, :... ceux-là

(1) Voir encore plus loin une autre considération que l’on peut faire valoir pour expliquer la modification.

l’auront pour leur part ». Melchisedeq s'intéresse au sort des gens, au v. 21° comme au v. 24, en sa qualité de souverain de la contrée.

Au ch. VIT de l’épître aux Hébreux, le sacerdoce de Melchisedeq est mis en parallèle avec le sacerdoce lévitique. Hommel à relevé là une donnée qu'il accompagne d'un commentaire très intéressant (1). Au v. 3 il est dit de Melchisedegq le prêtreroi de Salem, qu'il est « sans père et sans mère » : dmärwp, awnrowp. Or parmi les lettres de Abd-Khiba (2), roi de Uru- Salim (Jerusalem), au pharaon Aménophis (vers 1400), lesquelles font partie du dépôt de correspondances cunéiformes trouvées à Tell-el-Amarna, il S'en trouve trois où le prince en question, un successeur de Melchisedeq à plus de 500 ans d'intervalle, s'applique avec emphase le même formule. « Vois, en ce qui concerne le domaine de cette ville de Jérusalem, ce n'est point mon père ni ma mère qui me l'a donné, mais le bras du roi puissant me l’a donné » (3). Abd-Klmba, d'après l'interprétation de Hommel, veut rappeler qu'il tient sa souveraineté du roi des Hittites, auquel serait appliqué ici le titre de roz puissant. Mais la parole trois fois répétée : ce n’est point mon père, ni mamère.... apparaît, toujours suivant Hommel, comme une formule consacrée et solennelle, qui à l’origine doit avoir servi d'expression religieuse au principe, que les rois de Uru- Salim tenaient leur autorité du Dieu suprême. Le « roi puissant », sharru dannu, de Abd-Khiba, ne serait donc qu’une substitution au « El-Eljôn >» de Melchisedeq, substitution d'autant plus facile à comprendre que les équivalents de El'EI- Jôn en assyrien, Bel asharidu, se représentent par des idéogrammes qui peuvent aussi bien être lus : sharru dannu (4). Hommel conclut de ces observations que la donnée de Hebr.

(1) 1. G'p.153!ss

(2) D’autres lisent Abd- (ou Ebed-) tob.

(3) Berl. n° 103 L. 25 ss. ; comparez B. n° 102 1. 9 ss, : B. n° 104 1. 9 ss.

(4) D’après Sayce (Early hist. of the Hetrews, London 1897 p. IX), le sharru dannu des lettres du roi de Uru-Salim serait lui-même Dieu, Et- Etjôn,

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VII 3 doit remonter, ou bien à un exemplaire de Gen. XIV dont le texte l'avait gardée, ou bien à une antique tradition fidèlement conservée par le clergé de Jérusalem.

Hommel voit dans le récit de Gen. XIV un morceau d’une très haute antiquité, dont l'original, remontant bien avant l'époque mosaïque, aurait été écrit en cunéiformes (1), conformément à l'usage dont les lettres de Tell-el-Amarna rendent témoignage pour toute l’Asie antérieure, et conservé à Jérusalem, jusqu'au jour où il fut traduit en hébreu, peu de temps avant l'occupation du pays par les Israélites. Il aurait de bonne heure passé dans la littérature sacrée de ces derniers. Le nom de Dan au v. 14, peut avoir pris la place de celui de Laïsch à la faveur d'une glose comme il s'en rencontre plusieurs dans le même chapitre ; le texte présente, d’ailleurs, des traits d’un caractère archéologique très prononcé (vv. 3, 7, 8, 10, 17).

Quoi quil faille penser des rapprochements établis par Homme], les théories de Nôüldeke et de Wellhausen sur Melchisedeq sont insoutenables. Le personnage dont le caractère sacerdotal est affirmé en termes si solennels Gen. XIV 20, n’a pu être inventé comme type du roi de Jérusalem. Le prétendu « sacerdoce >» des rois de Jérusalem, n'est pas seulement contraire à la Loi; comme nous l'avons vu, il est pareillement inconnu dans l’histoire. « Abram » lui-même, d’après le portrait que traçait de lui la tradition, aurait eu autant de titres que « le roi de Jérusalem » à être appelé prêtre ; et c’est visà-vis d'« Abram », le patriarche, que Melchisedeq est mis en scène comme prêtre du Dieu très haut. Il n'est pas moins arbitraire de voir dans le prêtre-ro1 de Salem une personnification idéale du clergé du second temple, auquel on devait payer la dime. La dime du butin pris à la guerre n'aurait été, de la part d'Abraham, qu'un exemple très peu approprié aux obligations du peuple qui étaient d’une nature toute différente. Le titre de « roi de Salem » n'aurait pu se concevoir pour un représentant idéal du clergé de Jérusalem, qu'à l'époque asmo-

(1) p. 192 ss., cfr. Sayce Early history of the Hebrervs p.255,

néenne ; et 1l serait souverainement absurde de ramener la composition de Gen. XIV à cette date. Les Juifs eux-mêmes se rendaient compte du caractère extraordinaire, à leur point de vue, du sacerdoce de Melchisedeq, et éprouvaient le sentiment de ce qui le distinguait, non pas de ce qui le rapprochait, par analogie, du sacerdoce lévitique (ps. CX 4). Nous avons vu, du reste, que suivant la forme primitive du récit, Melchisedeq refuse la dîime qui lui est offerte par Abraham. Il ne serait pas impossible, de soi, que la modification du texte signalée plus haut eût été favorisée par une préoccupation comme celle qui, d'après Wellhausen, aurait inspiré la création de l'épisode. On pourrait avoir Jugé qu'il était d'un enseignement pratique plus salutaire de faire accepter à Melchisedeq l'offre qui lui était proposée ou de supprimer tout au moins la mention de son refus. Ce qui ne se comprend pas, c’est que l'intérêt sacerdotal eût pu servir de prétexte à la création de toutes pièces d'une histoire où Abraham aurait professé sa subordination à l'égard d’un prêtre Cananéen. Car remarquonsle bien ; ce nest point à Dieu, ce n’est point à un sanctuaire consacré par lui-même au nom de Jéhova, qu'Abraham nous est présenté comme faisant hommage de la dîime du butin ; mais au prêtre-ro1 de Salem, l'allié, à certains égards, des rois de Sodome et de Gomorrhe. Les prêtres de Jérusalem, malgré la gloire qu'ils üraient de leur origine aäronide, avaient certes conscience qu'Abraham était le père de la nation, qu'Aaron et Lévi eux-mêmes étaient de son sang et n'avaient jamais joui que de l'héritage des promesses dont Dieu avait comblé le patriarche. Pas un d'entre eux qui ne se fût trouvé arrêté devant le raisonnement du ch. VIT de l’épître aux Hébreux ; un raisonnement qui, soit dit en passant, garde toute sa force dans notre hypothèse sur la teneur originelle du récit. Abraham se courbant devant Melchisedeq, lui faisant hommage de la dime du butin, se faisant bénir par lui, attestait la supériorité du prêtre : « car sans conteste, ce qui est inférieur est béni par ce qui est plus grand ». Et dans Abraham Lévi lui-même s’humiliait, « puisqu'il était encore dans le sein de son père ». Est-il

vraisemblable que les prêtres lévitiques se soient mis dans cette posture, pour le plaisir de créer un précédent, d’ailleurs insignifiant, du paiement de la dîme? Si, comme Hommel le concluait de la coïncidence frappante avec la formule des lettres d’'Abd-Khiba, le titre de ärarwo, duñrwo, donné à Mel- . chisedeq dans l'épître aux Hébreux, remonte à une source authentique, on n'en comprendra que mieux l'auréole mystérieuse dont la dignité du prêtre-ro1 de Salem était entourée aux yeux des Juifs et la différence radicale qu'ils apercevaient entre son sacerdoce et le sacerdoce héréditaire des fils d’Aaron. Du coup, la théorie qui prétend le transformer en type idéal des prêtres lévitiques ou des rois de Jérusalem, ne s'en trouverait qu'à un titre de plus classée elle-même dans le domaine de la fantaisie.

La tribu de Levi ; son origine,

Un fait certain et qui est d'une importance capitale pour l'histoire du sacerdoce chez les anciens Hébreux, c’est qu'aux derniers siècles de la période des Rois, au 7° et au 8° siècle au plus tard, le ministère du culte public se trouve être l’apanage de tout un ensemble de familles reliées entre elles par les liens du sang, ayant leurs Anciens, formant une véritable tribu dans le même sens et au même titre que les autres tribus, la tribu de Lévi. Les efforts tentés par l'esprit de système pour dénaturer ce fait, ne peuvent le supprimer n1 le modifier. Les témoignages du Deutéronome et de la Bénédiction de Moïse résistent à tout essai d'explication tendancieuse.

D'autre part nous avons reconnu que dès le commencement de l'histoire des Israélites, à l'époque des Juges, le sacerdoce était héréditaire ; et ce sont, dans ces temps reculés, des individus appelés Zévites qui sont considérés comme spécialement appelés à l'exercice des fonctions sacrées.

Quelle est l’origine de la tribu de Lévi, énumérée dans la

Bénédiction de Moïse sur la même ligne que les autres tribus ? Les lévites de la période des Juges formaient-1ls déjà alors une véritable tribu ? Telle est la question dont nous avons à rechercher la solution.

Plusieurs savants, dans des vues et en des sens d’ailleurs bien différents, soutiennent que le nom de Lévr, de lévites, ne fut point à l’origine un nom d'homme, n1 un nom patronymique de tribu ; mais un titre de profession où un qualificatif exprimant la relation dans laquelle se trouvaient ceux qui le portaient, avec une institution donnée ou quelque autre terme en vue. La racine 1 soit en hébreu, soit en arabe, signifie tantôt « adhérer, s'attacher à quelque chose ou à quelqu'un >, tantôt « tourner, plier quelque chose ». C’est à l’une ou l’autre de ces significations fondamentales que se rattacherait le nom de “>, lévite. Le patriarche fils de Jacob que la Genèse nous présente sous le même nom, n'aurait été créé ou appelé ainsi, grâce à un procédé artificiel, qu'à une date postérieure à l'organisation même de la tribu lévitique. |

Ainsi P. de Lagarde a exprimé l'avis que les lévites « auront été les Egyptiens qui se joignirent aux Sémites lorsque ceux-e1 quittèrent la contrée du Nil pour rentrer en Asie » (). Nous savons en effet par Ex. XII 38, Num. XI 4, quau moment de l'Exode une foule d'Egyptiens accompagnèrent les fils d'Israël. Lagarde s’appuyait sur Is. XIV 1, LVI 3, pour justifier la signification qu'il prêtait, dans son hypothèse, au nom des lévites. Cette hypothèse était appelée à rendre compte du fait, que Moïse, lui-même égyptien d'origine (!), trouva dans les lévites son principal appui ; elle permettait de comprendre pourquoi les lévites se chargèrent de la direction spirituelle du peuple ; pourquoi, dans la terre promise, ils n'eurent point d'établissement distinct comme tribu, etc. Kuenen a ajouté à ces considérations, certaines autres données concernant plus d’un nom propre, mais relatives seulement à la famille d'Amram (2). Il n'hésitait pas d'ailleurs à rejeter la théorie de Lagarde, à

(1) Orientalia II p.20 s.

(2) Volksrel. u. Weltrel. p. 3135.

laquelle son auteur lui-même n'’attachaït pas grand prix. Elle n'a en effet aucune vraisemblance. On s’expliquerait plus aisément que les lévites eussent été à l’origine le noyau authentique de la nation israélite auquel se seraient réunies peu à peu diverses tribus plus ou moins apparentées, ralliées au culte exclusif de Jéhova, dont les lévites furent et restèrent toujours les gardiens d'office.

D’après Land le nom de /évites, à rapprocher de l'arabe lawva, « courber, tourner », aurait été à l’origine celui d’un parti, à savoir du parti de la « conversion » au culte pur et sans mélange de Jéhova, en opposition avec le culte ancien, prédavidique, où les éléments empruntés aux cultes cananéens tenaient une grande place. Les "5 “32 furent donc d’abord les Israélites partisans du culte exclusif de Jéhova, les « enfants de la conversion >, dont le triomphe date de l'installation de l'arche, comme centre religieux de la nation, dans la cité de David (1). Kuenen a longuement réfuté cette conception fantastique des origines de la tribu de Lévi (2) ; nous ne la rappelons que pour mémoire. Îl faut avoir la tradition en bien grande horreur pour lui préférer de pareils produits de l'imagination. Evidemment, s’il était impossible de rien trouver de mieux, il ne nous resterait qu à avouer simplement notre ignorance.

Maybaum, s'élevant contre l'opinion de Lagarde, que nous venons de rapporter, remarque que F1 signifie primitivement « se joindre, s'attacher, être client », et arrive à conclure que les lévites étaient appelés de ce nom en leur qualité de chents du temple ; le temple est conçu comme le patron, qui « remplissait la main » à ses serviteurs, qui leur accordait en d’autres termes une part déterminée des offrandes, et les consacrait ainsi au ministère de l'autel (3). Il est étonnant, en ce cas, que le temple, auquel les ministres du culte devaient leur titre de D°5 ou « clients » par excellence, ne nous apparaît nulle part

(1) De Gids, IV. De Wording van den Slaat en godsdienst in het oude israël.

(2) De Stam Levi, in Theol. Tijdschr. VI. .

(3) Die Entwickelung des altisrael. Priesterthums p. IV.

en sa qualité de « patron ». Maybaum dit très bien que le "12 client, répond au 119 2 patron ; mais le lévite n’est jamais appelé mb, le temple jamais : 22. 2. [1 semble plus que hasardé dès lors d'établir entre les deux termes la relation de patronage dont on parle. Les récits bibliques d’ailleurs font mention de lévites qui portaient ce nom antérieurement à leur consécration au service effectif du sanctuaire ; le lévite Jonathan mis en scène aux chap. XVII s. du livre des Juges était un bien pauvre « client + du temple.

[H est des auteurs qui cherchent à expliquer le nom des lévites par le rapport dans lequel se trouvaient vis-à-vis des prêtres proprement dits les ministres de second ordre. Herzfeld estime que les 2° étaient ainsi nommés « comme auxiliaires des prêtres, à l'égard desquels ils devaient occuper une position analogue à celle que les Nethinim plus tard occupèrent vis-à-vis d'eux-mêmes (1) >. Baudissin dit que l'histoire des rapports entre prêtres et lévites rend cette hypothèse invraisemblable (2); une chose certaine en effet, c'est que dans toutes les parties de l'Ancien Testament qui nous offrent sur les lévites des données quelque peu explicites, le caractère lévitique est attribué aux prêtres eux-mêmes. Nous ne pouvons nous empêcher à ce propos de relever la confusion qui règne dans l'exposé de Baudissin. A l'endroit même où 1l rejette l'opinion de Herzfeld comme invraisemblable, il renvoie pour létymologie du nom à la p. 50 de son ouvrage. Or ici 1l ne signale en fait d'étymolouie qué celle soi-disant proposée dans Nombres XVIII 2, 4, où les fonctions et le rang des ministres de second ordre sont précisément caractérisés par | « adjonction » de ces derniers aux prêtres, en qualité d’auxiliaires. Baudissin p. 50 infère en outre de ce passage que, hormis les membres de la famille de Qehath, les lévites ne sont pas considérés par l’auteur sacerdotal comme étant de la même tribu que les Aäüronides ; cet auteur, dit-il, n'ignorait point que ses lévites avaient une origine

(1) Geschichte 1847, p. 394.

(2) Geschichte des Alttest. Priest. p. 74,

étrangère à tout titre généalogique, etc. ; toutes conclusions d'autant plus surprenantes que Baudissin lui-même, un peu plus loin, défendra l'opinion que les lévites formèrent depuis l’origine une véritable tribu, que Moïse consacra toute une tribu au ministère de l'arche, et que cette mesure s'explique parfaitement par les circonstances du séjour dans le désert. Dire que les lévites, appelés d'après Num. XVIIT 2, 4 à « s’adjoindre » aux prêtres, ne pouvaient pas, en conséquence, être destinés à leur service à titre de naissance (1), c’est vraiment d’une logique peu sérieuse. [l est inutile de rappeler que les textes sacerdotaux affirment de la façon la plus formelle et la plus constante qu Aäron et ses fils sont de la tribu de Lévi ; et que les autres membres de la même tribu, qui seront désormais « les lévites » au sens restreint du mot, occupent dans le service du sanctuaire un rang Inférieur. Cela est attesté d’ailleurs à l'endroit même où la subtilité étonnante de Baudissin a fait les découvertes inattendues que nous venons d'apprendre. Ces mêmes lévites qui doivent « s'adjoindre > aux Aüronides comme auxilhaires subordonnés, Jéhova les présente à Aäron en ces termes : « tes frères, la tribu de Lévi, la race de ton père ». Est-ce en s'exprimant ainsi que l'auteur sacerdotal trahit la parfaite conscience quil a de l'origine étrangère à tout titre généalogique qui caractérise ses lévites ? (2). Ne cherchons pas des mystères profonds en des textes qui sont la clarté et la simplicité mêmes. Si l'auteur sacerdotal Num. XVIII 2, 4 envisage les lévites, c’est-à-dire l’ensemble des familles de la tribu de Lévi, comme « s’adjoignant » aux Aäronides, c'est que, au point de vue de la dignité hiérarchique les Aäronides sont les supérieurs, les lévites les inférieurs ; et que, au point de vue chronologique, la vocation et la consécration des Aäronides précèdent celles des lévites. Quant à l'emploi du verbe 1553, l’auteur sacerdotal n'a pas eu la prétention, en se servant de cette expression, de nous exposer une théorie étymologique ;

(1) Baud. p. 50.

(2) Lire Baudissin lui-même, p. 263, etc.

il n’y à là qu'un simple jeu de mots comme on en trouve beaucoup du même genre dans la Bible. C'est aussi tout ce qu'y reconnait Ewald (1), cité par Baudissin (2) ; et ce que celui-ci y reconnait à son tour (3).

Antérieurement à l'explication que nous lui avons entendu proposer tout à l'heure, Land avait donné une signification bien différente au nom des lévites. Il avait vu dans les °5 "22 . non pas « les enfants de la conversion », mais « les enfants de l'adjonction, de Fattachement +», à savoir au sanctuaire (4). P. de Lagarde Jui aussi exposa cette interprétation à côté de l'hypothèse des lévites-Egyptiens (5) : « dans les temps anciens, dit-il, Israël se faisait précéder de l'arche ; celle-ci avait besoin d’une escorte : les 2% peuvent avoir été les attachés de l’arche >». C'est à cette même explication du nom que s'arrête Baudissin (6).

Les auteurs qui, comme Land et Lagarde, n’admettent point que les lévites aient formé dès le commencement une véritable tribu, auront de la peine à montrer quand ou comment, d'après leur théorie, la tribu aura pu se constituer. Supposons que les ministres ou attachés du sanctuaire se soient recrutés à l'origine parmi les diverses tribus d'Israël, alors que d’une tribu de Lévi il n'avait jamais été question. Avec l'esprit de fidélité aux traditions de famille et de race qui caractérise les Hébreux, les ministres en question auront continué à rattacher leur origine à la tribu d’où ils étaient issus, à laquelle ils appartenaient, dont ils n'avaient nulle raison de se détacher. Certes nous n’entendons pas nier que pour des motifs d'intérêt ou à la suite de relations intimes et suffisamment prolongées, des individus d’origine différente pussent se faire incorporer dans une tribu où dans une famille à laquelle leurs ancêtres

(1) 4tterthümer Zw. Ausg. p. 321.

(AULEC DA

(4) Dans les Godsdienstige bijdragen 1866 p. 486. (5) Orientalia II 21.

(6) L. c. p. 72 ss., 264.

n'avaient point appartenu ; nous admettons que dans bien des cas particuliers des profanes auront pu de cette manière être inféodés à la tribu de Lévi, dans la supposition que celle-ci fût déjà constituée. Mais comment conçoit-on, dans la supposition contraire, que des familles engagées au service du sanctuaire en soient venues à renoncer à leurs traditions et à leur tribu, pour arriver peu à peu à former une tribu nouvelle ? La chose paraît d'autant plus invraisemblable qu'à toutes les époques de l'histoire nous voyons les lévites non pas réunis autour du sanctuaire, mails disséminés par tout le terriroire ; et l’impossibilité ne fera que s’accroître s’il nous faut admettre que les sanctuaires eux-mêmes étaient, de droit, aussi nombreux que les familles sacerdotales. En cette hypothèse la diversité, ou même l'opposition des intérêts devaient empêcher la fusion dont on parle ; la communauté même du nom devient un mystère. L’arche ne pouvait avoir comme escorte que les ministres du sanctuaire où elle résidait. À quel titre les desservants des autres sanctuaires auraient-ils prétendu être eux aussi les « attachés » naturels de l'arche, ses « adjoints » attitrés ? La conjecture que l'on nous propose noïffre aucune réponse à ces questions.

Baudissin consent à reconnaître que les lévites auront dès l’origine formé une tribu (1). Mais, tout en soutenant que rien n'empêche au point de vue de la forme et de la terminaison en ñ, que “Ÿ eût été un nom propre d'homme (2), il est d'avis, comme nous l'avons rapporté, que de fait ce nom exprime la vocation à laquelle la tribu fut consacrée. Il est étonnant, dans ces conditions, que du nom primitif et propre de la tribu il ne soit resté aucun vestige. D’après l'ensemble des vues assez confuses que Baudissin émet sur les origines de la corporation

(1) p. 264 il semble vouloir revenir: là-dessus, notamment en signalant le Zévite Jonathan de la tribu de Juda ; mais p. 266 il expose que les lévites, (— les membres de la tribu de Lévi) une fois dispersés sur le territoire, furent rattachés aux tribus dans le territoire desquelles ils avaient leur séjour, et il allègue encore l'exemple du même Jonathan, etc.

DPIRLAC, D..72.

lévitique, nous pouvons ramener sa théorie à l'idée suivante. À l’époque mosaïque, lors du voyage dans le désert, une des tribus d'Israël, celle à laquelle Moïse appartenait lui-même, fut investie de la mission de garder l'arche et de lui servir d'escorte ; de là le nom de D°*5 donné aux membres de cette milice sacrée. Après l'occupation du pays de Canaëän, les lévites se dispersèrent parmi les autres tribus pour remplir aux quatre coins du territoire les fonctions de prêtres dans les sanctuaires locaux. Le nom de lévites que leur avait valu le rôle autrefois rempli au service de l'arche, devint le nom propre de La tribu et par contrecoup le nom propre du patriarche auquel celle-ci faisait remonter son origine. — Mais, autant 1l est étrange que le nom primitif de la tribu ait disparu sans laisser de trace, autant il est difficile de comprendre dans cette hypothèse, la persistance du nom de lévites. Du moment que l'arche avait pris un séjour définitif dans un sanctuaire et que son escorte se fût dispersée partout, le titre de D‘), aussi bien que la fonction qu'il avait servi à désigner, perdait toute raison d’être. Une fois établis comme ministres du culte dans les sanctuaires du pays, les anciens levÿim étaient devenus des k6hanîm. Ce dernier nom devait nécessairement supplanter le premier, non seulement à raison de la dignité plus grande à laquelle il servait d'expression, mais comme se rapportant seul aux circonstances actuelles, comme désignant une fonction ordinaire et permanente, à la différence du premier qui n'avait Jamais signifié qu'une charge essentiellement passagère et provisoire. Comment donc n'aurait-on pas créé la tribu des k6hanîm au lieu de celle des levÿtm, le patriarche Xohen au lieu de Léwi?

Il a existé à l’origine une tribu politique du nom de Lévi. La preuve irréfragable s'en trouve dans la Bénédiction de Jacob, un morceau dont la haute antiquité ne fait doute pour personne.

Dans ce document Lévi se trouve énuméré parmi les autres fils de Jacob, absolument sur la même ligne que Siméon auquel 1l

est étroitement associé ; et ce qui est dit de lui montre que l’auteur l'envisageait à un point de vue tout différent de son caractère d’ancêtre de la corporation sacerdotale : « Siméon et Lévi sont frères ; leurs glaives (?) sont des instruments de crime. Que mon âme n'entre point dans leur conseil ! que mon honneur ne s’unisse point à leur coalition ! Dans leur fureur ils ont égorgé l’homme, et dans leur passion ils ont mutilé le taureau. Maudite soit leur fureur à cause de sa cruauté ; et leur colère à cause de sa violence. Je les partagerai parmi Jacob et les disperserai en Israël () ». Les paroles prononcées contre Siméon et Lévi visent des faits racontés Gen. XX XIV, de même que les strophes relatives à Ruben et à Joseph renferment des allusions à l’histoire bien connue de ces patriarchés. Que le Lévi de Gen. XXXIV 25 ss., XLIX 5 ss., figure ou non en ces endroits comme le représentant idéal de la tribu, il est toujours évident qu'il est loin d'y apparaître comme type de l’ordre sacerdotal ; il n'est donc point, sous le nom même de Lérwi, une abstraction de l'institut des ministres du culte ; ce n'était donc point non plus comme ministres du culte, à un titre quelconque, que les Zevtjim portaient ce nom. Alors même que Lévi aurait été le nom de la tribu avant d'être le nom du patriarche, il faudrait conclure du caractère prêté à ce dernier dans la Genèse, que le nom en question ne fut point donné à la tribu où à ses membres pour signifier formellement leur mission sacrée ; car en ce cas le Zévi patriarche aurait infailliblement reproduit les traits servant de fondement à une pareille désignation. Ainsi, puisque Gen. XXXIV, XLIX prouvent l'existence d’une véritable tribu de Zévi au sein de la nation israélite dès les premiers temps de son histoire, et que cette tribu n’y est point envisagée comme la tribu sainte, 1l s'ensuit que Lévi existait comme tribu indépendamment de sa consécration au service divin.

Wellhausen (2), Stade (3), Kuenen (4) sont de cet avis. « Il

(1) Gen. XLIX 5-7. — (2) Prol. p. 146 s. — (3) Geschichte I p. 15258. (4) De stam Levi Theolog. tijdschr. VI, p. 628, 652 ; Godsd. v. Isr. TI p. 335 ss., 381 8. 434 5. II 20 s., 77, 105 s. 208 s., 293 s. ; Volksrel. u. Welirel, p.305.

est absolument impossible, dit le premier, de voir dans le Lévi de la Genèse un type réflexe de la caste, laquelle, ajoute-t-il, vers la fin de la période des Rois, se forma de l'agglomération des diverses familles sacerdotales de Juda ». Le lecteur le voit, si Wellhausen est convaincu qu'il exista à l’origine une vraie tribu politique de Lévi, il n’admet point que {a tribu lévitique des ministres du culte puisse être identifiée avec celle-là. « Il est tout aussi impossible de faire dériver la caste de la tribu ; entre les deux il n'existe point de dépendance réelle. Tout trait d'union fait défaut ; la tribu a disparu de bonne heure et la caste est dorigine très récente et eut, comme on peut le prouver, des débuts indépendants >». L'auteur reconnaît que, dans ces conditions, l'identité des noms est très surprenante ; il ne croit pas qu’elle puisse s'expliquer comme l'effet du hasard. « Peut-être, dit-1l, Moïse appartenait-1l en réalité à la tribu de Lévi et la signification plus récente du nom de évite doit-elle s'expliquer comme ayant en lui son point de départ. [1 semble en effet que ce nom ne s'appliqua tout d’abord qu'aux descendants et parents de Moïse et que plus tard seulement il passa aux prêtres en général, qui étaient complètement étrangers à Moïse par le sang, mais qui tenaient à se rattacher à lui comme à leur chef >». [Il est impossible de faire dériver l'institut des prêtres lévitiques de l’ancienne tribu de Lévi! entre les deux tout trait d'union fait défaut ! voilà certes des assertions très grosses pour être émises avec tant de confiance. Nous savons que d’après Wellhausen Sadoq était un parvenu d'origine laïque ; il en trouve la preuve dans un morceau où le caractère strictement héréditaire des fonctions sacerdotales est proclamé en termes formels ! Il est inutile de nous arrêter à examiner encore de semblables fantaisies. À nos yeux il est évident que le Deutéronome suppose la tribu de Lévi en possession universellement reconnue des pérogatives sacerdotales ; que dans la Bénédiction de Moïse la tribu sacerdotale de Léw est une tribu comme les autres parmi lesquelles elle est énumérée, constituée par les liens du sang ; et nulle part, dans le cours de l'histoire, on n’assiste à ces « débuts indépendants » de la caste, dont Wellhausen parle sur un ton si assuré.

La manière dont ce critique s'explique la transmission du nom de la tribu à la « caste », ne valait guère la peine d’être proposée, même à titre de conjecture. Pourquoi donc « semblet-il que le nom de lévites ne fut d’abord appliqué qu'aux descendants et parents de Moïse » ? En fait, nous n'avons connaissance que d'un seul lévite, Jonathan, issu de Moïse ; et encore est-il connu comme ancêtre du sacerdoce de Dan ; le fait n'aurait pas été de nature à recommander pour les prêtres en général une dénomination réservée d’abord aux descendants de Moïse. Les raisonnements et les rapprochements pénibles par lesquels on arrive à mettre Eli en rapport avec Moïse, ne sont pas sérieux. Que Moïse soit visé 1 Sam. IT 27, c’est une pure supposition ; pourquoi ne pourrait-ce être Aäron (1)? Eli-Pinehas-Eléazar (= Eliezer)-Moïse, c'est là une généalogie créée de toutes pièces pour le besoin de la cause. Le prêtre Eléazar ne nous est connu que comme fils d'Aäron et il figure en cette qualité dans des sources certainement préexiliennes. On peut rejeter la donnée si l'on veut ; mais maintenir le prêtre Eléazar en lui donnant un père nouveau, et cela pour établir sur une base aussi imaginaire une théorie touchant l’origine de la caste lévitique, c'est un procédé devant lequel l’auteur du livre des Chroniques aurait certainement reculé. Où est-il raconté ou seulement insinué, qu'Eli était fils ou descendant de Pinehas ? Il avait un fils de ce nom ; mais en quoi cela nous autorise-t-1il à supposer que le Pinehas fils d'Eléazar était son père où son ancêtre ? Au reste pourquoi et à quel titre aurait-on désigné en particulier les héritiers de Moïse sous le nom de la tribu à laquelle Moïse appartenait ? Moïse était-il seul de la tribu de Lévi? Une dénomination formellement réservée aux seuls parents de Moïse, aurait dû être empruntée au nom de ce dernier. Lévites et Moschites ne pouvaient certes pas être synonymes. Et quand donc, ou comment, à la faveur de quel principe, le nom de lévites, d'abord donné aux seuls parents de Moïse, aurait-il pu s'étendre dans la suite à tous les prêtres en général, même

Q) Vr. plus haut p. 1645s., coll. 127 ss.

ceux qui étaient d'une autre race ? Sadoq, dont l’avènement marque la chute d'Abjathar, c'est à dire du prétendu représentant de la famille mosaïque, n'aurait eu apparemment aucun intérêt à consacrer le souvenir des prérogatives des descendants de Moïse ; la maison de Sadoq le laïque, le parvenu, dont la lignée nouvelle est soi-disant mise en opposition 1 Sam. IT avec celle des anciens prêtres désormais déchus, a-t-elle pu affirmer ses titres à l'encontre des « lévites » ses adversaires, en prenant place elle-même dans les rangs des « lévites » £ Sans doute, une conjecture ne doit pas s'appuyer sur une démonstration ; mais elle ne peut s'appuyer en aucun cas sur un amas d'impossibilités.

Stade et surtout Kuenen s'y prennent autrement pour expliquer la transformation de la tribu de Lévi en caste sacerdotale. Lévi, soit à raison de sa faiblesse, soit par suite d'un désastre, n'avait pu, lors de la conquête, s'assurer un territoire distinct dans le pays de Canaëän ; ses membres s'éparpillèrent parmi les autres tribus. Cependant, dit Stade, c'était de Lévi qu'était sorti Moïse le fondateur de la religion d'Israël ; c'est donc en Lévi que la tradition concernant l'œuvre mosaïque devait s'être le mieux conservée ; de Lévi on pouvait attendre qu'il aurait des aptitudes spéciales pour la pratique des cérémonies religieuses, et notamment pour la consultation de l’oracle. Il arriva ainsi qu'on aimait à choisir comme prêtres des membres de cette tribu. D'autre part la privation d’un territoire propre portait les familles lévitiques à profiter de la situation pour chercher leur subsistance dans l'exercice du culte. A partir d'ici Stade retombe dans les idées de Wellhausen. Il semble, dit-1l, qu'anciennement ce nétait pas à Aäron, mais à Moïse que les familles en question se rattachaient. — Mais ne semble-t-il pas plutôt que ces familles, qui constituaient la tribu de Lévi dispersée partout, devaient comme telles se rattacher simplement à celle-ci et non pas à Moïse ni à Aäron ? Du moment, poursuit Stade, qu'un prêtre de race lévitique fut parvenu à acquérir un

prestige extraordinaire, on comprend que des prêtres d’autre naissance cherchèrent à se prévaloir de la même origine. Ainsi prêtre et lévite devinrent synonymes. Mais ce ne fut qu’à la suite de la réforme de Josias que les lévites se reconstituèrent réellement en tribu (1).

Les explications de Stade manquent de netteté ; nous ne parvenons pas du moins, pour notre part, à nous faire une idée satisfaisante et précise de la formation de la caste lévitique au moyen des éléments mis en avant par cet auteur. Les familles sacerdotales ne se reconstituèrent en tribu, nous dit-on, qu'à la suite de la réforme de Josias ; nous avons déjà dit pourquoi cette assertion, en ce qu'elle à de restrictif, nous paraît contraire aux données de l’histoire. Mais, demandons à Stade quelle était, en principe, la constitution du clergé antérieurement à la réforme de Josias ? Les familles de la tribu de Lévi étaient-elles réellement entrées en possession, à l’origine, de l'administration des choses du culte ? La question, pour le moment, n'est pas de savoir si elles furent investies à cet égard d'un privilège exclusif. On nous dit que les membres de la tribu de Lévi, à laquelle Moïse avait appartenu, jouissaient à ce titre d'une préférence marquée pour les fonctions sacrées ; que d'autre part ils recherchaient eux-mêmes ces fonctions comme moyen de subsistance. Ces considérations ont sans doute pour objet de nous apprendre qu'effectivement les familles lévitiques se chargèrent ou furent chargées du soin des intérêts religieux de la nation ? Naturellement ces familles n'eurent garde, dans la suite, de renier leurs origines ou d’en négliger la signification religieuse qui était leur titre le plus précieux à l'exercice du sacerdoce. Au contraire, nous assure-t-on ; les prêtres qui n'étaient pas de race lévitique se virent amenés, à la faveur de circonstances plus ou moins accidentelles, à rapporter à leur tour leur généalogie à la même source, « à prétendre qu'ils descendaient eux aussi de Lévi ». Comment, dans ces conditions, la tribu a-t-elle jamais pu cesser d'exister ? La

(1) Stade Geschichte I p. 1555.

tribu de Lévi, pas plus que les autres, ne perdait son caractère de tribu en ouvrant ses rangs à de nouveaux membres. Le résultat du mouvement qui amena tous les prêtres en général, bien avant Josias (1), à se réclamer d’une origine lévitique, ne put être que d'ajouter au fait de la vocation de la tribu de Lévi, le principe de son droit exclusif. Comment conçoit-on dès lors qu'après la réforme de Josias il put être question pour les familles lévitiques de se reconstituer en tribu ? Nous avons déjà signalé plus haut (2) certains autres points faibles dans les idées émises par Stade sur l’organisation du sacerdoce chez les anciens Hébreux, notamment en ce qui concerne le principe de l’hérédité, de l'unité de race, qui présidait au recrutement du clergé.

D'après Kuenen (3) le privilège de la tribu de Lévi, dispersée par tout le territoire, aurait eu notamment comme point de départ l'établissement de la famille d'Aäron au sanctuaire de l'arche d'alliance, qui était le centre religieux de la nation. Grâce aux origines lévitiques du fondateur des institutions nationales et du pontife qui préside aux sacrifices de la communauté, la conviction se répand que les membres de la tribu de Lévi sont spécialement appelés aux fonctions du ministère sacré ; de leur côté les lévites offrent leurs services en cette matière, à l'effet de pourvoir à leur subsistance. C'est surtout dans leurs rangs que se recrutent les prêtres. Peu à peu l'idée de la compétence exclusive des lévites se fait jour. Le Deutéronome reconnaît et consacre ce principe, etc.

Ceci se rapproche davantage de ce que nous croyons être la vérité. Nous pensons seulement que ce ne fut pot par un acheminement graduel, mais en vertu d’une institution positive, que la tribu d’où étaient sortis Moïse et Aäron fut consacrée au service du culte. Ce qui nous sépare des explications de Kuenen, cest au fond une question distincte de celle des origines du sacerdoce lévitique, mais avec laquelle celle-ci a des

(1) Stade p. 156.

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